Guillaume Carnino, Clément Ader, entrepreneur d’invention, 2013

Résumé

Clément Ader est l’inventeur de l’avion (le véhicule et le mot). Or, la vie du « père de l’aviation » se trouve affublée d’une dimension mythologique, ayant invariablement pour but de révéler la gloire éternelle (et en son temps méconnue) du génial inventeur. En réalité, Ader est loin d’avoir été un martyr, et il a même amassé une considérable fortune au cours de sa brillante carrière d’entrepreneur d’invention. À partir de l’étude des archives du fonds Ader au CNAM, cet article retrace la façon dont la légende noire de l’inventeur s’est progressivement instaurée, au détriment de la réalité historique.

 

Clément Ader (1841-1925) est l’inventeur de l’avion (le véhicule et le mot). Voler est un rêve peut-être aussi ancien que l’humanité, et sans doute bien antérieur à la légende de Dédale et Icare. La vie du « père de l’aviation » se trouve affublée d’une dimension mythologique, patiemment construite au fil d’expositions muséales et de publications souvent érudites ayant invariablement pour but de révéler la gloire éternelle (et en son temps méconnue) du génial inventeur. Nous ne prétendons aucunement présenter ici la biographie définitive de l’ingénieur-inventeur, et avons simplement pris pour principe d’inverser la posture habituelle des hagiographes : l’aviation ne sera pour nous qu’un élément de contexte, somme toute assez mineur (Ader ne s’y est consacré qu’une quinzaine d’années sur quatre décennies), permettant de comprendre l’apparition de la figure de l’entrepreneur d’invention [1].

La plupart des éléments que nous détaillons ne sont pas réellement absents des ouvrages consacrés à Ader [2] : ils sont le plus souvent simplement minorés, mentionnés en passant, comme si les aspects de sa vie qui ne concernaient pas l’aviation n’avaient été qu’un « mal nécessaire » ayant permis la réalisation de ce rêve incroyable.

La formation d’un inventeur

Clément Agnès Ader naît du second mariage de François Ader, maître-menuisier à Muret, proche de Toulouse, et d’Antoinette Marthe, qui décèdera précocement en 1865. Élève brillant à l’école primaire, son instituteur aurait incité sa famille à lui payer des études secondaires au pensionnat Saint-Joseph à Toulouse, afin de lui offrir la possibilité d’embrasser une prestigieuse profession libérale [3]. S’orientant vers le baccalauréat ès sciences, Ader doit changer d’établissement : il intègre les cours privés de l’Institution Assiot en 1853 et obtient son diplôme en 1856. Le directeur de l’École s’apprête alors à ouvrir une section d’ingénierie à l’octobre 1857 :

« destinée à former des directeurs d’usine, des métallurgistes, des entrepreneurs de travaux publics, des employés de chemin de fer, des négociants, des fabricants, etc. » [4]

Le prospectus publicitaire s’inspire en même temps de la formation des gadzarts et de la posture centralienne (dont la notoriété est croissante depuis la remise des prix de l’Exposition universelle de 1855), et précise :

« l’École est placée sous le patronage d’hommes éminents dans la SCIENCE, l’INDUSTRIE et le COMMERCE. […] L’enseignement, à la fois théorique et pratique, se divise en leçons orales, travaux manuels, expériences et manipulations de physique et de chimie. » (ibidem)

Cette formation, dont Ader sort diplômé à l’été 1860 ou 1861, lui donne les bases scientifiques, techniques, économiques et juridiques nécessaires pour se lancer dans l’industrie.

Il entre alors en 1862 à la Compagnie du Midi, dont le conseil d’administration est présidé par Émile Pereire. Les compagnies de chemin de fer se sont majoritairement constituées suite à la loi du 11 juillet 1842 qui fixe l’intervention de l’État dans la construction du futur réseau à 15 %, comprenant les travaux de terrassement et le gros œuvre. La production de l’infrastructure et l’exploitation des voies incombe ensuite aux compagnies privées, d’où une tendance à la centralisation des capitaux pour rentabiliser les investissements importants exigés [5]. Ader est donc conducteur de travaux pour la construction de lignes de chemin de fer pendant quatre années environ, durant lesquelles il apprend le métier d’ingénieur par la pratique [6]. En 1866, la mort de sa mère, couplée à la fin prochaine des chantiers de construction ferroviaire aux alentours de Toulouse sont sans doute pour beaucoup dans son retour à Muret, auprès de son père désormais seul. Sans emploi, Ader dépose la même année un brevet pour une machine à relever les rails, invention qui permet, grâce à un système de cric, de réaliser mécaniquement le pénible travail de pose et de stabilisation des lourdes barres de métal lors du remblai des voies [7]. Il fait construire un prototype par un maréchal-ferrant et tente de le louer, mais sans succès.

