Accueil > Critique du darwinisme, Recension d'ouvrages, scientisme > Grégoire Quevreux, Critique du darwinisme de gauche, 2015

Grégoire Quevreux, Critique du darwinisme de gauche, 2015

Vouloir fonder l’action politique sur la biologie a aujourd’hui, avec raison, mauvaise presse. Il n’en fut pas toujours ainsi. La première moitié du XXe siècle a en effet vu par exemple l’adoption de lois eugénistes aux États-Unis [1], dans les pays scandinaves et, bien sûr, en Allemagne. Le racialisme, l’eugénisme et le darwinisme social nés dans le sillage des travaux de Darwin ne furent en effet pas l’apanage de quelques savants fous et extrémistes politiques, mais furent au contraire partagés par une partie importante de l’establishment intellectuel, scientifique et politique du début du XXe siècle [2]. Si l’interprétation politique de la théorie darwinienne de l’évolution caractérise ainsi surtout certains courants classiquement considérés comme de droite, il y eut des exceptions. L’anarchiste russe Pierre Kropotkine (1842-1921) proposa ainsi en 1902 de fonder la future société socialiste sur la tendance naturelle des hommes pour la coopération [3]. C’est finalement une réactualisation de ce projet que propose Peter Singer dans son livre Une gauche darwinienne [4] dont nous proposons ici une rapide lecture critique.

Peter Singer est probablement aujourd’hui l’un des philosophes et éthiciens les plus lus et les plus influents au monde. Il est surtout connu pour son essai La Libération animale [5], paru en 1975, qui revalorisa de façon définitive les problématiques de l’éthique animale. Il est ainsi le théoricien à la base des mouvements contemporains de promotion du végétarisme et de lutte contre la maltraitance animale [6]. Ethicien de tradition fermement utilitariste, Singer s’est également fait connaître en prenant des positions contestées en éthique médicale en faveur de l’avortement et de l’euthanasie des nourrissons atteints de très graves maladies [7].

Dans son livre Une gauche darwinienne, Singer estime que la gauche est aujourd’hui en déshérence politique depuis qu’elle a abandonné son objectif principal, la nationalisation des moyens de production, et perdu son principal soutien avec l’affaiblissement du mouvement syndical. Il espère avec son livre proposer une nouvelle piste de réflexion politique visant le renouvellement et le relèvement intellectuels de la gauche. Cependant, il semblerait qu’en réalité son projet aille plus loin. Singer affirme en effet que la gauche se définit par des valeurs morales nécessaires et d’autres plus contingentes, éventuellement redéfinissables [Singer, p. 20]. Il définit ces valeurs morales nécessaires assez minimalement comme être « du côté des faibles, pas des puissants ; du côté des opprimés, pas des oppresseurs ; du côté des dominés, pas des dominants » [8] et rajoute :

« Prétendre que le monde est comme il est et que l’on n’y peut rien, c’est ne pas faire partie de la gauche. Être de gauche, c’est vouloir agir pour changer cet état de chose. » [Singer, p. 11]

Cette définition est bien sûr insuffisante et en réalité peu claire car, à probablement quelques exceptions près, des idéologies politiques de toutes sortes se présentent comme défendant le faible, l’opprimé et le dominé, et promettent de changer l’ordre injuste des choses. Il n’y a là rien de spécifique aux mouvements politiques classiquement considérés comme de gauche. La définition de Singer relève donc surtout de la posture. Toutefois, l’important pour lui est à mon avis ailleurs. Il identifie implicitement en effet les valeurs morales contingentes de la gauche comme étant celles du marxisme et invite à les redéfinir en profondeur, c’est à dire, in fine, à s’en débarrasser.

L’effondrement des régimes communistes ainsi que, surtout, leur disqualification morale, montre pour Singer que Marx a fait une erreur. Cette erreur est d’avoir pensé que « s’il est possible de changer complètement l’ “ensemble des rapports sociaux”, alors il est possible de changer l’homme » [Singer, p. 8]. Singer reprend alors à ce propos ce qui était déjà l’accusation de Bakounine : Marx a totalement méconnu l’humaine nature. De la même façon, beaucoup de réformateurs sociaux estime Singer ont « élaboré leur société idéale ou leurs réformes, et cherché à les mettre en œuvre, sans savoir grand chose des êtres humains qui doivent mener à bien leurs projets et vivre avec » [Singer, p. 37].

