Il est temps d’abandonner la voie de la recherche scientifique, non pas pour « oublier » les découvertes des savants et les nier, encore moins pour retomber dans des mensonges religieux ou mystiques, mais parce que la dose de science injectée à cette planète est plus que suffisante.
La science est un mode de compréhension du monde qui suppose que toute réalité ou tout événement physique, concret, observable, quantifiable, doit recevoir une explication abstraite, dite objective. Cette explication prend la forme de lois et de théorèmes qui ne peuvent pas venir en contradiction les uns avec les autres, à moins de considérer que la vérité n’avait pas encore été atteinte. Dans ce dernier cas, il convient de poursuivre la recherche scientifique afin d’élaborer de nouvelles lois, plus exactes, permettant enfin de vérifier la validité des faits jusque-là observés, lesquels la confirment et permettent même d’anticiper sur des découvertes à venir. Et toujours chercher de nouveaux faits, dans l’ordre de l’infiniment grand et de l’infiniment petit, afin d’en arriver à une unité de la science, par une explication totale de l’univers.
Le mythe de l’unité de la science
Le rêve de l’unité de la science sous-tend l’édifice global, et pas seulement en physique et en astronomie. Ce n’est pas pour rien que les études de médecine commencent d’abord par une sérieuse approche physique, car le corps est avant tout composé d’atomes et les propriétés de ceux-ci seraient d’abord physiques.
L’édifice scientifique se tient, il tient tout seul, et tellement seul qu’il n’a plus besoin des humains que pour se peaufiner et pour être admiré. Nous admirons les conquêtes de la science, nous admirons l’augmentation de l’espérance de vie, nous admirons les sondes qui se posent sur des planètes et des comètes de plus en plus lointaines, nous admirons la puissance de l’énergie nucléaire et même les expériences génétiques qui permettent de réparer les corps meurtris et d’ensemencer une terre inféconde.
Mais au long de ce processus d’« explication » du monde, la science a acquis son autonomie : elle ne reçoit plus ses lois et ses directions de recherche que d’elle-même – ou alors, ce qui est pire encore, de puissants donneurs d’ordres qui n’ont en vue que le profit, inodore et incolore mais pas indolore pour des milliards d’êtres vivants, plantes et animaux, y compris humains [1].
L’autonomie de la science signe la plongée de l’humanité dans l’hétéronomie : ce sont les directions prises par la science qui nous disent, à nous humains, dans quelles nouvelles directions nous devons poursuivre « nos » efforts – qui sont les siens, médiatisés par les chercheurs. C’est encore elle qui nous pousse à débarquer sur Mars, à engager des sommes astronomiques pour conquérir le cosmos, à asservir la Terre par nos produits chimiques.
Notre récompense, à nous les quatre ou cinq milliards qui ne mourons pas de faim, est de vivre plus vieux dans un monde où l’on meurt d’ennui et surtout de peur. Nous vivons prothésés, anesthésiés par les informations, vraies ou fausses, nourris à satiété de produits frelatés. Nous ne voyons plus toutes celles et tous ceux qui sont les victimes de cette course déraisonnable vers l’abîme.
La thèse défendue ici n’est pas qu’il faudrait orienter la science vers les seules recherches non nuisibles, car c’est l’ensemble de la science, au stade qu’elle a atteint, qui nous nuit.
La science se veut en recherche de son unification – le fameux mythe de l’unification des théorèmes, de l’infiniment petit à l’infiniment grand –, ce qui signerait notre anéantissement intellectuel, notre incapacité de penser en dehors des cadres scientifiques.
C’est donc la totalité de la recherche scientifique qu’il faut stopper. Non pas pour retourner à l’ère de Jésus, de Mahomet ou de Krishna, à l’ère de la bougie et du maréchal-ferrant comme le préconisent les intégristes de tous bords.
Mais pour nous réapproprier le monde tel qu’il est, avec ses plantes vivantes et ses plantes mortes – qu’on appelle les Organismes génétiquement modifiés (OGM) –, avec ses centrales nucléaires et ses gratte-ciels, avec ses paysans vaincus, comme disait Jean Giono [2], devenus eux aussi les servants du dieu Argent, et avec ses paysans invaincus, ceux qui savent encore que produire sa nourriture et nourrir les autres autour de soi sans abîmer la nature est le plus humain des labeurs.