En 1867, il monte à Paris pour visiter la fameuse Exposition universelle, et prend alors connaissance du vélocipède réalisé par le serrurier Pierre Michaux (amélioration notable de la draisienne existant depuis les années 1820), qu’il essaie, achète et ramène au pays [8]. Les « véloces » d’alors ont leurs roues intégralement constituées de métal, ce qui produit non seulement un bruit effroyable sur les pavés, mais rend aussi la circulation par temps pluvieux extrêmement périlleuse et demande une grande force pour mettre l’appareil en mouvement, qui reste très lourd [9]. Ader fait construire par son maréchal-ferrant un prototype à l’aide de tubes creux en métal, et commande à Paris des bandeaux de caoutchouc vulcanisé afin d’en recouvrir les roues. Une fois le modèle testé et approuvé, il dépose un brevet et tente de commercialiser son invention. Le bon de commande publicitaire du vélo Ader, manuscrit, montre bien que l’inventeur n’a pas de gros moyens à sa disposition, d’autant qu’il produit ses « véloces » artisanalement et demande même au destinataire de choisir le nom qu’il veut lui donner, afin qu’il soit « gravé sur un ruban ou croissant en cuivre poli ». Il affine par ailleurs son argumentaire commercial :

« Il faut se méfier de la contrefaçon qu’on pourra réprimer ; c’est Clément Ader, qui le premier, il y a longtemps, s’est bercé mollement sur un véloce silencieux cerclé en caoutchouc, aussi il offre à ses amis le fruit de son expérience, c’est-à-dire des vélocipèdes de premier ordre, au prix de fabrication qui ne lui laissera probablement pas de bénéfice, mais ce qu’il désire avant tout, c’est la propagation de son système, et il ne doute pas avant peu de le voir universellement répandu. » [10]

Si les dernières phrases de la réclame peuvent laisser croire à une formulation purement publicitaire, peut-être faut-il y voir aussi la volonté réelle chez Ader d’accéder avant tout à la reconnaissance, comme son attitude le montre par la suite à plusieurs reprises.

Son entreprise va bénéficier de l’essor de la course cycliste, qui commence à susciter un certain enthousiasme, et qu’Ader pratique parfois lui-même. Ainsi, l’un de ses biographes, Raymond Cahisa, raconte-t-il :

« Le 7 juin 1869, coup de théâtre au grand prix de Lille où un coureur inconnu, Doretty, sur roues caoutchoutées, bat les as parisiens Castéra, Michaux, Moore et Tribout. Le 2 janvier 1870 se dispute Toulouse-Castanet : le vainqueur est Marty, les 17 km en 48 min., devant […] Tanzi, Fort Grimal, Ader, Rastoul et Bepmale. Le temps de cette course, remarquable pour l’époque, est mis en doute à Paris, et Pierre Soula, secrétaire du Véloce-club de Toulouse, lance un défi aux représentants de la capitale. Le 27 mars suivant, Ader est quatrième dans Toulouse-Villefranche et retour (63 km) gagné en 3 h 41 par Jules Léotard, vainqueur à nouveau le 4 mai, dans Toulouse-Caraman et retour […] tandis qu’Ader est troisième à 7 min. Tous les coureurs sont sur bandes caoutchouc Ader. » [11]

Jules Léotard, d’origine toulousaine, est alors un gymnaste mondialement célèbre qui se produit même à New York. Or, il commande ses pièces de vélocipède directement à Ader, ce qui offre à l’inventeur la meilleure publicité qui soit, au point qu’il songe à s’établir comme industriel du cycle.

Mais la guerre de 1870 éclate alors et s’il ne participe pas aux combats, il prend contact avec le ministre de la Guerre afin de mettre ses compétences d’inventeur au service de la nation, notamment au travers d’un projet de cerf-volant conçu pour emporter un être humain dans les airs afin d’observer les positions ennemies. Satisfait d’avoir obtenu l’autorisation d’utiliser le polygone de Toulouse pour ses expérimentations, Ader n’a pas le temps de rendre opérationnel son prototype, et le tumulte politique de l’après-conflit coupe court à ses recherches. Après la guerre, il travaille dans une entreprise de céramique (Douarche, à Castelnaudary), où il profite du matériel et du personnel pour perfectionner un planeur de son invention [12].

À la même époque, Ader correspond avec le grand photographe Nadar, fort intéressé par l’idée d’un « plus lourd que l’air », dans la mesure où lui-même a publié un Manifeste pour l’autolocomotion aérienne en 1863 [13]. L’inventeur fait jouer le réseau de son correspondant afin d’obtenir à Paris une salle pour montrer au public son « planeur en plumes », espérant ainsi attirer l’attention d’un investisseur. Malgré ses efforts, l’exposition du planeur en 1874 dans les salons de l’atelier de photographie où Nadar immortalise les personnalités à la mode ne lui apporte aucun soutien financier, et suscite parfois même des sarcasmes, tel ce commentaire ironique d’un visiteur américain :

« Je vous rapporte, en déclinant toute responsabilité, ce que j’ai entendu au sujet de M. Clément Ader : de fait il s’agit de quelqu’un d’astucieux, c’est-à-dire d’un homme malin qui essaie de tirer de l’argent du banquier Rerier sous prétexte de navigation aérienne. Il n’a jamais volé, ni même fait quoi que ce soit de semblable, bien qu’il ait construit une espèce d’oiseau, qui, d’après ce que j’ai compris, n’a été fabriqué que pour gagner de l’argent. » [14]

Ader décide néanmoins de rester à Paris – le seul endroit où il peut mettre en œuvre ses projets – et réussit à convaincre son père de venir s’installer avec lui. Il tente alors de publiciser un brevet qu’il a déposé en 1866 pour un « système de chemin de fer, dit rail amovible » [15] – un autre nom pour ce que l’on nomme aujourd’hui « véhicule à chenilles ».

