François Jarrige, Aux sources de la catastrophe, 2016

L’État et l’avènement des sociétés industrielles (1750-1850)

 

Quel rôle l’État a-t-il joué dans l’avènement des trajectoires industrielles à l’origine des crises écologiques contemporaines ? Quelle est sa responsabilité dans la formation du gigantisme technicien et la production des déséquilibres naturels aujourd’hui lourds de menaces ? Quelle pourrait être sa place dans les alternatives à inventer ? L’État est-il un frein à l’innovation ou son principal soutien ? Alors que les libéraux continuent de percevoir l’État comme une bureaucratie étouffante qui bloquerait les initiatives et gaspillerait les énergies, d’autres défendent l’État stratège et innovateur qui serait le seul à même d’affronter l’effondrement social et écologique en promouvant les « innovations de rupture », comme le furent hier le nucléaire et l’informatique, comme le seraient aujourd’hui les vastes projets de géoingénierie climatique. Face à des sociétés « conservatrices » ou « bloquées », il reviendrait à l’État de lever les obstacles au déploiement d’une nouvelle modernisation désormais appelée écologique. Devant l’effondrement environnemental et les défis qui surgissent, quel rôle accorder à l’État ? Peut-il être écologisé pour devenir le ferment des nécessaires transitions, ou bien est-il d’abord un frein à lever avant d’envisager tout renouvellement de notre rapport au monde et aux autres êtres vivants ?

Ces interrogations témoignent de l’ambivalence constitutive de ce qu’on appelle « État », qui n’a cessé, depuis le XVIIIe siècle au moins, de susciter une multitude d’analyses contradictoires. Tyran caché ou héros rédempteur, figure de l’oppression ou seule instance de protection pour les faibles, beaucoup de théories et d’utopies – positives ou critiques – ont tenté d’en cerner les contours. Cette ambivalence du rapport à l’État n’a peut-être jamais été aussi vive qu’aujourd’hui à l’heure de l’effondrement environnemental, de la mondialisation néolibérale et des recompositions intellectuelles qui ont suivi la chute du mur de Berlin. L’étude du rôle de l’État dans l’émergence de la trajectoire thermo-industrielle contemporaine peut peut-être aider à préciser les choses [1]. La question du rôle de l’État dans les « révolutions industrielles » à l’origine de notre temps a été beaucoup discutée. Loin de bloquer l’industrialisation, la « croissance » ou la « modernisation », comme l’affirment encore certains, l’État est plutôt ce qui les a rendues possibles. Même le néolibéralisme contemporain n’est pas une simple « idéologie » du laisser-faire et du retrait de l’État, il est bien davantage « une pensée d’État » originale qui tente d’utiliser l’État et ses ressources pour imposer partout la mise en concurrence généralisée [2].

Mais qu’est-ce que l’État au fond ? Ce mot si plastique et flou n’empêche-t-il pas de penser ? Au-delà des définitions classiques identifiant l’État à un appareil bureaucratique, à une administration ou à une forme de gouvernement, il faut insister sur son ambivalence profonde, sur les tensions et divisions qui ne cessent de le traverser. Il serait sans doute utile de repartir des mises en garde de Pierre Bourdieu lorsqu’il notait que l’État est d’abord « une entité théologique », un « grand fétiche » de la modernité dont l’existence est étroitement liée à des croyances, et dont l’une des fonctions essentielles a été « la production et la canonisation des classifications sociales » [3]. La question de l’État ne saurait se limiter à l’alternative entre la défense de l’État social hérité du « compromis fordiste » du XXe siècle et la dénonciation de l’État technocratique tout-puissant qui étoufferait les expérimentations et les tentatives d’auto-organisation de la société. L’alternative ne saurait non plus opposer l’État écologiste autoritaire et les micro-expérimentations autonomes. Pour tenter d’éclairer ces enjeux, ce bref texte propose de revenir sur le rôle des États dans l’émergence des sociétés thermo-industrielles et la recomposition du rapport à la nature entre le XVIIIe et le XIXe siècle, il tente aussi d’explorer son action dans le cadrage des oppositions et des critiques qui s’exprimaient alors.

Genèse de l’État moderne,
haut modernisme et industrialisation

Le rôle des États dans l’industrialisation des sociétés a été beaucoup étudié au XXe siècle alors que triomphaient les grands programmes de planification et de recherches impulsés par les nations en compétition [4]. Paul Josephson a insisté sur le rôle des États puissants et autoritaires dans la brutalisation de la nature et l’imposition des grandes technologies destructrices [5]. Mais avant même le XXe siècle, de nombreux liens relient l’apparition de l’État moderne à la guerre, à l’essor des villes et de l’industrie, à la domestication et à l’exploitation de la nature [6]. Avec l’apparition des États modernes, des populations qui se trouvaient jusque-là sous la houlette de petites unités de gouvernement ou formaient des communautés plus ou moins autarciques, ont été peu à peu intégrées à de vastes organisations obéissant à des règles impersonnelles. À l’époque moderne, les monarchies européennes sont parvenues à s’assurer la subordination des institutions autonomes des provinces en affirmant « l’absolutisme ». La construction d’un État centralisé puissant emprunta évidemment des chemins variables selon les territoires : en France, l’État dut ainsi affronter de nombreuses difficultés que ne connaissait pas son homologue anglais. Pour asseoir son autorité, la royauté dut faire des concessions qui affectaient l’uniformité de son pouvoir, en confirmant par exemple les droits des corporations et des marchands [7].

