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Jacques Grinevald, Progrès et entropie, cinquante ans après, 2000

Cinquante ans après les pages célèbres de Norbert Wiener [1950, ch. 2 : “Progress and Entropy”], il me semble opportun de faire le point sur le « problème » [Adams, 1919, ch. 1] du progrès et de l’entropie [Grinevald, 1978], qui intéresse la « problématique de l’évolution » [voir “La question du progrès” dans la thèse de Meyer, 1954, p. 155-172 ; et E. O. Wiley, “Evolution, progress, and entropy”, in Nitecki (éd.), 1988, p. 275-291]. Ce débat est actuellement en pleine évolution ! Évidemment, on ne peut traiter ici que sommairement une affaire aussi complexe, difficile et controversée, et qui demanderait des détails et des arguments plus techniques, mais qui nous prendraient trop de place, et surtout pour lesquels je n’ai pas toutes les compétences requises. Il ne s’agit ici que de quelques notes à propos d’un work in progress.

Dans un mémoire de 1973, La notion d’entropie dans la pensée contemporaine, et ailleurs [Grinevald, 1982, p. 26], j’ai cité l’écrivain encyclopédique Roger Caillois qui, dans son admirable petit essai La dissymétrie, avait bien résumé l’affaire, au moment d’ailleurs où entraient en scène, séparément, Ilya Prigogine et Nicolas Georgescu-Roegen :

« Il est difficile d’admettre indéfiniment que Darwin et Carnot ont raison à la fois, sans essayer de trouver à leurs intuitions fondamentales un point d’articulation. »

Au cœur du scandale épistémologique si vigoureusement dénoncé par Jacques Monod, il y a bien « l’idée centrale du progressisme scientiste du XIXe siècle » [Monod, 1970, p. 53] et son incapacité à reconnaître la légalité thermodynamique du monde vivant, qui comprend, bien entendu, l’humanité en tant qu’espèce zoologique singulière avec son « évolution exosomatique » [Lotka, 1945 ; Meyer, 1954 ; Georgescu-Roegen, 1971, 1995]. Si la « philosophie naturelle de la biologie moderne » [Monod, 1970] entend clore le prétendu conflit entre le darwinisme et le Second Principe [Brooks et Wiley, 1986 ; Wicken, 1987], il ne faut pas oublier que, après Schrödinger (1944), Wiener (1948) et d’autres (L. von Bertalanffy, H. F. Blum, D. M. Gates, R. Margalef, H. J. Morowitz…), c’est aussi toute la problématique écologique globale de la Biosphère (l’écosystème planétaire) qui reste à préciser, en reprenant, et en révisant, le paradigme thermodynamique de Vernadsky et de Lotka [Vernadsky [1926], 1997, 1929 ; Odum, 1953 ; Grinevald, 1988, 1993].

La biologie moléculaire ne représente pas tous les progrès de la biologie moderne. Le risque est grand de suivre le réductionnisme associé à la « révolution probabiliste » de la « raison statistique » (Alain Desrosières) qui refoula la révolution réalisée par Sadi Carnot [Grinevald, 1982] au profit du formalisme mathématique de la Mécanique statistique [Gibbs, 1902 ; Wiener, 1948, 1950 ; Depew et Weber, 1995], dont l’un des avatars n’est autre que la théorie de l’information, dont certaines « généralisations et assimilations imprudentes » [Monod, 1970, p. 212], pour ne pas dire abusives, devraient pourtant éveiller la vigilance épistémologique du véritable esprit scientifique. Mais le discours cybernétique [Dupuy, 1994 ; Breton, 1995] laissa en fait grande ouverte la porte aux « démons de Maxwell » [Leff et Rex (eds), 1990], qui jouèrent plus que jamais au Phénix, voire au Superphénix !

Ce n’est qu’au lendemain de la seconde guerre mondiale qu’il est devenu clair, pour un certain nombre de savants philosophes [Georgescu-Roegen, 1966, 1971, 1995], que le paradoxe épistémologique opposant les sciences de la vie à la loi de l’entropie, le deuxième principe de la thermodynamique, reposait sur une série de malentendus, à propos et de la thermodynamique elle-même et de la définition de ce qu’est, du point de vue physico-chimique, un système vivant : assurément pas un système isolé, ni même fermé [Schrödinger, 1944 ; Prigogine, 1972]. On redécouvrait ainsi l’importance du concept physiologique de métabolisme, c’est-à-dire les échanges énergétiques et chimiques reliant tout organisme vivant à son « milieu cosmique » (Claude Bernard), problématique très complexe dès lors que cet environnement est analysé dans la perspective de la biogéochimie [Vernadsky, 1926, 1929] et de la théorie des écosystèmes [Odum, 1953]. Mais on se dispute toujours sur les mérites respectifs du holisme et du réductionnisme. Il fallut des lustres pour que la belle idée goethéenne du « grand Tout animé d’un souffle de vie », transmise par A. de Humboldt à Dokuchaev et Vernadsky, devienne une réalité épistémologique pour la pensée scientifique de l’Occident [Grinevald, 1988, 1993, introduction in Vernadsky [1926], 1997 ; Lovelock, 1988]. Là encore, la question de l’entropie reste délicate et controversée, car il s’agit de bien délimiter les systèmes naturels les uns par rapports aux autres dans leur couplage thermodynamique et l’échelle de la hiérarchie de l’organisation de la Nature.