Singer affirme, a contrario, que la gauche peut se ressourcer intellectuellement en s’articulant à une conception « scientifique » de la nature humaine (ce qui implique pour lui un abandon définitif de l’héritage marxiste comme nous allons le voir). Il estime en effet :

« La compréhension de la nature humaine envisagée à la lumière de la théorie de l’évolution peut nous aider à identifier les moyens par lesquels nous pouvons peut-être accomplir certains de nos objectifs sociaux et politiques (y compris la mise en œuvre de conceptions variées de l’égalité) ainsi qu’à évaluer leur coût et leur aspect positif potentiel. » [Singer, p. 17]

Or, estime Singer, la théorie de l’évolution explique pourquoi il y a dans toute société des tendances irréductibles à la compétition et à la coopération. Il estime qu’une société dans laquelle l’élément coopératif est plus important que l’élément compétitif respecte mieux les valeurs de la gauche [Singer, p. 40]. Il n’y a là rien de révolutionnaire et la notion de coopération a une longue histoire au sein de la pensée de la gauche, que ce soit à travers le mouvement des coopératives, l’école mutualiste ou plus récemment l’économie sociale et solidaire. L’originalité de Singer est d’affirmer que le projet d’une société basée sur la coopération doit s’appuyer largement sur les données de la biologie évolutionniste, c’est à dire être porté par une gauche dont le fondement théorique est darwinien.

Nous allons voir dans ce travail quelle est la cohérence de ce projet de gauche darwinienne tel que le propose Singer. Nous verrons comment Singer défend la notion d’un darwinisme de gauche (alors qu’historiquement les projets politiques articulés au darwinisme sont plutôt classés à droite) dans une première partie, puis comment Singer défait ce qu’il estime être des obstacles issus du marxisme à son projet de gauche darwinienne dans une deuxième partie, enfin nous verrons comment selon Singer la théorie de l’évolution peut éclairer l’action politique de la gauche dans une troisième partie.

« Gauche darwinienne » est-il un oxymore ?

La « mauvaise réputation » de la biologie

Comme nous l’avons dit, vouloir fonder l’action politique sur des données issues de près ou de loin de la biologie a aujourd’hui mauvaise presse et est la plupart du temps assimilé à un projet politique relevant de l’extrême droite, et cela encore plus à gauche [9].

Le projet de Singer d’une gauche informée par la biologie ne va donc pas de soi et, au contraire, est étranger, voir antagoniste, aux traditions politiques de la gauche. La gauche a en effet toujours eu des rapports complexes avec le darwinisme. Singer voit deux raisons à cette mauvaise réputation du darwinisme à gauche. La première raison vient des intellectuels de gauche eux-mêmes : « l’erreur compréhensible mais malheureuse de la gauche quant à la pensée darwinienne a été d’accepter les hypothèses de la droite » [Singer, p. 20].

Nous pouvons nuancer ce propos de Singer car Marx et Engels ont, dès la publication de L’Origine des espèces en 1859, salué l’ouvrage qui a, à leurs yeux, débarrassait définitivement l’histoire naturelle de toute téléologie. Cependant, Marx nuance ce jugement dans une lettre à Engels en 1862 où celui-ci ci remarque :

« il est remarquable de voir comment Darwin reconnaît chez les animaux et les plantes sa propre société anglaise, avec sa division du travail, sa concurrence, ses ouvertures de nouveaux marchés, ses “inventions” et sa malthusienne “lutte pour la vie”. »

Marx reproche ici à Darwin de s’être, de son propre aveu, inspiré de L’Essai sur le principe de population de Thomas Malthus qui affirme la naturalité de la concurrence entre les hommes, thèse impossible à accepter pour Marx. Nous voyons donc ici l’ambiguïté du rapport qu’a Marx avec les travaux de Darwin : accord sur le plan scientifique sur la dimension historique et non téléologique du processus de spéciation, mais désaccord conceptuel sur le fonctionnement de ce processus [10]. Ce que refuse Marx, ce n’est donc pas une certaine interprétation (de droite) des travaux de Darwin, mais bien l’une de ses hypothèses principales, à savoir le caractère nodal de la sélection naturelle.

La seconde raison que Singer voit à l’origine de la mauvaise réputation de la biologie à gauche relève de la responsabilité des biologistes eux-mêmes :

« Jusqu’aux années 1960, les théoriciens de l’évolution eux-mêmes ont négligé le rôle que peut jouer la coopération dans l’amélioration des chances de survie et du succès reproductif d’un organisme. » [Singer, p. 20]

Ce jugement de Singer est partiellement vrai car, si la théorie darwinienne a toujours eu des difficultés à expliquer les comportements altruistes et coopératifs, des études issues de l’éthologie et cherchant à s’appuyer sur la génétique moléculaire ont essayé à partir des années 1960 et 1970 de répondre à ce problème. On peut néanmoins se demander si elles y sont réellement parvenues.

