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Guy Kastler, Vache folle, À quand la prochaine crise?, 2001

Introduction

Les réponses aux crises sanitaires provoquées par la progression de la MVF (Maladie de la Vache Folle) sont toutes données au nom du principe de précaution. En réalité, elles visent avant tout à protéger certains intérêts économiques, quitte à prendre des risques inconsidérés avec la santé des consommateurs. L’interdiction de l’utilisation des FVO (farines de viande et d’os) n’arrêtera pas la production de farines contaminées qui restent, avant leur incinération le principal facteur de dissémination de prions anormaux dans l’environnement. Elle n’arrêtera pas non plus la production de dérivés bovins contaminés qui, utilisés par l’agro-alimentaire et la pharmacie, sont le principal facteur de transmission de la maladie à l’homme, bien avant la consommation de viande. Bien en deçà de l’utilisation des FVO (farines de viande et d’os) dans l’alimentation des ruminants, ce sont les pratiques contre-nature de l’élevage intensif qui ont fait le lit de la MVF : intoxication médicamenteuse sélection génétique à outrance, alimentation à base de concentrés protéiques et azotés non ruminés. Seul l’arrêt définitif de ces pratiques fera disparaître la MVF et les risques de transmission à l’homme.

Boucs émissaires

Pour calmer l’inquiétude des consommateurs la “profession agricole”, relayée par les pouvoirs publics, désigne des boucs émissaires en 1996, c’était la faute à l’anglais qui chauffait mal ses farines. « Mangez français, vous ne risquerez rien » nous a-t-on dit. La suite a démontré le contraire. Faut-il aujourd’hui, dans la même logique interdire les viandes françaises ? Pour éviter un tel excès, on nous dit que ce sont les fabricants d’aliments qui se sont mélangés les écuelles, que pour les punir on va leur interdire toute utilisation de FVO y compris pour les animaux monogastriques qui mangent naturellement de la viande. Et qu’en généralisant les tests à l’abattage on sera les champions de la précaution, voire de l’excès de précautions.

Accessoirement, le lobby de l’élevage industriel propose d’abattre tous les bovins de plus de 30 mois, manière de profiter de la crise pour éliminer la surproduction aux frais du contribuable. Dans sa cupidité, il a oublié que le contribuable est aussi consommateur : si on lui dit que tout ce qui a plus de 30 mois risque d’être malade il n’achète plus rien et le marché s’effondre. Qu’importe : on en profite pour éliminer les petits éleveurs qui n’ont plus de ressources, en offrant des réductions d’emprunts qui ne profiteront qu’aux gros éleveurs habitués à dormir au Crédit Agricole grâce aux subventions publiques. Pendant ce temps, on ne parle pas des vrais coupables.

Maladies transmissibles :
mais où donc n’y a-t-il pas de prions ?

Parmi les maladies du système nerveux, les maladies à prion ont ceci de particulier qu’elles sont transmissibles, et que cette transmission peut franchir la barrière des espèces. Les vaches mangent des vaches malades et deviennent malades. Il suffit d’interdire aux vaches de manger des vaches malades pour que l’homme ne tombe pas malade. Telle est l’équation simpliste qu’on voudrait nous faire avaler !

La possibilité d’une contamination par voie alimentaire a été démontrée en laboratoire et tout laisse à penser que la consommation de FVO a amplifié l’explosion de la maladie. Par contre cette hypothèse est loin de tout expliquer.

Dès 1988, la Grande Bretagne a interdit l’incorporation de farine de viande dans les aliments destinés aux ruminants et en 1990 dans tous les aliments du bétail. La progression de la maladie a été ralentie, mais bien en deçà de ce qui était prévu. Les risques de fraudes et de contaminations croisées ne peuvent pas expliquer la persistance d’un aussi grand nombre de ces cas dit N.A.I.F. (animaux Nés Après l’interdiction des Farines). Comment par ailleurs expliquer que des vaches appartenant à la station expérimentale de Liscombe (Ministère de l’Agriculture Anglais) ou des antilopes d’un zoo anglais – n’ayant ni les unes ni les autres jamais consommé de farine de viande – aient été atteintes d’encéphalopathie spongiforme transmissible ? Y aurait-il d’autres modes de contamination ?

