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Miquel Amorós, Une critique libertaire de la gauche du capitalisme, 2016

Le capital a prolétarisé le monde et dans le même mouvement a visiblement supprimé les classes. Si les antagonismes ont été intégrés, s’il n’y a plus de lutte des classes, il n’y a plus de classes. Et il n’y a pas de syndicats dans le véritable sens du terme. En effet, si le scandale de la séparation sociale entre riches et pauvres, dirigeants et dirigés, exploiteurs et exploités n’est plus la source principale du conflit et que les rares luttes qui en découlent restent à l’intérieur du système sans jamais le remettre en question, alors il n’y a plus de classe en lutte, mais une société de masse à la dérive.

Les syndicats, la carcasse d’une classe dissoute, poursuivent un autre objectif : maintenir la fiction d’un marché du travail régulé. Aujourd’hui, l’ouvrier est la base du capital, et non sa négation. Le capital s’empare de toute activité, et son principe structure la société entière : il réalise le travail et transforme le monde en un monde de travailleurs. De travailleurs consuméristes. Fin d’une classe ouvrière en marge, extérieure et opposée au capital, avec ses valeurs propres, et en même temps généralisation du salariat et des valeurs marchandes.

Pourtant, la société ne se trouve pas simplement divisée entre une élite financière qui décide (le 1%) et une masse innocente et uniformisée sans aucun pouvoir de décision (les 99%). Les masses sont terriblement fragmentées, hiérarchisées et compromises bon gré mal gré avec le pouvoir, dont un de leurs fragments joue un rôle essentiel : les classes moyennes salariées (la middle class).

La classe moyenne moderne n’a rien à voir avec l’ancienne petite bourgeoisie, mais avec les salariés diplômés liés au travail improductif. Elle est née de la rationalisation et de la bureaucratisation du régime capitaliste et s’est développée énormément grâce à la tertiarisation de l’économie (et à la technologie qui l’a rendue possible). Elle est composée d’un « ensemble » de cadres, experts, col blancs et fonctionnaires. Quand l’économie fonctionne bien, elle est pragmatique, donc du côté de l’ordre établi, et soutien la partitocratie en bloc.

La « partitocratie » est le régime politique qu’adopte habituellement le capitalisme. C’est le gouvernement autoritaire des sommets hiérarchiques des partis (sans séparation des pouvoirs), né d’un développement constitutionnel régressif (qui supprime les droits), la forme moderne d’une oligarchie politique. L’État « partitocratique » détermine donc en quelque sorte l’existence privée de la classe moyenne. La séparation entre le privé et le public a donné naissance à la bureaucratie administrative, la composante essentielle des classes moyennes. Par sa situation particulière, la classe moyenne est portée à contempler le marché depuis l’État : celui-ci est le médiateur entre la raison marchande et la société civile, ou bien entre les intérêts privés et l’intérêt public, celui-ci étant vu comme intérêt « de classe ». C’est aussi le point de vue de l’ancienne bourgeoisie, quoique celle regarde plutôt l’État depuis le marché.

Néanmoins, l’État et le marché sont les deux visages d’un seul et même Dieu et par conséquent jouent le même rôle. Dans des conditions favorables, qui permettent un mode de vie intégré, ces classes ne sont pas politisées ; c’est la crise qui, en séparant l’État partitocratique de l’État-providence, détermine leur politisation. Alors, les partis et les coalitions qu’elles ont enfantés parlent au nom de toute la société, en s’octroyant le rôle de représentants les plus authentiques.

Nous sommes immergés dans une crise qui n’est pas seulement économique, mais totale : c’est la crise du capitalisme. Elle se manifeste tant sur le plan structurel, dans l’impossibilité d’une croissance suffisante, qu’au niveau territorial, avec la prédominance du caractère destructeur de l’industrialisation. Elle a pour conséquence la croissance des inégalités, l’exclusion, la pollution, le changement climatique, les politiques d’austérité et le renforcement du contrôle social. Pendant la phase de mondialisation (alors qu’il n’existe plus de classe ouvrière dans le sens historique du terme), il se produit un divorce bien visible entre les professionnels de la politique et les masses qui la supportent. Cette séparation s’accentue encore quand la crise atteint et appauvrit les classes moyennes, la base soumise de la partitocratie.

