Sam Kriss, Fuck the moon !, 2015

Manifeste du Comité pour l’abolition de l’Espace

 

« Nique la Lune ! », tel est le slogan du Comité pour l’abolition de l’Espace, qui a traversé les siècles et dont on ignorait tout jusqu’à ce qu’un mystérieux manifeste soit récemment trouvé sur un banc de la gare Victoria, à Londres. Sa rédaction est attribuée au journaliste anglais Sam Kriss.

 

Il n’y a rien là-bas

Ils nous ont trompés. C’est un mensonge cruel et glaçant, si vaste et répandu qu’il a fini par ne plus être perceptible et par devenir le substrat invisible de la vie quotidienne. C’est un mensonge politique. Ils nous ont fait croire que l’Espace était beau.

Ils nous ont montré des nébuleuses, d’immenses nuages rose et bleu coiffés de tresses étoilées violettes, se développant au rythme de l’infinité cosmique jusqu’à adopter des formes génitales – des bites et des chattes larges de plusieurs années-lumière. Ils ont accolé à ces images des citations, petites flaques sémantiques destinées à nous faire croire que les galaxies s’adressaient à nous jusque dans les profondeurs de notre solitude, chuchotant à travers un infini brumeux. Leur message : vous êtes supérieurs à tous les autres, parce que, bordel, qu’est-ce que vous aimez la science.

Ces mots sont des mensonges. Comme ces couleurs. Et ces nébuleuses. Les images que l’on vous présente sont collectées et pigmentées par des ordinateurs. Elles ne correspondent en rien à ce que vous pourriez voir un jour depuis le hublot de votre vaisseau spatial. L’Espace n’est même pas moche, c’est juste un grand rien, un vide noir et lugubre, où se baladent quelques pierres grises qui se percutent suivant un modèle mathématique aussi précis que stupide avant d’être réduites en poussière.

Schopenhauer disait que nous vivions dans le pire des mondes possibles. Comme à son habitude, il se croyait incorrigiblement pessimiste. Si le monde avait été pire que ce qu’il était, jugeait-il, l’Univers n’aurait pas pu exister : il se serait effondré sur lui-même, faisant place à un état de vide et de déclin absolus. Aveuglé par sa gaieté et son optimisme solaire, Schopenhauer ne semblait pas envisager que le monde n’est justement pas possible et ne l’a jamais été, que cette chute dans le néant a déjà eu lieu.

On sait désormais que notre ère – celle de l’accumulation stellaire de galaxies, d’étoiles et de nébuleuses à la splendeur factice – a une durée de vie ridicule. Cette danse stupide durera encore tout au plus quelques milliards d’années. Elle déclinait d’ailleurs à l’instant même où elle a commencé. Une fois que les étoiles se seront éteintes et que toutes les planètes auront dégringolé de leurs orbites, il ne restera plus que des trous noirs, qui eux aussi s’effaceront au fil du temps.

Pendant des éons inimaginables, il n’y aura que quelques particules éparses naviguant dans le vide total. Si deux d’entre elles se rencontrent, un seul atome de positronium pourrait se former, flotter brièvement et se désintégrer à nouveau, et cet atome unique pourrait être la première chose à se produire dans l’univers entier pendant des millions d’années. C’est vers cela que nous nous dirigeons – à l’échelle démesurée de ces choses, nous y sommes déjà – et cela durera si longtemps que l’âge de la lumière, de la chaleur, des étoiles, des arbres et des hommes ne sera plus qu’un bref éclair au moment du Big Bang.

Dans le peu de temps qui s’est écoulé depuis l’époque de Schopenhauer, la situation a dégénéré : la pourriture anthropique s’est propagée, accompagnée d’une hausse généralisée de l’uniformité et du sentiment d’étouffement. Une contagion qui s’est notamment caractérisée par la dispersion de débris électroniques à travers le vide intersidéral, par les voyages sur la Lune et par l’envoi de sondes aux faux airs de boîtes de conserve sur Mars, Vénus et les comètes.

Face à ce tableau, le Comité pour l’abolition de l’Espace (CAE) ne cède pas au désespoir. Nous ne haïssons pas le vide galactique parce qu’il est impossible de détester quelque chose qui n’existe pas. Puisque l’Univers est déjà en train de s’autodétruire, et puisque cette destruction est la condition première et la vérité finale de son existence irréelle, l’abolir n’est pas du tout la même chose que le détruire. Nos slogans ont beau être concis et véhéments (« Nique la Lune ! »), si nous voulons abolir l’Espace, c’est par amour pour lui.