La contamination mère/fille a été aujourd’hui démontrée même lorsque la mère ne manifeste aucun symptôme, ce qui confirme aussi l’existence de porteurs sains.

De nombreux animaux domestiques ou sauvages sont atteints de maladies a prions : des chats, écureuils et autres rongeurs, des cervidés (surtout aux U.S.A.), des wapitis aux Canada. On a retrouvé des insectes (tiques) porteurs de prions anormaux, des fourrages et sols contaminés… Quand on sait que le prion anormal a ceci de spécifique par rapport au prion normal, qu’il est particulièrement indestructible, il y a de quoi s’interroger. Entre la fabrication de montagnes de farines de viande (3,5 millions de tonnes par an rien qu’en France) et leur incinération, qui empêchera tout contact avec des insectes ou des rongeurs ? Qui évitera à un camion de se renverser dans une rivière, comme cela s’est produit récemment dans le Massif Central ?

L’interdiction des FVO dans l’alimentation des ruminants et l’incinération des animaux à risque relèvent du simple bon sens. Par contre, l’interdiction de toute utilisation de farines, y compris pour des animaux monogastriques, supprime un risque immédiat, réel mais maîtrisable, pour en faire, une énorme bombe à retardement. Les entreprises qui en ont été chargées ont montré leur incapacité à stocker et détruire des quantités modestes de farines a risque sans fraudes, accidents et autres contaminations croisées. Comment feraient-elles mieux avec les quantités monumentales qui vont leur être livrées ? Entre se mouiller eux-mêmes aujourd’hui et noyer leurs successeurs demain, nos hommes politiques ont tous plébiscité la deuxième alternative. De nombreux paysans à travers le monde ont pollué leurs sols avec les farines anglaises vendues jusqu’à aujourd’hui comme engrais, quand ils ne les ont utilisées pour nourrir leurs animaux. Qui va enrayer cette dissémination de prions anormaux qui a pu gagner aujourd’hui toute la planète ?

Il est certes indispensable de combattre toutes les formes de transmission possible de prions anormaux, mais nous serons obligés de nous habituer à vivre avec eux, pendant de longues années, si nous ne nous décidons pas à en arrêter la production massive.

Le prion tout seul ne rend pas l’animal malade

Pourquoi parmi des animaux semblables, nourris et élevés de la même manière, les uns sont malades et d’autres pas ? Pourquoi certains troupeaux sont plus atteints que d’autres ? Pourquoi la MVF est-elle endémique mais peu développée chez les wapitis sauvages du Canada et épidémique dans les élevages de wapitis du même pays ? N’y aurait-il pas d’autres facteurs indispensables au développement de la maladie que la simple, contamination par le prion anormal ?

En laboratoire, il a été constaté que par ingestion, (voie alimentaire) des doses massives et répétées de prions sont nécessaires pour rendre malade une partie seulement des animaux contaminés. Par injection dans le sang, des doses bien inférieures provoquent un taux plus important de maladies, mais une grande part des individus contaminés résistent. Par injection dans le tissu cérébral, le taux de malades est de 100%.

Cela ne montre-t-il pas que l’organisme peut être capable d’opposer des barrières efficaces à la progression du prion anormal, jusqu’au système nerveux central où il déclenche la maladie ? Mais que dans certains cas ces barrières disparaissent ou ne fonctionnent pas ?

Intoxication médicamenteuse

Un éleveur britannique, Mark Purdey, a démontré, comment la progression de la maladie en Angleterre a suivi très fidèlement la progression des traitements obligatoires contre le varron. Les insecticides organophosphorés utilisés sont particulièrement nocifs pour le système nerveux des mammifères lorsqu’ils sont administrés par injection ou inhalation (dépression, trouble du sommeil, Parkinson etc.). Ont-ils directement provoqué la MVF comme l’affirme Purdey, ou l’ont-ils seulement favorisée chez des animaux déjà contaminés par ailleurs ? Le constat de Purdey, publié depuis 1995 est passé inaperçu. Normal, il met en cause le lobby pharmaceutique.