La crise sous son aspect politique apparaît comme une crise du système traditionnel des partis, et particulièrement du bipartisme. La corruption, le copinage, la forfaiture, le gaspillage et le détournement de fonds publics, etc., ne font pas scandale parce qu’ils sont institutionnalisés et participent de l’administration, mais dès lors que le chômage, la précarité, les coupes budgétaires, les réductions de salaires et les impôts atteignent ces classes. Alors, les vieux partis ne suffisent plus pour garantir la stabilité de la partitocratie.

Dans les pays de l’Europe du Sud, l’idéologie citoyenniste exprime parfaitement la réaction des classes moyennes devant la vexation subie. Contrairement à l’ancien prolétariat, qui posait la question en termes sociaux, le citoyennisme la pose exclusivement en termes politiques. Il s’adresse à un sujet nouveau, la « citoyenneté », ensemble abstrait d’individus ayant le droit de vote. En conséquence, il considère la soi-disant « démocratie », c’est-à-dire le système parlementaire des partis, comme un impératif catégorique et la délégation comme une condition sine qua non. Le vocabulaire progressiste et démocratique de la domination correspond le mieux à son univers mental.

Les partis citoyennistes s’expriment au nom d’une classe universelle qui n’est pas le prolétariat, mais la citoyenneté, et dont la mission consisterait uniquement à corriger une démocratie « de mauvaise qualité » avec l’aide de bulletins de vote. Le citoyennisme représente donc un démocratisme légitimiste qui reproduit trait pour trait les lieux communs du libéralisme bourgeois d’autrefois, mais avec moult démonstrations verbales pour tenter de le faire pencher à gauche. N’oublions pas que l’« élite » des fondateurs des nouveaux partis vient du stalinisme et du gauchisme, pour lesquels les nouvelles valeurs démocratiques ne sont rien de plus que la transmutation des vieilles chansonnettes autoritaires et avant-gardistes.

Formellement, le citoyennisme se situe à gauche du système. Il est la gauche du capitalisme.

La plupart des nouveaux partis et alliances, dirigés essentiellement par des enseignants et des avocats, en s’inspirant du changement de direction de la gauche conventionnelle latino-américaine ou, ce qui revient au même, en identifiant les institutions présentes comme la grande scène du changement social, transfèrent aux parlements et aux municipalités les énergies qui s’exerçaient auparavant dans les usines, les quartiers et la rue. Ils cherchent en vérité, par des voies électorales, à changer une caste bureaucratique mauvaise en une autre qui serait meilleure, objectif qui a toujours échappé au néo-stalinisme et au gauchisme. Ils aspirent véritablement à jouer le rôle d’une nouvelle social-démocratie, qu’elle soit constitutionnelle ou séparatiste. La révolution citoyenniste débute et se termine dans les urnes. Les réformes dépendent entièrement de l’arithmétique parlementaire, donc de la gouvernabilité, donc de la disposition à l’entente de la vieille social-démocratie et du stalinisme renouvelé. L’établissement de nouvelles majorités politiques « de changement » même avec la droite est indispensable pour garantir une « gouvernance », car personne ne souhaite de rupture sociale, même ceux qui aspirent à une dislocation nationale, mais une « démocratie des gens », c’est-à-dire, une partitocratie qui ménage un peu plus ses croyants.

La démobilisation, l’opportunisme et la bureaucratisation rapide qui ont suivi les diverses élections le démontrent : les agitateurs de la veille deviennent des gestionnaires responsables le lendemain de leur installation. Le reste des mortels doit se contenter du rôle de spectateurs passifs du jeu mesquin de la politique. Cette démocratie est un puissant mécanisme de dispersion : elle élimine de la scène les « gens ».