Mission d’espionnage au congrès international de la Mars Society

Il est possible d’échapper à la gravité quand on sait naviguer à travers les minuscules tourbillons de l’air, deviner les nano-courants et imiter la légèreté d’un pistil de pissenlit. Les membres du CAE parcourent le monde sur de douces brises estivales – c’est ainsi que nous débusquons nos ennemis. Certains d’entre nous ont été réduits en cendre sous les feux des rampes de lancement de navettes spatiales ; d’autres battus à mort en tentant d’arracher son télescope des mains de Galilée. Les plus malchanceux d’entre nous furent envoyés au Texas avec la mission d’espionner le 17e congrès international annuel de la Mars Society.

Une question en particulier engendre des monstres : à quoi ressemblera la planète Mars dans 10, 50, 100 ou 500 ans ? Sera-t-elle parsemée de dômes habités ? Ou de coquets établissements de spa installés sur les rives du bassin de Hellas Planitia [1] ? Les avis divergent. On peut aussi penser que la surface de la planète sera arpentée par de sombres et gigantesques robots, des colosses ceints de fumée et de flammes, creusant de profondes tranchées dans la roche avec leurs mâchoires de métal pour la dépouiller de ses minerais utiles et consumant le reste dans le feu atomique. Autre vision possible : celle d’une tempête de poussière approchant à l’horizon, tandis que le dernier colon ronge les os de sa consœur ès aventures, rendue folle par la minuscule lueur dans le ciel céleste – seul aperçu de ce qui un jour fut son foyer. Voire : la planète entière pulvérisée en fragments et broyée pour en récupérer les scories.

Mais le pire serait que Mars ressemble finalement aux abords de Clear Lake, au sud de Houston, où est situé le Johnson Space Center de la NASA. C’est là que notre planète touche du bout des doigts le grand vide idiot de l’Espace. C’est là que s’est tenu leur congrès, où nous nous sommes rendus par la voie des airs. Et c’est ce lieu qui nous a contraint à la rédaction de ce manifeste.

Le fait qu’il existe une conférence internationale dédiée à la promotion de la colonisation de Mars ne devrait pas nous étonner. Le mal a toujours été à nos côtés. Ce qui nous choque, c’est que cette idée stupide et hideuse ait été absorbée avec un tel appétit par notre société, se distordant en une inéluctabilité positive. L’un des principaux responsables de cet état de fait est l’ouvrage de Robert Zubrin intitulé Cap sur Mars [2].

Le mouvement pro-colonisation rassemble des gens issus de tous horizons, de toutes disciplines, de toutes psychoses (l’un des débats du congrès s’intitulait « Marscoin : une crypto-monnaie boostant l’investissement privé pour amorcer la colonisation spatiale » ; un autre préconisait l’emploi d’un vaisseau spatial tirant son énergie des trous noirs et capable d’atteindre l’orbite de Mars en soixante minutes et la galaxie d’Andromède en vingt heures), mais tous partagent la même vénération pour ce texte sacré. La simple mention de l’ouvrage de Zubrin pendant les échanges suffisait à déclencher des applaudissements et des cris d’extase. Notre mouvement n’a jamais eu le moindre texte fondateur, jusqu’à ce manifeste : nous méprisons toutes les singularités. Pour comprendre ce qui nous a amenés à l’écrire, il est malheureusement nécessaire de lire la bible de nos ennemis.

C’est un texte étrange et perturbant. En dépit de son titre, la majeure partie de l’ouvrage est moins un plaidoyer pour la colonisation de Mars qu’un argumentaire pédant visant à valider la faisabilité du propre programme de Zubrin : Mars Direct. C’est seulement dans les derniers chapitres qu’il laisse émerger quelque chose ressemblant à un argument en faveur du voyage pour Mars : la colonisation spatiale devrait être considérée comme exactement analogue au pillage des Amériques par Christophe Colomb (ce dernier est mentionné quatre fois dans le livre, Marx seulement une fois – c’est toujours mauvais signe). En ouvrant ces territoires à la colonisation, Colomb aurait créé quelque chose de novateur et d’unique : la « civilisation occidentale humaniste ». De l’étouffante ignorance féodale aurait émergé une société dans laquelle « la vie humaine et les droits humains sont tenus comme des valeurs cardinales », un monde de dynamisme effréné, féru d’innovation scientifique, où tout serait mis en œuvre pour améliorer la qualité de la vie de chacun d’entre nous.