Après une première tentative infructueuse auprès du ministère de la Guerre [16], Ader songe à publiciser son invention dans les jardins de Paris, où l’on voit parfois des petits véhicules tirés par des chèvres. Avec l’aide de son père qui se fait cocher intermittent, il construit son prototype et dépose un nouveau brevet, puis promène son attelage à Paris, au jardin des Tuileries ou au parc des Buttes-Chaumont, où il conduit parfois jusqu’à trente enfants. Malgré les recensions enjouées de la presse, il ne trouve toujours pas d’acquéreur pour son invention.

Téléphone et théâtrophone

À force de persévérance, la chance finit pourtant par lui sourire. Entré en contact avec le comte Théodore du Moncel, membre de l’Institut et autorité française en matière d’électricité [17], Ader multiplie les occasions de se former et expérimente plusieurs dispositifs, afin de reproduire ce phénomène dont il a entendu parler et qui existe déjà outre-Atlantique : la transmission de la parole par voie électrique [18]. Ses carnets portent la trace des très nombreuses expériences qu’il réalise et qui aboutissent en 1878 au dépôt d’un nouveau brevet pour un procédé téléphonique de son invention [19]. Cornelius Roosevelt et Frederic Gower, deux représentants d’Alexander Graham Bell à Paris, vont avoir connaissance du brevet d’Ader et proposer à l’inventeur de s’associer avec eux dès 1879 – le téléphone longue distance d’Edison les concurrençait sur le territoire américain et la conquête du marché français ouvrait ainsi de nouveaux débouchés.

Trois sociétés sont alors formées sur le territoire français (dont l’une d’entre elles aux noms de Roosevelt, Gower et Ader), mais elles fusionnent très tôt pour former la Société générale des téléphones, notamment en raison des difficultés induites par la mise en place du réseau et la rareté de la clientèle. Ader continue ses expérimentations, et dépose de très nombreuses additions à son brevet initial, ainsi qu’un nouveau brevet pour un appareil permettant de retransmettre stéréophoniquement (c’est-à-dire en reproduisant la spatialité de l’écoute grâce à deux micros et deux écouteurs) une représentation théâtrale.

Son « théâtrophone », que vient consacrer l’Exposition d’électricité de 1881 où l’on se bouscule pour l’écouter et que l’on encense dans la presse [20], est une réussite à tous points de vue :

« On a compté certains soirs jusqu’à plus de 4 000 personnes faisant la queue pendant des heures aux abords des salons réservés, dans l’espoir d’entendre pendant les deux minutes réglementaires l’orchestre et les chants de l’Opéra. Souvent beaucoup d’entre elles, après avoir entendu une première fois cherchaient, vers la fin de la soirée, à rentrer dans le rang pour courir la chance d’entendre encore. L’attrait des auditions a été irrésistible. » [21]

L’inventeur en installe alors dans de nombreux hôtels des Postes [22], ce dont témoigne Victor Hugo, conquis par l’appareil :

« Nous sommes allés […] à l’hôtel du Ministre des Postes […]. Nous sommes entrés. C’est très curieux. On se met aux oreilles deux couvre-oreilles qui correspondent avec le mur, et l’on entend la représentation de l’Opéra, on change de couvre-oreilles et l’on entend le Théâtre-Français, Coquelin, etc. On change encore et l’on entend ? Opéra-Comique. Les enfants étaient charmés et moi aussi. » [23]

D’une part, le théâtrophone popularise le téléphone et participe à l’essor du marché, faisant fructifier les parts qu’Ader détient dans la Société générale des téléphones [24] ; d’autre part, le théâtrophone procure des revenus extrêmement substantiels à l’entrepreneur-inventeur, qui vend plus d’une dizaine de brevets à l’étranger (en Angleterre, Allemagne, Belgique, Espagne, États-Unis, Italie, Russie, etc.). Un véritable réseau est installé à Paris pour les particuliers, qui peuvent demander à une opératrice de les brancher par commutation à distance sur le théâtre de leur choix. En 1930 encore, la Compagnie du théâtrophone dessert trois cents abonnés qui peuvent écouter l’Opéra chez eux grâce à un haut-parleur. Ce n’est qu’avec le développement de la transmission par ondes hertziennes après 1932 que l’invention d’Ader périclitera.

L’implication de l’inventeur dans la téléphonie lui permet par ailleurs d’élargir son réseau d’influence : impressionné par le succès de l’installation au Palais de l’industrie, Adolphe Cochery, ministre des Postes et Télégraphes, le fait nommer chevalier de la Légion d’honneur :

« Cette distinction est la juste récompense des remarquables perfectionnements apportés par vous au téléphone, qui pendant l’Exposition ont eu tant de succès auprès du public. Je désire qu’elle soit en outre un encouragement à réaliser de nouveaux perfectionnements que nous sommes en droit d’attendre de votre intelligente initiative. » [25]

Ader installe alors une dizaine de théâtrophones à l’Élysée même [26]. Une anecdote relatée par l’inventeur [27] est par la suite reprise in extenso dans La Dépêche du 22 février 1933 [28] : le président de la République Jules Grévy n’étant alors pas favorable au téléphone, c’est Cochery qui aurait pris la liberté de le faire installer à son insu : « C’était le moment des grandes batailles contre la routine », commente l’ingénieur dans un préambule héroïsant, avant de raconter la surprise et la candeur du président, conquis dès l’instant où il entend la voix bredouillante de son ministre dans l’oreillette.