La droite du capital avait parié pour la déréglementation du marché du travail et pour la technologie, générant ainsi plus de problèmes que ceux qu’elles étaient censées résoudre. Au contraire, en suivant l’exemple latino-américain, la gauche du capital a parié pour l’État, car en période d’expansion économique mondiale – avec la montée en flèche des prix des matières premières –, une partie des bénéfices privés pouvait être détournée vers des politiques « sociales », tandis qu’en période de récession on pouvait éviter que les masses salariées – et surtout les classes moyennes – supportent tous les frais de la crise. En l’occurrence, l’adjonction aux pratiques néo-libérales de quelques miettes de néo-keynésianisme. De là un certain verbiage patriotique anti-« Merkel » ou anti-« troïka », mais non pas anti-marché. On veut bien un État social souverain « dans le cadre de l’Union européenne », c’est-à-dire qui s’entende bien avec la finance mondiale.

Même si la crise ne peut être dépassée, puisqu’elle est « une dépression de longue durée et de portée globale », comme le disent les experts, la reconstruction citoyenniste de l’État comme assistant et médiateur veut démontrer qu’on peut travailler pour les marchés à partir de la gauche. Plus encore, les partis citoyennistes sont les plus qualifiés pour imposer des mesures d’austérité. Pour les citoyennistes, l’État n’est que l’instrument avec lequel on prétend dépasser les contradictions provoquées par la globalisation, et non pas l’arme qui va l’abolir. La préservation de l’État constitue donc la priorité des nouveaux partis, et non la fin du capitalisme : de là leur stratégie d’« assaut sur les institutions », ersatz ridicule de la « prise de pouvoir » léniniste qui s’appuie surtout sur les électeurs conformistes déçus par les partis traditionnels et, subsidiairement, sur des mouvements sociaux manipulés. Malheureusement, les avocats et militants, très enclins à devenir des vedettes, ont réussi à monopoliser la parole dans ces mouvements et à annuler tout ce qu’il pouvait y avoir là d’anti-autoritaire et de subversif, en facilitant une lecture réformiste de leurs revendications et en liquidant toute initiative des bases.

En définitive, le citoyennisme n’essaie pas de changer la société, mais de gérer le capitalisme – dans l’eurozone ou à la limite hors de celle-ci – avec le moins de dégâts possibles, et aussi avec moins de contraintes imposées aux classes moyennes. Montrer qu’une voie alternative d’accumulation capitaliste est possible et que le « sauvetage des gens » – leur rendre leur statut de consommateurs – est aussi important que celui de la banque ; c’est-à-dire que non seulement le sacrifice de ces classes-là n’est pas nécessaire, mais que le développement et la mondialisation soient impensables sans elles. On veut augmenter le niveau de consommation populaire et le retour du crédit « à mort », et non transformer de fond en comble les structures productives et financières. En conséquence, on en appelle à l’efficacité et au réalisme, et non aux changements soudains et aux révolutions. Le dialogue et le pacte sont leurs armes, et non les mobilisations et les grèves générales.

Bien entendu, les partis nouveaux établissent un dialogue direct avec les pouvoirs, et virtuel ou médiatique avec la « citoyenneté ». Les classes moyennes, plus qu’aucune autre, sont pacifiques et branchées : la peur et le réseau déterminent leur identité. A l’état pur, c’est-à-dire sans être contaminées par d’autres couches plus perméables au racisme ou à la xénophobie, comme les agriculteurs endettés, les retraités effrayés et les ouvriers déclassés, elles aspirent seulement à un changement modeste et tempéré de l’intérieur. Elles ne désirent en rien la construction collective d’un mode de vie libre sur les ruines du capitalisme. Par ailleurs, en ces temps de reconversion économique, d’extractivisme et d’austérité, il n’y a que très peu de marge de manœuvre pour la réforme, si bien que les partis citoyennistes « au pouvoir » doivent se contenter d’actes symboliques. Ils dépendent de la conjoncture mondiale, du marché, et celui-ci n’est pas favorable et ne le sera plus. Bref, leur posture doit cacher leur manque de résultats aussi longtemps que possible, en attendant ou plutôt en craignant la formation d’autres forces, anticapitalistes ou tout simplement antimondialistes, plus déterminées dans un sens (un totalitarisme encore plus répressif) ou dans un autre (la révolution).

