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Johann Wolfgang von Goethe, De l’expérience considérée comme médiatrice entre l’objet et le sujet, 1792

L’homme, dès qu’il aperçoit les objets qui l’entourent, les considère de prime abord dans leurs rapports avec lui-même, et il a raison d’en agir ainsi; car toute sa destinée dépend du plaisir ou du déplaisir qu’ils lui causent, de l’attraction ou de la répulsion qu’ils exercent sur lui, de leur utilité ou de leurs dangers à son égard. Cette manière si naturelle d’envisager et d’apprécier les choses paraît aussi facile que nécessaire, et cependant elle expose l’homme à mille erreurs qui l’humilient, et remplissent sa vie d’amertume.

Celui qui, mu par un instinct puissant, veut connaître les objets en eux-mêmes et dans leurs rapports réciproques, entreprend une tâche encore plus difficile; car le terme de comparaison qu’il avait en considérant les objets par rapport à lui-même, lui manquera bientôt. Il n’a plus la pierre de touche du plaisir ou du déplaisir, de l’attraction ou de la répulsion, de l’utilité ou de l’inconvénient, ce sont des critères qui lui manquent désormais complètement. Impassible, élevé pour ainsi dire au-dessus de l’humanité, il doit s’efforcer de connaître ce qui est, et non ce qui lui convient. Le véritable botaniste ne sera touché ni de la beauté ni de l’utilité des plantes, il examinera leur structure et leurs rapports avec le reste du règne végétal. Semblable au soleil qui les éclaire et les fait germer, il doit les contempler toutes d’un œil impartial, les embrasser dans leur ensemble, et prendre ses termes de comparaison, les données de son jugement, non pas en lui-même, mais dans le cercle des choses qu’il observe.

Du moment que nous considérons un objet en lui même, ou en rapport avec les autres, et qu’il ne nous inspire ni désir ni antipathie, alors nous pouvons, à l’aide d’une attention calme et soutenue, nous faire une idée assez nette de l’objet en lui-même, de ses parties et de ses rapports. Plus nous étendrons le champ de ces considérations, plus nous rattacherons d’objets entre eux, et plus aussi le génie d’observation dont nous sommes doués grandira par l’exercice. Si dans nos actions nous savons faire tourner nos connaissances à notre profit, nous mériterons d’être regardés comme habiles et prudents. Pour tout homme bien organisé, réfléchi naturellement, ou rendu tel par les circonstances, la prudence est chose facile; car, dans la vie, chaque pas est une leçon. Mais appliquer cette sagacité à l’examen des phénomènes mystérieux de la nature, faire attention à chacun des pas qu’il fait dans un monde où il se trouve pour ainsi dire abandonné à lui-même, se tenir en garde contre toute précipitation, ne pas perdre de vue le but qu’il veut atteindre; sans toutefois laisser passer inaperçue aucune circonstance favorable ou défavorable, s’observer incessamment lui-même, précisément parce qu’il n’a personne pour contrôler ses actions, et se tenir constamment en garde contre ses propres résultats: telles sont les conditions que doit réunir un observateur accompli, et l’on voit combien il est difficile de les remplir soi-même ou de les exiger des autres. Toutefois, ces difficultés, ou pour parler plus exactement, cette impossibilité supposée, ne doivent pas nous empêcher de faire tous nos efforts pour aller aussi loin que nous pourrons. Nous nous rappellerons par quels moyens les hommes d’élite ont agrandi le champ des sciences; nous éviterons les voies trompeuses sur lesquelles ils se sont égarés, en entraînant à leur suite, pendant plusieurs siècles souvent, un nombre immense d’imitateurs, jusqu’à ce que des expériences subséquentes aient ramené les observateurs dans la bonne route.

Personne ne sera tenté de nier que l’expérience n’exerce et ne doive exercer la plus grande influence dans tout ce que l’homme entreprend, et en particulier dans l’histoire naturelle, dont il est ici question d’une manière plus spéciale; de même on ne saurait refuser à l’intelligence qui saisit, compare, coordonne et perfectionne l’expérience, une force indépendante et créatrice, en quelque sorte. Mais quelle est la meilleure méthode d’expérimentation? Comment utiliser ces essais, et augmenter nos forces en les employant? Voilà ce qui est, et doit être presque universellement ignoré.