Désormais, Ader est reconnu et riche : en l’espace de dix ans, il achète un hôtel particulier rue de l’Assomption à Paris, une maison à Muret et le château de Ribonnet réputé pour ses vignobles.

La science de Clément Ader

Clément Ader peut sembler n’être qu’un bricoleur de talent, sans réelles préoccupations scientifiques. En réalité, il s’intéresse de près aux récentes avancées et communications de l’Académie et des revues spécialisées qu’il lit afin de se tenir informé : ses inventions sont pour la plupart directement liées aux derniers progrès savants et industriels. Mais au-delà de ces préoccupations concrètes, il ambitionne lui aussi de participer à l’avancée de la science, même lorsqu’elle n’est pas en lien direct avec ses activités techniques. Ainsi, ses carnets [29] portent la trace de questionnements liés au rayonnement solaire, à l’électricité spatiale, à l’ « obscure action du magnétisme sur la gélatine », à l’induction magnétique terrestre, et même à l’éther, dont la preuve de l’existence est alors au cœur du débat scientifique international, puisque les expériences d’Abraham Michelson et Edward Morley interrogeant la réalité de la notion[30] (jusqu’à ce qu’Albert Einstein, expert au bureau des Brevets à Berne, publie en 1905 un article remettant en cause l’idée d’éther et de temps absolu). Dans les années 1880, Ader ne possède pas de formation scientifique suffisante pour résoudre définitivement la question, bien qu’il s’y essaie, comme en témoignent plusieurs pages de calculs et croquis dans ses carnets.

La communauté savante lui reconnaît certains mérites : deux de ses mémoires sont présentés et lus à l’Académie des sciences [31]. Ader a ainsi conservé plusieurs cartes de visite obtenues auprès de scientifiques plus ou moins influents (comme Jules Janssen, académicien et directeur de l’Observatoire de Paris, ou Gabriel Lippmann, maître de conférences à la Faculté des sciences), griffonnées de quelques notes de circonstances sur l’intérêt de leur rencontre [32]. On perçoit ainsi le travail qu’Ader réalisait pour constituer et entretenir ses contacts jusque dans les enceintes de l’Académie.

Heurts et malheurs d’un inventeur-entrepreneur

Désormais inventeur-entrepreneur à plein temps, Ader organise son travail autour de sa demeure parisienne, rue de l’Assomption, qui lui sert d’atelier pour la plupart de ses projets. Ses correspondants s’adressent à lui en tant qu’ingénieur, comme le montrent ses échanges épistolaires avec clients et fournisseurs – auprès desquels il possède une réputation, puisque certains d’entre eux connaissent la nature particulière et parfois hors du commun de ses exigences, et l’invitent à ajouter des plans précis à plusieurs de ses commandes [33]. Ader possède ainsi tout un réseau de relations professionnelles dans le milieu des artisans et constructeurs d’instruments [34].

Par ailleurs, il salarie un petit groupe d’ouvriers, relativement fidèle à son service sur le long terme, pour réaliser certains projets [35]. Enfin, il travaille avec le cabinet d’agents de brevets Armengaud jeune, après avoir quitté son ancien agent Émile Barrault – le centralien, visiblement chagriné par la rupture de leur collaboration une fois la réputation d’Ader établie et ses affaires florissantes, l’appelle « mon cher ami » et tente visiblement de le circonvenir par ses flagorneries [36]. Le statut et l’activité d’Ader témoignent donc d’un milieu d’inventeurs-entrepreneurs suffisamment vivace pour faire vivre plusieurs agents de brevets sur la place de Paris [37], et illustrent bien ce moment précis (avant que la grande entreprise n’absorbe ces vocations au siècle suivant) où les avancées conjointes de l’industrie et des savoirs scientifiques rendent possible l’existence d’une profession libérale (parfois abusivement qualifiée d’ingénieur-conseil) qui produit de l’invention en continu en vue de bénéfices le plus souvent industriels, mais parfois aussi militaires ou administratifs. La liste de brevets déposés par Ader et gérés par le bureau Armengaud jeune est impressionnante, et s’enrichit de plus d’une centaine de dépôts et additions de modifications en l’espace de quelques années seulement [38].

C’est par ailleurs au cours des années 1880-1890 qu’Ader se consacre en grande partie à son projet d’avion, l’Éole tout d’abord puis l’Avion II et l’Avion III. Les archives contiennent l’intégralité de son échange de lettres, souvent estampillées « Secret défense » ou « Confidentiel », avec le ministère de la Guerre, suite aux contrats qu’il signe avec l’État en 1892 et 1894 et aux difficultés d’exécution qui s’ensuivent [39]. Cette histoire a été amplement documentée et nous en apprend peu sur le statut d’entrepreneur d’invention à la fin du siècle : nous nous permettons donc de renvoyer à la bibliographie en ce qui concerne les échecs d’Ader en matière aéronautique.