Surtout : avec toutes celles et tous ceux qui sentent, même confusément, que la seule valeur de cette planète s’appelle la vie – laquelle implique la liberté –, et que la volonté de comprendre la vie en la disséquant, en l’équarrissant grâce aux équations et aux théorèmes, est la mauvaise part du rêve prométhéen.
Deux aperçus du lien entre science, pouvoir et nocivité
La science a conquis son indépendance par rapport aux aspirations de l’humanité au bonheur et à l’émancipation. Désormais, la recherche scientifique ne vise plus ni le bonheur ni l’émancipation, mais le savoir, la puissance, ou même le pouvoir sur la vie.
Cette autonomisation de la science s’est réalisée sur une très longue durée. Lewis Mumford remontait jusqu’au XIIe siècle pour trouver une première évidence du « mythe de la machine », qui constitue une étape essentielle sur la voie de l’autonomisation de la science [3].
Insistons ici sur deux autres étapes, tout aussi fondamentales : la montée en puissance de l’industrie nucléaire dite pacifique et l’émergence de la génétique appliquée aux plantes comme aux animaux, y compris les humains. Nous ne soulignons ici que quelques aspects de cette montée en puissance, sans nous y attarder tellement ce sont des évidences.
Le nucléaire est forcément nocif : qu’il s’agisse des bombes ou des centrales, il produit des déchets dont nous ne savons toujours pas que faire, près d’un siècle après la découverte de la radioactivité artificielle par Irène Curie et Frédéric Joliot, en 1934.
Malgré cette nocivité extrême de la radioactivité, la science y vit une avancée majeure et le système développa toutes les applications possibles de l’atome, au point de poser désormais à l’humanité un problème majeur pour des siècles et des siècles.
C’est ainsi que le nucléaire a anéanti le principe de précaution, jusque-là considéré comme sacro-saint, au nom à la fois du pouvoir, de la science, du bonheur et de la paix – un comble. La fin du principe de précaution est l’aveu que la science, couplée à l’industrie militaire et à l’industrie nucléaire civile, s’autonomisait parfaitement par rapport à l’humanité, entendue comme l’ensemble des humains, donc comme une entité vivante et dotée d’un futur – une banalité de base que les nucléocrates ont oubliée.
Que les déchets radioactifs posent une hypothèque pour des milliers d’années sur les futures générations devenait un non-argument, pire : une preuve d’obscurantisme, puisque la capacité des scientifiques à transformer le monde est considérée comme infinie et sans limite.
Le nucléaire fonctionne comme un mythe complet : sa victime émissaire [4] n’est autre que le flot des écologistes radicaux, qualifiés désormais d’« obscurantistes » et privés du droit d’expression dans les médias et jusque dans les grands partis écologistes. Les partisans de la sortie immédiate du nucléaire sont en effet les victimes médiatiques et politiques du triomphe de la folie nucléocrate.
La génétique partage avec le nucléaire la particularité d’être une science aux conséquences inconnues, puisqu’on l’a fait sortir des laboratoires, là encore sans aucun respect de feu le principe de précaution.
Les organismes génétiquement modifiés sont des « semences politiques » [5]. Ils ont permis d’avaliser, dans la tête de la plupart des êtres humains, cette idée que l’homme est plus doué que quelque Créateur que ce soit, et, surtout, plus doué que l’évolution elle-même.
Ce dernier point, qui passe hélas inaperçu, montre là encore que la science se comporte comme un système de pouvoir autarcique, n’admettant pas même la critique philosophique de l’évolution, laquelle contredit pourtant, dans son processus même, l’hypothèse d’une maîtrise artificielle de la nature, dont la complexité s’est tissée au cours de milliards d’années. Les prétendues avancées de la génétique s’imposent dans une absence totale d’éthique.
Comment expliquer le monde ?
L’atome ou l’ADN sont des faits naturels. Étant considérés comme les briques de base de la nature, y compris de nous-mêmes, nous ne devrions plus nous attacher qu’à les comprendre dans une logique qui ressemble fort à celle du « Lego » : agencement, construction, liens constatables par l’expérimentation, etc.
La science s’approprie le monopole de l’explication du monde naturel. Toute autre vision est entachée d’idéalisme, et doit être condamnée parce qu’erronée. Tant d’autres approches existent pourtant !
