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Maria Mies, Patriarcat et exploitation dans l’économie mondialisée, 2005

Dans les années 1970 et 1980, les féministes ont identifié plusieurs contradictions fondamentales des sociétés industrielles. En premier lieu, le fait que le travail domestique n’est pas comptabilisé comme du travail, qu’il s’agisse d’économistes capitalistes ou socialistes. C’est encore le cas : en 1999, Henderson estimait que jusqu’à 50% des produits et services utiles n’étaient pas rémunérés et largement produits par les femmes. Leur valeur s’élèverait à 16 000 milliards de dollars [1]. Le travail productif des femmes, porter et s’occuper des enfants, jardiner, nourrir sa famille, traire les vaches, élever des brebis pour sa consommation personnelle, tout ceci n’est pas comptabilisé dans les PIB nationaux, cela « ne compte pas » [2]. Ce travail n’est pas considéré comme une activité économique.

En me demandant si Marx avait une définition différente de ce type de travail, j’ai analysé son concept de travail productif. Il s’applique exclusivement au travailleur d’usine, le plus souvent un homme, qui, en tant que soutien de famille, produit directement de la valeur d’échange et de la plus-value pour le marché capitaliste. Pour Marx, ce travailleur est la base de la classe ouvrière et de la lutte des classes, les ménagères n’étant que des reproductrices dont la tâche était de reproduire cette force de travail de jour en jour et de génération en génération. Pour lui, les femmes au foyer ne produisent aucune valeur d’échange, aucune marchandise, aucune valeur monétaire, c’est-à-dire la seule chose qui compte dans le capitalisme.

Par la suite ont été mises en évidence d’autres types d’activités qui « ne comptent pas », comme le travail des petits paysans qui produisent principalement pour leur propre subsistance ; le travail effectué dans les colonies pour presque rien pour le compte des propriétaires ; enfin, ce que produit la nature. Ne produit-elle pas chaque année de façon presque gratuite [3] ? Les économistes considèrent comme des « biens libres » ce qu’on peut acquérir pour presque rien, comme la lumière du soleil ou l’eau.

Après avoir analysé le travail des paysans du Tiers-monde [4], nous avons constaté que l’exploitation de la production de subsistance, du fait de sa fonction de création et de préservation de la vie, ne fonctionne pas de la même manière que l’exploitation salariale. De ce point de vue, le travail des femmes et celui des petits paysans sont envisagés avec une même logique : leur exploitation s’assimile à l’exploitation de la nature en tant que ressource censée être gratuite et inépuisable. Cette relation d’exploitation est initiée et maintenue, non pas par le contrat de travail, comme dans le cas du travailleur salarié, mais par la violence physique et structurelle. Les ressources naturelles sont considérées comme des « biens libres », exploitées et accaparées par le système industriel de la même façon que le travail de reproduction de la vie par les femmes et la paysannerie. La division du travail par genres, et entre travail salarié et travail domestique, sphère publique et privée, production et reproduction, n’a été possible qu’à travers la naturalisation du pôle féminin de cette division.

Aussi avons-nous désigné la nature, les femmes et les pays exploités du Tiers-monde comme les « colonies de l’homme blanc » [5]. Elles sont la base permanente de l’accumulation de capital, qu’elle soit de type capitaliste ou socialiste. Sans elles, le travailleur salarié ne serait pas en mesure de vendre sa force de travail et de produire de plus-value. Et les capitalistes ne pourraient pas accumuler de capital.

Le travail domesticisé se généralise

Partant de cette analyse, on a ensuite constaté que ce travail invisible était en réalité le plus avantageux pour le capitalisme, puisqu’il est structurellement gratuit. C’est l’objet de mes recherches sur les dentellières du Narsapur, en Inde [6]. La dentelle au crochet est une industrie domestique traditionnelle du sud de l’Inde où les femmes, en tant que ménagères, se livrent à un travail de reproduction mais aussi de production, puisqu’elles font vivre le foyer. En vendant cette dentelle sur le marché mondial, les marchands ont amassé des fortunes en exploitant ce travail que j’ai identifié par le terme de « travail domesticisé », c’est-à-dire un travail dévalorisé par son caractère domestique.

A la même époque, au début des années 1980, la micro-électronique et l’automatisation ont détruit des millions d’emplois dans les usines et déclenché une crise profonde dans les pays industrialisés. En 1983, dans Les chemins du paradis, André Gorz montrait que le prolétariat classique était en train de disparaître, à quoi Claudia von Werlhof a répondu en 1988 par un célèbre article : « Le prolétaire est mort ! Vive la femme au foyer ! » [7].