L’essor de l’État aux XVIIIe-XIXe siècles s’accompagne par ailleurs d’une maîtrise inédite des territoires et des populations, notamment grâce aux statistiques qui soutiennent l’imaginaire de la puissance et l’obsession pour la mesure et la quantification. Le biopouvoir, défini par Michel Foucault, s’élabore alors en instaurant une technologie libérale de gouvernement, en faisant advenir un sujet égoïste et calculateur contre les morales anciennes du don et du sacrifice, en vue d’accroître la richesse et la puissance de l’État [8]. Pour l’anthropologue James Scott, l’État fut le bras armé du « haut modernisme », c’est-à-dire d’une certaine confiance agressive dans le pouvoir du progrès scientifique et technique. L’État moderne a été l’agent et l’ardent promoteur de l’expansion de la sphère de la production et de la marchandise, comme du façonnement rationnel de la société et de la nature. Cet État modernisateur a procédé en permanence à des simplifications grossières au service du gigantisme, il n’a cessé de construire de l’abstraction aux dépens de la complexité, d’où les drames dont il a été la cause et les échecs répétés qu’il a dû affronter. Avant le XVIIIe siècle, ses activités se limitaient pour l’essentiel à une petite frange de la population, proche du souverain, l’idée que l’État devait améliorer la condition de tous les membres de la société, qu’il s’agisse de leur santé, de leur formation, de leur moralité ou de leur productivité, n’existait pas [9]. La force et l’attrait de ce haut modernisme promu par l’État viennent de ce qu’il entendait améliorer la condition humaine au moyen de la science en rompant avec toutes les formes de tradition et d’attachement, en s’émancipant en permanence des contraintes physiques et naturelles, au service du plus grand nombre et du « progrès ».

Ce projet historique a été l’une des forces de l’État moderne, et la source de son attrait considérable. Il a effectivement rendu possible de nombreuses libérations à l’égard des anciennes dominations, il a permis de dessiner des projets utopiques pensés comme rationnels et ouvrant la voie de l’émancipation. À partir de la Révolution, les États européens voient ainsi leur emprise sur la société et la nature s’étendre, comme le montrent par exemple l’accroissement du nombre de fonctionnaires et l’expansion de leur sphère d’action [10]. Dans cet ensemble, les grands corps d’ingénieurs de l’État, ingénieurs des mines et polytechniciens chargés de rationaliser la maîtrise sur la nature, ont vu leurs effectifs croître et leur position sociale s’affirmer jusqu’à donner naissance à une véritable « technocratie d’État » dotée d’une autorité et d’un pouvoir considérables [11]. Les États européens qui s’affirment au XIXe siècle deviennent à la fois enquêteurs, policiers, hygiénistes, industrialistes, avant de commencer à devenir sociaux à la fin du siècle, sous la pression des mondes populaires, de leurs luttes et de leurs organisations peu à peu intégrées au champ politique grâce à la généralisation du suffrage universel.

Ce processus ne fut pourtant ni général ni linéaire. Hors d’Europe, l’État prit des formes très diverses, par exemple la Chine des Qing (de 1644 à 1912) avait un État qui contrôlait mal l’immense Empire chinois et laissait une grande autonomie aux populations locales ; il ne s’agissait pas non plus d’un État promouvant le développement industriel comme l’étaient à la même époque les États européens, il recherchait davantage la sécurité que l’innovation [12]. Par ailleurs, de nombreuses populations refusèrent la forme État et agirent contre son apparition avant qu’elle ne soit imposée par la force à l’époque de l’impérialisme triomphant et de la mondialisation à la fin du XIXe siècle [13]. James Scott encore, dans la continuité de l’anthropologie anarchiste de Pierre Clastres, a insisté sur ce point dans son étude des populations des collines d’Asie du Sud-Est, et plus largement des nombreuses populations nomades, hostiles à l’intrusion de l’État [14]. En Europe même, de nombreuses populations rurales se sont opposées au développement croissant de l’État. La formation de l’État fut donc un processus de très longue durée qui n’a cessé d’être modelé par des résistances et des oppositions qu’il a fallu lever pour imposer le prométhéisme industriel.

L’État industrialiste et la promotion du gigantisme technicien

Entre le XVIIIe et le XIXe siècle, l’État devient industrialiste ; son horizon s’identifie de plus en plus étroitement à la promotion des innovations et de la croissance industrielle, telles qu’elles commencent à être définies par l’économie politique. L’État moderne a joué un rôle décisif dans la promotion d’un nouveau rapport à la technique dont le statut est profondément requalifié avec le passage des anciens arts et métiers au grand machinisme de l’ère thermo-industrielle. Dès l’Ancien Régime, l’État royal entendait assurer la puissance de la nation et le bien-être des sujets grâce à la multiplication des inventions et la mise en avant de grands projets techniques censés incarner sa puissance, comme le furent les assèchements de marais ou certains équipements comme la machine de Marly, construite entre 1681 et 1682 pour alimenter en eau les jardins du château de Versailles, eux-mêmes symboles du prométhéisme technologique de l’État absolutiste cherchant à dompter une nature rebelle [15].

C’est d’ailleurs dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, en France comme en Angleterre, que les politiques économiques se convertissent aux vertus de la mécanisation et de l’accroissement de la productivité. Les inspecteurs des manufactures deviennent par exemple de fermes « zélateurs du progrès » à la recherche du « salut par les mécaniques » [16]. Alors que les élites célèbrent de plus en plus les inventeurs et se passionnent pour les arts et métiers, le statut de l’innovation se transforme en profondeur : « Innover devient en soi une sécurité », assure Liliane Hilaire-Perez [17]. Ainsi s’élabore un grand basculement qui fait du changement technique le moteur de l’histoire, et de sa promotion un ardent devoir de l’État.