Le capitalisme décline, mais sa déchéance n’est pas perçue partout de la même façon. La crise n’est pas prise en compte sous ses multiples aspects, financier, démographique, urbain, émotionnel, écologique et social ; et l’on ne prend pas davantage en considération des phénomènes aussi divers que l’égolâtrie postmoderne et les guerres périphériques, conséquence de la mondialisation capitaliste. Dans le sud de l’Europe, la crise est interprétée comme un démantèlement de l’État-providence et un problème politique. Au Nord, avec un État-providence qui se maintient plus ou moins, elle est plutôt vécue comme une invasion d’immigrés islamistes et une menace terroriste, donc comme un problème de frontières et de sécurité. Tout dépend de la couleur, de la nationalité et de la religion des travailleurs pauvres (working poor). La division internationale du travail concentre l’activité financière au Nord et relègue le Sud au rang de zone résidentielle et touristique étendue. C’est pourquoi le Sud est majoritairement pro-européen et opposé à l’austérité, alors qu’au Nord c’est tout le contraire.

La réaction des classes moyennes est contradictoire : d’un côté l’illusion de réforme et d’ouverture domine, de l’autre s’imposent un mode de vie industriel sous « bulle » et la nécessité d’un contrôle absolu de la population, entraînant un état d’exception « pour la défense de la démocratie ». C’est le « nationalisme de la peur », dénoncé autrefois par Breton, Bataille et d’autres. Les mêmes classes votent citoyenniste à un endroit et extrême-droite à un autre. Les libertaires doivent comprendre cet état des choses comme typique de la nature ambivalente de ces classes-là, qui savent s’accommoder de la situation immédiate. Il faut les démasquer et déclencher des mouvements contestataires autonomes sur le terrain social et quotidien « à défendre ». Mais on peut dire encore une fois que si les conditions objectives sont là, les conditions subjectives sont plus absentes que jamais.

Aujourd’hui, les classes moyennes ont l’initiative, et donc les citoyennistes ont le dessus.

L’abstention peut constituer un premier pas pour marquer la distance avec eux. Néanmoins, la perspective politique ne peut être dépassée que par un changement radical (ou mieux un retour au commencement) du mode d’action et de vie appuyé sur des relations extra-marchandes que le capitalisme n’a pas réussi à détruire ou dont la mémoire n’a pas été effacée. Cela signifie également un retour à une manière de penser solide et cohérente : avant toute autre chose, la critique de la conception bourgeoise post-moderne du monde est urgente, car il n’est pas concevable d’échapper au capitalisme avec une conscience colonisée par les valeurs de sa domination. La déculturation (ou désaliénation) nécessaire pour détruire toutes les identités sorties du magasin d’accessoires (comme dirait Z. Bauman) devra remettre sérieusement en question les fétiches du royaume de la marchandise : le parlementarisme, l’État, l’individu « machine désirante », l’idée de progrès, le développement, le spectacle… mais non pour nous offrir des versions « antifascistes » ou « nationales » de tout cela.

Il ne s’agit pas non plus d’élaborer une théorie unique avec des réponses et des formules universelles, une sorte de socialisme de chaire moderne ou d’annoncer l’épiphanie d’une insurrection qui ne finit jamais d’arriver. Et pas davantage de forger une entéléchie (un « peuple fort », une classe prolétarienne, une nation) qui justifierait un modèle d’organisation archéo-militant ou avant-gardiste, notamment réformiste ; ou encore de revenir stricto sensu au passé. Cependant, nous insistons, car il s’agit de sortir de la mentalité et de la réalité capitalistes en s’inspirant de l’exemple historique d’expériences de vie en commun non capitalistes.

L’œuvre révolutionnaire doit beaucoup restaurer, mais pour cela il faut redécouvrir le passé. L’oubli, c’est la barbarie.