Nouveaux territoires, nouveaux succès

La dernière partie de l’activité inventive d’Ader s’organise autour de la télégraphie et de la télégraphie sans fil, puisqu’il participe à la mise en place de communications longue distance, notamment entre la France et les Etats-Unis [40], Marseille et Alger [41], puis Brest et Saint-Pierre-et-Miquelon [42]. Il opère en tant qu’expert et consultant pour la Société générale des téléphones [43], dont il est par ailleurs toujours actionnaire. Il dépose d’autres brevets, notamment concernant une méthode de transmission par phonosignal [44] et un hydroglisseur [45], qui ne connaîtront pas de débouchés particuliers.

Le dernier succès d’Ader concerne la propulsion automobile, à laquelle il consacre ses recherches dès lors que l’engouement pour ce moyen de transport se généralise, ce qui lui permet de réinvestir certains résultats de travaux effectués pour les moteurs de ses avions. Il dépose plusieurs brevets, et signe initialement un nouveau contrat avec la Société générale des téléphones devenue Société industrielle des téléphones [46], avant que ses moteurs ne soient repris par une société anglaise, qui commercialise les voitures Ader – dont plusieurs modèles de course qui obtiendront des prix, l’ingénieur s’étant toujours passionné pour la vitesse.

Clément Ader : du succès au mythe

Clément Ader a travaillé à la construction de sa propre postérité. Ainsi, lorsqu’une polémique éclate pour savoir s’il peut réellement se glorifier d’avoir été le premier humain à voler grâce à un « plus lourd que l’air », l’ingénieur correspond longuement avec Jacques May, du journal L’Automobile, pour réfuter les arguments de tous ses adversaires [47].

Le travail patient de l’inventeur porte ses fruits, puisqu’après 1910, quelle que soit l’opinion de ses interlocuteurs quant à la fameuse journée du 14 octobre 1897 (dont même les courbes isobariques ont été inlassablement décortiquées par les hagiographes afin de savoir si l’avion a réellement décollé du sol, et si oui de combien, etc.), un rôle de précurseur en matière d’aviation lui est reconnu. À la faveur des rebondissements de la polémique, la presse multiplie les comptes rendus de la journée incriminée [48] et contribue ainsi à la notoriété de l’inventeur qui devient peu à peu l’« homme qui donna des ailes au monde ». Ader est alors invité à présider le banquet annuel des aviateurs qui se tient dans les Salons de l’hôtel Continental [49]. Le 9 décembre 1950, vingt-cinq ans après sa mort, un monument est érigé à Versailles en mémoire du « père de l’aviation » [50].

Si les tentatives de l’inventeur-entrepreneur pour intéresser le gouvernement à son projet d’avion n’ont pas porté leurs fruits à moyen terme, la carrière d’Ader est loin d’être un échec, malgré des débuts passablement laborieux : au soir de sa vie, l’ingénieur a bâti une imposante fortune grâce à ses brevets qu’il a su publiciser et faire fructifier.

Pourtant, au-delà de la reconnaissance qu’on lui accorde en matière aéronautique, il reste auréolé d’une aura d’inventeur maudit, ayant dû toute sa vie lutter contre l’obscurantisme d’un gouvernement qui rechignait à dépenser quelques millions pour financer une découverte unique qui aurait à jamais assuré la gloire de la nation. Ainsi, le chef de bataillon Tricaud publie-t-il en 1947 un article en défense d’Auguste Mercier, le ministre de la Guerre qui refusa de poursuivre le financement d’essais aériens en raison de l’absence de résultats concrets et probants [51]. Indépendamment du fait qu’Ader était vraisemblablement millionnaire à la fin de sa vie, le spectre du martyre de l’inventeur, qui aurait dû tout sacrifier pour réaliser son rêve, se dessine.

La littérature sur la question est pléthorique, et on pourrait la résumer a minima de la sorte : « [Ader] a perdu beaucoup de temps à se battre pour poursuivre malgré tous les obstacles » [52]. Factuellement, l’analyse est relativement indiscutable : Clément Ader a fourni un travail considérable pour tenter de trouver, convaincre et conserver ses mécènes (il essaie de s’allier à des banquiers, effectue son premier « vol » sur un domaine appartenant aux Pereire, correspond longuement avec le ministère, etc.). Mais est-on pour autant en droit de considérer que ce temps fut perdu, en raison d’obstacles injustifiés, c’est-à-dire illégitimes, pour la simple raison qu’ils étaient dressés sur la route du génial inventeur ?

L’arrière-plan idéologique qui sous-tend cette mythologie renvoie selon nous à une conception du monde selon laquelle l’état normal de la société (id est le mode naturel de fonctionnement du social) n’est autre que le progrès : l’innovation permanente serait une donnée de nature, et ceux qui s’y opposeraient (quand bien même leur opposition consisterait à ne donner « que » deux millions de francs au lieu des trois nécessaires) endossent alors le rôle des tyrans, ceux qui vont à l’encontre du juste déroulement des choses. Inventer serait un droit individuel si naturel que son inscription dans la loi grâce au brevet ne suffirait pas : il faudrait en sus que toute la société s’organise autour de cette faculté première de l’esprit humain. Le martyre de l’inventeur nous apparaît alors comme le corollaire mythologique de la recomposition juridique et technique du mode de production industriel. Innover devient un droit premier et fondateur des sociétés contemporaines : sa traduction juridique en est la législation des brevets, sa traduction mythologique institue la légende noire de l’inventeur.