Cette société ne peut survivre qu’à condition d’être dotée d’une frontière à transcender, d’un espace homogène vide à aménager et à transformer selon les désirs et les fantasmes de la lubricité marchande. Un espace qui ouvre des libertés telles qu’elles ne peuvent, à leur tour, que transformer le vieux monde établi de l’autre côté de la frontière. Or la vieille ligne de démarcation est restée fermée trop longtemps, si bien que les résultats sont faciles à voir, selon Zubrin : « Dissémination de l’irrationalité ; banalisation de la culture populaire ; perte individuelle de la volonté de prendre des risques, de se débrouiller ou de penser par soi-même. » Notre virile vigueur en aurait été sapée. Heureusement, nous pouvons la regagner en adoptant un nouveau partenaire sexuel. Il nous faut inséminer Mars.

À la lecture de ce seul argument, on peut sentir l’odeur du sang et du massacre, ressentir la lente annihilation nous tirant par la manche pour nous guider vers un monde entièrement déserté. Notre société si éclairée qui prétendait faire de la vie humaine sa valeur cardinale n’a pu accomplir cette prouesse qu’au prix du travail gratuit de dizaines de millions d’esclaves. Autre inconvénient, à l’époque de Colomb : cette frontière vide et béante démarquait un territoire habité par d’autres personnes. Si bien qu’il fallut brutalement exterminer des dizaines de millions d’habitants. Mais après tout, Mars est différente, Mars est dénuée de vie. (Un point discutable. Ses océans souterrains pourraient abriter des monstres marins aussi pâles que gigantesques, leurs gentils visages apaisés disposés sur des tentacules symétriques en rotation ; ou bien des procaryotes extrêmophiles [3] formant une conscience dispersée, rassemblant lentement leurs pensées dans la chaleur déclinante d’un noyau en fusion dont la face rocheuse finirait par ouvrir sa bouche pour signaler d’un hurlement sourd l’approche des colons.) Mais même s’ils ont raison, et même si nous tous, sur Terre, représentons les Européens dans cette mimesis historique grotesque, les perspectives ne sont toujours pas très réjouissantes.

Notre mouvement à travers les siècles, des cabochiens aux anabaptistes

Toute lutte contre l’oppression est par essence une forme de révulsion vis-à-vis de l’Espace. Notre comité s’est parfois dressé sur les barricades de villes assiégées, entouré de fumée et de hallebardes ; nous sommes morts en combattant ceux qui allaient transformer nos foyers et nos communautés en espaces vides.

Nous savons qu’à l’époque du premier contact avec les Amériques, l’Europe n’était pas une prison recluse priant pour l’avènement d’une frontière – elle était bien vivante, débordant de révolte. Quand Colomb partit sur l’Atlantique, le trône espagnol combattait une armée paysanne, les pagesos de remença [4]. Des feux similaires brûlaient aux quatre coins du continent. C’était toujours une question d’appréhension du futur. Que nous ayons été cabochiens à Paris ou anabaptistes à Münster [5], nous revendiquions le caractère commun de la propriété et l’abolition de la société de classes. Cela a souvent marché. À la fin du XVe siècle, le féodalisme agonisait, tandis que les travailleurs, les paysans et les artisans bénéficiaient de revenus et d’une qualité de vie inédits. En réponse, la classe dominante, incapable d’extraire suffisamment de plus-value de ces manants rétifs, et donc de faire perdurer sa société, prit une décision : conquérir les Amériques.

Les grandes quantités de métal précieux qui traversèrent l’Atlantique étaient des outils de répression sociale. Elles ont bouleversé l’économie, déclenchant une inflation massive et faisant exploser le prix du grain. Tout cela causa un effondrement des salaires réels qui ne fut pas rattrapé avant le XIXe siècle, ainsi qu’une enclosure [6], laquelle n’a depuis jamais été remise en cause – le ferment de ce qui deviendra le capitalisme industriel. La conquête de la frontière américaine ne fut en rien une ouverture en direction du futur, mais bien au contraire une mise sous scellés de celui-ci, une tentative désespérée de sauver la classe dirigeante qui eut pour effet d’empêcher toute réorganisation sociale d’importance et de barrer la route au futur, jusqu’à aujourd’hui.