Dans les années 1970, les sociobiologistes menés par exemple par Edward Wilson [11] et Richard Dawkins [12] ont proposé ainsi d’expliquer la coopération par le fait que le comportement des organismes sont entièrement déterminés par leurs gènes : un gène x cherche à maximiser sa réplication soit en ayant un maximum de descendants qui porteront alors également un gène x, soit en coopérant avec les organismes portant semblablement un gène x qui pourront alors également se reproduire. La conclusion est que les organismes coopèrent exclusivement en fonction de leur parenté génétique. Cette dernière théorie, dite de la « sélection de parentèle », a été largement critiquée car elle attribue au gène un comportement utilitariste où il doit calculer si coopérer est intéressant pour lui, ce calcul se faisant en fonction de la proximité génétique des individus [13]. L’anthropologue Marshall Sahlins a, dès 1976, critiqué l’utilisation de cette théorie en sciences sociales en faisant simplement remarquer que le travail ethnologique ne retrouvait pas sur le terrain de notion aussi étroitement naturaliste de la coopération et de la parenté [14].

De plus, ce n’est que par un important glissement sémantique et épistémologique que nous pouvons lier la notion morale et politique de coopération telle que la mobilise Singer avec la notion de coopération qui se dégage de la théorie de la sélection de parentèle [15]. La coopération dont parle Singer ne semble donc pas être la même que celle des biologistes, ce qui remet en question en profondeur son projet.

La distinction fait-valeur

Singer juge également sévèrement Wilson, non pas sur ses théories mais sur l’utilisation qu’il fait de celles-ci. Le projet de Wilson, et plus généralement de la sociobiologie, était de naturaliser les sciences sociales afin de les faire parvenir à un niveau « supérieur » de scientificité. Dans cette optique, il sortira régulièrement de son rôle de biologiste pour par exemple, comme le rapporte Singer, critiquer le fait que Rawls « n’a pas pris en considération les conséquences écologiques ou génétiques découlant de l’application rigoureuse de ses conclusions ». Singer rajoute :

« Ce que veut dire Wilson n’est pas très clair, mais puisque Rawls préconise la tolérance des inégalités dans la mesure où elles profitent au groupe d’individus les moins riches de la société, on dirait que, en apparence du moins, Wilson suggère que nous devons prendre en compte les conséquences génétiques qu’implique le fait d’aider les moins riches à survivre. » [Singer, p. 16]

Quelques lignes plus loin dans son texte, Singer critique :

« Les suggestions obscures parfois entendues à droite selon lesquelles fournir un soutien financier aux chômeurs permettrait à ces derniers d’avoir des enfants, ce qui augmenterait la présence de gènes “nuisibles” dans la population. » [16]

Singer avance deux arguments contre ce propos : d’abord, rien ne prouve que le chômage ait une cause génétique ! Ensuite, quant bien même ce facteur génétique existerait, il affirme :

« prétendre que ces gènes sont “nuisibles” mettrait en jeu des jugements de valeur qui dépassent largement ce que la science en tant que telle peut nous apprendre. » [Singer, p. 17]

Singer estime en effet que le problème de ce genre de théorie est de confondre fait et valeur. Il affirme au contraire que « l’évolution n’a pas de contenu moral, elle ne fait que suivre son cours » [Singer, p. 14]. L’évolution étant ainsi moralement neutre, on ne peut en déduire directement une éthique et/ou un projet politique (tel que le voulait Herbert Spencer) et tel n’est pas le projet de Singer. L’évolution étant strictement un fait et la gauche un ensemble de valeurs, rien ne s’oppose selon Singer à ce qu’une gauche darwinienne puisse exister [Singer, p. 15]. La biologie doit simplement pour Singer apporter des données que la gauche doit prendre en compte pour accomplir son projet politique. Ses données ne sont pas directives et « nous laissent le choix de la décision éthique, nous offrant simplement des informations pertinentes quant à cette décision » [Singer, p. 17].

Cependant, on pourrait répondre que juger une information pertinente pour une décision éthique est déjà faire un jugement de valeur. Le propos de Singer semble donc ici contradictoire, et d’ailleurs il tombe lui-même dans le travers qu’il dénonce [Singer, p. 18] lorsqu’il affirme que la théorie de l’évolution ayant démontré qu’il n’y a aucune différence de nature entre nous et les animaux, rien ne peut donc justifier le spécisme [17]. Vouloir fonder, même avec les précautions que prend Singer, l’action politique sur la biologie revient à estimer que certaines informations qu’offre cette science ont une signification éthique et politique particulière. Le projet de gauche darwinienne de Singer ne respecte donc pas plus la distinction fait-valeur que ne le fait Wilson et, finalement, tombe dans le travers qu’il dénonce à propos des « suggestions obscures parfois entendues à droite ».

Gauche darwinienne et marxisme

La conception marxiste du darwinisme

Singer estime que les critiques de la sociobiologie du type de celle de Sahlins [18], qui refusent la réduction de la culture à la nature, reproduisent la conception marxiste du darwinisme. Nous avons tâché plus haut de caractériser la nature de l’accord et du désaccord entre Marx et Darwin. Il y eut cependant une stratégie de conciliation élaborée par Friedrich Engels que dénonce précisément Singer : Darwin a découvert les lois de l’histoire naturelle et Marx les lois de l’histoire humaine [19]. Or l’histoire naturelle s’achève là où commence celle de cet être avant tout culturel qu’est l’être humain où les forces proprement matérielles de l’histoire prennent le dessus sur les facteurs naturels, le travail de Marx commence donc là où celui de Darwin s’achève [Singer, p. 23].