Cela n’empêche pas certains vétérinaires de s’interroger : le varron est une larve de mouche qui migre à l’intérieur du corps de la vache en suivant les canaux des systèmes lymphatiques et nerveux pour éclore le long de la colonne vertébrale. N’y jouerait-il pas, comme tout parasite, un rôle régulateur anéanti par le traitement insecticide ? Un physicien, célèbre pour être tout aussi « hors des sentiers battus » que les vétérinaires susmentionnés, affirme sereinement « là où il y a du varron, il n’y a pas de prion ».

Mais le traitement contre le varron est obligatoire et ne se discute pas : même si le varron est une maladie bénigne qui ne provoque aucun risque sanitaire, il rapporte beaucoup d’argent à l’industrie pharmaceutique. Circulez, y a rien à voir !

Abus de sélection génétique

La MVF est une maladie du troupeau laitier. 92% des cas déclarés en France sont issus de trois races laitières hyper-sélectionnées : Prim-holstein, Monibéliarde et Normande.

L’ensemble du troupeau Prim-holstein (80% du cheptel laitier français) est issu par l’insémination artificielle de moins de 4 ou 5 reproducteurs !

Une telle perte de diversité génétique ne peut que favoriser les épidémies : quand un individu est prédispose a une maladie tout le monde y passe. Des études menées par l’INRA ont montré que la tremblante du mouton (autre encéphalopathie spongiforme, semblable à celle de la vache) est liée à certains génotypes particuliers issus des schémas de sélection.

Le rapport Dormont (du nom du Président de la Commission sur les maladies à prion mise en place par le gouvernement français en 1996) indique que l’homozygotie sur un codon du gène de fabrication du prion est un facteur favorisant le déclenchement de la maladie de Creuzfeld-Jacob humaine, notamment dans ses formes familiales, sporadiques et iatrogènes. Qui dit sélection et perte de diversité génétique, dit augmentation de l’homozygotie. Quand on s’amuse a ce petit jeu sur des millions de vaches, il arrive que… rien du tout puisque personne n’a fait de recherches dans ce sens sur les vaches, la sélection génétique rapporte trop d’argent pour être remise en cause.

Overdose de protéines et d’acides aminés

Les vaches, comme tous ruminants, sont faites pour ruminer, ce qu’elles font en remâchant leurs aliments pour mieux les dégrader dans leur panse. Les produits de cette première digestion servent avant tout à alimenter les micro-organismes du rumen et à fournir l’énergie nécessaire à la vache. Ce sont ces micro-organismes qui élaborent les protéines qui sont ensuite digérées dans l’intestin : la vache rumine pour former elle même les protéines dont son organisme à besoins

Mais l’homme a trouvé que cette rumination prenait trop de temps pour transformer les aliments en lait. Pour produire chaque jour plus de lait, il faillait que la vache aille plus vite. L’homme lui a donc donné des aliments concentrés qui, lorsqu’ils sont distribués en grande quantité, ne servent plus à alimenter les micro-organismes du rumen. Ces concentrés sont alors digérés directement dans l’intestin et leurs produits de dégradation – petites molécules simples comme les acides aminés – passent directement dans le sang. Mais une vache normale qui mange trop de concentrés fait une indigestion. L’homme a donc sélectionné les vaches sur leur capacité a ruminer toujours un peu moins pour absorber toujours un peu plus de concentrés sans faire d’indigestion, à la grande joie des usines à lait.

Les concentrés “production” (destinés aux animaux très performants en terme de production laitière ou de croissance) sont particulièrement riches en protéines et en acides aminés c’est d’ailleurs pourquoi on a été tenté d’y incorporer des farines de viande, riches en protéines ! Les acides aminés sont les éléments de base à partir desquels se construisent les protéines suivant les indications du code génétique de l’organisme concerné. La protéine prion, comme ses semblables, est un assemblage d’acides aminés.