Toute production d’éléments inédits au sein de la structure sociale nécessite un effort considérable, tout à la fois politique, économique et psychologique. La situation précédant l’institutionnalisation de l’inventeur serait donc pour nous la suivante : toute transformation des formes de vie est coûteuse, aussi bien en argent qu’en temps, en influence, en discipline. La rhétorique du martyre permet alors de faciliter les recompositions techniques du second XIXe siècle ; le mécanisme fonctionne tant et si bien qu’il finit par inverser la tendance précédente pour produire un monde où l’innovation devient la règle, le changement technique la norme et l’industrie le salut. Quiconque, à la façon des « luddites » français [53], envisage désormais de s’ériger contre cette nouvelle morale inversée, où l’innovation n’est plus un mal mais le seul bien, doit faire face aux innombrables martyrs de la science [54] et de l’invention, qui ont donné leur vie pour qu’avance la « machine humaine ». Dès lors, qui peut légitimement oser critiquer l’ère radieuse qui s’annonce ?

Le martyre de l’inventeur n’est pas pour nous un topos qui adviendrait en raison d’une méconnaissance de l’histoire (puisque la réalité ne coïncide aucunement avec sa mythification), mais plutôt la traduction d’une inversion des valeurs jusqu’alors au fondement de la morale et des mœurs. Face à une réalité sociale, politique, économique, technique et écologique qui par défaut résiste à l’arbitraire de la volonté humaine, la mythologie de l’innovation rêve d’un être-au-monde où deux dimensions seulement – la science et la technique [55] – influeraient désormais sur la destinée du réel. Ces deux espaces cristalliseraient l’enjeu ultime de tout espoir humain, et seraient donc les seuls lieux où des obstacles légitimes pourraient encore se dresser. Partout ailleurs, la fluidité fantasmée du social devrait se traduire par un état naturel visant à aplanir les difficultés techniques et scientifiques – au fond les seules qu’on sait ne jamais pouvoir totalement abolir – afin de rendre le progrès industriel définitivement inéluctable. Le martyre des inventeurs enseigne ainsi que toute résistance n’est qu’une crispation futile engendrée par l’aveuglement obscurantiste de privilégiés jaloux de leurs prérogatives. En ce sens, la légende noire de l’inventeur dessine et prépare l’avènement du héros scientifique, celui par qui la véritable épiphanie industrielle adviendra, et que Louis Pasteur incarne totalement, en tant que prophète de miracles qu’il réalise de son vivant : il est l’homme qui a vaincu la mort, produit l’abondance matérielle et révélé la vérité du réel [56].

En 1906, Le Petit Parisien, qui se vante d’être « le plus fort tirage des journaux du monde entier », organise un sondage en forme de jeu-concours, qui consiste à élire les plus grands hommes du siècle passé. Plus de quinze millions de réponses sont envoyées, et l’ensemble de la presse commente le succès de l’opération [57]. Les dix « grands hommes » plébiscités sont, en ordre croissant, les suivants : Antoine Parmentier, Émile Roux, Alexandre Dumas père, Pierre Curie, Lazare Carnot, Adolphe Thiers, Napoléon Ier, Léon Gambetta, Victor Hugo et, gagnant, Louis Pasteur. Ce dernier devance Hugo de plus de cent mille voix, ce qui n’est pas rien car il faut aussi prendre en compte le fait que le neuvième personnage plébiscité, le docteur Roux, n’est autre qu’un proche collaborateur de Pasteur, qui a participé aux recherches antirabiques et à la fondation de l’Institut Pasteur en 1888.

La canonisation laïque de Pasteur, qui certes oblitère une part du personnage qu’il fut réellement, emprunte la majorité de sa force à l’institution science. À la fin du XIXe siècle, Pasteur semble être la réalisation concrète des espoirs qu’on a reportés sur la science depuis 1850 : travail et connaissance désintéressée, substitution d’une ontologie scientifique vraie à un monde des sens illusoire, bénéfice matériel pour l’ensemble du corps social, profit économique généralisé, victoire sur la maladie et la mort. Un individu est célèbre et puissant lorsqu’il se fait l’agent d’un processus qui le dépasse et advient indépendamment de lui. En l’occurrence, la gloire éternelle de Pasteur semble bien être celle de la toute-puissante science, pure et désintéressée, qui se prouve par elle-même, qui profite à tous et promet de vaincre la fatalité humaine – là où Ader n’a pour mérite qu’une « simple » invention parmi tant d’autres : l’avion.

Guillaume Carnino
Maître de conférences en histoire des sciences et techniques à l’Université de Compiègne.

Il est l’auteur de L’Invention de la science. La nouvelle religion de l’âge industriel (Seuil, 2015) et a dirigé plusieurs livres collectifs,
dont Les Luddites en France, résistance à l’industrialisation et à l’informatisation (éd. L’Echappée, 2010)
ou encore La Tyrannie technologique, critique de la société numérique (éd. L’Echappée, 2007).

 

Guillaume Carnino
Clément Ader, entrepreneur d’invention
Article publié dans la revue Romantisme n°162, 2013/4.