Singer estime que ce genre de stratégie de conciliation trahit la pensée de Darwin pour qui « la lutte pour la vie menée par chacun, ou au moins la lutte pour la survie de sa progéniture, est sans fin, et cette vision est à cent lieues du rêve d’une perfection de l’humanité » [Singer, p. 26]. Il rajoute que cette conception est incompatible avec la théorie matérialiste de l’histoire selon laquelle « l’existence sociale détermine la conscience », ce qui fait que ce que le marxisme considérera comme les conséquences de l’organisation sociale (« l’avidité, l’égoïsme, l’ambition personnelle et l’envie » nous dit Singer) sera considéré par le darwinisme comme « des aspects inévitables de notre nature ». Singer estime donc que la prétention du communisme à surmonter l’antagonisme entre l’homme et son semblable, prétention fondée sur la théorie selon laquelle cet antagonisme est le produit d’une certaine organisation sociale, est réfutée par le darwinisme, d’où la nécessité pour les marxistes de tenir les théories darwiniennes en dehors des sciences sociales [Singer, p. 27] et d’affirmer que l’évolution s’arrête là où l’histoire commence [20]. Singer estime néanmoins que ce rêve marxiste d’une perfectibilité de l’homme « s’est transformé en cauchemar avec les expériences de la Russie stalinienne, de la Révolution Culturelle en Chine et du Cambodge de Pol Pot » et que, conséquemment, « nous devrions abandonner le rêve de perfectibilité, et considérer qu’il y a maintenant un obstacle de moins pour une gauche darwinienne » [Singer, p. 30].

De la même façon, Singer estime que la théorie marxiste de l’histoire ne doit pas être abandonnée, mais plutôt incluse dans une « vision plus large » en reconnaissant « les liens existants entre le fondement économique d’une société et ses lois, sa religion, sa politique, sa philosophie et sa culture en général » ainsi que « c’est par le biais de caractéristiques spécifiques de notre héritage biologique que le mode de production influence nos idées, nos conceptions politiques et notre conscience » [Singer, p. 31]. Nous n’en saurons pas plus et Singer ne nous explique pas comment le mode de production allié à certains facteurs génétiques peut nous faire opter pour telle ou telle idée politique. La génétique moléculaire étudie le rapport entre l’enchaînement des nucléotides dans l’ADN et l’enchaînement des acides aminés dans les protéines. « Expliquer » (Singer en réalité ne nous explique rien) des comportements sociaux complexes par des facteurs génétiques comme le fait Singer [21] est donc hautement spéculatif [22].

La thèse de la malléabilité de la nature humaine.

De façon évidente, la thèse d’une perfectibilité de la nature humaine sur laquelle se fonde le marxisme dépend d’une autre : celle de sa malléabilité. Cette idée de malléabilité de la nature humaine estime Singer fut historiquement très importante pour la gauche car « elle a posé les bases pour espérer qu’un genre très différent de société humaine est possible » [Singer, p. 24].

Il note d’ailleurs que cette thèse est également partagée par les réformateurs non-marxistes, ceux-ci attribuant généralement à l’éducation la tâche de créer les meilleurs citoyens [Singer, p. 31]. Il rajoute : « je soupçonne que dans cette idée se trouve la raison fondamentale du rejet par la gauche de la pensée darwinienne » [Singer, p. 25]. Singer cherche à nuancer largement cette thèse et affirme que « l’idée que certains aspects de la nature humaine sont relativement constants n’est peut-être plus aussi controversé aujourd’hui qu’il y a 25 ans lorsque E.O Wilson publia Sociobiologie : une nouvelle synthèse » [Singer, p. 32]. Cependant, si la publication du livre de Wilson s’accompagna effectivement de débats parfois assez durs [23], ce n’est pas tant parce qu’il remettait en question la malléabilité de la nature humaine comme l’avance Singer que parce que Wilson avait le projet beaucoup plus radical de naturaliser les sciences sociales et réactualisait ainsi plus ou moins directement des thèses politiques que beaucoup (à gauche en particulier) jugèrent dangereuses.

Singer propose, d’une façon excessivement grossière comme il le reconnaît, de classer les comportements humains selon trois catégories en fonction de leur variabilité [Singer, p. 33-34].

 

1er cat. Variations importantes Production de nourriture, mode de vie, structures économiques, pratiques religieuses, formes du gouvernement.
2e cat. Part de variations Relations sexuelles [24], identification ethnique.
3e cat. Variations faibles Vie en société plus ou moins hiérarchisée.