Cet article a marqué une étape importante vers l’analyse de ce qu’on a ensuite appelé capitalisme néolibéral mondialisé. Selon von Werlhof, le pilier de la production capitaliste, c’est-à-dire le prolétariat masculin, la classe ouvrière, étaient visiblement en train de quitter la scène au profit de tout un spectre de travailleurs au noir, à temps partiel ou saisonniers, la main-d’œuvre immigrée clandestine ou non, la main-d’œuvre enfantine, les petits producteurs de subsistance, etc. [8] Ce type de travail domesticisé, soutenait-elle, allait devenir la norme, non seulement pour les femmes mais aussi pour les hommes. On serait obligé d’accepter un salaire bien inférieur à celui d’un salarié normal. Comme des mères au foyer, on travaillerait n’importe quand, sans horaires fixes. A la différence des salariés classiques, protégés par le droit du travail et les conventions collectives, ces travailleurs sont atomisés et isolés. Leur paie est souvent insuffisante pour vivre. Elle est calculée comme s’ils ne faisaient que compléter la paie d’un « soutien de famille ».

Aujourd’hui, cette prédiction s’est vérifiée. De nos jours, ce type d’emploi est devenu la forme d’activité privilégiée du capitalisme néolibéral, qui exige l’assouplissement du droit du travail, le démantèlement de l’État social, l’ouverture de toutes les frontières à la libre circulation des biens, des capitaux et des investissements et la privatisation des biens publics. Ce processus de transformation s’est immédiatement accompagné un peu partout d’une chute drastique de l’emploi. Nombre de chômeurs, qui étaient autrefois des salariés protégés, sont devenus des travailleurs précaires ou du secteur informel qui luttent pour leur survie. Même ceux qui occupent encore des postes titularisés classiques sont menacés par cette domesticisation du travail. De nouveaux concepts sont apparus : on parle de travail « précaire » ou « flexible ». Mais cela correspond au même phénomène : il faut trois emplois de ce type – les fameux« Mcjobs », [boulots McDonald] – pour survivre. Les jeunes ne se projettent plus dans un emploi fixe à plein temps qu’ils garderaient toute leur vie.

L’iceberg de l’économie mondiale

Ce que les économistes appellent généralement l’ « économie » n’est que la partie émergée d’un iceberg constitué de capitaux et de travail. Cette partie visible est comptabilisée dans le PIB, les travailleurs sont protégés, couverts par le droit du travail et représentés par des syndicats. Il existe le plus souvent un contrat liant le capitaliste et le travailleur. Mais la plus grande partie de l’iceberg est immergée : invisible, elle est soustraite aux règlementations et aux protections sociales ; les travailleurs sont isolés et n’ont le plus souvent pas de contrat en bonne et due forme. En fait, la plupart de cette main-d’œuvre est considérée comme un « bien libre », comme la nature. Une grande partie de ce travail est illégal, comme l’activité des immigrés clandestins qui sont néanmoins indispensables, par exemple pour travailler à bas coût dans les exploitations agricoles.

 

[schéma de l’iceberg]

 

Jusqu’à récemment, la plupart de ceux qui se trouvent sous l’eau – qui représentent, à l’échelle du monde, la majorité des travailleurs – espéraient pouvoir, grâce au rattrapage par le développement, se hisser jusqu’aux couches supérieures de cet iceberg patriarcal-capitaliste, du moins jusqu’au niveau des travailleurs protégés des pays industrialisés. Mais depuis le début de la mondialisation néolibérale, même les salariés du secteur classique des pays riches font l’expérience inverse. Ils sont des millions à perdre leur emploi et à tomber sous la surface, où ils rejoignent les masses de travailleurs précaires ou du secteur informel. On leur explique d’ailleurs que cela correspond désormais à un schéma de carrière classique.

Faut-il encore parler de patriarcat ?

Même si le travail domestique est devenu le type de travail le plus adapté au contexte néolibéral mondialisé, est-il encore pertinent de parler d’un système « capitaliste patriarcal » ? De ce point de vue, quels sont les changements depuis les années 1980 ?