Si les organismes vivants dépendent du fonctionnement de la Biosphère, celle-ci est largement auto-organisée par l’ensemble des espèces vivantes elles-mêmes, dans la très longue durée biogéologique, mais on ne doit pas oublier que l’évolution (et l’existence même) de la Biosphère qui caractérise, dans le cosmos, « la face de la Terre » (Eduard Suess), ne se comprend guère sans une double ouverture de la Biosphère, matérielle sur la Géosphère et énergétique (filtrée par l’enveloppe atmosphérique) sur le Système solaire, avec sa source chaude, le Soleil, et sa source froide, l’espace interstellaire [Grinevald, 1990]. Dans ce nouveau domaine scientifique de l’écologie globale et de la science du système Terre, la question des échelles d’observation et d’intelligibilité est un préalable épistémologique fondamental [Meyer, 1954], rarement bien compris des économistes [Passet, 1979], d’autant plus qu’il faut renoncer à notre traditionnelle séparation moderne entre ce qu’on nomme social et ce qu’on nomme naturel.

La cosmologie dualiste occidentale moderne qui oppose la société et la nature était au cœur de Cybernétique et société, l’ouvrage populaire que Norbert Wiener [Wiener, 1950] publia deux ans après Cybernetics [Wiener, 1948], le livre qui fondait cette « nouvelle science » issue, aux lendemains de la seconde guerre mondiale et du projet Manhattan, des fameuses Conférences de la Fondation Josiah Macy Jr. à New York [Dupuy, 1994]. Wiener annonçait des conséquences aussi révolutionnaires, disait-il, que la thermodynamique de l’âge industriel de la machine à vapeur ou la dynamique de l’âge classique de l’horloge mécanique [Wiener, 1948, p. 49-55]. Wiener était le mathématicien-ingénieur par excellence, à la fois enthousiaste et inquiet − plus encore que John von Neumann [von Neumann, 1955] − du nouvel âge de l’ordinateur, qui était aussi le nouvel âge nucléaire.

Wiener a écrit deux ouvrages autobiographiques : I am a Mathematician et Ex-prodigy. Ses livres, y compris le dernier qui ne craint pas d’aborder la théologie, God and Golem, Inc. A Comment on Certain Point where Cybernetics impinges on Religion, ont été réédités récemment aux États-Unis. On a déjà beaucoup écrit sur les nombreux développements scientifiques et technologiques auxquels Norbert Wiener fut associé, et qui ne sont pas sans conséquences pour la condition humaine dans le monde contemporain. Wiener (moins connu de nos jours que Bill Gates) était un prodigieux savant à l’esprit encyclopédique, dont le mot d’ordre était : retour à Leibniz. Pendant la seconde guerre mondiale, comme la plupart de ses collègues, Wiener a travaillé pour l’Armée, puis, après Hiroshima et Nagasaki, contrairement à John von Neumann, il prit ses distances avec les militaires, rêvant de rompre l’alliance classique entre la science et la guerre [Serres, 1974, p. 73-104 ; 1990]. Cela n’empêcha pas les recherches cybernétiques (également en écologie et en informatique) d’être largement financées par les militaires…

Grâce aux Conférences Macy et à ses relations privilégiées avec les chercheurs en physiologie qui travaillaient sur les concepts de régulation et d’homéostasie, le père de la Cybernétique se rapprocha des sciences du vivant et des sciences sociales, à l’époque où celles-ci, déchirées par les conflits épistémologiques et ontologiques entre réductionnisme et holisme, mécanicisme et organicisme, atomisme et néovitalisme, regardaient de plus en plus du côté des sciences mathématiques, physico-chimiques, et de l’ingénierie. Le projet Manhattan avait été le triomphe des ingénieurs tout autant, sinon plus, que des savants.

Wiener se penchait, selon ses propres termes, sur « les ramifications de la théorie des messages », élargissant cette théorie probabiliste dérivée de la Mécanique statistique [Gibbs, 1902] jusqu’à en faire une nouvelle philosophie scientifique et une nouvelle vision du monde. On trouve chez Wiener une épistémologie, une cosmologie et aussi une politique. L’étymologie même du mot « cybernétique », expliquait Wiener, provient d’un mot grec qui signifie « le pilote du navire ». Dans les années 1950, la Cybernétique raviva l’utopie rationaliste de la Technocratie (jamais disparue chez les ingénieurs), c’est-à-dire le mythe du développement par la science, le gouvernement des experts, cette « fin du politique » annoncée au XIXe siècle par les saint-simoniens. Cette tendance technocratique de l’approche cybernétique a été assez vive, aux États-Unis comme en URSS, y compris du côté de la nouvelle écologie des écosystèmes [Odum, 1971], aux origines de la récente écologie industrielle [Erkman, 1998]. Significativement, en France, Cybernetics fut présenté dans Le Monde (28 décembre 1948) sous le titre : “Une nouvelle science, la cybernétique. Vers la machine à gouverner le monde”. L’article était signé par le Père Dominique Dubarle, l’une des personnalités de l’Église catholique qui prêchait, comme le Père Pierre Teilhard de Chardin, un optimisme technologique qui se voulait le nouveau visage de l’humanisme chrétien pour l’âge de la Science, de l’atome, de l’ordinateur et de l’automate. Cette foi religieuse dans le Progrès, dont fut aussi nourrie mon éducation chrétienne, m’est apparue comme un héritage proche du saint-simonisme, cette doctrine prophétique du XIXe siècle qui se voulait un « Nouveau Christianisme » pour l’âge des communications universelles et de la transformation industrielle du Globe.