 

Singer affirme que sa classification n’a pas de portée morale. Le fait qu’il remarque qu’une hiérarchie existe généralement dans les sociétés humaines ne signifie pas qu’il pense qu’une hiérarchie est bonne (ou mauvaise) dans son principe. Il remarque en revanche que cette tendance générale indique que se débarrasser des hiérarchies « est loin d’être aussi facile que les révolutionnaires l’envisagent habituellement » [Singer, p. 37] et rajoute que d’ailleurs les révolutions socialistes n’ont jamais aboli les hiérarchies en place que pour les remplacer par d’autres. Singer estime également que la culture joue évidemment un rôle dans ces variations [Singer, p. 35].

Finalement ce que nous dit Singer c’est qu’il y a dans l’humanité des tendances plus ou moins générales qui peuvent plus ou moins s’exprimer en fonction de facteurs naturels et culturels. On ne peut pas vraiment dire que cette affirmation soit révolutionnaire et on a du mal à voir ce qu’elle a de spécifiquement darwinien.

Le programme politique de la gauche darwinienne

La justification évolutionniste de la coopération.

Comme nous l’avons déjà dit, expliquer l’altruisme et la coopération a toujours été une difficulté de la théorie darwinienne. Il peut donc sembler compliqué de vouloir fonder la coopération sur le darwinisme. Singer reconnaît la difficulté : « la théorie darwinienne suggère qu’il est peu probable que nous soyons altruistes par nature » [Singer, p. 50]. Si nous ne sommes pas altruistes par nature, nous pouvons en revanche l’être par culture, mais dans ce cas on ne voit pas ce qu’une gauche voulant promouvoir la coopération aurait de spécifiquement darwinienne.

Singer tente de résoudre ce problème en mobilisant les travaux sur la théorie des jeux de Robert Axelrod (c’est d’ailleurs la seule justification théorique que propose Singer). Ce dernier propose de démontrer que la coopération est la meilleure solution à ce qu’on appelle le dilemme du prisonnier [25] dont voici la formulation classique : Deux suspects sont arrêtés par la police. Mais les agents n’ont pas assez de preuves pour les inculper, donc ils les interrogent séparément en leur faisant la même offre :

« Si tu dénonces ton complice et qu’il ne te dénonce pas, tu seras remis en liberté et l’autre écopera de 10 ans de prison. Si tu le dénonces et lui aussi, vous écoperez tous les deux de 5 ans de prison. Si personne ne se dénonce, vous aurez tous deux 6 mois de prison. »

Axelrod confronta les différentes stratégies possibles de résolution du dilemme du prisonnier via une simulation informatique et en conclut que la meilleure stratégie était celle du « donnant-donnant » que Singer résume ainsi :

« Elle débute chaque rencontre avec un nouveau “prisonnier” par la coopération. Ensuite elle se contente d’imiter le choix (quel qu’il soit) qu’a fait au tour précédent la stratégie adverse. Ainsi, si l’autre prisonnier coopère, elle coopère aussi, et elle continue de coopérer à moins que l’autre prisonnier ne décide de faire cavalier seul, auquel cas elle commence elle aussi à faire cavalier seul jusqu’à ce que l’autre prisonnier se remette éventuellement à coopérer. » [Singer, p. 45]

Singer en conclut :

« Il y a peut-être des forces de sélection qui encouragent un comportement ressemblant à de l’altruisme et pouvant en être par ses motivations, même si dans certaines circonstances spécifiques il profite à l’individu en apparence altruiste [et que] c’est donc une erreur de dire que la théorie évolutionniste démontre que les gens ne peuvent être motivés par un désir d’aider les autres. » [Singer, p. 51]

Des travaux d’Axelrod sur le dilemme du prisonnier se dégagent donc la thèse suivante : les organismes altruistes collaborent les uns avec les autres et excluent de cette coopération les organismes non-altruistes.

Le problème que posait déjà l’interprétation politique de la théorie de la sélection de parentèle se pose cependant encore ici : n’est ce pas par un glissement sémantique et épistémologique que nous pouvons identifier la notion morale et politique de coopération avec celle mise en avant par Axelrod ? La biologie caractérise en effet comme altruiste le comportement d’un organisme qui vise à favoriser les chances de reproduction d’un autre organisme, et la théorie d’Axelrod explique ce genre d’acte par l’assurance que l’organisme a de pouvoir être lui aussi le bénéficiaire d’actes altruistes afin de favoriser ses chances de reproduction, alors que le sens commun définit comme altruiste un acte désintéressé mû par l’empathie.