 


[1] Dans son ouvrage consacré à la propriété et l’innovation industrielles en France (La République des inventeurs, Rennes, PUR, 2008, p. 134-138), Gabriel Galvez-Behar étudie la figure de Clément Ader entrepreneur d’invention. Notre lecture ne contredit aucunement la sienne, puisqu’il considère précisément que « le parcours de Clément Ader est tout à fait révélateur des relations que la grande entreprise peut établir avec un acteur d’un nouveau type : l’entrepreneur d’inventions ». Cependant, nous insisterons davantage sur la double dimension scientifique et industrielle de sa biographie.

[2] Pour un florilège de cette littérature mêlant souvent patientes recherches archivistiques et psychologie hagiographique, voir notamment Raymond Cahisa, L’Aviation d’Ader et des temps héroïques, Paris, Albin Michel, 1950 ; Claude Carlier, L’Affaire Clément Ader : la vérité rétablie, Paris, Perrin, 1990 ; Louis Castex, L’Homme qui donna des ailes au monde : Clément Ader, Paris, Plon, 1947 ; Charles Dollfus, Clément Ader est-il vraiment le père de l’aviation ? – Icare. Revue de l’aviation française, n°68, 1974 ; Pierre Lissarrague, Clément Ader, inventeur d’avion, Toulouse, Privat, 1990 ; Georges de Manthe, « Le père de l’aviation » : Clément Ader. Sa vie, son œuvre, Toulouse/Paris, Privat/Didier, 1936. Ce dernier opus est à part, puisqu’il a été composé à partir de la correspondance de l’inventeur, et qu’il est signé de la main de son gendre (qui a épousé Clémence Maryse, la fille unique d’Ader) : sa couverture révèle néanmoins immédiatement la visée hagiographique de l’ouvrage, puisqu’elle représente Icare prêt à prendre son envol.

[3] Pierre Lissarrague, Clément Ader, ouvr. cité, p. 22.

[4] Publicité de l’Institution Assiot, 1859 : cité dans ibid., p. 24-25.

[5] François Caron, « Chemins de fer », dans Jean Tulard (dir.), Dictionnaire du Second Empire, Paris, Fayard, 1995, p. 274-283.

[6] Jean Peneff, « Une biographie d’inventeur, Clément Ader », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 108, 1995, p. 62-69.

[7] Fonds ADER, doc. 2337. Le Fonds ADER, anciennement conservé au CDHTE, est en cours de cotation suite à son rapatriement au sein des archives générales du CNAM. Les références données ici correspondent aux anciennes cotes.

[8] Pierre Lissarrague, Clément Ader, ouvrage cité, p. 37.

[9] Pryor Dodge, La Grande histoire du vélo, Paris, Flammarion, 2000.

[10] Prospectus commercial pour les véloces de Clément Ader : Fonds ADER, doc. 2335.

[11] Raymond Cahisa, L’Aviation d’Ader et des temps héroïques, ouvrage cité, p. 20.

[12] Fonds ADER, doc. 915, 2312-2313.

[13] Félix Nadar, Prière de prendre communication et de propager… Manifeste de l’autolocomotion aérienne, Paris, Ferrière, 1863.

[14] Cité par Pierre Lissarrague, Clément Ader, ouvrage cité, p. 51.

[15] Brevet pour un système de chemin de fer, dit « rail amovible » : Fonds ADER, doc. 2338.

[16] Lettre du Maréchal Niel à Clément Ader : Fonds ADER, doc. 2336.

[17] Il publiera l’ouvrage de référence en la matière quelques années plus tard : Théodore Du Moncel, Le Microphone, le radiophone et le phonographe, Paris, Hachette, 1882.

[18] Yves Lecouturier, « Ader et Bell : du téléphone à l’aviation », Les Cahiers de la FNARH, n° 66, 1998.

[19] Système téléphonique Ader : Fonds ADER, doc. 2347.

[20] Dossier de presse « Exposition internationale d’électricité de 1881 » : Fonds ADER, doc. 2340.

[21] Henri de Parville, L’Électricité et ses applications. Exposition de Paris, Paris, Masson, 1883, p. 452.

[22] Danièle Laster, « Splendeurs et misères du théâtrophone », Romantisme, n° 41, 1983, p. 74-78.

[23] Cité par Danièle Laster, ibid., p. 75.

[24] Société industrielle des téléphones : Statuts, Paris, Dupont, 1893 : Fonds ADER, doc. 2393.

[25] Lettre de Cochery à Ader, 29 décembre 1882 : Fonds ADER, doc. 2339.

[26] Dossier de presse « Exposition internationale d’électricité de 1881 » : Fonds ADER, doc. 2340.

[27] Manuscrit de Clément Ader : Fonds ADER, doc. 2343.

[28] La Dépêche, 22 février 1933 : Fonds ADER, doc. 2293.

[29] Carnets intitulés « Recherches » : Fonds ADER, doc. 2349.

[30] On considérait l’éther comme le milieu immobile au sein duquel les ondes lumineuses se propageaient. Les fameuses expériences de Michelson et Morley visaient à mettre en évidence son existence en comparant la vitesse de la lumière perpendiculairement au déplacement du globe à celle mesurée dans le sens du mouvement du « vent d’éther ». L’absence de différence entre les deux mesures remit en cause le principe galiléo-newtonien d’addition des vitesses et donc du même coup tous les fondements de la physique classique ; Peter Galison, L’Empire du temps. Les cartes de Poincaré et les horloges d’Einstein, Paris, Robert Laffont, 2005.