Du moment où l’attention d’un homme doué de sens sains et pénétrants est attirée sur certains objets, dès lors il est porté à observer, et propre à le faire avec succès. C’est une remarque que j’ai été souvent à même de constater depuis que je m’occupe avec ardeur d’optique et de chromatique. J’ai l’habitude, comme c’est l’ordinaire, de m’entretenir du sujet qui me captive dans le moment avec des personnes étrangères à cette science. Dès que leur attention est éveillée, elles aperçoivent des phénomènes qui m’étaient inconnus, et que j’avais laissé passer inaperçus, réforment ainsi des convictions prématurées, et me mettent à même d’avancer plus rapidement, et de sortir du cercle étroit dans lequel des recherches pénibles nous retiennent souvent emprisonnés.

Ce qui est vrai de la plupart des entreprises humaines l’est aussi de celles-ci: les efforts de plusieurs, dirigés vers le même but, peuvent seuls amener de grands résultats. Il est évident que la jalousie, qui nous porte à enlever aux autres l’honneur d’une découverte, ainsi que le désir immodéré de conduire à bien et de perfectionner seuls et sans secours étrangers une découverte que nous avons faite, sont de grandes entraves que l’observateur s’impose à lui-même.

Je me suis trop bien trouvé de la méthode qui consiste à travailler avec plusieurs collaborateurs, pour vouloir y renoncer. Je sais au juste à qui je suis redevable de telle ou telle découverte, et ce sera un plaisir pour moi de le faire connaître dans la suite.

Si des hommes ordinaires, mais attentifs, peuvent rendre de si grands services, que n’est-on pas en droit d’attendre de la réunion de plusieurs hommes instruits. Une science est déjà par elle-même une si grande masse, qu’elle peut porter plusieurs hommes, quoiqu’un seul soit incapable d’en supporter le poids. Les sciences sont semblables à ces eaux courantes, mais emprisonnées dans un bassin, qui ne peuvent dépasser un certain niveau. C’est le temps, et non pas les hommes, qui fait les plus belles découvertes; et les grandes choses ont été accomplies à la même époque par deux ou plusieurs penseurs à la fois. Si nous avons d’immenses obligations à la société et à nos amis, nous devons encore plus au monde et au temps, et nous ne saurions assez reconnaître combien les secours, les avertissements, les communications réciproques et la contradiction, sont nécessaires pour nous maintenir et nous faire avancer dans la bonne voie.

Dans les sciences, il faut tenir une conduite contraire à celle des artistes. Ceux-ci ont raison de ne pas laisser voir leurs ouvrages avant qu’ils ne soient terminés, ils pourraient difficilement mettre à profit les conseils qui leur seraient donnés, ou s’aider des secours qui leur seraient offerts. L’œuvre terminée, ils doivent prendre à cœur l’éloge et le blâme, en méditer les causes pour les combiner avec leurs observations personnelles, et se préparer, se former avant d’aborder une œuvre nouvelle. Dans les sciences, au contraire, il est utile de communiquer au public une idée naissante, une expérience nouvelle à mesure qu’on les rencontre, et de n’élever l’édifice scientifique que lorsque le plan et les matériaux ont été universellement connus, appréciés et jugés.

Répéter à dessein les observations faites avant nous, ou que d’autres font simultanément, reproduire des phénomènes engendrés artificiellement ou par hasard, c’est faire ce qu’on appelle une expérience.

Le mérite d’une expérience simple ou compliquée, c’est de pouvoir être répétée chaque fois qu’on réunira les conditions essentielles au moyen d’un appareil connu, manié suivant certaines règles, avec l’habileté nécessaire. On a raison d’admirer l’esprit humain en considérant quelles sont les combinaisons qu’il a fallu pour atteindre ce résultat, quelles machines ont été imaginées et sont encore inventées tous les jours dans le but de prouver une vérité.