Singer est conscient du problème et rappelle que « les deux sens sont distincts, et il est possible qu’une action soit altruiste au sens courant du terme sans l’être au sens évolutionniste ». Singer ne semble donc pas réduire l’altruisme au sens courant (dont il reconnaît l’existence) à l’altruisme biologique. Pourtant, il semble dire l’inverse en conclusion où il affirme que dans un futur indéterminé nous pourrions « vaincre la résistance d’autres éléments de notre nature évoluée qui agissent contre l’idée d’un intérêt impartial pour nos congénères ou, mieux encore, pour tous les êtres doués de sentiments ? » [Singer, p. 56]. Il cite ensuite Richard Dawkins qui émet lui aussi l’idée « cultiver et entretenir un altruisme pur, désintéressé – quelque chose qui n’a pas d’espace propre dans la nature, quelque chose qui n’a jamais existé dans l’histoire du monde » car rajoute-il « nous sommes construits comme des machines générées par des gènes », mais « nous avons le pouvoir de nous retourner contre nos créateurs » [26]. Nous voyons donc que Singer semble en conclusion de son livre abandonner l’idée commune d’altruisme et considérer que n’existe que l’altruisme au sens biologique.

Altruisme et libéralisme

Singer estime que le libéralisme est fondé sur l’idée que chacun cherche avant tout son intérêt personnel. Il rajoute que cet intérêt personnel est souvent compris comme « gagner le plus d’argent possible », ce qui d’un point de vue évolutionniste n’est pas pertinent car « il n’y a aucune raison de penser que gagner plus qu’une modeste somme d’argent maximisera le nombre de descendants que nous aurons dans les générations futures » [Singer, p. 39]. Il remarque également avec raison que la société actuelle ne valorise pas particulièrement l’altruisme et met plutôt en avant la réussite individuelle :

« Nous vivons dans une société qui porte la consommation aux nues et fait dépendre le statut de l’intérêt médiatique. Il y a peu de liens dans une telle société entre le statut et l’aide que l’on peut apporter à autrui. » [Singer, p. 52]

Une telle société favorise nos tendances à la compétition et non à la coopération. Singer propose de changer cet état de fait en s’appuyant sur certains aspects de notre nature qu’il estime actuellement négligés (« être désirés, utiles, ou encore d’appartenir à une communauté ») et qui pourraient favoriser notre tendance naturelle à coopérer [Singer, p. 39]. Il faut ici noter que Singer ne remet pas en question le postulat selon lequel nous cherchons avant tout notre intérêt personnel, mais cherche simplement à donner une interprétation plus large de la notion d’intérêt personnel incluant les intérêts sociaux.

Cependant, Singer relève certains obstacles à une telle redéfinition de l’intérêt personnel.

Le premier problème qu’il relève est celui de l’échelle :

« Le système “donnant-donnant” ne peut pas fonctionner dans une société d’étrangers qui ne se rencontreront jamais plus d’une fois. » [Singer, p. 46]

Il semblerait donc que le projet d’une société fondée sur la coopération exige l’existence de communautés stables.

Le deuxième problème est celui de l’impact sur la vie de chacun :

« si rien de ce que vous faites n’a vraiment d’incidence sur ma vie, le système “donnant-donnant” ne fonctionnera pas. » [Singer, p. 47]

Singer remarque ici que si la stricte égalité entre les parties n’est pas requise pour que la coopération fonctionne, une trop grande différence de pouvoir et de richesse l’empêche. En effet, selon Singer, l’objectif de la gauche d’améliorer le sort des catégories les plus défavorisées de la société peut trouver une motivation supplémentaire dans le fait que :

« Laisser un groupe de gens tellement à l’écart de l’ensemble de la société qu’ils n’ont rien pour y contribuer revient à les éloigner des pratiques sociales et des institutions d’une façon telle qu’elle garantit presque leur transformation en adversaires dangereux pour ces institutions. » [Singer, p. 47]

Singer en conclut qu’alors que si le darwinisme social militait pour laisser les pauvres dans leur misère, une gauche darwinienne doit chercher à mieux les intégrer socialement et économiquement afin que le système « donnant-donnant » puisse fonctionner. On remarquera toutefois que Singer semble du même coup penser qu’un riche n’a aucun intérêt à aider un pauvre si celui-ci ne peut pas lui rendre la pareille.

Conclusion

Singer définit la gauche darwinienne comme une gauche qui s’informe des résultats de la biologie et qui est articulée à une conception scientifique de la nature humaine afin de parvenir à ses objectifs en mettant en avant la notion de coopération. Il estime que les deux principaux obstacles à surmonter pour que puisse advenir une gauche darwinienne sont le marxisme et la « mauvaise réputation » de la biologie. Le marxisme pour Singer est fondé sur une conception non-scientifique de la nature humaine et a été désavoué par l’échec historique des expériences socialistes. Il semble donc estimer que la gauche doit se débarrasser de l’héritage marxiste et devenir darwinienne. La « mauvaise réputation » du darwinisme à gauche est pour Singer le résultat des mésinterprétations du darwinisme social au XIXe siècle, la théorie darwinienne contemporaine faisant une large place à la notion de coopération.

