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Archive for the ‘Critique de la science’ Category

Peter Kropotkine, The Sterilization of the Unfit, 1912

4 février 2016 Laisser un commentaire

Lecture delivered by Peter Kropotkin before the Eugenics Congress held in London in August 1912.

Permit me to make a few remarks: one concerning the papers read by Professor Loria and Professor Kellogg, and another of a more general character concerning the purposes and the limitations of Eugenics.

First of all I must express my gratitude to Professor Loria and to Professor Kellogg for having widened the discussion about the great question which we all have at heart—the prevention of the deterioration and the improvement of the human race by maintaining in purity the common stock of inheritance of mankind.

Granting the possibility of artificial selection in the human race, Professor Loria asks: « Upon which criterion are we going to make the selection? » Here we touch upon the most substantial point of Eugenics and of this Congress. I came this morning with the intention of expressing my deep regret to see the narrow point of view from which Eugenics has been treated up till now, excluding from our discussions all this vast domain where Eugenics comes in contact with social hygiene. This exclusion has already produced an unfavorable impression upon a number of thinking men in this country, and I fear that this impression may be reflected upon science altogether. Happily enough the two papers I just mentioned came to widen the field of our discussions. Lire la suite…

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Olivier Rey, Une science qui aimerait le monde, 2009

21 janvier 2016 Laisser un commentaire

En la personne de Simone Weil, nous n’avons pas affaire à une philosophe qui penserait tantôt la religion, tantôt la « question sociale », tantôt l’art, etc. : chez elle, comme chez peut-être tout philosophe authentique, la pensée met en permanence en jeu le tout de la pensée. Il en résulte que l’attention portée à la science, dont l’œuvre de Simone Weil porte de nombreux témoignages, n’est pas une province séparable de l’ensemble de sa réflexion. Le souci de la science ne cesse, au contraire, d’adhérer à ses préoccupations fondamentales – qu’il s’agisse de concevoir une science participant de la spiritualité, au lieu de combattre celle-ci, ou de déplorer les égarements d’une science moderne complice du malheur de notre temps, du malheur moderne. Ce malheur que Péguy, dans Notre Jeunesse, donnait pour général :

« Dans le monde moderne tout le monde souffre du mal moderne. Ceux qui font ceux que ça leur profite sont aussi malheureux, plus malheureux que nous. Tout le monde est malheureux dans le monde moderne. » 1

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Jean-Marc Lévy-Leblond, En méconnaissance de cause, 1992

28 novembre 2015 Laisser un commentaire

De la science, nous attendions ses explications et espérions ses applications. Aujourd’hui, nous devons assumer ses implications et affronter ses complications. Car il n’est guère de problèmes parmi les plus graves de ceux que l’humanité doit régler où la science ne soit mêlée – qu’on lui demande de les résoudre, qu’on la consulte pour les éclairer ou qu’on l’accuse de les avoir créés, et souvent le tout ensemble : surpopulation, pollutions diverses, prolifération nucléaire, etc. la liste est aussi longue que banale. Aussi doit-on se demander si les formes démocratiques de l’organisation sociale, en lesquelles nous voulons toujours croire, sont bien à même de répondre à ces défis.

Il y a peu, la question semblait sans objet, une réponse affirmative découlant, « par hypothèse » comme disent les géomètres, de l’idée que nous avions de la science. Le grand projet des Lumières, ce beau rêve dont nous commençons à peine à nous éveiller, nous laissait croire à une alliance naturelle et constitutive entre science et démocratie. Sur les façades de nos monuments, derrière les trois mots de notre généreuse devise, « Liberté – Egalité – Fraternité », nous en lisions un autre en filigrane : « Vérité », qui, d’emblée, garantissait les fondements de ces valeurs, et, bientôt, un autre encore, « Efficacité », qui nous assurait de les pouvoir réaliser.

Contre les superstitions et les illusions qui bridaient le progrès humain, allait se dresser l’objectivité de la connaissance scientifique, dissipant sans retour, partout où atteignait sa lumière, l’ignorance asservissante. Non contente de nous éclairer sur le monde naturel, la science allait aussi nous dire le vrai sur l’homme et sur la société, fondant en droit et assurant en fait la possibilité de transformer et l’un et l’autre, de façon doublement juste, aux sens désormais confondus de la justesse et de la justice. Lire la suite…

Tromper la mort, 2012

Quand en 2005, Barbara apprend que suite à la chimiothérapie, la tumeur de son sein gauche doit être enlevée et que cela signifie ablation, elle ne peut accepter cette « mutilation » qu’avec l’issue de la reconstruction plastique.