Quelle que soit la valeur d’une expérience isolée, elle n’acquiert toute son importance que lorsqu’elle est réunie et rattachée à d’autres essais. Mais pour lier deux expériences entre elles il faut une attention et une rigueur que peu d’observateurs savent s’imposer. Deux phénomènes peuvent présenter de la ressemblance sans être aussi analogues qu’ils le paraissent. Deux expériences semblent être, au premier abord, la conséquence l’une de l’autre, et il se trouve qu’une longue série de faits intermédiaires suffit à peine pour les rattacher l’une à l’autre.

On ne saurait donc se tenir assez en garde contre les conséquences prématurées que l’on tire si souvent des expériences; car c’est en passant de l’observation au jugement, de la connaissance d’un fait à son application, que l’homme se trouve à l’entrée d’un défilé où l’attendent tous ses ennemis intérieurs, l’imagination, l’impatience, la précipitation, l’amour-propre, l’entêtement, la forme des idées, les opinions préconçues, la paresse, la légèreté, l’amour du changement, et mille autres encore dont les noms m’échappent. Ils sont tous la, placés en embuscade, et surprennent également l’homme de la vie pratique et l’observateur calme et tranquille qui semble à l’abri de toute passion.

Pour faire sentir l’imminence du danger, et fixer l’attention du lecteur, je ne craindrais pas de hasarder un paradoxe; et de soutenir qu’une expérience, ou même plusieurs expériences mises en rapport, ne prouvent absolument rien, et qu’il est on ne peut plus dangereux de vouloir confirmer par l’observation immédiate une proposition quelconque. Il y a plus: l’ignorance des inconvénients et de l’insuffisance de cette méthode a été la cause des plus grandes erreurs. Je vais m’expliquer plus clairement, afin de me laver du soupçon d’avoir voulu seulement viser à l’originalité.

L’observation que vous faites, l’expérience qui la confirme, ne sont pour vous qu’une notion isolée. En reproduisant plusieurs fois cette notion isolée, vous la transformez en certitude. Deux observations sur le même sujet arrivent à votre connaissance; elles peuvent être étroitement unies entre elles, mais le paraître encore plus qu’elles ne le sont réellement. Aussi est-on ordinairement porté à juger leur connexion plus intime qu’elle ne l’est en effet. Ceci est conforme à la nature de l’homme; l’histoire de l’esprit humain en fournit des exemples par milliers, et je sais par expérience que souvent j’ai commis des fautes de ce genre. Ce défaut a beaucoup de rapport avec un autre, dont il est le produit. L’homme se complaît dans la représentation d’une chose plus que dans la chose elle-même; ou, pour parler plus exactement, l’homme ne se complaît dans une chose, qu’en tant qu’il se la représente, qu’elle cadre avec sa manière de voir; mais il a beau élever son idée au-dessus de celles du vulgaire, il a beau l’épurer, elle n’est jamais qu’un essai infructueux pour établir entre plusieurs objets des relations saisissables, il est vrai, mais qui, à proprement parler, n’existent pas entre eux. De là cette tendance aux hypothèses, aux théories, aux terminologies, aux systèmes, que nous ne saurions blâmer, puisqu’elle est une conséquence nécessaire de notre organisation.

S’il est vrai que, d’une part, une observation, une expérience, doivent toujours être considérées comme isolées, et que, d’autre part, l’esprit humain tend à rapprocher avec une force irrésistible tous les faits extérieurs qui arrivent à sa connaissance, on comprendra aisément le danger qu’il peut y avoir à lier une expérience isolée; avec une idée arrêtée, et à vouloir établir par des expériences isolées un rapport qui, loin d’être purement matériel, est le produit anticipé de la force créatrice de l’intelligence. Des travaux de cette nature engendrent le plus souvent des théories et des systèmes qui font le plus grand honneur à la sagacité de leurs auteurs. Adoptées avec enthousiasme, leur règne se prolonge souvent trop longtemps, et elles arrêtent ou entravent les progrès de l’esprit humain, qu’elles eussent favorisés sous d’autres rapports.