Si la génétique explique les plantes (?), c’est le génie du terroir et le travail du vigneron qui expliquent la qualité du vin. Le génie du terroir est-il réductible à une suite d’équations ? Si la chimiothérapie « soigne » le cancer, il existe aussi des chamanes qui guérissent à partir de plantes. Les plantes thérapeutiques, connues depuis la nuit des temps, sont-elles réductibles à un ADN ?
Les explications holistiques, qui prennent en compte la véritable globalité de tout ce qui vit, sont forcément plus complexes que le démontage d’une réalité tronçonnée, tel que nous le proposent les myriades d’experts qui se consacrent chacun à leur seul micro-champ scientifique. Ces experts n’ont plus aucune conscience des réalités collatérales à leur propre domaine d’excellence – ce qui devrait ruiner cette excellence et la faire considérer pour ce qu’elle est : un savoir sans grande valeur car détaché du tout.
Certes, les tentatives de compréhension holistiques introduisent du doute, à une époque où le doute est considéré comme le premier pas vers le renoncement. À une époque d’emballement comme celle que nous vivons, douter ne peut être que le fait de grincheux, de timorés, voire d’individus subversifs refusant la course technologique vers l’abîme, dans un processus de « décadence » collective largement analysé par certains [6].
Nous n’avons pas besoin des mensonges religieux ou New Age pour déceler de multiples explications, autres que scientifiques, du monde. Notre but, à nous qui sommes en route vers notre émancipation, à nous qui la construisons chaque jour, n’est pas d’expliquer le monde différemment ou d’imposer une explication du monde différente de celle de la science.
En effet, l’explication du monde par la science ayant tourné à la volonté de le maîtriser, cette explication aboutit à la destruction de notre capacité d’émancipation. L’approfondissement de la science et sa complexification ne s’accompagnent d’aucune élévation éthique, esthétique et politique. De sagesse, pourrions-nous dire, avec le risque d’employer un mot désormais lui aussi piégé.
Il est temps d’abandonner la voie de la recherche scientifique, non pas pour « oublier » les découvertes des savants et les nier, encore moins pour retomber dans des mensonges religieux ou mystiques, mais parce que la dose de science injectée à cette planète est plus que suffisante.
« Stop » ne signifie pas ici « destruction » mais « stop immédiat et absolu ». Rééquilibrage : développons d’autres modes de saisir le monde. Nous devrions continuer à nous servir de ce que nous avons appris, notamment en matière médicale, et ne surtout pas continuer dans la voie de la seule explication scientifique des choses, avec des recherches qui gaspillent énergie, intelligence et moyens financiers, et qui participent, en dernière analyse, à l’autonomisation de la science par rapport au monde humain, simplement humain.
La dynamique de la vie contre la théorie
De son propre point de vue, la science devrait comprendre qu’elle est désormais inopérante. Elle n’explique qu’une infime partie du tout, pour au moins deux raisons fondamentales.
D’abord, plus elle avance et plus elle met en lumière la complexité de l’univers, spécialement en biologie. En effet, plus les scientifiques progressent, plus ils régressent en dévoilant la complexité des relations entre les atomes, et notamment entre ceux qui composent les êtres vivants. La science recule les limites de son domaine d’investigation, sans jamais parvenir à découvrir la particule ultime ou le lien ultime entre un fait et ses conséquences.
De plus, les vulgarisateurs scientifiques ont beau user de formules choc pour faire passer leurs concepts du style « la thérapie génique, c’est comme reprogrammer l’ordinateur », leur discours reste abscons et les coupe de plus en plus du commun des mortels.
Surtout, ce n’est pas seulement la complexité qui est insondable : les systèmes vivants ne sont tout simplement pas analysables comme des relations statiques. Personne ne pourra jamais les consigner dans quelque rapport ou thèse que ce soit. L’aspect profondément dynamique de la vie est irréductible à quelque théorie que ce soit.
Cette vérité, la science la dévoile à chacune de ses nouvelles découvertes, pour la recouvrir aussitôt d’un cache idéologique absolu : « Nous cherchons tant et si bien que nous allons, un jour, finir par donner l’équation ultime » – « divine », aurait sans doute dit Teilhard de Chardin.
Cette course contre la complexité et contre le dynamisme est vaine, absurde, et dévastatrice. Elle aboutit à ce que nos vies quotidiennes deviennent toujours davantage tributaires des découvertes de la science appliquées à l’existence humaine.