Dire que le capitalisme ne résout jamais ses problèmes mais se contente de les déplacer est un truisme. Aujourd’hui, il manque de place. Les conditions nécessaires à la vie sociale et biologique s’amenuisent. Il a épuisé ses minéraux et sa monnaie (le montant de la dette globale sur la planète excède désormais la valeur totale de tout ce qui existe à sa surface). Et c’est précisément le moment où apparaissent ces répugnantes nébuleuses grimaçantes et l’idée selon laquelle la tâche la plus glorieuse de l’humanité serait de partir à la conquête de la galaxie, transformer le vide en valeur, donner au capital une latitude infinie pour opérer sa sinistre magie.

Il y a de quoi avoir peur. Dans l’Espace, il n’y pas de relation à la nature, uniquement un antagonisme. Nous pensons que le monde actuel est traité avec négligence ? Nous n’avons encore rien vu. Comme l’a montré l’historienne féministe Silvia Federici, le processus d’accumulation primitive ne s’est pas seulement imposé sur le terrain ravagé des Amériques mais également sur le territoire du corps féminin, usant de technologies d’asservissement forgées grâce à la conquête coloniale [7]. Chaque nouvelle concession à la fringale effrénée du capitalisme n’apportera pas seulement une hausse de la misère et de l’esclavagisme, mais également de nouvelles techniques de répression, aujourd’hui inimaginables, mais que l’on peut peut-être se représenter à l’image de ces mâchoires qui arracheront les minéraux des astéroïdes pour les déposer dans la gueule impatiente des machines. Marx a écrit que « le capital vient au monde dégoulinant de sang et de saleté par tous ses pores, de la tête aux pieds ». Dans la première phase d’accumulation primitive, sa silhouette monstrueuse a surgi des profondeurs de la terre volée. Quelles nouvelles horreurs à tentacules pourraient émerger des morbides noirceurs du cosmos ?

Nos grands principes

Le Comité pour l’abolition de l’Espace existe depuis très longtemps – peut-être depuis toujours. Les mouvements que nous avons fondés au fil des siècles ont arboré différents noms et différents leaders, mais tous s’inscrivaient d’une manière ou d’une autre dans notre guerre contre les étoiles. C’est seulement aujourd’hui que nous dévoilons notre existence – dissimulés derrière de frêles masques –, parce que le danger est à notre porte. Malgré notre grand âge et notre connaissance de certains secrets, nous ne sommes pas puissants. Nous ne sommes qu’une poignée, pourchassés, terrifiés, mais nous vaincrons malgré notre faiblesse. Le CAE postule cinq principes fondamentaux :

  1. Jamais l’humanité ne colonisera Mars, n’édifiera de bases lunaires, ne réarrangera les astéroïdes, ne construira une sphère autour du Soleil.
  2. Nous ne nous déplacerons jamais plus vite que la lumière. Nous ne voguerons pas à travers la galaxie. Nous n’échapperons pas à notre étoile.
  3. La vie est probablement un phénomène tout à fait anodin ; l’Univers en grouille probablement. Mais nous n’établirons jamais le contact. Nous ne ferons jamais l’amour avec de fringants aliens à la peau verte.
  4. L’espèce humaine vivra et mourra sur ce rocher. Après notre départ, quelque chose d’autre prendra notre place. Il se peut que ce soit déjà le cas et que nous n’en ayons même pas pris conscience.
  5. Cette destinée nous convient.

Nous avons un programme, jalousement défendu à travers les siècles. Il fut un temps où c’était le livre caché des hérésiarques sumériens, puis les mystiques d’Europe l’ont vaguement reconnu comme le Saint Graal :

  1. Tout d’abord, nous abolirons la lune, ce sac à merde dans le ciel, notre constante harceleuse condescendante. Cela devrait être l’étape la plus facile : Des gens ont posé le pied sur sa surface, et en sont revenus, et finalement ils ont cessé d’y aller ; ils ont réalisé à quel point elle était ennuyeuse.
  2. Ensuite, nous renverserons l’institution fasciste du soleil, réalisant enfin le rêve de tous les grands mouvements révolutionnaires de l’histoire.
  3. Nous démantèlerons les planètes, une par une, les laissant disparaître avec Pluton dans la mort. Nous balayerons les nébuleuses poussiéreuses, boucherons les trous noirs, boirons la Voie lactée, démolirons la Grande Muraille brique par brique.
  4. Comètes, astéroïdes, poussières spatiales, écume quantique : c’est fini.
  5. Enfin, lorsque notre victoire sera presque complète, nous abolirons l’orbite terrestre basse, les profondeurs noires des océans, les étendues sauvages des pôles, le cœur palpitant de la psyché humaine.