[31] Notes présentées à l’Académie des sciences : « Sur un nouvel appareil enregistreur pour câbles sous-marins », 21 juin 1897 ; « Sur des appareils d’aviation », 31 mai 1898 : Fonds ADER, doc. 2363.

[32] Cartes de visites : Fonds ADER, doc. 2339.

[33] Lettres de ses fournisseurs à Clément Ader : Fonds ADER, doc. 2305 & 2309.

[34] Laviornery construction de machines, Castilhac modeleur sur bois pour fonte de fer et cuivre, Papeteries Cabasson et Fortin, Fers et charbons Nozal, Comptoir des hauts fourneaux, forges & aciéries de la marine et des chemins de fer, etc. ; ibid.

[35] Liste des ouvriers de Clément Ader ayant participé à la construction de l’Avion dans les ateliers de la rue Jasmin et sous la juridiction de la loi sur l’espionnage : Fonds ADER, doc. 2311.

[36] Lettre d’Émile Barrault à Clément Ader, 31 décembre 1881 : Fonds ADER, doc. 2339.

[37] Gabrile Galvez-Behar, La République des inventeurs, ouvr. cité, p. 47-51.

[38] État des brevets français et étrangers pris au nom de M. Clément Ader par M. Armengaud jeune : Fonds ADER, doc. 2370.

[39] Fonds ADER, doc. 2313 principalement.

[40] Système de télégraphie sous-marine dit l’alternatif : Fonds ADER, DOC. 2353 ; Nouvelles prescriptions pour les États-Unis : Fonds ADER, doc. 2356.

[41] Rapport sur les essais faits à Marseille et Alger pour le télégraphe sous-marin de M. Ader : Fonds ADER, doc. 2367.

[42] Procès verbal des essais du récepteur et du transmetteur Ader de Saint-Pierre à Brest : Fonds ADER, doc. 2365.

[43] Lettres de la Société générale des téléphones à Clément Ader : Fonds ADER, doc. 2369.

[44] Le phonosignal pour la télégraphie sous-marine, système Ader : Fonds ADER, doc. 2358.

[45] Brevet pour un canot à patins pneumatiques glissant sur l’eau : Fonds ADER, doc. 2362.

[46] Contrats entre Clément Ader et la Société industrielle des téléphones : Fonds ADER, doc. 2393.

[47] Certaines attaques revêtent un caractère antisémite, ce qui amène le journaliste, embarrassé puisque visé personnellement (« C’est un juif qui soutient un autre juif. », les accuse-t-on) à questionner l’ingénieur sur ses préférences religieuses (lettre du 12 décembre 1910 à Ader : Fonds ADER, doc. 2320). Ader avoue alors, passablement surpris et dépité par tant d’animosité et de bêtise, qu’il est de confession catholique mais libre-penseur de cœur.

[48] Dossier de presse « Clément Ader », 1910 : Fonds ADER, doc. 2317.

[49] Lettre de Desgranges à Ader du 8 décembre 1910 : Fonds ADER, doc. 2320.

[50] Carton d’invitation à la cérémonie d’inauguration : Fonds ADER, doc. 2290.

[51] Tricaud, « Vieux papiers : Clément Ader et la Direction du Génie », Revue du Génie militaire, mars-avril 1947, p. 91-107.

[52] Pierre Lissarrague, Clément Ader, ouvr. cité, p. 225.

[53] François Jarrige, Au temps des « tueuses de bras ». Briseurs de machines à l’aube de l’ère industrielle (1780-1860), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2009.

[54] Voir notamment Yves Guyot, L’Inventeur, Paris, Le Chevalier, 1867. Ainsi, le parallèle avec la légende du char de Jaggernaut (anglicisme issu de « Jaganatha », l’une des appellations de Visnu), sous les roues duquel les fidèles se jetaient volontairement pour être broyés, permet à l’auteur une comparaison étonnante : « L’inventeur se jette sous les roues d’un char, mais ce n’est pas dans le vain espoir d’une autre vie : s’il se fait broyer, c’est pour faire avancer la machine humaine. » (p. 132). Le martyre de l’inventeur au service du progrès peut difficilement être plus explicite. De la même manière, Gaston Tissandier (Les Martyrs de la science, Paris, Dreyfous, 1880) détaille l’existence de ces « héros du travail et martyrs du Progrès » (Galilée en est le parangon), qui, tel Pline l’ancien trouvant la mort dans l’ascension d’un volcan en éruption pour y prélever des échantillons géologiques, ont dès l’Antiquité sacrifié leur vie afin qu’advienne le règne de la science sur Terre.

[55] De ce point de vue, découvreurs scientifiques et inventeurs industriels ne sont que les différents avatars de la figure de « Saint-Prométhée », même si « le scientifique » dépassera rapidement l’inventeur-technicien en matière d’héroïsme et de prouesses progressistes.

[56] Sur Louis Pasteur, voir Guillaume Carnino, L’Invention de la science. Épistémologie, technologie, environnement, politique, thèse de doctorat d’histoire de l’EHESS sous la direction de Dominique Pestre, 2011, ch. 10 : « Louis Pasteur, la science pour la production ».

[57] Six personnes devinent l’ordre exact du classement final, et chacune d’entre elles empoche donc 21 166 francs en récompense : Le Petit Parisien, 31 décembre 1906, p. 3.

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