Aucun scientifique n’atteindra jamais les limites de son savoir. Une telle course vers un but qui s’éloigne à chaque instant est un contresens absolu. Vivre, être sage, c’est accepter de construire notre liberté à l’intérieur de nos propres limites.
La science a un énorme défaut : elle n’est pas humble. Le scientifique est un démiurge, qui détruit tout son champ de recherche précédent à chaque fois qu’il s’en ouvre de nouveaux.
Ainsi, la recherche sur les OGM a rendu caduques les recherches sur la sélection massale [7]. L’entrée dans le nucléaire a anéanti la recherche d’énergie propre – et dans tous les cas, les scientifiques n’ont pas compris que des plantes ne s’« améliorent » pas sans prendre quelques risques majeurs pour les écosystèmes, ou que l’énergie ne doit pas être illimitée sous peine d’être toujours gaspillée car utilisée sans « sagesse » – et la bombe nucléaire est bien l’une des inventions les moins sages de toute l’histoire de l’humanité.
La science est tout sauf une connaissance de caractère holistique. Elle est au contraire de plus en plus parcellaire, car nécessitant une expertise toujours plus pointue, qui s’éloigne ainsi toujours du tout.
La science ne sait pas accepter nos limites humaines. Or, cette posture est… antiscientifique. En toute logique, les savants devraient comprendre que la seule vérité scientifique du monde est le dynamisme incessant et complexe de la vie, et que leur tentative pour le comprendre ou le maîtriser rend ce dynamisme même encore plus complexe, donc le monde toujours plus insaisissable. Cette course menace désormais le dynamisme de la vie : trop de science génétique tue la genèse, trop de pollutions détruit la vie.
Arrêt immédiat de la recherche scientifique : une voie vers le futur
Arrêter immédiatement la recherche scientifique ne signifie pas revenir à la bougie. C’est, à l’inverse, reconnaître que le monde dans lequel nous vivons est tel qu’il est, avec ses centrales nucléaires, ses connaissances médicales actuelles, sa capacité à fabriquer des bagnoles ou des aspirateurs, etc., et reprendre le pouvoir sur ce monde-ci, tel qu’il est.
Les industries destructrices doivent être démantelées le plus vite possible (immédiatement pour le nucléaire, les nanotechnologies, les biotechnologies et l’armement, par étapes pour l’agriculture industrielle). Le reste doit être conservé, sans plus. C’est-à-dire surtout pas développé.
L’arrêt brusque du développement de la science est l’une des voies qui ouvriraient à une reconsidération du monde qui nous entoure, selon d’autres critères que ceux de la « vérité scientifique ».
Nous en sommes au point où la science se prétend la seule explication valable du monde et devient le guide pour sa transformation, alors que l’éthique, pour ne prendre que cela, serait une voie bien plus porteuse d’avenir : plutôt que de juger si, scientifiquement – c’est-à-dire selon telle vérité biologique ou tel axiome économique –, une décision se justifie, nous pourrions tout à fait décider que, d’un point de vue éthique, l’essentiel est de suivre une voie juste, même si elle heurte la pensée scientifique.
Par exemple, choisir d’utiliser le moins possible les modes de transport motorisés car le déplacement lent, à pied, en vélo ou en carriole, sont mieux compatibles avec le respect de la nature et l’échange avec les autres êtres humains. L’éthique deviendrait ainsi non pas une explication du monde, mais la base intellectuelle de son évolution.
Nous pourrions emplir des pages de programme pour un futur autre, mais tel n’est pas le but. L’essentiel est que l’arrêt de la recherche scientifique stoppera le travail des humains qui construisent et peaufinent leur propre système d’asservissement.
Il s’agit d’en finir avec la création d’un monde hétéronome, dans lequel les lois qui régissent nos vies nous sont données par des systèmes qui nous échappent, dont l’ensemble des vérités scientifiques n’est pas le moindre. Ce monde de bonheur frelaté dans la servitude volontaire devient lui-même à peine accessible à une fraction toujours plus petite de l’humanité.
La qualité fondamentale de l’humanité ne peut être que la recherche de sa propre émancipation, dans la compréhension de ses limites, qui fondent non sa servitude mais sa liberté [8].