Ajoutons qu’une bonne tête fait preuve d’une habileté d’autant plus grande, que les données sont en plus petit nombre. Elle les domine alors, n’en choisit que quelques unes qui lui plaisent, sait disposer les autres de manière à ce qu’elles ne semblent pas contradictoires, et embrouille, enlace tellement celles qui sont décidément contraires, qu’elle finit par les mettre de côté. Le tout n’est plus alors une république où chaque citoyen agit en liberté, mais c’est une cour où règne le bon plaisir d’un despote.

Un homme doué d’un tel mérite ne saurait manquer d’élèves et d’admirateurs, auxquels l’histoire apprend à connaître et à vanter cet ingénieux système; ils se pénètrent autant que possible des idées du maître, et souvent une doctrine devient tellement dominante, que l’on passe pour audacieux et téméraire si l’on ose la mettre en doute. Après plusieurs siècles écoulés, le temps commence enfin à miner l’idole par sa base, et à soumettre les faits au libre examen de la raison humaine, qui ne se laisse plus imposer une autorité usurpée; et alors on répète, à propos du fondateur de la secte déchue, ce qu’un homme d’esprit disait d’un grand naturaliste: ç’eût été un grand génie s’il eût fait moins de découvertes.

Ce n’est pas assez d’avoir aperçu le danger et de l’avoir signalé. Il est juste que je fasse connaître mon opinion et que je signale les précautions à l’aide desquelles j’ai pu me garantir de ces écueils, que d’autres ont su éviter avant moi.

J’ai déjà dit auparavant qu’il était dangereux de faire d’une expérience la démonstration immédiate d’une hypothèse, et j’ai fait voir que je regardais comme très utile d’en faire un usage médiat. Comme tout repose sur ce point de doctrine, il est nécessaire de s’exprimer clairement.

Tout phénomène dans la nature est lié à l’ensemble; et, quoique nos observations nous semblent isolées, quoique les expériences ne soient pour nous que des faits individuels, il n’en résulte pas qu’elles le soient réellement; il s’agit seulement de savoir comment nous trouverons le lien qui unit ces faits ou ces événements entre eux.

Nous avons vu plus haut que les premiers qui tombent dans l’erreur sont ceux qui cherchent à faire cadrer immédiatement un fait individuel avec leurs opinions ou leur manière de voir. Nous trouverons au contraire que ceux qui savent étudier une observation, une expérience sous tous les points de vue, la poursuivre dans toutes ses modifications et la retourner dans tous les sens, arrivent aux résultats les plus féconds.

Tout dans la nature, mais principalement les forces et les éléments généraux sont soumis à une action et à une réaction continuelles. L’on peut dire d’un phénomène quelconque qu’il est en rapport avec une foule d’autres, semblable à un point lumineux et libre dans l’espace, qui rayonne dans tous les sens. Ainsi donc, l’expérience une fois faite, l’observation consignée, nous ne saurions nous enquérir avec trop de soin de ce qui se trouve en contact immédiat avec elle, de ce qui en résulte prochainement; cela est plus important que de savoir quels sont les faits qui ont du rapport avec le nôtre. Il est donc du devoir de tout naturaliste de varier ses expériences isolées. C’est le contraire de ce que fait un écrivain qui veut intéresser. Celui-ci ennuiera son lecteur s’il ne lui donne rien à deviner, celui-là doit travailler sans relâche comme s’il voulait ne laisser rien à faire à ses successeurs. La disproportion de notre intelligence avec la nature des choses l’avertira assez tôt que nul homme n’a la capacité d’en finir avec un sujet quel qu’il soit.

Dans les deux premiers chapitres de mon Optique, j’ai tâché de former une série d’expériences congénères, qui se touchent immédiatement, et qui, lorsqu’on les considère dans leur ensemble, ne forment, à proprement parler, qu’une seule expérience, et ne sont qu’une seule observation, présentée sous mille points de vue différents.

Une observation qui en renferme ainsi plusieurs est évidemment d’un ordre plus relevé. Elle est l’analogue de la formule algébrique qui représente des milliers de calculs arithmétiques isolés. Arriver à ces expériences d’un ordre relevé, telle est la haute mission d’un naturaliste, et l’exemple des hommes les plus remarquables dans les sciences est là pour le prouver.