Déjà à l’époque, il était clair que l’exploitation de jeunes femmes non qualifiées dans les zones de libre-échange des pays du Sud n’était pas accidentelle et découlait d’une stratégie capitaliste délibérée. C’est le cas, non seulement dans des pays comme le Bangladesh et le Mexique, mais aussi dans les pays dits socialistes comme le Vietnam ou la Chine, voire dans les pays riches quand les économistes y préconisent la création de secteurs de main-d’œuvre à bas coût. A ses débuts, la croissance économique chinoise a beaucoup reposé sur la main-d’œuvre féminine bon marché des industries du vêtement et du textile dont l’exploitation est le secret des prix imbattables des habits vendus dans les grandes chaînes. On sait aussi que cette division internationale du travail s’accompagne d’une augmentation spectaculaire des violences sur les femmes et d’une diffusion rapide de la prostitution et du trafic de femmes dans toutes les régions du monde.

Cette violence patriarcale directe contre les femmes a connu un brusque essor, en particulier pendant et après les guerres de Yougoslavie, d’Afghanistan et d’Irak. Dans ces régions, les services sexuels sont consommés par les troupes étrangères mais aussi par de nombreuses autres catégories d’expatriés tels que le personnel des Nations unies, des ONG et les hommes d’affaires occidentaux. De fait, la prostitution est devenue une nouvelle industrie mondiale de service parfaitement acceptée, qui obéit aux mêmes règles que les autres secteurs néolibéraux. Et c’est une industrie en croissance, non seulement dans les régions ravagées par les guerres, mais aussi aux frontières entre la vieille Europe et les nouveaux États de l’Est qui ont rejoint l’Union Européenne comme la république tchèque, la Pologne et l’Ukraine.

Le patriarcat a aussi été renforcé à travers les traités de l’OMC, notamment l’Accord général sur le commerce des services (AGCS), car nombre de ces nouveaux services incluent l’activité des femmes comme domestiques. Certaines féministes s’en félicitent au motif que cela libèrerait les femmes du fardeau des tâches ménagères. Mais en y regardant de plus près on constate que ce sont surtout des femmes des pays du sud et de l’Est dont beaucoup n’ont même pas de papiers qui font office de nouvelles bonnes pour les classes moyennes et même les femmes des milieux ouvriers des pays industrialisés, qui peuvent de ce fait mener librement leur carrière. En tous cas, on ne saurait parler de libération quand une femme parvient à se hisser dans la hiérarchie capitaliste par l’exploitation d’une autre femme. Il s’agirait plutôt d’une nouvelle forme de colonialisme.

Ces stratégies détournent habilement les concepts et le langage de la libération des femmes et les revendications d’égalité. Pour bien des féministes encore aujourd’hui, l’égalité est le principal but de la libération des femmes. Elles ne revendiquent pas la fin du patriarcat et du capitalisme. A en juger par les résultats d’une telle stratégie dans le contexte d’une restructuration néolibérale mondiale, on ne saurait y déceler d’amélioration pour la majorité des femmes. S’il est vrai que certaines ont bénéficié de cette stratégie pour monter dans l’iceberg de l’économie capitaliste, c’est principalement au détriment d’autres personnes, femmes ou hommes. Le capitalisme continue d’avoir besoin du patriarcat pour entretenir différents niveaux d’inégalité et d’exploitabilité. Le système ne permet pas de défendre l’égalité pour tous, en particulier au niveau des élites. Si « égalisation » il y a, elle concerne donc les femmes et les hommes situés au-dessous de la surface, qui deviennent« égaux » aux travailleurs les moins chers de la planète. Telles sont les règles de la mondialisation néolibérale et de la concurrence mondiale.

Cette analyse met clairement en évidence que les stratégies anciennes et les promesses de rattrapage par le développement ont bel et bien échoué. En particulier si l’on tient compte de l’iceberg de l’économie mondiale dans son ensemble, y compris la nature, l’ensemble des nations, des classes et des genres. Le rattrapage par le développement n’est pas possible pour tout le monde, hommes et femmes. Il exclut un grand nombre d’anciennes colonies. Et il est certainement dévastateur pour la nature.

De la mondialisation à la relocalisation

En menant à sa conclusion logique cette analyse capitalisme mondial patriarcal, mon but n’est pas de terminer sur une note fataliste mais plutôt de détruire l’illusion selon laquelle on pourrait gagner sur tous les tableaux. Pour défendre l’exigence d’une société et d’une économie plus humaines pour tous sur une planète finie, nous n’avons d’autre choix que de rejeter l’ensemble du paradigme destructeur de cette économie en iceberg et de rechercher autre chose.