Nous avons dit précédemment que pour nous, abolir quelque chose ne signifie pas le détruire. Autrefois, on pensait que le cosmos était peint sur le voile du firmament, qu’il était une sorte de métaphore divine, une surface portant des milliers de riches histoires. Depuis, il est devenu l’espace intersidéral, un vide grotesque. L’espace est un lieu de désacralisation, un vide dans lequel on se déplace, et se déplacer dans l’espace signifie refermer toute possibilité pour la vie sur Terre. Le CAE ne cherche pas à fixer des limites. Nous voulons créer un avenir, non pas un avenir de boîtes de conserve esquivant des pierres dans le vide, mais un avenir pour la vie humaine. Pour ce faire, nous devons abolir l’espace extra-atmosphérique avec toute sa mort et son idiotie, et rendre le cosmos à sa véritable nature, qui est la mythologie. De sorte que lorsque nous lèverons les yeux au ciel, ce sera avec peur et émerveillement, et avec la conscience que nous vivons dans un monde qui n’est pas possible.

Rejoignez-nous. Inutile de nous chercher : nous vous trouverons. Vous mettrez un pied dehors le matin et tomberez sur un chétif oiseau qui vous dévisagera depuis les branches tremblotantes d’un arbre secoué par les rigueurs de l’hiver. Ou bien : vous verrez un rideau de pluie venir à votre rencontre depuis le bout de votre rue ; les corps entassés dans un train bondé exhaleront soudain une rafraîchissante odeur de cave froide ; des brins d’herbe germeront d’une fissure dans le ciment de votre façade. Peut-être apercevrez-vous de plus en plus souvent nos initiales sur les murs et les passages souterrains, non pas inscrites à la bombe mais émergeant de réseaux complexes d’affiches déchirées et de végétations parasites. Quelle que soit la forme du message, vous comprendrez. Par un processus aussi mystérieux et dénué de sens que la course des étoiles, vous aurez été invité à rejoindre les rangs du Comité pour l’abolition de l’Espace.

Sam Kriss
est un écrivain et un dilettante qui survit à Londres.

 

Traduit par Émilien Bernard & Jacques Hardeau

Texte publié dans Z : Revue itinérante d’enquête et de critique sociale n°12, 2018.

 


[1] Impact de météorite situé dans l’hémisphère sud de la planète Mars. Il s’agit de la plus grande structure d’impact encore visible sur la planète. [NdR]

[2] The Case for Mars. The Plan to Settle the Red Planet and Why We Must, Touchstone, 1996 ; trad. fr. Cap sur Mars : Un plan pour l’exploration et la colonisation de Mars par l’homme, Goursau, 2004.

[3] Les procaryotes sont des micro-organismes unicellulaires simples qu’on nomme informellement bactéries. Un organisme est dit extrêmophile lorsque ses conditions de vie normales sont mortelles pour la plupart des autres organismes. [NdR]

[4] En catalan, « pagesos de remença » désigne les paysans (pagesos) catalans asservis à un seigneur et à sa terre. Pour pouvoir recouvrer leur liberté, ils devaient s’acquitter de la remença, sorte de rançon.

[5] Pendant la guerre de Cent Ans, les cabochiens formaient une faction populaire et prirent la Bastille en 1413 avant d’être exterminés. Les anabaptistes, chrétiens allemands, prônaient un baptême volontaire et conscient et un approfondissement de la Réforme jusque sur le plan social (communauté de biens). Ils menèrent la guerre des Paysans en Allemagne du Sud mais durent se réfugier à Münster, où ils furent finalement exterminés.

[6] Enclosure est un terme anglais faisant référence à un mouvement né en Grande-Bretagne au XVe siècle et qui s’intensifia pendant la révolution industrielle, consistant à privatiser les terres collectives (« commons ») au bénéfice de l’aristocratie.

[7] Caliban et la Sorcière [2004], coéd. Entremonde-Senonevero, 2014.

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