Il est vrai que les oppositions anticapitalistes sont encore faibles et souvent récupérées, mais si elles tiennent bon et dépassent le cadre local jusqu’à un degré de décomposition susceptible d’anéantir politiquement les classes moyennes, elles peuvent saborder la fausse voie institutionnelle et le mode de vie industriel dépendant qui la soutient. Cependant, la crise en elle-même provoque la ruine et non la libération, sauf si les exclus arrivent à retrouver de la dignité et à concentrer des forces sociales suffisamment puissantes en marge des institutions. La crise est encore une crise en demi-teinte. Le système a atteint ses limites internes (stagnation de l’économie, restriction du crédit, accumulation insuffisante, diminution du taux de profit), mais pas encore externes (énergétiques, écologiques, culturelles, sociales). Il faudra une crise plus profonde pour accélérer la dynamique de désintégration, rendre le système non viable et propulser de nouvelles forces capables de reconstituer un tissu social avec des modes de vie fraternels, selon des règles non marchandes (comme en Grèce), et d’articuler une défense efficace (comme en Rojava). La stratégie actuelle de la révolution (l’usage de la désertion et des luttes en fonction d’un objectif supérieur) doit viser – dans la construction d’alternatives et la bataille quotidienne – l’érosion de toute autorité institutionnelle, l’aggravation des antagonismes et la formation d’une communauté autonome, consciente et combative, et disposant de ses moyens de défense.

Les libertaires ne désirent pas survivre dans un système capitaliste inhumain à visage démocratique, et encore moins sous une dictature imposée au nom de la liberté. N’ayant pas d’objectifs différents de ceux des masses révoltées, ils ne doivent pas s’organiser à part, que ce soit dans les luttes ou en dehors de celles-ci. Ils doivent seulement rendre plus visibles les contradictions sociales en confrontant leurs idées avec les nouvelles conditions de domination capitaliste. Ils ne reconnaissent pas comme principes organisateurs de la société un quelconque contrat social, la lutte de tous contre tous ou l’insurrection bon marché, pas plus qu’ils ne se fondent sur le progrès, la nature, la religion, la tradition, la nation, le moi ou le néant. Ils se battent pour une nouvelle société historique sans séparations, libre de médiations aliénantes et de contraintes, sans institutions détachées et situées au-dessus d’elle, sans dirigeants, sans travail abstrait, sans salariat, sans individualités narcissiques et sans classes. Le prolétariat existe uniquement dans le capitalisme, du fait de la division entre manuels et intellectuels. Il en va de même des conurbations, fruit de la séparation absurde de la campagne et de la ville.

Le communisme libertaire est un système social caractérisé par la propriété communale des ressources et structuré par la solidarité en tant que lien essentiel. Là, le travail – collectif ou individuel – ne perd jamais sa forme naturelle pour une forme abstraite et fantastique. La production ne s’éloigne pas des besoins et ses déchets sont recyclés. Les technologies sont acceptées pour autant qu’elles n’altèrent pas le fonctionnement égalitaire et solidaire de la société, et que la liberté ne soit diminuée. Elles imposent la division du travail, mais celle-ci, si elle doit se produire en cas de force majeure, ne doit pas perdurer. Dans le cas contraire, c’est l’autonomie qui en ferait les frais. La stabilité passe avant la croissance et l’équilibre territorial avant la production. Les rapports entre les individus sont toujours directs, sans médiation marchande, ainsi que toutes les institutions qui en dérivent, et cela non seulement en ce qui concerne les formes organisationnelles, mais aussi en termes de contenu. Les institutions viennent de la société et ne s’en détachent pas. Une société autogérée n’a pas besoin d’employés ni de fonctionnaires, puisque le public ne se sépare pas du privé. Elle écarte la complexité et marche vers la simplification. Une société libre est une société fraternelle, horizontale et équilibrée. Une société désétatisée, désindustrialisée, désurbanisée et antipatriarcale.

Avec elle, le territoire récupérera son importance perdue, car contrairement à la situation actuelle qui privilégie l’existence hors sol, elle sera une société solidement enracinée.

Miguel Amorós

Charla à la Cimade de Béziers, le 29 janvier 2016.

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