Cybernetics, or Control and Communication in the Animal and the Machine [Wiener, 1948], publié à Paris puis aux États-Unis, n’a curieusement pas été traduit en français. Par contre, Cybernétique et société, plus populaire, sans mathématiques, publié aux États-Unis en 1950 (2e éd. révisée en 1954) sous le titre The Human Use of Human Beings [L’usage humain des êtres humains], a connu trois éditions françaises : 1952, 1962 et 1971. Son influence reste encore à évaluer. Cybernétique et société se présente, bizarrement, comme :

« L’étude de l’impact de la théorie gibbsienne sur la vie moderne, à travers les changements substantiels qu’elle a apportés dans la science concrète, mais aussi à travers les transformations qu’elle a amenées dans notre attitude à l’égard de la vie en général. » [Wiener, 1971, p. 25]

Wiener soulignait l’importance du concept d’entropie, mais uniquement comme mesure de la probabilité qui « tend naturellement à croître à mesure que l’univers devient plus vieux » [Wiener, 1971, p. 26]. Dans cette vision statistique d’un univers qui tend vers le désordre et la mort :

« Il existe des enclaves locales dont l’évolution semble opposée à celle de l’univers en général, et dans lesquelles se manifeste une tendance opposée à celle de l’univers en général, et dans lesquelles se manifeste une tendance limitée et temporaire à l’accroissement de l’organisation. » [Wiener, 1971, p. 27]

Ce n’est pas loin de la vision du monde de Boltzmann. Hélas, Wiener ne précisait guère la hiérarchie des « systèmes » qui compose l’organisation du monde dans lequel, concrètement, nous vivons et travaillons − cette Biosphère dont parlaient quelques écologistes, notamment G. E. Hutchinson, disciple de Vernadsky, qui participa aux Conférences Macy [Grinevald, 1988, 1993].

Les deux ouvrages les plus connus du père de la Cybernétique marquent bien la naissance de « l’utopie de la communication » [Breton, 1995], autrement dit la nouvelle figure du mythe occidental du Progrès. C’était il y a cinquante ans. Les questions qui préoccupaient Wiener à propos des rapports « science, technique et société » (on ne parlait pas encore de STS) sont plus que jamais les nôtres. Mais quel changement en un demi-siècle, quel fulgurant « progrès » ! En science aussi : nous ne voyons plus les rapports entre la vie et l’entropie de la même manière [Georgescu-Roegen, 1966, 1971 ; Weber et al. (eds), 1988 ; Schneider et Kay, 1994].

A la base de l’utopie de Wiener, il y a une idée scientifique, à première vue séduisante, diffusée comme un article de foi, selon laquelle « la communication n’est au fond rien d’autre que la lutte contre l’entropie » [Breton, 1995, p. 97]. C’est une idée très répandue depuis un siècle. Techniquement, cette idée s’appuie sur la prétendue équivalence entre l’entropie et l’information [Brillouin, 1956, 1959, 1964 ; Costa de Beauregard, 1963 ; Kubat et Zeman (eds), 1975 ; Passet, 1979 ; Jaynes, 1983 ; Weber et al. (eds), 1988 ; Zurek, 1990 ; Ayres, 1994]. À vrai dire, la « quantité d’information » définie par Claude Shannon [Shannon et Weaver, 1949] n’a rien à voir avec l’entropie de Clausius [Clausius [1865], 1868 a, mémoire IX, p. 377-420 ; 1868 b], avec la dégradation de l’énergie [Brunhes, 1909] ou la dissipation de la matière (minérale) économiquement utilisable [Georgescu-Roegen, 1995]. C’est une simple grandeur mathématique, une probabilité, analogue à la définition statistique de l’entropie de Boltzmann, qui n’est d’ailleurs pas identique à l’entropie selon Gibbs [Gibbs, 1902 ; Jaynes, 1983, p. 79-86].

La petite histoire de ce tour de passe-passe mérite d’être rappelée : c’est John von Neumann (selon Myron Tribus) qui suggéra à Shannon d’appeler entropie sa mesure de l’information, avec l’argument que cette fonction d’incertitude existait déjà sous ce terme en mécanique statistique, et surtout que :

« D’ailleurs personne ne sait ce qu’est réellement l’entropie, de sorte que dans la discussion tu auras toujours le dernier mot. » [cité par K. Denbigh, “How subjective is entropy ?” [1981], in Leff et Rex (eds), 1990, p. 113]

Wiener annonçait, avant les sociologues, la société postindustrielle. Mais il y a cinquante ans, à l’échelle du monde, l’industrialisation était encore géographiquement très limitée ; bien plus, l’âge d’or des combustibles fossiles n’en était qu’à ses débuts ; la fantastique croissance exponentielle de la production énergétique ne devenant visible, à l’échelle planétaire (géochimique), qu’à partir de la diffusion des deux fameuses courbes (géophysiques) associées au progrès technique et à la croissance de la révolution industrielle, à savoir la « courbe de Hubbert » (du cycle de production mondiale du pétrole et sa généralisation pour l’ensemble des combustibles fossiles) et la « courbe de Keeling » (des variations saisonnières et de la dérive anthropogénique de la concentration du gaz carbonique dans l’atmosphère). Ces deux courbes sont au cœur de l’affaire de l’effet de serre [Grinevald, 1990]. Cependant, dans l’idéologie économique dominante, qui ne parle que de croissance et de développement, et ignore la Biosphère, il n’est pas étonnant de voir combien on refoule les avertissements d’éminents géologues et géochimistes américains comme M. King Hubbert, Roger Revelle, Preston Cloud, Harrison Brown, Earl F. Cook, ou Charles David Keeling (qui mériterait et le Nobel de chimie et le Nobel de la paix comme Linus Pauling !), sans parler des avertissements bien plus anciens des naturalistes ! Comme certains experts l’annoncent [Campbell, 1997], la fin de l’âge d’or du pétrole abondant et bon marché sonnera bientôt, cette fois pour de bon, l’heure de la vérité ! Après la folie de la croissance (la fameuse growthmania d’E. J. Mishan), il faudra bien gérer la décroissance [Georgescu-Roegen, 1995], la fin du « progrès » comme l’avait imaginé un Henry Adams ou un Antoine-Augustin Cournot.