« La reconstruction a été une nécessité pour reconstruire mon identité de femme et accepter l’ablation. »

Affirme-t-elle gaiement huit mois après être sortie de la pose de son dernier implant mammaire. Je la retrouve chez elle en début d’après midi, dans sa maison pavillonnaire dans la banlieue d’Angoulême. C’est avec une poignée de mains ferme et accueillante qu’elle m’ouvre sa porte d’entrée. Avec de grandes foulées, elle traverse sa maison en tranchant l’espace. Chacun de ses gestes sont une affirmation. Je la suis timidement jusqu’à la table de sa terrasse. Elle est prête comme ça à me raconter son histoire, sa maladie. Nous ne nous sommes jamais vu, je viens tout juste de la contacter par téléphone. Elle se livre. Lire la suite…

Claus Peter Ortlieb, Objectivisme inconscient, 1998

3 octobre 2014 Laisser un commentaire

Nous publions ce texte qui émane d’un des tenants de la critique de la Valeur allemand (Wertkritik) parce qu’il expose bien un certain nombre de présupposés de la méthode scientifique expérimentale. Notamment son lien étroit avec la technique et le caractère inconscient de son emploi, en rapport avec l’abstraction qu’implique l’exigence d’objectivité.

Nous ajoutons à la suite nos commentaires sous forme de quatre remarques.

 

On trouvera difficilement un autre sous-système de la société moderne qui, tant dans l’image qu’il a de lui-même que dans l’opinion publique, se montre aussi résistant à la critique que les sciences dures, la « science authentique » au sens de cette phrase de Kant selon laquelle « en chaque théorie particulière de la nature se trouve autant de science authentique que de mathématiques » [1].

Les sciences de la nature ne manquent pas d’être critiquées, surtout depuis les années 1970, notamment par le féminisme et les mouvements alternatifs. Le fait que l’utilisation sociale des découvertes scientifiques soit un sujet plus que délicat est évident pour beaucoup de scientifiques ; et de leurs rangs proviennent les critiques les plus rigoureuses et les plus compétentes de tels développements.

Mais que peut-il y avoir de critiquable dans la connaissance scientifique en elle-même, dans la découverte de lois naturelles et faits irréfutables ? Ainsi, la critique féministe ne prend pas au sérieux la question d’une autre science ni ne la perçoit comme problème : au contraire, elle la réfute avec la réplique moqueuse de savoir si par hasard, à partir de maintenant, la loi de la chute des corps ne sera plus valable ou si deux et deux cesseront de faire quatre ; réplique qui rend toute discussion ultérieure superflue. Lire la suite…

Olivier Rey, Mesure relative et mesure absolue, 2013

16 juin 2014 Laisser un commentaire

Résumé.

Dans l’espace homogène que la science moderne a substitué à l’ancien cosmos, au sein d’un espace infiniment étendu et infiniment divisible, sans éléments minimaux ou maximaux propres à fixer une échelle ni rien qui puisse faire borne ou limite, la mesure semblait vouée à n’être qu’une notion purement relative. Pourtant, dans ses derniers travaux, Galilée a montré que la variation non linéaire de certaines variables physiques par rapport à d’autres suffit à donner une valeur absolue à certains ordres de grandeur. L’échelle des phénomènes n’est pas un paramètre qui vient s’ajouter à leur forme, elle influe de manière déterminante sur cette forme qui, en retour, ne peut exister qu’à certaines échelles. Lire la suite…

Bertrand Louart, Eine kritische Geschichte der Biologie, 2013

4 avril 2014 Laisser un commentaire

It is above all against this shabby mechanization of our scientific imagination, which kills all ability to notice the unforeseen, that I protest, against this mat finish over a chaos of unrecognized ignorance, this butcher-like brutality with things that cry for gentle caution.

Erwin Chargaff, Essay on Nucleic Acids, chapter 11, 1963.

 

The comparison of the universe to a machine of human contrivance is so obvious and natural, and is justified by so many instances of order and design in nature, that it must immediately strike all unprejudiced apprehensions, and procure universal approbation. Whoever attempts to weaken this theory, cannot pretend to succeed by establishing in its place any other, that is precise and determinate.

David Hume, Dialogues concerning Natural Religion, 1779.

 

André Pichot ist Historiker und Wissenschaftsphilosoph. Er forscht an der Universität von Nancy. 2011 hat er ein umfangreiches Werk publiziert, das eine sehr kritische Analyse der modernen Biologie beinhaltet. Hier eine Übersicht über dieses ungewöhnliche Buch.