Il est insuffisant de revendiquer la restauration de la situation pré-néolibérale, c’est-à-dire l’État social keynésien. Si le but est de construire un monde meilleur dont la vie serait le centre, les femmes, les enfants et la nature, et non l’argent et la marchandisation généralisée, un vrai changement de paradigme, une nouvelle perspective s’impose : nous l’avons appelée « perspective de subsistance ».

Nous appelons subsistance ou production de vie ce dont a besoin pour perdurer le capital mort, l’argent mort. Si nous voulons vraiment un avenir pour nous-mêmes ou pour la nature dont nous faisons partie, il faut dissocier la production de capital de la production de vie, qui doit redevenir le centre de nos préoccupations. En d’autres termes, des sphères de la réalité colonisées et marginalisées (la nature, les femmes, les enfants, etc.) doivent devenir le cœur de l’activité économique, et le fait de gagner de l’argent redevenir périphérique.

Dans une société de subsistance où le travail non payé serait assumé équitablement par les hommes et les femmes et occuperait une place centrale, la perte du salariat ne serait pas une tragédie. Elle ne déboucherait pas sur l’exclusion, la dépression et le désarroi. Mais cela n’est possible qu’à la condition que les communautés aient pu retrouver la maîtrise de leurs principales ressources communes : terre, eau, forêts, biodiversité, connaissances. Dans une telle société, la contradiction actuelle entre préservation d’un environnement sain et compulsion à le détruire pour créer des emplois n’existerait plus. Les lieux de travail deviendraient enfin des lieux de vie.

La perspective de la subsistance est non seulement pratiquement et théoriquement nécessaire, mais aussi possible ; d’ailleurs, elle existe déjà. Elle existe chez tous ceux qui ne veulent pas être « développés ». Ce sont tous ceux qui savent qu’ils paieront le prix de la modernisation sans en toucher les bénéfices. Ce sont les peuples du tiers monde, les femmes, les peuples indigènes qui luttent pour la préservation de leurs moyens de subsistance autonomes. De nouvelles réflexions touchant à une définition différente de l’économie, autre que celle qui domine actuellement, ont aussi émergé dans les pays industrialisés du nord. Il existe déjà des milliers d’initiatives visant à créer des communautés, des éco-villages, des entreprises autogérées, des associations reliant producteurs et consommateurs, des projets d’auto-support et de communautés dans les villes et les régions désindustrialisées. On trouve là les prémisses d’une économie alternative au capitalisme mondial et – nous ajoutons – patriarcal [9].

Voici quelques changements qui nous semblent nécessaires pour aller vers cette perspective.

La perspective de subsistance

Le travail

Changement de la division sexuelle du travail. Les hommes font autant de tâches non rémunérées que les femmes. Au lieu du salariat, le travail autodéterminé, socialement et écologiquement utile devient central à l’économie. La production de subsistance est prioritaire sur la production de marchandises. Aujourd’hui, la production de subsistance subventionne l’économie de marché : au contraire, ce sont le salariat et le marché qui devraient subventionner la production de subsistance.

Un nouvel objectif pour l’économie

Le but de l’économie ne doit pas être la croissance permanente et l’abondance de marchandises dans nos supermarchés mais la « vie bonne », entendue comme de bonnes relations à la nature, entre hommes et femmes, entre les peuples et les pays du monde entier. Cette « vie bonne pour tous » est possible dans des communautés et des régions de taille réduite et autosuffisantes mais pas dans le cadre d’une économie mondialisée. Ces bonnes relations seraient fondées sur la réciprocité, la mutualité et la solidarité. Cela implique de rompre le rapport d’éloignement et d’étrangeté entre producteurs et consommateurs, villes et campagnes.

Définition des besoins et autonomie

Si l’économie avait un but différent, la satisfaction des besoins ne recouvrirait pas la même chose. Elle ne reposerait pas sur une masse toujours plus grande de marchandises inutiles, socialement et écologiquement destructrices. Une nouvelle économie de subsistance permettrait de rompre la dépendance des territoires à la poignée de multinationales qui dictent actuellement nos besoins. Pour briser ce pouvoir dictatorial sur nos vies, nous devons nous tourner vers l’autosuffisance et la sobriété.

A quoi ressemble la technologie
dans une perspective de subsistance ?