L’action de l’État dans l’acclimatation du nouvel âge thermo-industriel s’accentue à la fin du XVIIIe siècle lorsque les corps intermédiaires sont disqualifiés au profit du face-à-face exclusif entre les individus et l’État. La disparition des corporations avec la loi Le Chapelier de 1791 fait ainsi de l’État français la seule instance de régulation et de production de règles collectives, au moment même où la doctrine libérale impose pourtant à l’État de ne pas intervenir. Cette ambivalence a constitué une dimension fondatrice de la culture politique française [18]. Pour les économistes du XVIIIe siècle comme Quesnay et Turgot, les corporations étaient des entraves au doux commerce, elles freinaient l’innovation en entretenant des monopoles stériles et en dispersant les énergies [19]. L’ancien système des corporations devait en effet réguler la fabrication des produits et, avec elle, l’ordre social ; en les détruisant, la Révolution poursuit un processus engagé auparavant par la royauté. Avant l’apparition d’une croissance économique moderne liée à la production de masse, à l’accès aisé à d’abondantes ressources fossiles et à la hausse continue de la productivité du travail grâce au machinisme, dominait une « croissance smithienne », davantage fondée sur la variété des produits et l’expansion des marchés. Dans ce modèle, l’innovation et la grande industrie n’avaient pas la prépondérance qu’elles acquièrent au XIXe siècle : plutôt qu’à la standardisation des produits et à la baisse des coûts pour produire en masse, l’innovation était mise au service du renouvellement incessant des produits et de l’amélioration de leur qualité. Plus que les gains de productivité, les artisans utilisaient leur ingéniosité pour rivaliser de prouesses, ils avaient une autre compréhension de la « technologie » « fondée sur l’appréciation qualitative, si ce n’est esthétique et hédonique de la finalité des objets » [20]. À travers les corporations de métier et les organisations artisanales s’affirmaient donc d’autres valeurs, d’autres représentations des techniques que celles qui l’emportent avec le gigantisme de l’âge industriel.

En héritier des pratiques inaugurées sous l’Ancien Régime, Napoléon encourage également les innovations, il soutient les industriels et multiplie les prix et les aides afin de perfectionner les techniques d’armement ou les machines productives [21]. L’État, particulièrement en France, joua un rôle décisif dans l’acclimatation des trajectoires thermo-industrielles en promouvant les nouvelles industries charbonnières, mais aussi en civilisant les risques industriels et technologiques et en sécurisant le grand capital industriel. En étudiant les débats qui ont accompagné les débuts de l’industrie chimique, les premières grandes usines à gaz et les machines à vapeur, Jean-Baptiste Fressoz a montré comment le recours aux normes techniques, aux régulations, à l’hygiène publique, a permis à l’État de créer « un savoir désinhibiteur » visant à faire accepter une modernité technologique pourtant fortement contestée. En multipliant les dispositifs juridiques, sociaux ou culturels qui permettent d’« ajuster le monde à l’impératif technologique », l’État et ses administrations ont imposé des normes rationnelles et unifiées à la place des anciennes « règles de l’art » [22]. Tous ces dispositifs ont offert aux capitalistes de la grande industrie des ressources précieuses pour contourner les oppositions, les freins et les incertitudes qui n’ont cessé d’accompagner et de modeler le processus.

Penser le rôle de l’État dans le « choix du feu » à l’origine des trajectoires contemporaines implique aussi d’être attentif à son rôle dans la promotion du charbon qui ouvre l’âge des énergies fossiles [23]. Au Royaume-Uni – où la pénurie de bois était particulièrement préoccupante et les gisements de charbon abondants –, la production augmente précocement dès le XVIIIe siècle [24]. En France, l’État joue un rôle moteur dans le développement de l’exploitation du charbon : l’arrêt du 14 janvier 1744 met ainsi un terme à l’anarchie antérieure en rappelant que l’exploitation du sous-sol résulte d’une concession de l’autorité publique. Ce texte permet à l’État d’organiser et d’optimiser la production contre les revendications des propriétaires terriens et des pouvoirs locaux. Le décret napoléonien du 21 avril 1810 reconnaît à son tour la propriété de l’État sur le sous-sol, il permet aux ingénieurs des mines d’accorder les concessions aux entrepreneurs les plus à même de l’exploiter. L’État met également en place des formations spécialisées et promeut un corps d’ingénieur des mines dont le rôle devient essentiel dans l’accroissement de l’exploitation du sous-sol et l’acclimatation des machines à vapeur [25]. C’est également lui qui promeut l’établissement de cartes minéralogiques pour accélérer les prospections, ou la publication de statistiques minérales. Loin du libéralisme officiellement affiché, l’État fut un acteur clé dans l’émergence de l’industrie charbonnière [26]. Mais à la différence de l’Angleterre, la France manque de charbon. Pour pallier cette situation, l’État encourage les importations en abaissant les droits de douane : les importations d’origine britannique sont ainsi multipliées par dix entre 1834 et 1845 ; en 1853, une nouvelle libéralisation introduite par l’État industrialiste du second Empire accroît encore la quantité de charbon importé qui grimpe de 4 millions de tonnes en 1854 à 8 millions en 1878 et 16 millions en 1900.