Cette méthode prudente, qui consiste à aller de proche en proche, ou plutôt à tirer des conséquences les unes des autres, nous vient des mathématiciens; et, quoique nous ne fassions pas usage de calculs, nous devons toujours procéder comme si nous avions à rendre compte de nos travaux à un géomètre sévère et rigoureux. La méthode mathématique, qui procède sagement et nettement, fait voir à l’instant même si l’on passe des intermédiaires dans un raisonnement. Ses preuves ne sont que des développements circonstanciés, destinés à montrer que les éléments de l’ensemble qu’elle présente existaient déjà et que l’esprit humain les ayant embrassés dans toute leur étendue, les avait jugés exacts et incontestables sous tous les points de vue. Aussi les démonstrations mathématiques sont-elles plutôt des exposés, des récapitulations, que des arguments.

Qu’il me soit permis, puisque j’ai établi cette différence, de revenir un peu sur mes pas.

On voit combien la démonstration mathématique, qui, avec une série d’éléments, produit mille combinaisons, diffère du genre de démonstration qu’un orateur habile sait déduire de ses arguments. Des arguments peuvent avoir des relations très partielles; mais un orateur ingénieux et doué d’imagination les force à converger vers un point commun, et joue son auditoire avec des apparences de bien et de mal, de faux et de vrai. De même, pour soutenir une théorie, on peut rapprocher des expériences isolées, et en tirer une espèce de démonstration plus ou moins fallacieuse.

Mais celui qui procède consciencieusement vis-à-vis de lui-même et des autres, tache d’élaborer soigneusement les expériences isolées, afin d’arriver aux observations d’un ordre plus élevé. Celles-ci seront formulées en peu de mots, coordonnées ensemble à mesure qu’elles se développent, et groupées de façon à former, comme des propositions mathématiques, un édifice inébranlable dans ses parties et dans son ensemble.

Les éléments de ces observations d’un ordre plus relevé consistent en un grand nombre d’expériences isolées, que chacun peut examiner et juger; pour s’assurer ainsi que la formule générale est bien l’expression de tous les cas individuels; car ici on ne saurait procéder arbitrairement.

Dans l’autre méthode au contraire, qui consiste à soutenir son opinion par des expériences isolées, qu’on transforme en arguments, on ne fait le plus souvent que surprendre un jugement, sans amener la conviction. Mais, si vous avez réuni une masse de ces observations d’un ordre plus relevé dont nous avons déjà parlé, alors on aura beau les attaquer par le raisonnement, l’imagination, la plaisanterie, on ne fera qu’affermir l’édifice loin de l’ébranler. Ce premier travail ne saurait être accompli avec assez de scrupule, de soin, de rigueur, de pédantisme même; car il doit servir au temps présent et à la postérité. On coordonnera ces matériaux en série, sans les disposer d’une manière systématique; chacun alors peut les grouper à sa manière pour en former un tout plus ou moins abordable et facile à l’intelligence. En procédant ainsi, on séparera ce qui doit être séparé et l’on accroîtra plus vite et plus fructueusement le trésor de nos observations, que s’il fallait laisser de côté les expériences subséquentes, comme on néglige des pierres apportées auprès d’une construction achevée et dont l’architecte ne saurait faire usage.

L’assentiment des hommes les plus distingués, et leur exemple, me font espérer que je suis dans la bonne voie; je souhaite aussi que mes amis, qui me demandent parfois quel but je me propose dans mes expériences sur l’optique, soient satisfaits de cette déclaration.

Mon intention est de rassembler toutes les observations faites dans cette science, de répéter et de varier autant que possible toutes les expériences, de les rendre assez faciles pour qu’elles soient à la portée du plus grand nombre; puis de formuler des propositions qui résumeront les observations du second degré, et de les rattacher enfin à quelque principe général. Si parfois l’esprit ou l’imagination, toujours prompts et impatients, me font devancer l’observation, alors la méthode elle-même m’indique dans quelle direction se trouve le point auquel je dois les ramener.

Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832)

Traduction française par Ch. Fr. Martins, Œuvres d’histoire naturelle de Goethe, 1837.

Titre original : Der Versuch als Vermittler von Objekt und Subjekt, 1792.

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