La technologie de l’âge de l’ordinateur est une technologie industrielle, non pas post- mais hyper-industrielle. Produire, transmettre, acquérir de l’information, mais aussi l’effacer (comme le soulignent de récents travaux en informatique théorique), tout cela se paie toujours dans la comptabilité entropique de la thermodynamique, qui s’applique aussi aux systèmes informatiques. Il y a aussi une thermodynamique de l’ordinateur [Bennett et Landauer, 1985 ; Bennett, 1988 ; Leff et Rex (eds), 1990, p. 213-267]. C’est l’énergie thermodynamique qui est à la base de la technologie de l’information, et non le contraire, comme le donnent à penser certains spécialistes de la physique statistique [Jaynes, 1983 ; Zurek (ed.), 1990]. L’informatique ne se substitue donc pas à la thermodynamique, même si l’information contrôle l’énergétique. Le danger est grand de confondre la révolution informatique avec une révolution énergétique, et donc avec la révolution industrielle. Nous sommes plus que jamais, à l’échelle planétaire de la Biosphère, et de ladite « globalisation » économique et informationnelle, dans l’âge industriel, même si les nouvelles technologies de la communication et de l’information nous semblent (financièrement) prépondérantes. Cette illusion est sans doute aussi un aspect de l’idéologie du progrès.

A vrai dire, en améliorant les performances de l’économie industrielle, grâce à l’informatique, à la physique du calcul, on augmente la puissance de cette civilisation militaro-industrielle qui détruit les autres modes de production, les autres cultures, et dévore les ressources naturelles à une allure vertigineuse, contribuant tout à la fois à la crise de la biodiversité et à la crise de l’effet de serre [Grinevald, 1990]. Lorsqu’une technologie est nettement plus puissante et efficace que les autres, on a tendance à l’utiliser davantage. Avec la globalisation actuelle, la technologie aussi se mondialise. Paul Valéry l’avait déjà compris, non sans une certaine inquiétude pour l’avenir de l’Europe. L’Internet n’est guère utile, si ce n’est pour mondialiser l’idéologie de la civilisation industrielle avancée ou pour l’aider à fonctionner encore plus vite, c’est-à-dire à accélérer son « métabolisme industriel ». L’ordinateur n’aide-t-il pas à vendre dans le monde entier la révolution militaro-industrielle des « machines à feu » dont parlait Sadi Carnot en 1824 ?

Les origines de la dérive probabiliste de la physique moderne, à la base du fameux « tout numérique », remontent très loin dans l’histoire de la science occidentale. Cette dérive a pris son allure de « lutte contre l’entropie » à la suite du traité La chaleur de James Clerk Maxwell, dont la première édition date de 1871 [Leff et Rex (eds), 1990, ch. 2]. Les implications de la petite fable du « démon de Maxwell » sont importantes dans l’évolution du débat sur l’entropie et le progrès. Hélas, les critiques furent rares et restent encore trop peu connues [Georgescu-Roegen, 1971 ; Popper, 1976 ; Denbigh et Denbigh, 1985 ; voir aussi Leff et Rex (eds), 1990]. Le concept d’entropie, certes assez obscur − comme l’expliqua Max Planck − chez Clausius (qu’est-ce qu’une quantité de chaleur divisée par une température ?), a connu une bifurcation très importante, en devenant un concept essentiellement statistique (le logarithme d’une probabilité) à partir des travaux du grand Ludwig Boltzmann, qui, désespéré de ne pas réussir à se faire entendre, se suicida, sans savoir que c’est lui qui triompherait, au XXe siècle, de ses adversaires de l’école énergétique [Brunhes, 1909]. Les interprétations microphysiques de l’entropie, une grandeur physique essentiellement macroscopique, liée à la chaleur et à la température, ne manquent certes pas de fécondité épistémologique [Atkins, 1984 ; Zurek (ed.), 1990], mais la dérive formaliste de la science contemporaine a tendance à faire oublier certaines questions ontologiques, comme les aspects bio-économiques de l’entropie qui concernent notre existence terrestre [Georgescu-Roegen, 1966, 1971, 1995].

Devenu un concept très abstrait et donc très général, associé à l’idée plutôt ambiguë de désordre, l’entropie a progressivement envahi tout le paysage encyclopédique et culturel de l’Occident, au point de devenir une véritable mode, selon d’ailleurs « une certaine loi d’entropie », comme l’a écrit Michel Serres, car, expliquait-il :

« Il n’y a vraiment mode que lorsque joue une certaine loi d’entropie dans la suite des importations successives et qu’en un point donné de cette suite, l’acception rigoureuse du concept s’est perdue, en partie ou en totalité, et qu’on ne parle plus de lui que par ouï-dire, comme un enfant essaie les mots des grandes personnes. » [Serres, 1969, p. 28 ; Grinevald, 1973]

Dans la mouvance cybernétique, le physicien français Léon Brillouin, identifiant l’Information à la Néguentropie − forgeant lui-même ce néologisme en 1950 à partir de l’expression negative entropy de Schrödinger [Schrödinger, 1944, ch. 6] −, définit même avec une précision impressionnante les limites du taux de conversion de la néguentropie en information et de l’information en néguentropie [Brillouin, 1956]. Cette équivalence quantitative entendait « exorciser » le démon de Maxwell plus complètement encore que ne l’avait fait Léo Szilard en 1929 [Leff et Rex (eds), 1990, p. 124-133]. Brillouin traduisait ainsi une nouvelle dissymétrie, elle aussi conforme à la dégradation de l’énergie et à l’augmentation de l’entropie : il en fit un « principe de Carnot généralisé » [Brillouin, 1956, 1959, 1964].