Nous avons pu relever deux problèmes fondamentaux qui à mon sens remettent profondément en question la pertinence du propos de Singer.

D’abord, Singer s’appuie, sans d’ailleurs jamais vraiment l’avouer, sur un ensemble de travaux de biologistes visant à nier le culturel chez l’homme et à le réduire au naturel, lui-même souvent compris comme un avatar d’une machine de calcul utilitariste. La simulation informatique d’Axelrod est-elle ainsi véritablement pertinente pour décrire la vie psychique et culturelle des êtres humains ? Bien que ce genre d’approche ait déjà été et continue aujourd’hui à être critiqué, Singer semble appuyer dessus son propos sans jamais défendre ou justifier ses choix théoriques. Il semble néanmoins être conscient du problème et cherche parfois à euphémiser son propos en le rendant moins réductionniste, ce qui a surtout pour effet de le rendre trivial.

Ensuite, tout le projet de Singer est bâti sur l’ambigüité du terme « coopération » qui ne signifie pas la même chose en philosophie morale et politique et en biologie, ce qui pose un dilemme. Ou bien la gauche darwinienne favorise le sens moral et politique mais dans ce cas on ne voit plus ce que cette gauche a de darwinienne (et le propos devient trivial), ou bien on estime que seul existe l’altruisme biologique mais dans ce cas-là la notion sous-entendue de coopération s’éloigne beaucoup de son sens usuel et on ne voit pas vraiment ce qui resterait de gauche dans cette « gauche » darwinienne. Singer opte pour cette dernière possibilité, ce qui le pousse à défendre une étrange conception politique où la gauche essaie d’enrichir les pauvres afin que les riches les voient comme des partenaires potentiels. Singer reconnaît lui-même que sa perspective est limitée, je rajouterais qu’elle me semble contradictoire avec la définition pourtant minimale que lui-même donne de la gauche comme prise de position en faveur des faibles et non des puissants. De plus, ce faisant, Singer ne respecte pas plus la distinction fait-valeur que ne le faisait Wilson qui, de la même façon, appuyait ses suggestions politiques sur ce qu’il estimait être des informations pertinentes issues de la biologie. Or, comme nous l’avons vu, Singer justifie sa notion de gauche darwinienne sur la distinction fait-valeur.

Il me semble donc que le projet de gauche darwinienne de Singer reste très nébuleux et, dans l’état, perclus de contradiction.

Grégoire Quevreux,
Doctorant philosophie – Université de Nantes.

 

Grégoire Quevreux,
Critique du darwinisme de gauche”,
Les cahiers psychologie politique n°27, juillet 2015.

 


[1] Les États américains adoptant des lois eugénistes fondées sur une certaine interprétation du darwinisme étant parfois les mêmes que ceux qui interdisaient l’enseignement scolaire de la théorie de l’évolution, ce qui montre bien que le créationnisme américain est un phénomène complexe. Pour plus de détails voir D. Lecourt, L’Amérique entre la Bible et Darwin, Paris, Presses Universitaires de France, 2007.

[2] A. Pichot, La société pure : de Darwin à Hitler, Paris, Flammarion, 2009.

[3] P. Kropotkine, L’entraide, un facteur de l’évolution, Paris, Ed. Aden, 2009.

[4] P. Singer, Une gauche darwinienne. Evolution, coopération et politique, Paris, Cassini, 2002.

[5] P. Singer, La libération animale, Paris, Payot, 2012.

[6] Par exemple le très connu Animal Liberation Front dont le nom est une référence au livre de Singer.

[7] Ce qui a fait dire à certaines associations conservatrices que Singer était l’homme qui acceptait qu’on tue des bébés mais pas des veaux, ce qui est un bon slogan mais caricature bien sûr la position de Singer. Pour plus de détails voir P. Singer, Questions d’éthique pratique, Paris, Bayard, 1997.

[8] Il attribue cette définition au militant trotskiste américain Henry Spira.

[9] Il n’y a qu’à se rappeler à ce propos les polémiques récurrentes au sujet des « fichiers ADN ».

[10] Pour une rapide introduction à ce problème voir D. Lecourt, “Marx et Darwin”, dans D. Lecourt (sous la dir.), Dictionnaire d’histoire et de philosophie des sciences, Paris, Presses Universitaires de France, 1999, p. 713-715.

[11] Dont le livre Sociobiology : the new synthesis paru en 1975 lance le mouvement de la sociobiologie.

[12] Le Gène égoïste, 1976.

[13] La sociobiologie a obtenu des résultats de recherche en particulier en entomologie sur l’étude du comportement social de certaines espèces d’insectes (abeilles, fourmis…). C’est l’introduction des méthodes et théories de la sociobiologie dans les sciences sociales qui sera critiquée car niant la distinction chez l’homme entre nature et culture. Ce glissement n’est néanmoins pas un hasard car il a été voulu dès le départ par les pères de la théorie sociobiologique.