L’État, les plaintes et l’acclimatation des pollutions

Mais l’avènement de l’ère industrielle ne s’est pas opéré de façon pacifique. Elle a été construite par des États soucieux de lever les obstacles qui menaçaient de freiner le processus. En accentuant les crises et les nuisances, l’industrialisation a bouleversé de nombreuses situations, rompu de fragiles équilibres socioécologiques, suscité d’incessantes plaintes et protestations de la part des populations victimes de ces évolutions. Les émanations et déchets toxiques – peu à peu appelés « pollutions » au XIXe siècle – ont ainsi augmenté de façon considérable avec la « révolution chimique » des acides et l’adoption progressive de la vapeur à partir de la fin du XVIIIe siècle. Même si le processus fut lent et très progressif, les plaintes ont accompagné le mouvement. Sous l’Ancien Régime, les autorités privilégiaient l’éloignement des activités insalubres et la police n’hésitait pas à interdire les activités jugées dangereuses pour la santé publique [27]. À partir de la fin du XVIIIe siècle pourtant, c’est l’acceptation des nuisances qui l’emporte alors que l’État et les pouvoirs publics s’affirment comme les défenseurs des intérêts industriels. Les dispositifs de surveillance et de répression disparaissent au profit d’un libéralisme qui accompagne une politique centralisée, volontariste, parfois guerrière. L’État mobilise le tissu productif au service de sa grandeur, et les chimistes sont promus comme nouveaux experts des pollutions au sein de l’administration. Au fur et à mesure de l’identification de l’industrie à la grandeur de la nation, il devient de plus en plus difficile de poursuivre les industriels ou de faire interdire leurs installations polluantes comme le demandent les riverains [28].

Même si les situations sont variables – que l’on soit dans les pays de droit romain ou ceux dominés par la common law –, l’action des États au début du XIXe siècle s’inscrit dans un cadre de plus en plus résolument industrialiste, elle vise à concilier les intérêts contradictoires afin de ne pas freiner l’industrialisation. L’État s’efforce ainsi de rendre l’existence des activités polluantes acceptables par les habitants : c’est notamment le rôle du décret de 1810 sur les établissements insalubres [29]. Ce texte de loi majeur fonde en France ce qu’on appelle le « régime des installations classées » : il instaure une nomenclature des établissements industriels en fonction de leur degré d’insalubrité et prévoit que tout entrepreneur désireux d’ouvrir une entreprise fasse une demande et se soumette à une enquête. Les établissements industriels étaient répartis en trois classes en fonction de leur « incommodité ». Ce texte est souvent présenté comme la première étape dans la lente émergence d’un droit français de l’environnement. A priori, il aurait dû freiner les appétits des capitalistes et les nuisances de l’industrie au nom du bien public garanti par l’État. Il prouverait l’ancienneté d’un État impartial, soucieux d’intervenir pour modérer l’appétit de puissance des industriels en leur imposant des limites. En réalité, ce décret est adopté par le pouvoir napoléonien alors que l’industrie chimique et ses pollutions suscitent une multitude de plaintes. Derrière ce texte, il y a un intense lobby associant savants, industriels et hommes d’État, comme l’ancien ministre de l’Intérieur Chaptal. Loin de limiter l’influence des industriels, ce décret marque au contraire le renforcement du pouvoir des chimistes sur les médecins et les autorités locales, il confie aux ingénieurs des mines – ces bras armés du développement industriel – le soin d’évaluer les risques. Loin de freiner les abus de la grande industrie, il protège les industriels. L’apparente contrainte que constituait pour la grande industrie polluante l’obligation d’obtenir une autorisation de l’administration n’était en réalité que la condition nécessaire à sa protection puisque les industriels étaient désormais soustraits à la juridiction des tribunaux civils et à la pression de leurs voisins.

Les nouvelles usines de soudes artificielles, créées au début du XIXe siècle en utilisant l’acide sulfurique, offrent une bonne illustration de la situation. Ces fabriques inaugurent les débuts de la grande industrie chimique et un premier cycle de pollution de masse dans ce secteur. Les vapeurs d’acide chlorhydrique corrodent tout aux alentours, suscitant d’innombrables plaintes des riverains, maires, notables ruraux ou simples paysans, dont le silence est de plus en plus souvent acheté par des indemnités financières [30]. En Belgique, l’ouverture des usines de soude provoque l’inquiétude des cultivateurs et des propriétaires fonciers craignant pour leurs récoltes, leur bétail et leur santé. Les plaintes montent en puissance au fur et à mesure de l’accroissement des émissions, mais elles sont balayées par les industriels soutenus par les ingénieurs des mines et les médecins convaincus de l’innocuité des rejets acides pour le voisinage. Au milieu du mois d’août 1855, des troubles populaires d’une ampleur exceptionnelle éclatent pourtant dans la région de la Basse-Sambre contre des soudières accusées de décimer les récoltes. Des centaines d’émeutiers tentent de détruire l’usine avant d’être réprimés par l’armée qui tire sur la foule et fait deux morts. L’émeute éclate dans un contexte d’incertitudes scientifiques et de vives tensions sociales, provoquées notamment par l’effondrement des anciennes activités proto-industrielles dans les campagnes. L’insurrection contre la pollution a ici à voir avec les émeutes frumentaires, les insurgés dénoncent les usines chimiques contrôlées par les notables urbains et accusées d’affamer le peuple. Des placards apposés dans divers quartiers de Namur proclament d’ailleurs conjointement « Mort aux accapareurs » et « Démolissons les fabriques de produits chimiques » [31]. Face à ces protestations, l’État intervient en maniant le bâton de la répression, en disqualifiant les « préjugés » des populations rurales à l’égard de la grande industrie et en imposant des normes techniques censées diminuer les rejets.

Refusant d’intervenir pour limiter les rejets polluants de l’industrie, l’État privilégie en effet les innovations techniques censées résoudre le problème. Le projet de supprimer les nuisances industrielles par un dispositif technique ad hoc émerge dès la fin du xviiie siècle ; face à l’impuissance des lois à concilier les intérêts des populations et des industriels, la technique devient un outil pour légitimer les trajectoires polluantes en faisant entrevoir un hypothétique progrès à venir, alors même que les incertitudes restent nombreuses et que les dispositifs antipollution fonctionnent très mal. La technique, sans cesse encouragée et soutenue par les États, devient peu à peu un moyen de cadrer les contestations en transformant le problème des pollutions en simple question technique à gérer au moyen des bons dispositifs. Les fourneaux dits fumivores censés réduire les fumées d’usine en améliorant la combustion du charbon offrent une illustration typique de ce processus. Face aux plaintes des riverains et à la montée des contestations, de nombreux industriels s’en remettent aux techniques pour résoudre les risques sanitaires et écologiques. Les industriels du zinc belge près de Liège, en butte à l’hostilité de plus en plus forte du conseil communal dans les années 1850, choisissent ainsi de multiplier les brevets d’invention pour les fourneaux fumivores censés améliorer la combustion dans les fours à zinc [32]. Ils transforment ainsi la question des rejets polluants en enjeu purement technique, et donc redevable de l’expertise des seuls ingénieurs. Pourtant, le bilan global de ces innovations s’avère douteux, et un rapport présenté en 1894 devant la Société d’encouragement pour l’industrie nationale conclut que l’on « n’a encore reçu aucune solution générale et véritablement pratique » [33]. Dès le XIXe siècle, la multiplication des promesses techniques a eu un effet contre-productif : devant la diversité des procédés, leur coût élevé et leur faible efficacité pratique, les industriels sont devenus sceptiques devant la possibilité de lutter contre les pollutions et les associations environnementales ont vu leur cause sans cesse discréditée et affaiblie [34].

L’antimachinisme et le gouvernement des critiques

Si l’État contribua à acclimater les risques environnementaux en promouvant la confiance dans le progrès des techniques et la capacité régénératrice d’une nature perçue comme infinie, il intervint également pour résorber les critiques sociales qui accompagnent les débuts du machinisme. Si l’industrie fut contestée pour les menaces qu’elle faisait courir à la santé des populations, aux intérêts fonciers ou à la beauté des paysages, elle le fut également parce qu’elle semblait accentuer la misère et désorganiser les communautés de travail [35]. À la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle, l’industrie s’incarne en effet dans de vastes machines productives dont l’arrivée provoque régulièrement des protestations. Pour beaucoup d’artisans, les machines étaient perçues comme la cause de leur misère et comme une cible dans leur lutte contre les agents de leur oppression. À travers des pétitions, des menaces sourdes et parfois des soulèvements violents, des ouvriers s’attaquèrent ainsi aux machines perçues comme des armes entre les mains de leurs exploiteurs. Pour ces ouvriers, les grandes machines industrielles incarnaient le capital oppresseur, même si la signification de ces conflits suscite dès l’époque des interprétations très variables.

Entre la fin du XVIIIe siècle et le milieu du XIXe siècle, à l’époque des révolutions dites industrielles, des travailleurs « rêvèrent parfois si fort au bon vieux temps de leur monopole de la force de travail qu’ils se prirent à haïr les machines au point de les briser », écrivait l’historien Gérard Gayot [36]. Dans certaines villes du Lancashire et du Yorkshire, de Normandie et du Languedoc, des ouvriers dénoncent les nouvelles mécaniques, pétitionnent pour exiger leur interdiction, défilent pour dénoncer leurs effets et se soulèvent parfois pour les détruire. Alors qu’en Angleterre la vapeur devient une idéologie portée par la bourgeoisie britannique afin de conquérir l’État, promouvoir ses intérêts et exprimer ses ambitions, elle est aussi dénoncée pour les menaces qu’elle introduit. Un puissant fétichisme des machines apparaît alors, à l’origine de nombreuses illusions à l’égard des prédations sur les ressources naturelles et les humains, victimes du processus, qu’ils soient dans les faubourgs des grandes villes industrielles ou dans les régions périphériques du « système-monde » en cours de colonisation [37]. Si l’État se convertit précocement au fétichisme industriel, de nombreux acteurs le perçoivent avec inquiétude. La machine à vapeur a ainsi suscité une profonde animosité des milieux populaires, une véritable « démonologie de la vapeur » s’est développée dans certains groupes, transformant l’invention attribuée à James Watt en agent despotique dans l’atelier et en source de dégradation des milieux de vie. Ces protestations atteignent une ampleur particulièrement spectaculaire lors des célèbres émeutes du luddisme en 1811 et 1812. Nommées à partir d’un personnage mythique Ned Ludd, qui aurait brisé le métier de son maître à la fin du XVIIIe siècle, ces émeutes dispersées au cours desquelles des ouvriers du textile attaquent les usines et détruisent des machines effraient les élites anglaises et acquièrent un écho considérable jusqu’à faire du mot « luddisme » un terme générique pour décrire l’hostilité populaire à l’industrialisation. La géographie et l’ampleur des troubles dépendent évidemment des traditions locales, des formes d’organisation du travail, des ressources dont disposaient les ouvriers. Ainsi, là où les marchands-manufacturiers avaient précocement imposé leur contrôle, les émeutes semblent avoir été moins nombreuses que dans les zones où subsistaient des petits drapiers indépendants, propriétaires de leurs outils et travaillant plus librement [38].

En France, dans les années 1820, des ouvriers des petits centres lainiers en crise du Midi s’assemblent également à l’arrivée des grandes mécaniques, pour dénoncer leurs effets et bloquer leur utilisation. En 1830 à Verviers (Belgique) ou en 1848 à Reims, d’autres profitent des événements révolutionnaires pour faire entendre leurs voix et briser les machines. Au milieu du XIXe siècle, la petite production artisanale et domestique reste largement dominante en Europe. L’artisan indépendant maîtrisant un processus productif complexe et un savoir-faire élaboré demeure la norme. Confrontés à l’accroissement du machinisme dans lequel ils entrevoient une menace pour leur travail et pour la qualité des produits qui fonde leur identité, des groupes aussi divers que les imprimeurs-typographes, les tailleurs, les chapeliers ou les scieurs de long ont dénoncé les mécaniques « tyranniques ». Ces protestations n’émanent pas des franges les plus misérables du monde du travail, elles éclatent souvent parmi les travailleurs d’élite, ceux qui disposaient de ressources suffisantes pour exprimer leurs plaintes. Comme les soulèvements paysans contre les premières usines chimiques, ces insurrections ouvrières inquiètent les industriels qui réclament de plus en plus l’aide de l’État pour protéger leurs capitaux. En 1803, le négociant Scipion Mourgue explique ainsi au ministre Chaptal combien la « terreur » que les ouvriers inspirent aux industriels empêche l’adoption des nouvelles mécaniques, et combien il serait nécessaire que le « gouvernement intervienne » [39]. Par la suite, l’évocation de l’obscurantisme populaire symbolisée par la figure du « briseur de machines » refusant « le progrès » devient un véritable topos des discours patronaux demandant l’intervention de l’État. En mai 1846, le journal Le Moniteur industriel n’hésite pas à affirmer qu’« un manufacturier a la mort à redouter, s’il adopte une machine plus puissante, plus précise et plus économique que la main de l’homme » ! Face à la timidité des édiles locaux souvent méfiants, les États doivent soutenir l’adoption du machinisme, lever les obstacles, stimuler l’émulation des fabricants.

L’Empereur lui-même était un partisan des nouveaux procédés qu’il envisageait comme une condition de la puissance industrielle, et donc politique, du pays. En 1807, dans une lettre à Cambacérès, il affirme cette évidence qui n’était pas encore partagée par tous : « […] dire qu’il est préférable d’employer des machines, c’est dire que le soleil donne plus de lumière qu’une bougie » [40]. Sous la Restauration, malgré l’arrivée au pouvoir des légitimistes traditionalistes, le projet de faire de la France une grande nation industrielle subsiste [41]. En février 1821, le préfet de l’Hérault fait ainsi annuler la décision d’un maire interdisant l’utilisation d’une machine dans sa ville. Quelques mois plus tard, en réponse à une autre pétition, le ministre de l’Intérieur énonce l’orthodoxie industrialiste qui gouverne désormais la politique de l’État. Il demande au préfet d’« employer les moyens de persuasion convenables pour éclairer les esprits de cette portion intéressante de vos administrés, en les ramenant à des notions plus saines, plus justes et plus conformes à leur véritable intérêt ». Accepter leur demande reviendrait à entériner « une marche rétrograde [qui] nous ramènerait pour ainsi dire, à l’enfance de l’art » [42]. Désormais, la nécessité de la mécanisation s’énonce dans le langage de l’économie politique dont l’État se fait le promoteur. Dès 1805, face aux fileurs venus lui présenter une autre pétition, le préfet du Nord réplique :

« Je représentais à ces insensés que ces machines, loin de nuire à l’industrie, ne tendaient qu’à l’augmenter en fournissant une plus grande quantité de fils aux ateliers d’étoffes de coton ; que construites à grands frais, sous la garantie et la protection spéciale de la loi, elles trouveraient dans l’administration des défenseurs et non des ennemis. » [43]

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Entre la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe siècle, l’État a donc joué un rôle décisif dans la conversion des sociétés à la grande industrie et aux bienfaits de la croissance. Au-delà de la répression qui fut finalement assez limitée et ponctuelle, c’est d’abord par le biais des normes de droit, par l’intense propagande visible dans les grandes expositions, dans le mouvement de vulgarisation, dans les multiples stratégies de moralisation que s’est déployée l’action de l’État. Une fois convertis aux bienfaits et au caractère inéluctable de la trajectoire thermo-industrielle, les États ont remodelé la société pour l’adapter aux impératifs de la machine et aux contraintes de la nouvelle économie fossile. Alors que la grande industrie demeure fragile et contestée, qu’elle se limite à quelques portions réduites du continent européen, l’État devient un acteur décisif de sa légitimation. Par le cadre juridique qu’il instaure, par son projet de maîtrise technique du monde et de la société, par la promotion et le soutien qu’il apporte au capital industriel, l’État a rendu possible la grande transformation à l’origine de l’effondrement environnemental contemporain.

Pour beaucoup d’acteurs de l’époque toutefois, l’État n’était pas responsable de l’exploitation croissante des hommes et de la nature, c’était d’abord l’anarchie libérale et concurrentielle qui expliquait les crises sociales et écologiques à répétition. L’État conquis par les masses et démocratisé par l’élargissement du droit de vote devait au contraire civiliser les bouleversements industriels au bénéfice de tous. Comme la technique, l’État devient un instrument neutre capable du pire comme du meilleur. Mettre l’État au service de l’émancipation du plus grand nombre est précisément l’ambition du projet « socialiste » qui apparaît à l’époque chez Louis Blanc, le théoricien de « l’organisation du travail », ou chez Karl Marx quelques années plus tard [44]. Pour Louis Blanc, alors que « dans le monde industriel où nous vivons, toute découverte de la science est une calamité », « dans le système d’association et de solidarité […] ce qui est aujourd’hui un moyen d’extermination deviendrait l’instrument du progrès universel » [45]. Pour les premiers républicains comme pour la tradition socialiste née en réaction aux bouleversements industriels, l’État devait être l’agent de la domestication de l’industrie en redistribuant la richesse, en protégeant la santé publique, en instaurant des normes censées préserver la population. Si le machinisme était dangereux dans le système libéral et bourgeois de concurrence généralisée, il devait se muer en conquête « merveilleuse » dans la future société socialiste.

À l’heure des débats sur l’effondrement environnemental produit par l’industrialisation poussée du monde, et alors que les expériences de « transition » prolifèrent en opposant celles impulsées d’en haut par les bureaucraties écologiques et celles promues d’en bas par des citoyens cherchant à retrouver une autonomie et une maîtrise sur leur destin, la question du rôle de l’État demeure toujours aussi vive. Mais au fond qu’est-ce que l’État ? Est-il autre chose que la somme de ses serviteurs ? Peut-on considérer qu’il existe une unité de l’État alors même que ce que l’on nomme ainsi est sans cesse traversé de tensions et d’oppositions ? L’État est un processus historique, un condensé de relations qui n’a cessé de se réinventer et d’évoluer. Au-delà de l’État, catégorie finalement très floue et abstraite, c’est la question de l’échelle qui doit sans doute être posée comme y invite Olivier Rey à la suite de Léopold Kohr et d’Ivan Illich [46]. Comment imaginer des formes d’organisation à petite échelle, rendant possible l’autonomie des citoyens reprenant le contrôle sur leur avenir et leur relation au monde. L’État contemporain est devenu une entité gigantesque, un agent anonyme et bureaucratique porté aux grands projets prométhéens de remodelage de la Terre. Face aux catastrophes écologiques contemporaines il sera difficile de faire sans l’État, mais il semble encore plus suicidaire de s’en remettre simplement à lui.

François Jarrige

 

Article publié dans la revue Écologie & Politique n°53, “Face à la catastrophe : avec ou contre l’État ?”, novembre 2016.

 


[1] J. Grinevald, “La révolution industrielle à l’échelle de l’histoire humaine de la Biospère”, Revue européenne des sciences sociales, n° 134, 2006, p. 139-167.

[2] D. Harvey, A Brief History of Neoliberalism, Oxford University Press, Oxford, 2005 ; A. Skornicki, “Généalogie de la morale néolibérale”, La Vie des idées, 16 septembre 2009, <www.laviedesidees.fr/Genealogie-de-la-morale.html>.

[3] P. Bourdieu, Sur l’État. Cours au Collège de France, 1989-1992, Seuil, Paris, 2012, p. 13, 24-25, 197.

[4] D. Edgerton, “L’État entrepreneur de science”, dans C. Bonneuil et D. Pestre (dir.), Histoire des sciences et des savoirs. Tome 3 : Le siècle des technosciences, Seuil, Paris, 2015, p. 68-83.

[5] P. R. Josephson, Industrialized Nature. Brute Force Technology and the Transformation of the Natural World, Island Press, Washington D. C., 2002.

[6] J.-P. Genet, La genèse de l’État moderne. Culture et société politique en Angleterre, PUF, Paris, 2003.

[7] H. Root, La construction de l’État moderne en Europe. La France et l’Angleterre, PUF, Paris, 1994.

[8] M. Foucault, Naissance de la biopolitique. Cours au Collège de France (1978-1979), EHESS/Gallimard/Seuil, Paris, 2004 ; J.-B. Fressoz, “Biopouvoir et désinhibitions modernes : la fabrication du consentement technologique au tournant des XVIIIe et XIXe siècles”, Revue d’histoire moderne et contemporaine, n°60-4/4 bis, 2013, p. 122-138.

[9] J. S. Scott, Seeing Like a State. How Certain Schemes to Improve the Human Condition Have Failed, Yale University Press, New Haven, 1998, p. 89-91.

[10] P. Rosanvallon, L’État en France de 1789 à nos jours, Seuil, Paris, 1993, p. 10.

[11] B. Belhoste, La formation d’une technocratie. L’École polytechnique et ses élèves de la Révolution au second Empire, Belin, Paris, 2003 ; B. Belhoste et K. Chatzis, “From Technical Corps to Technocratic Power. French State Engineers and their Professional and Cultural Universe in the First Half of the 19th Century”, History and Technology, vol. 23, n°3, 2007, p. 209-225.

[12] P. Vries, State, Economy and the Great Divergence. Great Britain and China, 1680s-1850s, Bloomsbury, Londres, 2015, p. 429.

[13] D. P. S. Goh, “Genèse de l’État colonial. Politiques colonisatrices et résistance indigène”, Actes de la recherche en sciences sociales, n°171-172, 2008, p. 56-73.

[14] J. C. Scott, Zomia. Ou l’art de ne pas être gouverné, Seuil, Paris, 2013.

[15] R. Morera, “La machine du Roi-Soleil, 1681-1739”, dans G. Santangelo (dir.), Les maîtres de l’eau, d’Archimède à la machine de Marly, Artlys, Versailles, 2006, p. 58-80 ; R. Morera, L’assèchement des marais en France au XVIIe siècle, PUR, Rennes, 2011 ; G. Quenet, Versailles, une histoire naturelle, La Découverte, Paris, 2015.

[16] P. Minard, La fortune du colbertisme. État et industrie dans la France des Lumières, Fayard, Paris, 1998, p. 249.

[17] L. Hilaire-Perez, L’invention technique au siècle des Lumières, Albin Michel, Paris, 2000, p. 303.

[18] J.-P. Hirsch, Les deux rêves du commerce. Entreprise et institution dans la région lilloise (1780-1860), EHESS, Paris, 1991.

[19] L. Epstein, “Craft Guilds, Apprenticeship and Technological Change in Pre-modern Europe”, The Journal of Economic History, vol. 58, n° 3, 1998, p. 684-713 ; D. Garrioch, La fabrique du Paris révolutionnaire, La Découverte, Paris, 2013, p. 79 et suiv.

[20] L. Hilaire-Perez, La pièce et le geste. Artisans, marchands et savoir technique à Londres au xviiie siècle, Albin Michel, Paris, 2013, p. 23.

[21] P. Bret, “Du modèle académique au modèle technocratique : l’État et l’invention en matière d’armement, 1763-1830”, dans D. Pestre (dir.), Deux siècles d’histoire de l’armement en France. De Gribeauval à la force de frappe, CNRS Éditions, Paris, 2005, p. 27-46.

[22] J.-B. Fressoz, L’apocalypse joyeuse. Une histoire du risque technologique, Seuil, Paris, 2012, p. 286 ; J.-B. Fressoz, “L’émergence de la norme technique de sécurité en France vers 1820”, Le Mouvement Social, n° 249, 2014, p. 73-89.

[23] A. Gras, Le choix du feu. Aux origines de la crise climatique, Fayard, Paris, 2007.

[24] K. Pomeranz, La force de l’empire. Révolution industrielle et écologie, ou pourquoi l’Angleterre a fait mieux que la Chine, Ère, Maison-Alfort, 2009, p. 106.

[25] A. Thépot, Les ingénieurs des mines du XIXe siècle. Histoire d’un corps technique d’État, Eska, Paris, 1998.

[26] D. Woronoff, « Le rôle de l’État dans le développement des ressources charbonnières en France », dans A. Beltran, C. Bouneau, Y. Bouvier, D. Varaschin et J.-P. Williot (dir.), État et énergie. XIXe-XXe siècle, CHEFF, Paris, 2009.

[27] T. Le Roux, Le laboratoire des pollutions industrielles. Paris, 1770-1830, Albin Michel, Paris, 2011 ; T. Le Roux et J.-B. Fressoz, « Protecting Industry and Commodifying the Environment. The Great Transformation of French Pollution Regulation, 1750-1850 », dans G. Massard-Guilbaud et M. Stephen (dir.), Common Ground. Integrating the Social and Environmental in History, Cambridge Scholars Publishing, Newcastle, 2011, p. 340-366.

[28] J. P. S. McLaren, “Nuisance Law and the Industrial Revolution. Some Lessons from Social History”, Oxford Journal of Legal Studies, vol. 3, n° 2, 1983, p. 155-221.

[29] G. Massard-Guilbaud, Histoire de la pollution industrielle, France 1789-1914, EHESS, Paris, 2010 ; T. Le Roux, op. cit.

[30] J.-B. Fressoz, “Payer pour polluer. L’industrie chimique et la compensation des dommages environnementaux, 1800-1850”, Histoire & Mesure, vol. 28., 2013, p. 145-186.

[31] J. Maréchal, La guerre aux cheminées. Pollutions, peurs et conflits autour de la grande industrie chimique (Belgique, 1810-1880), Presses universitaires de Namur, Namur, 2016, p. 157.

[32] A. Peters, “L’affaire du Saint-Léonard et l’abandon du berceau liégeois de l’industrie du zinc (1809-1880) ”, dans T. Le Roux et M. Letté (dir.), Débordements industriels. Environnement, territoire et conflit, XVIIIe-XXIe siècles, PUR, Rennes, 2013, p. 91 et suiv.

[33] Cité par T. Le Roux, “Les fourneaux fumivores, progrès technologique, recul écologique. France/Grande-Bretagne (1780-1860)”, dans J.-F. Eck et P. Tilly (dir.), Innovations, réglementations et transferts de technologie en Europe du Nord-Ouest, xixe-xxe siècles, Peter Lang, Berne, 2011, p. 139-161.

[34] F. Uekötter, “Solving Air Pollution Problems Once and For All. The Potential and the Limits of Technological Fixes”, dans L. Rosner (dir.), The Technological Fix. How People Use Technology to Create and Solve Problems, Routledge, Londres, 2004, p. 155-174.

[35] F. Jarrige, Au temps des tueuses de bras. Les bris de machines à l’aube de l’ère industrielle (1780-1860), PUR, Rennes, 2009, et Technocritiques. Du refus des machines à la contestation des technosciences, La Découverte, Paris, 2014.

[36] G. Gayot, Les draps de Sedan, EHESS, Paris, 1998, p. 139-140.

[37] A. Malm, Fossil Capital. The Rise of Steam Power and the Roots of Global Warming, Verso, Londres, 2016 ; A. Hornborg, Global Ecology and Unequal Exchange. Fetishism in a Zero-Sum World, Routledge, Londres, 2011.

[38] A. Randall, Before the Luddites. Custom, Community and Machinery in the English Woollen Industry, 1776-1809, Cambridge University Press, Cambridge, 1991.

[39] F. Jarrige, Au temps des tueuses de bras, op. cit., p. 232 et suiv. Cf. aussi J. Horn, The Path Not Taken. French Industrialization in the Age of Revolution, 1750-1830, MIT Press, Cambridge (Mass.), 2006, p. 89-126.

[40] Lettre à Cambacérès, 22 juin 1807, dans Correspondance, t. XV, Imprimerie impériale, Paris, 1864, p. 359. Cf. I. Moullier, Le ministère de l’Intérieur sous le Consulat et le Premier Empire (1799-1814). Gouverner la France après le 18 brumaire, thèse de doctorat en histoire, Université Lille III, 2004, chap. 17 : « L’incitation à la mécanisation ».

[41] F. Demier, Nation, marché et développement dans la France de la Restauration, thèse d’État, Université Paris X, 1991, p. 1554-1555.

[42] AN, F12 2302, lettre du ministre de l’Intérieur au préfet de l’Hérault, 30 juin 1821.

[43] AN, F7 8100, rapport du préfet du Nord, Lille, 8 germinal an 13.

[44] F. Jarrige (dir.), Dompter Prométhée. Technologies et socialismes à l’âge romantique, Presses universitaires de Franche-Comté, Besançon, 2016.

[45] L. Blanc, Organisation du travail, Bureau du nouveau monde, Paris, 1850 [1841], p. 80.

[46] O. Rey, Une question de taille, Stock, Paris, 2014, p. 180.

 

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