S’agit-il bien de conversion au même titre que dans les transformations physiques de chaleur et de travail mécanique qui sont à la base du grand principe de la conservation de l’énergie ? L’affaire reste controversée [Costa de Beauregard, 1963 ; Georgescu-Roegen 1971 ; Ayres, 1994]. Pour ma part, j’en retiens surtout l’idée, absente de la science classique, que dans le monde physique (base de la technologie et du processus bioéconomique dont nous parle Georgescu-Roegen), c’est-à-dire dans le monde dans lequel nous vivons, travaillons, percevons et pensons, « on ne peut rien avoir pour rien, pas même une observation », selon le mot du physicien Dennis Gabor, souvent cité par Brillouin et Costa de Beauregard. Les considérations cybernétiques sur l’entropie et l’observation (au sens scientifique du terme), congruentes avec d’autres remarques sur l’irréversibilité de l’acte de mesure, ne manquent évidemment pas d’intérêt pour la socio-épistémologie de la science phénoméno-technique de l’Occident. De Louis de Broglie à Jean Piaget et Claude Lévi-Strauss [Grinevald, 1984a], cette nouvelle vision des relations entre connaissance et action, portant le sceau de l’entropie de la deuxième loi de la thermodynamique, suscita une fascination proche de la révélation. On ressent parfaitement cet émerveillement à la lecture du livre si séduisant d’Olivier Costa de Beauregard, Le Second Principe de la science du temps : Entropie, information, irréversibilité [Costa de Beauregard, 1963]. Daté depuis la publication simultanée de The Entropy Law and the Economic Process [Georgescu-Roegen, 1971], Environment, Power and Society [Odum, 1971] et Structure, stabilité et fluctuations [Glansdorff et Prigogine, 1971].

Wiener (bien plus que Shannon) accrédita l’idée que l’entropie mesure le désordre, la désorganisation, tandis que l’information, inversement, mesure l’ordre, l’organisation. L’entropie mesure donc le manque d’information, l’ignorance, l’incertitude scientifique [Brillouin, 1964]. Information et entropie sont (semblent ?) donc les deux faces d’une même pièce de monnaie [Costa de Beauregard, 1963]. Cette métaphore économique n’est pas fortuite. Nombre d’économistes imaginent désormais que l’entropie n’est qu’un défaut d’information, d’où la thèse (poussée à l’extrême par un Robert Solow) qu’on peut substituer le Capital à l’épuisement des ressources naturelles, comme si la technologie pouvait nous libérer définitivement des contraintes matérielles − des aspects entropiques − de notre condition humaine [Georgescu-Roegen, 1995, ch. 2].

A partir des idées de Wiener et de Brillouin, l’imagination pouvait facilement s’égarer. On avait déjà fait de l’entropie une métaphore du déclin et de la mort, un vecteur opposé à la vie, à l’évolution, à la complexité, à la diversité et, pour tout dire, au Progrès (biologique et social). Les racines culturelles de cette histoire intellectuelle sont profondes. Une abondante littérature − encore trop peu étudiée − illustre les métaphores de l’entropie dans la pensée occidentale de l’âge industriel. L’entropie a été associée à la mort thermique de l’Univers, à l’épuisement de l’énergie du Soleil, à la fin de l’habitabilité de la Terre [Thomson, 1852]. Pour Spengler, la loi de l’entropie croissante était le symbole scientifique du « déclin de l’Occident ». Pour Freud, c’est le fondement biophysique de la « pulsion de mort », Thanatos contre Eros [Grinevald, 1978]. Ce faisant, on reste enfermé dans la métaphysique occidentale, à laquelle Bergson lui-même sacrifiait encore, quand il pensait avoir réconcilié la Vie et le principe de Carnot, la loi de l’entropie qu’il appelle « la plus métaphysique des lois de la physique, en ce qu’elle nous montre du doigt, sans symboles interposés, sans artifices de mesure, la direction où marche le monde ». D’où la métaphore de « la flèche du Temps » [Eddington, 1928, ch. IV], dont on n’a pas fini de discuter. L’affaire de l’entropie, de l’irréversibilité et du Temps est un débat épistémologique et cosmologique qui a déjà fait couler beaucoup d’encre depuis W. Thomson et R. Clausius [Adams, 1919 ; Costa de Beauregard, 1963 ; Georgescu-Roegen, 1971 ; Gal-Or, 1972, 1981 ; Prigogine et Stengers, 1979, 1988 ; Prigogine, 1980 ; Coveney et Highfield, 1990]. A l’évidence, cette affaire est associée à l’idée de progrès [Grinevald, 1984b], parce que celle-ci implique bien une direction, une flèche du temps, une vision historique (irrévocable) et non la vision cyclique traditionnelle de l’Éternel Retour ou de quelque temps immobile ou illusoire.

Pour Wiener, comme pour bien d’autres, le progrès, assimilé à l’évolution biologique (paléontologues et évolutionnistes − Stephen Jay Gould et quelques autres mis à part − parlent volontiers du « progrès »), représente une entropie négative, et cette entropie changée de signe s’appelle la complexité et l’information ! On est là dans l’air du temps de la société industrielle avancée [Zurek (ed.), 1990 ; Ayres, 1994].

Pour Brillouin comme pour Wiener :

« Le principe de Carnot est un décret de mort ; il s’applique brutalement dans le monde inanimé, monde déjà mort par avance. La vie fait, pour un temps limité, échec à ce décret. Elle joue sur le fait que le décret de mort est issu sans préciser le délai d’application. » [Brillouin, 1959, p. 107]

C’est « l’indétermination entropique » dont parle aussi Georgescu-Roegen. A vrai dire, les malentendus proviennent des frontières des processus, des délimitations des systèmes que nous étudions. En l’occurrence, la science moderne considère comme inertes des systèmes naturels, apparemment en équilibre, qui sont en fait, à la surface de la Terre, des systèmes bio-inertes, toujours en évolution et parties intégrantes de la structure et du fonctionnement de la Biosphère. Le débat qui accueille l’hypothèse Gaïa [Lovelock, 1988] a mis en évidence notre cécité moderne vis-à-vis des cycles biogéochimiques de la Biosphère, qui intéressent si directement le problème de l’effet de serre et du changement global [Grinevald, 1990, 1991].

Cela dit, Brillouin mérite d’être lu attentivement : non seulement il invitait les chercheurs à se préoccuper davantage de « notre habitat, la Terre », « au lieu de parler du très mystérieux univers » [Brillouin, 1959, p. 45 ; Grinevald, 1973], mais il précisait aussi que, en rattachant l’Information, en tant que grandeur mesurable, à la Néguentropie (c’est-à-dire l’Improbabilité), on ignore totalement la valeur, le sens de l’Information, qui peut être parfaitement « inutile », voire « nuisible ». La croissance de l’Information n’est donc pas synonyme de progrès humain ! Pour Brillouin, donc, il était clair que l’Information n’était ni la Science, ni le Savoir, ni la Connaissance [Brillouin, 1959, p. 142]. Encore moins la Sagesse ! Wiener avait lancé un avertissement tout aussi sérieux. A la même époque, quelques naturalistes, fondateurs de l’écologie scientifique, comme George Evelyn Hutchinson à Yale, soulignaient déjà le rôle croissant de l’humanité « civilisée » dans la Biosphère [Grinevald, 1988, 1990, 1991 ; Samson et Pitt (eds), 1999], mais le bruit et la fureur de la guerre froide rendaient ce « message terrestre » inaudible.

Dans les volumes de son admirable série Hermès, Michel Serres exprima aussi un enthousiasme contagieux pour le nouveau paradigme cybernétique de la « communication ». A propos du livre de son ami Jacques Monod [Monod, 1970], Serres écrivait :

« Que l’entropie soit liée à l’information est la plus grande découverte de l’histoire, en théorie de la connaissance et en théorie de la matière. » [Serres, 1974, p. 71]

Mais de quelle information s’agit-il ? Les mesures de notre science instrumentale ne sont-elles pas commensurables avec l’entropie de notre environnement global, le laboratoire planétaire de notre civilisation de la puissance ? Serres, si je l’ai bien compris, suggérait aussi, dans sa critique de la « thanatocratie », une telle interrogation critique sur la Science de l’Occident [Serres, 1974, p. 73-104]. Ne découvrons-nous pas, après le projet Manhattan [Grinevald et al., 1984], que notre recherche scientifico-technique la plus exacte, celle qui repose sur des informations quantitatives, des mesures, des observations, de plus en plus précises, implique des processus physiques qui s’inscrivent non seulement dans la croissance de l’entropie physique du cosmos, mais encore, et c’est bien plus préoccupant, qui dégradent la Biosphère dont nous faisons partie et qui nous permet de survivre ? Si la technoscience représente le progrès, alors ce progrès accélère l’entropie de notre « milieu cosmique » habitable (on parle de Global Habitability à la NASA), en dissipant la basse entropie des « ressources » que notre industrie puise − et épuise irrévocablement − dans les réserves non renouvelables à l’échelle historique des concentrations minéralogiques utilisables et accessibles de la croûte terrestre et qui sont ainsi dégradées en matières dissipées de haute entropie [Georgescu-Roegen, 1971, 1995]. Ce que nous faisons en brûlant des hydrocarbures d’une architecture moléculaire hautement complexe et qui finissent en gaz à effet de serre (le fameux C02) dans l’atmosphère n’est qu’une illustration de l’accélération de la croissance de l’entropie au sein du système Terre (clos du point de vue bioéconomique) provoquée par le « métabolisme industriel » du développement économique actuel [Grinevald, 1990, 1991 ; Erkman, 1998]. On pourrait sans doute aussi regarder la crise de la biodiversité sous cet angle de l’entropie (mais cela impliquerait des compétences que je n’ai pas).

L’idée de freiner, voire de stopper l’érosion de la biodiversité et la dérive anthropogénique de l’effet de serre de la Biosphère sont d’excellentes idées, d’ailleurs partagées par de nombreux environnementalistes, les pionniers de l’économie écologique et de l’écologie industrielle, mais n’arrivent-elles pas un peu tard ? Et surtout, sont-elles à la hauteur du défi de la crise écologique planétaire qui s’annonce ? Le gigantisme du développement économique de l’humanité, désormais « à l’échelle du monde » avec les progrès de la révolution industrielle, n’implique-t-il pas davantage et en fait tout autre chose qu’une réforme, même radicale, de l’ingénierie du mode de production industriel ? N’a-t-on pas déjà mis le doigt [White, 1968] sur la dimension religieuse des racines historiques, culturelles de cette crise du progrès scientifique et technique de l’Occident, suggérant que le remède implique une conversion radicale (d’où l’idée d’une écologie profonde, proche de la « psychologie des profondeurs »), au niveau donc de nos croyances fondamentales, que nous les nommions religieuses ou pas ? Le dossier Lynn White mérite un examen attentif, qui reste à faire dans nos écoles, nos églises, nos partis, nos syndicats, nos entreprises et nos organisations gouvernementales et non gouvernementales. La question n’est-elle pas celle de notre « religion de la technique » (David F. Noble), de notre croyance au progrès par la Technique ?

Le progrès de l’âge de l’information, c’est aussi, dans le sillage de la révolution thermodynamique, des machines à feu qui brûlent le charbon et plus rapidement encore le pétrole, The révolution in military affairs. Les rapports de synthèse (comme In Athena’s Camp : Preparing for Conflict in the Information Age, National Defense Research Institute, Santa Monica, Rand, 1997) sur cette nouvelle révolution militaire ne manquent pas. Curieusement, les historiens discutent de plus en plus de la « révolution militaire » aux origines des « Temps modernes » et de l’hégémonie mondiale de l’Occident. Mais la littérature critique ne manque pas non plus. La technique change (on dit aussi : progresse), mais c’est toujours la vieille alliance classique de la science et de la guerre. Leonardo et Machiavel. Carnot et Clausewitz. Oppenheimer et Groves. Le nouveau vocabulaire est éloquent : information warfare, cyberzoar, netwar, etc. Paul Virilio, qui nous annonce des « Tchernobyl informatiques », suit cela de près, depuis des années. L’informatisation de la société occulte la surchauffe de la puissance, de la civilisation militaro-industrielle issue de l’aventure de l’Occident. Il reste à faire le bilan thermodynamique, entropique, du Progrès à l’échelle de la Biosphère [Grinevald, 1991]. L’urgence en est soulignée depuis des années par la critique écologique de l’industrialisation et de ses dimensions martiales, thanatocratiques [Grinevald, 1991]. Les forêts tropicales brûlent à une échelle biosphérique inquiétante et la guerre civile menace partout où monte le stress environnemental !