 

Seit den Neunzigerjahren hat André Pichot ein Dutzend Werke über Wissenschaftsgeschichte geschrieben, im speziellen über seine Lieblingsdisziplin, die Biologie. Die Geschichte, die er schreibt, ist allerdings nicht die eines ruhig dahingleitenden Forschungsprozesses, der wie selbstverständlich zum Triumph der aktuellen Theorien über das Leben führt. Im Gegenteil, es ist eine überraschende und komplexe Geschichte, voller Irrtümer und Sackgassen, plötzlicher Wendungen und unbrauchbarer Neuorientierungen. Eine Geschichte, umgeben von Mythen, Legenden und falschen Ideen, von Betrügereien und zweifelhaften Angelegenheiten mit dem Resultat, dass es etliche Leichen im Keller gibt… Es ist vor allem die Schilderung des Triumphs einer völlig irre geleiteten Auffassung, die sich entgegen allen Beweisen des Gegenteils durchgesetzt hat, nämlich die des Lebewesens als Maschine. Lire la suite…

Notes & Morceaux choisis

22 mars 2014 Laisser un commentaire

Bulletin critique des sciences, des technologies et de la société industrielle

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Numéro 1 en 1998

– Numéro 12 en 2016 –

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Déclaration d’intention

Notes & Morceaux Choisis est né en 1998, au moment où le mouvement des chômeurs de Paris (Assemblée de Jussieu) opérait une éphémère liaison avec le mouvement anti-OGM, qui, sous le « parapluie » de la Confédération paysanne, avait réalisé les premières destructions de maïs génétiquement modifié. Les deux premiers numéros – alors simples « feuilles » de quelques pages photocopiées à une centaine d’exemplaires et distribuées gratuitement de la main à la main –, ne prétendaient pas nécessairement avoir de suite ; ils évoquaient un certain nombre de thèmes (la destruction de l’autonomie du vivant par les OGM et le scientisme ambiant, et l’éthique de la peur qui paralyse l’imagination et la critique) portés par l’actualité et auxquels mon parcours m’avait rendu attentif. Ayant fait quelques années auparavant l’expérience du dogmatisme, du conformisme et, pour tout dire, du néant de sa pensée de l’enseignement des sciences à l’université, je venais d’abandonner mes études officielles en la matière pour les poursuivre officieusement à ma manière, si bien que le moment me semblait opportun pour articuler la critique sociale et la critique scientifique. Lire la suite…

Pierre Thuillier, Goethe l’hérésiarque, 1976

17 février 2014 Laisser un commentaire

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Goethe, dans les manuels classiques d’histoire des sciences, occupe une position assez marginale. Il est vraisemblable que, pour beaucoup de scientifiques, le vieux sage de Weimar fait partie d’une espèce de folklore para-scientifique (voire a-scientifique) dont il n’y a pas grand-chose à tirer. Dans la division du travail intellectuel telle qu’elle est aujourd’hui établie, il est devenu « évident » que Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832) se définit avant tout, conformément au Petit Larousse illustré, comme un « écrivain ». Les Souffrances du jeune Werther. Poésie et vérité, Faust : voilà des réussites. Mais en science ? A première vue (et malgré le coup d’éclat de l’os intermaxillaire), le palmarès est moins brillant. Tout se passe comme si les productions scientifiques de Goethe ne constituaient qu’une parenthèse négligeable dans sa carrière d’homme de lettres.

Peut-être même serait-il charitable de ne pas insister. Car regardons-y de plus près : le trait le plus marquant de la « science » de Goethe, ce pourrait bien être le refus de Newton. Non seulement il déclarait avec insolence : « Ne prêtez pas la moindre attention aux Newtoniens » [1] ; mais toute une partie de son Traité des couleurs est expressément destinée à prouver que Newton n’y a rien compris [2]. En deux mots, Goethe refusait la vraie science, la science officielle. Il n’admettait pas, ce poète, que la physique mathématique fût le fin du fin en matière de connaissance ; malgré quelques coups de chapeau aux mathématiques, il ne ménageait pas ses sarcasmes à l’égard de la « gent mathématicienne ». Comment prendre au sérieux ce dinosaure de la pensée scientifique ? Lire la suite…

Guillaume Carnino, Le mythe de la science pure, 2006

8 février 2014 Laisser un commentaire

Les catastrophes scientifiques seraient le fruit des sciences appliquées par des industriels ou des États. Mais existe-t-il une science pure dénuée d’intérêt et sans lien avec les puissants ?

La différence même entre sciences pures et sciences appliquées n’existe réellement chez aucun des grands fondateurs de ce que l’on nomme aujourd’hui la science [1]. Loin de son image rebattue de rationaliste militant, Newton a passé une grande partie de sa vie à écrire sur la numérologie biblique [2]. Pourtant, il n’y a pas eu deux Newton (ou même trois, puisqu’il fut aussi directeur de la Monnaie). Ce que l’on considère comme de la pure science aujourd’hui n’en est peut-être que pour nous. Lire la suite…