L’herbe et le fourrage mûrs, riches en fibres, sont ruminés par la vache. Les maïs, soja et autres graines, les tourteaux – sous-produits industriels, produits de la chimie de synthèse (acides aminés dits essentiels !) – les farines de poissons et jusqu’a aujourd’hui les farines de viande servent fabriquer les concentrés dont la formule varie avec les fluctuations du marché mondial des matières premières. Avec l’herbe (trop jeune, pauvre en fibres et riche en protéines, utilisée pour faire la majorité des ensilages) ou les fourrages déshydratés (dont la fibre, cassée par un procédé industriel, ne peut plus être ruminée), ils constituent 50% à 100% de la ration alimentaire du cheptel français. Au delà des 15 à 20% de la ration qui peut être consommée par les micro-organismes du rumen, ils vont intoxiquer l’organisme de l’animal de protéines qui lui sont étrangères parce qu’il ne les a pas lui-même formées. Cela n’est pas sans conséquence.

Une distribution excessive de concentrés riches en protéines aboutit à une saturation de l’organisme, quelle que soit la composition du concentré (produits végétaux, produits chimiques de synthèse, sous-produits industriels avec ou sans farines de viande). Les acides amines excédentaires, issus de la digestion des concentrés, sont transformés en urée, déchet évacué par les reins, l’urine et la sueur. Quand il y en a vraiment trop, cette urée, issue de la dégradation de protéines qui n’ont pas été formées par l’organisme de la vache, reste dans le sang qui va irriguer le système nerveux de la vache. Outre les effets toxiques directs de l’urée (poison du système nerveux), les acides aminés qui ne peuvent plus être éliminés fournissent alors les éléments de base susceptibles de permettre la fabrication en série de protéines.

Le système nerveux fabrique régulièrement des protéines prions qui servent à la circulation de l’information entre les neurones. Lorsqu’il est sain, il détruit tout aussi régulièrement ces prions afin qu’ils n’étouffent pas les cellules nerveuses.

Il y a maladie de la vache folle lorsque ces protéines prions ne sont plus détruites : elles deviennent anormales, c’est-à-dire que sans aucune modification de leur code génétique, elles prennent une forme différente, qui les rendent résistantes aux enzymes fabriquées par l’organisme de la vache pour les déconstruire.

Si aucun lien entre la sélection des vaches sur leur capacité a absorber des quantités contre-nature d’aliments concentrés et la MVF n’a été démontré expérimentalement, ce n’est que parce que ce sujet n’a jamais intéressé aucun chercheur. Il est vrai que les chercheurs qui travaillent sur l’alimentation animale sont financés par les fabricants d’aliments et les centres de sélection.

Le prion ou le terrain ? La poule ou l’œuf ?

Il a été démontré qu’un prion normal mis en présence d’un prion anormal devient anormal à son tour, sans qu’on sache exactement ni comment ni pourquoi. La théorie officielle voudrait, à partir de là, réduire la MVF à la contamination d’un organisme sain par un prion anormal. Nous avons vu que cette hypothèse n’explique ni l’existence d’animaux malades parmi des troupeaux n’ayant jamais consommé de FVO, ni les formes classiques de la maladie de Creutzfeid-Jacob humaine (notamment les formes familiales et sporadiques) chez des gens qui ne se mangent pas entre eux, ni l’existence d’animaux ayant consommé des prions anormaux sans tomber malade. Il est donc indispensable de formuler d’autres hypothèses et de chercher à les vérifier :

1) Une intoxication médicamenteuse ne pourrait-elle pas fournir, surtout lorsque le produit utilisé cible le système nerveux, la même “information” que le prion anormal entraînant les prions normaux a devenir anormaux ?

2) Il a été démontré par l’INRA que « les variants de la protéine prion (du mouton) conférant la plus grande sensibilité à la tremblante présentaient la plus grande stabilité physico-chimique et la plus grande résistance à la protéolyse in vitro ». Ce qui veut dire que le prion normal de la famille génétique du mouton la plus sensible à la tremblante est déjà plus difficile à détruire par les fonctions normales du mouton que celui des autres génotypes moins sensibles : quoi d’étonnant à ce qu’il devienne plus facilement anormal, c’est-à-dire totalement indestructible ? Pourquoi l’INRA ne fait-elle pas les mêmes recherches chez les vaches ?

3) La capacité des vaches sélectionnées a absorber des montagnes d’aliments concentré sans indigestion, et l’excès d’urée dans le sang qui s’en suit, ne serait-il pas un élément anéantissant le système de défense de l’organisme qui empêche normalement le passage du prion résistant du système digestif où il peut s’introduire accidentellement jusqu’au système nerveux central ? Ne serait-il pas aussi l’élément favorisant la transformation des prions en prions résistants parce que les produits de leur dégradation ne peuvent plus être évacues dans un organisme déjà saturé en protéines dégradées sous forme d’urée ? L’intoxication de la vache, par excès de protéines qu’elle n’a pas construites elle-même, n’a-t-elle rien a voir avec son incapacité a déconstruire les protéines prions formées dans son cerveau ?

Les éleveurs de moutons savent qu’un excès de glands ou de châtaignes peut provoquer une destruction des reins, une accumulation d’urée dans le sang et l’apparition de symptômes nerveux (en tous points semblables à ceux de la tremblante), pouvant entraîner la mort de l’animal. Pourquoi un tel phénomène n’intéresse-t-il aucun chercheur ?

4) Les larves du varron qui se baladent le long de la colonne vertébrale de la vache n’auraient-elles pas pour fonction de réguler les excès d’urée qui s’y trouvent ? On sait que les insectes parasites sont attirés par les excès de formes simples de l’azote (acides aminés et urée). On sait aussi que les vaches les plus colonisées par le varron sont celles des troupeaux hyper-intensifs et hyper-sélectionnés, donc hyper-saturés en urée. Cela n’expliquerait-il pas pourquoi certains chercheurs indépendants affirment que là où il y a du varron, il n t y a pas de prion ?

Il semble bien qu’au-delà de la contamination par le prion résistant, de nombreux autres facteurs, tous liés aux pratiques de l’élevage intensif interfèrent dans le développement de la MVF et qu’entre le prion et le terrain il faille choisir… les deux.

Transmission à l’homme

On nous dit qu’il y a un risque de transmission à l’homme par la consommation de viande bovine contaminée.

Pendant ce temps on continue à produire de la gélatine en cuisant des os de bovins (dont on ne peut garantir la non-contamination) et à en mettre partout : confiseries, biscuits, glaces, yoghourts, charcuteries, soupes, sauces mais aussi médicaments (gélules) ou cosmétiques.

On continue aussi à produire de nombreux médicaments et vaccins à partir de tissus bovins ou de cultures de tissus bovins. On sait pourtant que par injection, le risque de contamination est nettement supérieur que par la voie alimentaire. Sur près d’un millier de malades traités entre 1984 et 1985 avec une hormone de croissance française contaminée, dans cinquante trois cas on a diagnostiqué une maladie de Creutzfeld-Jackob iatrogène. Cela fait quand même 5% ! Les tissus bovins utilisés par l’industrie pharmaceutique viennent de pays déclarés indemnes de MVF, notamment et essentiellement des USA. Mais si les USA sont indemnes de MVF, comment se fait-il que les cervidés sauvages, à qui on donne en période difficile des farines de viandes, connaissent des épidémies de maladie à prions ? Que trois chasseurs américains soient récemment décedés de la forme atypique nouvelle de la Maladie de Creutzfeld-Jackob (M.C.J.) ? Qu’il ait fallu retirer en catastrophe du marché un lot important de sang destiné aux transfusions parce qu’un donneur a eté identifié porteur de la M.C.J. ?

Rien ne prouve que les personnes décédées de la nouvelle forme atypique de M.C.J. aient toutes été contaminées par voie alimentaire. Tout laisse même à penser que le risque pharmaceutique est bien plus important. Comment se fait-il que les responsables politiques, qui prennent un risque important pour la santé des générations futures, en interdisant toute utilisation de farines animales autorisent encore l’importation, par notre industrie pharmaceutique, de produits dérivés bovins américains ?

Vous avez dit « les capitaux sont multinationaux » ? Chut !!!

Et les bios dans tout ça ?

Les FVO sont interdites dans les cahiers des charges bio, donc le consommateur ne risquerait rien : il y a certes moins de risques, mais il est difficile d’affirmer qu’il n’y en a aucun.

— La durée de reconversion d’un an ne garantit pas contre une contamination antérieure, la durée d’incubation (de 2 à 17 ans) étant en moyenne de 5 ans. Elle ne garantit pas non plus contre la transmission verticale mère/fille, surtout si la mère reste porteur sain.

— L’utilisation (autorisée par les anciens cahiers des charges bio) de laits artificiels complémentées en graisses animales, de farines de poissons, de compléments minéraux issus de tissus bovins… a pu constituer jusqu’à ce jour des risques de contamination,

— La réalisation par de nombreux éleveurs bio, qui n’ont pas voulu ou pu s’y opposer, du traitement obligatoire anti-varron avec des produits chimiques de synthèse est un facteur de risque non négligeable.

— Le recours autorisé par les cahiers des charges à l’insémination artificielle et aux schémas de sélection génétique les plus performants, ainsi qu’à des doses d’aliments concentrés et d’ensilage particulièrement importantes peuvent aussi favoriser la maladie.

— Et que dire des engrais autorisés à base de sang de bœuf et autres produits animaux (os, poissons d’élevage…) ?

Seul un élevage bio d’animaux sélectionnés sur la base de critères préservant la diversité et la rusticité, élevés à l’herbe mûre avec une faible complémentation en concentrés et sans recours aux médicaments vétérinaires de synthèse peut offrir un maximum de garanties.

Si les cahiers des charges officiels de la bio ont aujourd’hui besoin d’être dépoussiérés, ce n’est certainement pas dans le sens d’une plus grande libéralisation destinée à répondre plus vite à la demande du marché. Car c’est bien le « produire toujours plus et toujours moins cher pour être toujours plus performant sur le marché » qui a provoqué la crise de la vache folle. Cela devrait faire réfléchir ceux qui veulent développer la bio par le seul marché !

Qui sera responsable de la prochaine crise
de la Vache Folle ?

Pour nécessaires qu’elles soient, les mesures prises a ce jour n’arrêteront ni le développement de la MVF, ni le risque de transmission à l’homme.

La généralisation des tests à tous les animaux abattus ne garantira pas non plus le risque zéro : ces tests ne décèlent la maladie que lorsque le prion résistant est déjà présent dans le cerveau de l’animal. Avant, dans la phase préliminaire de l’incubation, ils sont inefficaces.

Ceux qui aujourd’hui prétendent que l’interdiction de l’utilisation des farines va régler le problème seront déclarés responsables de la prochaine crise de la vache folle. Qu’ils soient gouvernants, experts, chercheurs, journalistes, syndicalistes agricoles ou agrobiologistes, ils seront tous montres du doigt. Car ce n’est pas la seule utilisation, mais c’est bien la production de farines contaminées, c’est-à-dire l’élevage intensif qu’il faut interdire ! Le seul « plan protéines » qu’il convient de mettre en place est celui qui consiste à remettre les vaches à l’herbe, pour qu’elles produisent elles-mêmes les protéines dont elles ont besoin. Et non celui qui voudrait les gaver de protéines végétales, issues d’une agriculture productiviste gourmande en primes payées par le contribuable, en eau devenue rare et polluée par les pesticides, engrais chimiques et… OGM (organismes genetiquement modifîés).

Guy Kastler, éleveur, chargé de mission à Nature & Progrès, grâce à la collaboration de Sophie Valini vétérinaire et technicienne en élevage biologique.

Nature & Progrès, 68 boulevard Gambetta, 30700 Uzès.

Annexes

1. Les liens entre l’ESB et Les traitements anti-varrons

De quel droit un petit fermier anglais conteste-t-il les vérités établies par l’ensemble de la communauté scientifique ?

En affirmant que l’ESB n’est pas avant tout une affaire de farines, Mark Purdey, éleveur en Grande-Bretagne qui a organisé lui-même ses travaux de recherche, est d’une impertinence inacceptable. Les fermiers sont là pour s’occuper de leurs vaches et les chercheurs pour nous dire ce que nous devons penser.

Cet éleveur bio, n’est pas fait pour chercher et comprendre par lui-même. On ne va pas perdre son temps à écouter ses approximations scientifiques, et s’il insiste, on le fera taire. Certes, on ne le brûlera pas sur un bûcher tel un hérétique cathare : aujourd’hui, l’Inquisition préfère la discrétion au spectacle. Cependant, si ses constatations inconvenantes menacent des intérêts économiques puissants, on pourrait bien oublier discrètement de respecter la vie d’autrui : c’est ce que démontre le parcours agité de ce paysan chercheur indépendant, héros malgré lui d’un mauvais roman policier trop réaliste.

Mark Purdey est de la trempe des fondateurs de l’agriculture biologique qui, à l’époque où il fallait produire massivement et pas cher, ont démontré, seuls contre tous, que la soumission du vivant à la chimie et au mode d’organisation industrielle conduirait à la mort de l’agriculture. Aujourd’hui, la réalité leur donne cruellement raison, de manière spectaculaire au pays du tatchérisme qui a poussé cette logique à l’extrême, mais aussi sur l’ensemble de la planète où la généralisation des bûchers purgatoires fait voler en éclat l’idée même d’une quelconque efficacité du principe de précaution. Quand un système est aveuglement absurde, aucune précaution ne peut le rendre raisonnable.

Article de Campagnes solidaires n°152, mai 2001,
mensuel de la Confédération Paysanne.

<http://www.confederationpaysanne.fr/cs/152esbvarron.htm&gt;

2. Vache folle sans farine animale

Alors que les chercheurs affirmaient qu’en dehors de l’équation rassurante “vache folle = prion = farines” il n’existait rien Mark Purdey se permettait de douter. Il avançait alors une autre hypothèse : 1e principe d’éradication si cher aux intégristes religieux et dans le cas précis aux bénéfices d’industries pharmaceutiques, pourrait bien avoir quelque chose à voir avec tout ça ainsi les pollutions industrielles, militaires ou agricoles. Cette hypothèse, il ne l’a pas découverte dans les livres savants ou dans son labo mais en observant ses vaches. Il a ensuite cherché à la confronter aux réalités du terrain tout autour de la planète et non aux certitudes préétablies d’un programme informatique virtuel. Les expériences de laboratoire et les références bibliographiques ne sont venues qu’après, pour étayer les renseignements issus de ses observations.

L’histoire de la maladie de la vache folle incite à classer l’attitude de Mark Purdey qui s’immisce sans titre dans le débat scientifique non seulement parmi les droits élémentaires de tout citoyen ignare, mais aussi parmi ses devoirs. En effet, chaque nouvelle étape de l’évolution de 1e maladie, les chercheurs qui disposaient pourtant de tous les éléments pour les contredire, a avancé des théories à géométrie pour le moins évolutive, dont le seul but était de protéger les intérêts économiques les plus puissants.

Lorsqu’il est devenu impossible de cacher la généralisation de l’ESB, on a expliqué qu’il s’agissait d’une maladie nouvelle provoquée par le passage de la tremblante du mouton à la vache par l’intermédiaire des farines animales. C’est pourtant l’Inra qui signale la description de la tremblante du bœuf dès 1883, la tremblante du mouton existe depuis plusieurs siècles et l’utilisation des farines animales depuis un siècle : on ne va pas s’arrêter à ces détails anachroniques. Il est tellement plus simple de réduire une maladie à la présence d’un vecteur, fut-il non-conventionnel (qu’il suffit d’éradiquer) plutôt que de chercher les vecteurs qui accompagnent la multiplication de ce vecteur.

Dès 1996, Purdey faisait ait le constat de l’existence de cas de maladie de la vache folle apparus en l’absence de toute farine animale ainsi que d’un lien épidémiologique évident entre les traitements anti-varron et le développement de la maladie. Les multinationales pharmaceutiques qui produisent les médicaments vétérinaires incriminés sont aussi actionnaires des entreprises d’alimentation du bétail. Elles n’ont pas eu besoin de calculette pour comprendre qu’il valait mieux sacrifier le secteur archaïque des farines animales plutôt que la pharmacie. La conclusion des scientifiques et des politiques fut évidente : Purdey n’existe pas, le seul responsable est les farines animales.

Lorsque la crise a provoqué l’effondrement du marché de la viande bovine, on a oublié de dire que la maladie de vache folle touchait quasi exclusivement l’élevage laitier hyper-intensif et hyper-sélectionné et qu’aucun cas n’a à ce jour été constaté dans le cheptel allaitant extensif, ni parmi les animaux élevés en bio. L’Inra a démontré le lien existant entre la tremblante du mouton et la sélection génétique ; l’Inserm, celui existant entre l’homozygocie génétique et la maladie de Creutzfeldt-Jakob. Mais le lobby productiviste qui fait la puissance de l’élevage français veille : les chercheurs font tout comme si l’esb touchait toutes les vaches, quel que soit le mode d’élevage.

Quand il est devenu impossible de nier le lien entre la nouvelle forme de la maladie de Creutzfeldt-Jakob et la maladie de la vache folle, on a immédiatement mis en cause la consommation alimentaire de produits bovins : cette hypothèse, qui n’est pas la plus plausible, n’a été démontrée sur aucun cas identifié. On sait que la contamination par infection dans le sang de produits infectés est cent fois plus efficace que par la voie alimentaire. On sait que de très nombreux vaccins et médicaments sont fabriqués à partir de dérivés de produits bovins, provenant pour la plupart des usa, pays prétendument indemne d’ESB, où aucun dépistage n’est réalisé et où de nombreux animaux sauvages sont contaminés. On sait aussi que des médicaments humains et notamment des produits anti-poux signalés par Purdey sont à la base des mêmes molécules que les insecticides anti-varron mis en cause dans la généralisation de l’ESB. Mais le lobby de l’élevage pèse bien peu face à la pharmacie, et si la faillite des éleveurs de vaches ne suffit pas, on provoquera celles des moutonniers.

Aujourd’hui, le gouvernement anglais a décidé d’aider Mark Purdey à poursuivre ses recherches : voudrait-il se racheter une conduite ? La maladie de la vache folle se généralise sur l’ensemble du territoire l’ensemble du territoire européen. A chaque nouveau cas, c’est l’Angleterre qui est montrée du doigt. Purdey parle toujours des organophosphorés utilisés contre le varron, mais souligne aussi l’importance du manganèse issu de pollutions industrielles diffuses ou de sols naturellement saturés. L’idée de causes multifactorielles de la maladie de la vache folle fait son chemin : quitte à égratigner un peu le lobby pharmaceutique, cette idée pourrait bien, pour peu qu’on y rajoute un peu de confusion, diluer les responsabilités dans un « on n’y peut rien mon pauvre Monsieur » généralisé, disculpant l’État anglais.

II est urgent de se pencher sur les résultats des investigations de Mark Purdey et d’identifier les responsables de la généralisation de cette maladie aux causes certes multifactorielles, mais toutes sans exception provoquées par le modèle d’élevage productiviste et les industries chimiques et pharmaceutiques.

Guy Kastler, éleveur bio, chargé de mission Nature & Progrès.

(Extrait de la gazette Nature & Progrès, numéro spécial ESB, avril 2001)

Epilogue

L’affaire de la vache folle a d’autre part été marquée, mercredi, par l’annonce de l’envoi à tous les maires de France d’une lettre signée par cinq ministres et visant à favoriser la reprise de la consommation de viande bovine dans la restauration collective. Les ministres soulignent que si l’on peut comprendre « le désarroi » des Français face au risque de contamination alimentaire « il reste nécessaire de faire prévaloir la raison ». « Toutes les études scientifiques conduites jusqu’à présent ont montré que l’agent de l’ESB n’est pas présent dans les muscles », écrivent Daniel Vaillant (intérieur), Jack Lang (éducation nationale), Jean Glavany (agriculture), Bemard Kouchner (santé) et François Patriat (consommation). « Nous vous confirmons […] qu’il n’y a pas de raison de délaisser la consommation de viande bovine dans la restauration collective. » C’est la première fois que le gouvernement prend une initiative de cette nature. En France, la consommation de viande de bœuf est actuellement de 20% inférieure à ce qu’elle était en octobre 2000.

Le Monde, 27 avril 2001.

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