La dérive de la technologie électronique, avec son accélération foudroyante, fait croire à une mutation majeure, comparable, comme le prophétisait Wiener, à la révolution industrielle (dont la périodisation historique est souvent trompeuse). On parle même d’« économie de l’immatériel », d’une « croissance dominée par l’informationnel » [Passet [1979], 1996, p. 145], comme si l’âge des moteurs thermodynamiques était déjà révolu, comme si l’économie informationnelle n’était pas le triomphe de la « puissance du rationnel » (Dominique Janicaud) de la civilisation industrielle occidentale, comme si les pays industriels n’étaient (déjà) plus les plus gros consommateurs d’énergie fossile et de matières premières minérales, comme s’ils avaient (déjà) réussi à réduire drastiquement leurs émissions de gaz à effet de serre, comme le demandent les experts scientifiques de l’évolution du climat de la Terre aux Nations Unies ! Depuis l’époque de Wiener, Turing et von Neumann, le développement des nouvelles espèces, des nouvelles générations de « machines intelligentes » s’est accéléré au point d’accréditer la prédiction de Samuel Butler, dans son article “Darwin chez les Machines” (1863) et dans sa célèbre utopie Erewhon (1872), dont il y a lieu de rappeler qu’elle était l’anagramme de Nowhere. Mais il ne s’agit pas − jusqu’à présent − d’une révolution énergétique [Georgescu-Roegen 1995, ch. 4], qui reste à faire.

Au-delà de considérations techniques sur lesquelles la littérature savante, et même critique, ne manque pas, c’est bien toute une cosmologie sociale, toute une cosmogonie du salut par la technoscience occidentale, qui est en question. Ses racines se mêlent au débat plus que centenaire sur l’entropie et le progrès. La version moderne de ce débat, née avec Wiener, fait désormais partie de cette « pensée unique » du néolibéralisme capitaliste triomphant, qui amalgame l’Internet et le vieux discours scientiste, le « tout numérique » et le mythe du progrès, le développement, désormais « durable », et la globalisation de la Pax Americana. Même aux États-Unis, certains politologues attentifs à l’Histoire estiment cet ethnocentrisme occidental « misguided, arrogant, false, and dangerous » [Samuel P. Huntington, “The West and the World”, Foreign Affairs, 1996, 75 [6], p. 28-46]. La rhétorique du progrès de l’Occident, qui possède de profondes racines historiques et culturelles [White, 1968 ; Grinevald, 1978 ; Thuillier, 1995], n’est-elle pas devenue anachronique à l’heure de la mondialisation, de la rencontre des cultures et du grand métissage de l’humanité ?

Wiener aimait remonter dans le temps pour donner à la révolution cybernétique toute l’envergure historique et anthropologique qu’il lui promettait. Dans une fresque mémorable, qui fit école, il suggérait :

« If the seventeenth and the early eighteenth centuries are the age of clocks, and the later eighteenth and the nineteenth centuries are the age of steam-engines, the present time is the age of communication and control. » [Wiener, 1948, p. 50]

En fait, après avoir mentionné les nouvelles technologies de la communication, de l’autorégulation et de l’automation, déjà existantes durant et même avant la guerre, il affirmait :

« The present age is as truly the age of servo-mechanisms as the nineteenth century was the age of the steam engine or the eighteenth century the age of the clock. » [Wiener, 1948, p. 55]

La machine à vapeur (voir le chemin de fer, le navire à vapeur des peintures de Turner) a été et reste le symbole de la société industrielle, même si Lewis Mumford et d’autres historiens ont souligné à juste titre l’importance de l’horloge mécanique dans l’industrialisation de l’Occident. Depuis Sadi Carnot (ingénieur militaire comme son père, le grand Lazare Carnot) et l’essor de la thermodynamique, la machine à vapeur est le symbole du mouvement, du travail, de la puissance pour l’idéologie productiviste du XIXe siècle. En parlant de l’âge de l’ordinateur comme d’une nouvelle révolution industrielle, on ne fait que changer de métaphore tout en restant dans la tradition occidentale de l’imaginaire du monde des machines et de la « machine du monde ».

Comme l’a écrit Claude Lévi-Strauss :

« L’Européen du XIXe siècle s’est proclamé supérieur au reste du monde à cause de la machine à vapeur et de quelques autres prouesses techniques dont il pouvait se targuer. » (Le regard éloigné, Plon, 1983, p. 27)

Lévi-Strauss n’a pas oublié son Bergson. Dans L’évolution créatrice, Bergson écrivait, d’une manière mémorable :

« Un siècle a passé depuis l’invention de la machine à vapeur, et nous commençons seulement à ressentir la secousse profonde qu’elle nous a donnée. La révolution qu’elle a opérée dans l’industrie n’en a pas moins bouleversé les relations entre les hommes. Des idées nouvelles se lèvent. Des sentiments nouveaux sont en voie d’éclore. Dans des milliers d’années, quand le recul du passé n’en laissera plus apercevoir que les grandes lignes, nos guerres et nos révolutions compteront pour peu de chose, à supposer qu’on s’en souvienne encore ; mais de la machine à vapeur, avec les inventions de tout genre qui lui font cortège, on parlera peut-être comme nous parlons du bronze ou de la pierre taillée ; elle servira à définir un âge. Si nous pouvions nous dépouiller de tout orgueil, si, pour définir notre espèce, nous nous en tenions strictement à ce que l’histoire et la préhistoire nous présentent comme la caractéristique constante de l’homme et de l’intelligence, nous ne dirions peut-être pas Homos sapiens, mais Homo faber. »

On a oublié que, dans ses conférences à la Sorbonne sur la géochimie et la biogéochimie, l’éminent académicien russe Vladimir I. Vernadsky soulignait qu’un « nouveau fait géochimique d’une importance capitale », à savoir « l’activité géochimique de l’humanité », marquait une « époque géologique nouvelle − ère psychozoïque, ère de la Raison » [La géochimie, Paris, Félix Alcan, 1924, p. 342].