La technologie doit redevenir un outil permettant de satisfaire directement les besoins au lieu de favoriser l’accumulation capitaliste. La technologie n’est pas neutre. Elle porte en elle toute l’idéologie d’une époque. Une partie de la haute technologie moderne est non seulement inutile mais surtout destructrice du vivant (informatique, électronique, génie génétique, nucléaire). La plupart de nos technologies sont issues du monde militaire. Dans une économie de subsistance, ce genre de technologies n’a pas sa place. La technologie de subsistance doit permettre de favoriser et de valoriser les connaissances scientifiques et techniques disponibles dans la population. Elle doit être telle que ses effets soient réversibles.

L’économie morale de la subsistance

Une économie de subsistance respecte les limites de la nature où qu’elle se trouve. Elle ne peut être fondée sur un quelconque type de colonisation, qu’elle soit intérieure ou extérieure. Il faut réintégrer l’économie à l’intérieur de la société dont elle doit devenir l’un des multiples sous-systèmes, au lieu d’en constituer le système central et dominant. Cela implique une critique et un rejet radical de tous les principes capitalistes et néolibéraux, qui ont aujourd’hui contaminé l’ensemble des pays et des formes de vie : calculs de profit coûts/bénéfices, concurrence universelle, privatisation de tous les biens communs, libéralisation et dérégulation débridées. Les communautés et les États ont pour tâche de servir les intérêts communs de tous les peuples et non du capital. Une telle économie morale n’est possible que dans le cadre d’unités de petite taille où la population peut avoir prise sur l’économie, et donc incompatible avec la mondialisation. Contrairement à ce qui est souvent avancé, il est impossible d’ « humaniser » l’économie mondiale capitaliste.

Le marché et le commerce
dans les économies de subsistance

La production locale et régionale doit satisfaire en priorité les besoins locaux et régionaux de l’ensemble des individus. Il faut relocaliser les échanges à l’échelle de ces marchés, ce qui permettrait de préserver la diversité biologique et culturelle des pays et des régions, et de résister aux monocultures et aux monopoles mondiaux. Cela n’exclut pas de faire venir des biens d’autres parties du monde s’ils ne sont nécessaires et ne sont pas produits localement. Mais tout ce qui peut être produit sur place ne saurait être importé par le biais du marché mondial. Le commerce doit suivre le principe de subsidiarité [10].

Le rôle de l’argent

L’argent doit être un moyen d’échange et non d’accumulation de richesse.

Maria Mies

.

Ce texte est la transcription d’une conférence à l’Institut pour une économie verte à Reading en octobre 2005.

Traduction réalisée par Célia Izoard, juin 2016.

Mies, M. (2007), “Patriarchy and accumulation on a world scale – revisited (Keynote lecture at the Green Economics Institute, Reading, 29 October 2005)”, International Journal of Green Economics, Vol. 1, Nos. 3/4, pp.268–275.


Notes :

[1] Henderson, H., Small is Beautiful: 25 Years Later with Commentaries, in E.F. Schumacher (éd.) Vancouver: Hartley and Marks, 1999.

[2] Waring M., Counting for Nothing: What Men Value and What Women are Worth, Bridget Williams Books, 1998.

[3] Mies M. et Shiva V., Ecoféminisme, 1993 ; trad. fr éd. L’Harmattan, 1998.

[4] Maria Mies, Veronika Bennholdt-Thomsen et Claudia von Werlhof ont pris part aux luttes féministes après plusieurs années de recherche en Inde, au Costa Rica, au Salvador, Venezuela et Mexique. [NdT]

[5] Mies M. et Bennholdt-Thomsen V., La Perspective de subsistance, Zed Books, Londres, 1999, p. 12.

[6] Mies M., Lace Makers of Narsapur: Indian Housewives Produce for the World Market, Zed Books, Londres, 1980.

[7] von Werlhof C., Women, the Last Colony, Zed Books, Londres, 1988, p. 168.

[8] Enumération à laquelle il faut ajouter, pour la France, le statut d’auto-entrepreneur, emblématique de ce que décrit Maria Mies. [NdT]

[9] Mies M. et Bennholdt-Thomsen V., La Perspective de subsistance, Zed Books, Londres, 1999, p. 18-21, 58.

[10] Principe politique issu protestantisme puis du mouvement coopératif selon lequel la responsabilité d’une action publique doit être allouée à la plus petite entité capable de résoudre le problème d’elle-même, afin de favoriser l’autonomie des collectivités vis-à-vis des pouvoirs centraux. [NdT]

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