Certes, nous devrons oublier cette idée selon laquelle le futur serait toujours meilleur grâce aux savants et aux chercheurs. Mais l’arrêt de la recherche scientifique ne peut, à lui seul, produire l’émancipation humaine. Tout un processus politique, culturel, social, économique, devrait dans le même temps se mettre en marche, afin d’aboutir à la disparition des frontières, de l’argent, des Entreprises comme des États, etc.
L’arrêt de la recherche scientifique n’est pas un lapin qu’un prestidigitateur sortirait de son chapeau programmatique. Ce n’est pas non plus un slogan lancé à une époque où, seuls, les slogans publicitaires ont encore un impact. Cet arrêt est plutôt la création d’un manque, à combler par d’autres moyens que ceux que nous employions jusque-là.
La science ne transformera plus le monde pour nous ? Tant mieux, nous chercherons d’autres voies plus conformes à nos pensées profondes, à nos idéaux de solidarité et de partage, à notre soif d’humanité.
La recherche scientifique s’auto-reproduit, s’autoalimente, et, ce faisant, par la position hégémonique qu’occupe la science, écarte toute voie autre que scientifique. Le progrès n’est pas la science, et la science n’a été un progrès pour l’humanité que d’un point de vue… scientifique.
Pourtant, qu’il s’agisse de l’éthique, de l’esthétique, de la politique ou de tout autre domaine humain, très humain, tout nous indique que l’humanité n’a pas progressé. La politique est sans doute le domaine où l’absence de progrès est la plus évidente. Le sinistre Saint-Just le disait déjà : « Tous les arts ont produit leurs merveilles, la politique n’a produit que des monstres. »
Nous sommes passés, en France, de l’Ancien Régime au… Nouvel Ancien Régime, un système dans lequel la reproduction de la caste du sommet financière, économique, politique et même prétendument artistique, n’a jamais été aussi forte. Être « Fils de… » et même « Fille de… » – la parité est enfin instaurée… – est le meilleur moyen de se maintenir dans le monde feutré de l’élite.
C’est pour toutes ces raisons – et tant d’autres que chacun peut compléter – que le changement de paradigme prend tout son sens. L’arrêt de la recherche scientifique n’est qu’un des champs de tension politique vers ce changement.
Ici, l’hypothèse fondamentale était que l’arrêt du nucléaire, la destruction des OGM, la fin de l’industrie des armes, de l’argent, des États et des Entreprises, le déclin absolu de la violence et, donc, l’arrêt de la recherche scientifique sont des objectifs convergents, vers notre libération.
Philippe Godard.
Directeur de collections aux éditions Autrement, La Martinière et Syros, auteur de plusieurs essais, dont “OGM, semences politiques” (Homnisphères, 2008).
Article publié sur le site Sciences Critiques le 31 mai 2015.
[1] Les donneurs d’ordre sont, pour l’essentiel, des États et des Entreprises fondées sur des brevets scientifiques, de la génétique à l’industrie minière, en passant par la chimie, la pharmacie, etc. Quant aux victimes directes, on pense ici à tous les paysans, notamment, chassés de leurs terres devenues improductives, à tous les animaux tués par les pesticides, etc.
[2] Jean Giono, Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix, 1938.
[3] Lewis Mumford, The Myth of the Machine. The Pentagon of Power, 1970. Ajoutons que, selon Francis Fukuyama, le capitalisme tient d’abord parce qu’il a su faire passer dans la vie quotidienne les découvertes de la science fondamentale (La fin de l’histoire et le dernier homme) : toutes ces machines qui nous entourent sont la seule preuve du succès du capitalisme, puisque ce système n’a même pas réussi à éradiquer la faim dans le monde.
[4] Voir La violence et le Sacré, de René Girard, ainsi que « Fukushima, le nucléocrate et la catastrophiste ».
[5] Voir OGM, semences politiques, Homnisphères, 2008.
[6] Nous pensons ici, et entre autres, à Friedrich Nietzsche, Simone Weil, Robert Jaulin, ou encore Aldo Leopold, Murray Bookchin et Rachel Carson.
[7] Sélection des individus d’une même variété présentant les critères recherchés par les paysans. Ce mode de sélection est multimillénaire, et c’est lui qui a abouti à la diversification de nombreuses variétés comestibles.
[8] Erich Fromm aurait sans doute dit « Être, et non pas avoir » (Avoir ou être. Un choix dont dépend l’avenir de l’homme), comme Maître Eckhart, Gandhi, Lao tseu, George Orwell, Herbert Marcuse ou tant d’autres…