J’ai plus d’une fois déjà rappelé cette naissance inouïe, presque conjointe, de la science de la Biosphère et du concept de Noosphère, ce dernier étant développé dans les discussions qui réunirent, à Paris, Vernadsky, Teilhard de Chardin et Édouard Le Roy, le successeur de Bergson au Collège de France [Grinevald, 1988, 1991, 1993]. Cette histoire, qui forme la préhistoire de la problématique du Global Change, a récemment fait l’objet d’une très utile anthologie en langue anglaise [Samson et Pitt (eds), 1999]. Le trio des théoriciens de l’humanisation de la planète Terre était préoccupé, comme Bergson et les énergétistes [Brunhes, 1909], par les relations entre la vie et le principe de Carnot. Vernadsky posait déjà la problématique de « l’énergie de la biosphère » et du rôle de l’activité industrielle de l’humanité « civilisée ». De nos jours, avec l’essor de la théorie des écosystèmes et la première alerte sur notre « crise de l’énergie » en 1973-1974, cette problématique mondiale, proprement biosphérique, est au cœur des grands programmes de recherche sur l’environnement global de la coopération scientifique internationale, ce qu’on appelle le Global Change [Grinevald, 1988, 1991]. Les idées développées par Vernadsky sur la Biosphère et la Noosphère ne doivent cependant pas être confondues avec celles de Teilhard de Chardin [Samson et Pitt (eds), 1999]. Il s’agit de deux versions différentes de l’idéologie du progrès par la science [Charbonneau, 1969].

Dans l’édition française qu’il donna en 1929 de son essai − longtemps ignoré − La Biosphère, publié à Leningrad en 1926, mais écrit pour l’essentiel durant son séjour à Paris [Vernadsky {1926}, 1997], le grand Vernadsky écrivait :

« Il est inutile d’insister sur l’extrême accroissement de la pression dans la Biosphère provoqué par l’apparition de l’homo sapiens évolué, qu’on peut, semble-t-il, appeler en combinant la terminologie de Linné et celle de Bergson et en employant la triple caractéristique de l’espèce, l’homo sapiens faber. La pensée de l’homo sapiens faber est un nouveau fait qui bouleverse la structure de la Biosphère après des myriades de siècles. » [Vernadsky {1929}, 1997, p. 268]

Le débat sur la dérive anthropogénique de l’effet de serre et le réchauffement de la Terre néglige généralement cette perspective historique [Grinevald, 1991] qui met en évidence la crise de cette croyance au progrès qui aveugle le dynamisme techno-scientifique de l’Occident [Thuillier, 1995]. Vernadsky, tout autant que son collègue suédois Svante Arrhénius, appartient à l’histoire plus que centenaire de la théorie de l’effet de serre, si étroitement liée à l’essor de la géochimie et de la biogéochimie [Grinevald, 1990]. Vernadsky fut l’un des premiers biogéochimistes, suivi par G. E. Hutchinson, à s’inquiéter du déséquilibre du cycle global du carbone provoqué par la déforestation ! Pourtant sans commune mesure alors avec la destruction systématique des forêts tropicales humides des décennies du développement, de la doctrine internationale qui traduit le mot Progrès par « croissance économique » ! Vernadsky ne semble pas s’être inquiété du gaz carbonique introduit dans l’atmosphère par la combustion du charbon et du pétrole, car, outre les maigres données quantitatives de l’époque, il croyait, comme quelques autres savants enthousiasmés par la découverte de la radioactivité, que le XXe siècle serait celui de l’atome, de l’énergie nucléaire ! Arrhénius, lui, ne croyait pas − avec la majorité de son temps − à l’avenir de l’énergie atomique : après l’épuisement des combustibles fossiles, il voyait plutôt le retour à l’énergie solaire ! Le débat, avivé de nos jours par les difficiles négociations sur la mise en œuvre de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, possède de profondes racines historiques…

Peut-être pourrions-nous terminer ici ces quelques réflexions en relisant à nouveau la définition − toujours à méditer − que Paul Valéry donnait dans son essai “Propos sur le progrès” (1929), qu’on peut lire dans Regards sur le monde actuel et qui nous rapproche de la problématique entropique et bioéconomique du regretté Nicholas Georgescu-Roegen :

« Je me suis essayé autrefois à me faire une idée positive de ce que l’on nomme progrès. Eliminant donc toute considération d’ordre moral, politique, ou esthétique, le progrès me parut se réduire à l’accroissement très rapide et très sensible de la puissance [mécanique] utilisable par les hommes, et à celui de la précision qu’ils peuvent atteindre dans leurs prévisions. Un nombre de chevaux-vapeur, un nombre de décimales vérifiables, voilà des indices dont on ne peut douter qu’ils n’aient grandement augmenté depuis un siècle. »

Jacques Grinevald

 

Texte publié dans l’ouvrage
Dominique Bourg, Jean-Michel Besnier (dir.),
Peut-on encore croire au progrès ?,
éd. PUF, 2000.

 

 

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