[14] M. Sahlins, Critique de la sociobiologie. Aspects anthropologiques, Paris, Gallimard, 1980.

[15] Ce genre de glissement épistémologique est d’ailleurs une habitude de la sociobiologie. Voir J.G. Ruelland, L’empire des gènes. Histoire de la sociobiologie, Paris, ENS Editions, 2004.

[16] Il relie implicitement ce propos à celui de Wilson.

[17] Singer qualifie de spéciste la distinction éthique faite entre les animaux et les humains au nom seul de la distinction d’espèce.

[18] Singer met en cause à ce sujet le Groupe d’Etudes sur la Sociobiologie de la Science pour le Peuple. Voir Singer, p. 29.

[19] Singer affirme que le texte d’Engels Le rôle du travail dans la transformation du singe en homme où celui-ci tente de mêler marxisme et darwinisme montrerait que celui-ci n’avait pas réellement assimilé Darwin car il accepte la thèse considérée comme lamarckienne de l’hérédité des caractères acquis. Cette erreur selon Singer prépara celle tristement célèbre de Lyssenko qui défendra également des idées lamarckiennes et provoquera un désastre pour l’agriculture soviétique qui n’en avait pas besoin (Singer, p. 22).

La reprise de cette anecdote par Singer montre que celui-ci connaît très mal l’histoire de la biologie. En effet, la thèse de l’hérédité des caractères acquis n’a rien de spécifiquement lamarckienne et Darwin y adhérait également. La biologie ne fera d’ailleurs réellement la distinction entre caractère inné et caractère acquis qu’au début du XXe siècle grâce aux travaux d’August Weissmann (voir à ce propos A. Pichot, Histoire de la notion de gène, Paris, Flammarion, 1999). De plus, Lyssenko ne s’est jamais compris ou présenté comme défendant le lamarckisme, mais au contraire comme défendant le darwinisme originel à une époque où s’élabore le néodarwinisme. La seule chose de vraie dans ce que nous raconte ici Singer est l’inanité scientifique de Lyssenko qui retardera durablement la génétique russe. Ce dernier n’hésitait pas à se moquer des travaux sur la drosophile de Thomas Morgan, l’un des pères de la génétique moléculaire, arguant que ce genre de recherche ne servirait jamais le prolétariat. Il est évident qu’aujourd’hui si certaines personnes, prolétaires ou pas, souffrant de maladies génétiques peuvent vivre une vie plus ou moins normale, c’est infiniment plus grâce à « l’obsession pour la copulation des mouches » de Morgan qu’au lyrisme de Lyssenko. Voir sur ce sujet D. Lecourt, Lyssenko. Histoire réelle d’une science prolétarienne, Paris, Presses Universitaires de France, 1976.

[20] De façon étrange, Singer donne comme exemple de marxiste ayant essayé de dépasser cet antagonisme le généticien effectivement marxiste mais aussi eugéniste J.B.S Haldane (qui ne paraît être un eugéniste modéré qu’en comparaison des eugénistes extrémistes qu’on pouvait alors trouver parmi ses contemporains biologistes).

[21] Ainsi que la sociobiologie et la psychologie évolutionniste.

[22] C’est là un défaut que l’on retrouve aussi chez les transhumanistes qui confondent allégrement science et science-fiction (ça ne se trouve pourtant pas au même rayon).

[23] Aux États-Unis, mais aussi en France où la sociobiologie fut introduite au début des années 1980 par le groupe néo-fasciste dit de la Nouvelle Droite. Pour plus de détails voir par exemple P-A. Taguieff, Sur la Nouvelle Droite, Paris, Descartes et Cie, 1994.

[24] Singer affirme que « la quasi-totalité des sociétés ont un système de mariage qui restreint les relations sexuelles hors mariage. De plus, alors que les hommes peuvent être autorisés à avoir une femme ou plus, selon la culture, les systèmes de mariage qui autorisent les femmes à avoir plus d’un mari sont extrêmement rares, et existent habituellement dans des circonstances spéciales et temporaires. Quelles que soient les règles du mariage, et aussi sévères soient les sanctions, l’infidélité et la jalousie sexuelles semblent également être des éléments universels du comportement sexuel humain » (SINGER, p. 34). Singer cite ici des lieux communs de la sociobiologie repris plus récemment par la psychologie évolutionniste et qui ont été critiqués par les anthropologues à partir d’observations ethnologiques de terrain. Voir par exemple S. McKinnon, Génétique néo-libérale. Les mythes de la psychologie évolutionniste, Paris, L’éclat, 2011.

[25] R. Axelrod, Donnant-donnant. Une théorie du comportement coopératif, Paris, Odile Jacob, 1992.

[26] On retrouve ici le style mysticisant et infantile qui est la marque de fabrique de Dawkins.

  1. Aucun commentaire pour l’instant.
  1. No trackbacks yet.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :