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Radio: Sara Angeli Aguiton, La biologie de synthèse, 2015

Dans la série Racine de Moins Un, émission de critique des sciences, des technologies et de la société industrielle, je vous propose d’écouter la sociologue Sara Angeli Aguiton, qui analyse la trajectoire technique et démocratique de la biologie de synthèse. Elle critique la machine participative, dans laquelle elle voit une forme actuelle de la fabrique du consentement au progrès.

Alors que les liens entre désastres écologiques et agir technique humain sont tous les jours plus documentés, les technologies émergentes trouvent dans la crise environnementale une nouvelle source de justification. Agro-carburants, agriculture climato-intelligente, nouvelles techniques de dépollution… se présentent comme des technologies de réconciliation entre développement industriel intensif et préoccupations écologiques. Dans les faits, il n’en est rien, c’est même plutôt à une tentative d’intensification de la logique productiviste à laquelle on assiste.

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Ci-dessous une synthèse du propos de Sara Angeli Aguiton à partir d’extraits de l’émission :

La biologie de synthèse prétend s’inscrire dans une démarche de précaution, c’est-à-dire s’occuper des risques en amont, avant le développement des applications et des produits. L’idée est de prévenir les méfaits de ces techniques avant même qu’elles n’aient été développées. J’ai fait porter mon enquête sur les différents dispositifs mis en place pour gérer les risques.

Ce gouvernement des technologies en amont, qui essaierait à la fois, tout en s’aventurant plus loin dans la démiurgie technique, de contrôler les risques, de s’assurer du caractère démocratique et partagé de l’innovation, recèle à mon sens une profonde ambiguïté, que la biologie synthétique illustre plus particulièrement. Je crois donc que cette nouvelle technoscience témoigne de nouvelles formes de désinhibition par lesquels les détenteurs du pouvoir de décision reconduisent notre modèle de développement technique sans le remettre en question.

Je vais faire une présentation des relations entre technoscience et politique en deux temps. Premier temps, quelques applications de biologie synthétique aux USA et en France. Dans un deuxième temps, contestation, critique et luttes qui s’opposent à ce qui se passe dans les laboratoires, et la manière dont les pouvoirs publics réagissent.

Aux Etats-Unis la biologie synthétique se développe sous le patronage de la DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency), une agence de recherche militaire américaine. A deux niveau: d’abord par son soutien financier, mais surtout par l’organisation d’une culture de la recherche, par la mise en réseau des labos qui ne se connaissaient pas auparavant. La DARPA a ainsi créé une communauté là où il n’y avait pas de communauté avant. Créé en 1958 en réaction au lancement du satellite Spoutnik par les soviétiques, la DARPA repose sur un modèle d’innovation très particulier: encourager les technologies à haut risque, c’est-à-dire dont on est pas sûr qu’elles apporterons des résultats, déboucheront sur des applications. Donc elle finance des projets, avec l’idée que seront peut-être créés par la suite des systèmes qui donneront un avantage révolutionnaire pour les forces armées américaines.

Le rôle des militaires dans le développement technologique actuel, ne s’est pas arrêté avec la guerre froide, bien au contraire. C’est préoccupant pour deux raisons: d’abord en ce qui concerne les armements biologiques, qui sont point de passage obligé dans le développement technique contemporain, ensuite pour les sciences et technologies de pointe qui servent à la production d’équipements militaires nouveaux, tout comme à l’innovation dans l’industrie civile. La supériorité qu’ils confèrent aux Etats-Unis sert en effet autant à la guerre militaire qu’à la guerre économique; et c’est surtout cela que la DARPA finance.

Dans cette perspective, la biologie synthétique à pour ambition de faire du biologique un nouveau technique, comparable à celui qui est apparu lors de la révolution industrielle du XIXe siècle (voir François Képès, rationalisateur des machines vivantes).

Cela est illustré par la compétition IGEM (International Genetically Engineered Machine) à laquelle participent de jeunes étudiants de niveau licence ou master (20-25 ans) et qui est organisée annuellement depuis 2004 par une structure rattachée au Massachusetts Institute of Technology (MIT), la plus importante école d’ingénieurs américaine. C’est une compétition internationale, où chaque université peut envoyer une équipe participer. Les étudiants consacrent leur été à réaliser un projet de biologie synthétique, qu’ils vont présenter au MIT à l’automne. Ils sont encouragés à présenter un projet porteur de promesses et d’applications industrielles. Ces projets reposent sur la production et l’emploi de briques biologiques (biobricks), c’est-à-dire de brins d’ADN normés et standardisés, sensés être fonctionnels et assemblables, de manière à être articulés les uns avec les autres, exactement comme un Legos. Ils sont porteurs de gènes sensés exécuter un programme génétique.

C’est donc une approche extrêmement réductionniste, où on ne se préoccupe que des gènes qui correspondent à des fonctions. Le vivant n’est qu’une suite de fonctions assemblées en un programme génétique.

Cette compétition a très vite permis à la biologie de synthèse d’être associée à une image cool, fun, prometteuse etc. Le rôle de ces très jeunes étudiants est central dans cette affaire, parce que le temps d’un été ils deviennent les petits ambassadeurs de la biologie de synthèse dans leur ville, dans leur universités, ils participent aux fêtes de la science, ils font plein de choses qui leur donnent une grande visibilité médiatique et avec eux à la biologie de synthèse.

En fait, ils créent des OGM, dont la dissémination est interdite, mais le relais médiatique à l’échelle locale et nationale les présente comme l’emblème de ce que pourra faire la biologie de synthèse demain. Sans que l’on se pose plus de questions…

Bonne écoute !

Tranbert

Téléchargez et écoutez sur le site de Radio Zinzine l’émission :

La biologie de synthèse

Racine de moins un, une émission de critique des sciences, des technologies et de la société industrielle sur Radio Zinzine.

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D’après le texte « Quel est l’avenir de la biologie synthétique » de Sarah Angeli Aguiton.

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