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Erwin Chargaff, Amphisbène, 1963

Erwin Chargaff est un biochimiste, né en Autriche le 11 août 1905, décédé le 20 juin 2002. En 1938, fuyant le nazisme, il émigra de Vienne à New York. À l’aide de méthodes expérimentales, Chargaff a découvert les deux règles qui portent son nom et qui ont joué un rôle essentiel dans la découverte de la structure en double hélice de la molécule d’ADN : le rapport entre les paires de bases A-T et C-G constituant l’ADN est égal à 1.

Les textes qui suivent sont des extraits tirés de son ouvrage de biochimie Essays on Nucleic Acids [Essais sur les acides nucléiques, ouvrage non traduit en français], 1963. Ce livre s’ouvre sur cette dédicace :

« À la mémoire de mon professeur, Karl Kraus. »

Le chapitre 11 est un pot pourri d’une multitude de conversations auxquelles j’ai pris part au cours de ces dernières années ; il s’agit, bien entendu, d’un assemblage de plusieurs de ces conversations, une sorte de collage : personne ne pourrait être individuellement aussi obtus.

Je ne doute pas qu’il y aura des gens pour penser qu’il est par trop déplacé et frivole de faire usage, à propos de problèmes scientifiques, de l’humour, de la satire et même des jeux de mots, ces hoquets métaphysiques du langage. Mais la critique devrait s’exercer à plusieurs niveaux ; et la critique de certains concepts de la science moderne, et en particulier de ses aberrations, a pratiquement disparu à une époque où elle est plus nécessaire que jamais ; où la polarisation de la science est si avancée que l’on « fait » désormais « campagne » pour des récompenses scientifiques comme pour des élections politiques ; où les conférences scientifiques commencent à ressembler aux discours à thème des congrès politiques ; où le reportage scientifique a remplacé les potins intimes d’Hollywood ; où la force de conviction des applaudissements s’est substituée à celle de la vérité ; à une époque où les cliques s’appuient sur la claque. L’émergence d’un Establishment scientifique, d’une élite de pouvoir, a donné naissance à un phénomène remarquable : l’apparition de ce que l’on peut appeler des dogmes 1 dans la pensée biologique. La raison et le jugement tendent à capituler face à un dogme ; mais c’est une erreur. Tout comme dans la vie politique, une attitude flegmatique cache souvent un point faible. Il est impératif de critiquer, de la manière la plus rigoureuse, les spéculations scientifiques qui se font passer pour des dogmes. Cette critique doit venir de l’intérieur ; mais elle ne peut être que celle d’un dissident.

Si le titre de ce dernier chapitre exige une explication, je peux citer le Nouveau Dictionnaire Universitaire Webster : « Amphisbène : légendaire serpent possédant une tête à chacune de ses extrémités et capable de se déplacer dans deux directions. » Si l’on a observé la séparation des brins d’ADN au Moyen-Âge, cela n’apparaît dans aucun témoignage.

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Chapitre 11 – Amphisbène

« Demeurez-vous en vous-même, tandis que nous
sommes ballottés au gré des expériences de la vie ? »
St Augustin, Confessions, IV, 5,

« Ce monde […]
S’émiette et, retournant à l’état des atomes,
Vole en éclats, toute cohérence abolie,
Toute juste mesure et toute relation. »
John Donne, Le Premier anniversaire,
Anatomie du monde, 1611.

« Et même, nous sommes si dévoués à ce principe, et en même temps si curieusement mécanistes, qu’un nouveau métier, spécialement fondé sur lui, est né parmi nous, sous le nom de “Codification”, ou de fabrication du code in abstracto ; grâce auquel tout peuple, en échange d’une compensation raisonnable, peut être pourvu d’un code breveté ; – et plus aisément que les amateurs ne le sont de culottes brevetées, car le peuple n’a pas besoin d’être mesuré d’abord. »
Thomas Carlyle, Signes des temps, 1829.

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Deux hommes s’assoient sur un banc, en août 1961 : un Vieux Chimiste (V)

et un Jeune Biologiste Moléculaire (J).

V : Puisque vous et moi avons le loisir de discuter calmement quelques minutes, je débuterai par ces mots : la cellule n’est pas une machine.

J : Etrange entrée en matière. Suis-je censé être d’accord ? Ça n’aurait aucun sens, car il existe toutes sortes de machines, et je présume que vous n’avez jamais entendu parler de la théorie des automates. J’ai envie d’inverser votre proposition : toute machine est une cellule.

V : Nous voici d’emblée en train de construire des maquettes, le passe-temps favori de la biophysique moderne. Miroirs, fil de fer et plastique, colle et papier mâché 2 ; les connaissances d’un enfant combinées à la naïveté de l’adulte.

J : Au fond, pourquoi êtes-vous si obstinément hostile aux machines ?

V : Ce n’est bien sûr pas le cas ; je compte, parmi mes meilleurs amis, quelques machines. En revanche, je suis résolument hostile à certaine vision trop mécaniste du vivant. Une machine est un système déterministe ; il a fallu que quelqu’un – une intelligence – la fabrique ; et même à supposer qu’elle puisse être « programmée » pour se fabriquer elle-même, qui concevra le programme ? Une machine autoreproductrice qui n’aurait pas été construite initialement par un ingénieur, est une abomination vomie par des temps agités et malades qui, à travers leurs rêves millénaristes mêlant surpuissance et impuissance, ont engendré une mythologie de la plus maculée des conceptions. Ce n’est sans doute pas sur ce banc, un jour d’été, que je formulerai le secret de la vie, mais je puis affirmer que notre théorie biologique ne sera satisfaisante que lorsque nous aurons appris à articuler, en un même concept, le mouvement dialectique entre déterminisme et accident – cette espèce d’aléatoire absence de hasard – qui semble animer la cellule au cours de sa vie et de sa reproduction.

J : Vous me faites l’effet de n’être rien d’autre qu’un vieil homme en colère prêchant une sorte de biochimie dialectique où l’observateur se déplace simultanément des deux côtés de la rue et en sens inverse. Certains appelleraient cela de la schizophrénie.

V : Pour ce qui est de la colère, je répondrais que les raisons d’être en rogne ne manquent pas, et qu’il est plus logique de l’être lorsqu’on est vieux : comme la plupart des choses, la colère se mérite. Le roi Lear était un vieil homme en colère. Les sciences naturelles ont perdu l’habitude de la passion ; c’est l’ambition qui l’a remplacée. Nos petits génies sont passionnément ambitieux au lieu d’être passionnément passionnés, et il est devenu très difficile de distinguer une quête fervente de vérité d’une énergique campagne de promotion. Ce qui avait débuté comme une aventure des plus noble ressemble à présent à la survie du plus mielleux ou du plus rapide. Le roman de cape et d’épée s’est transformé en roman d’espionnage en costume trois-pièces. Nous avons désormais nos « barons » de l’ADN, tandis que d’autres ont « gagné le gros lot » grâce à l’ARN. Une génération entière de scientifiques en culottes courtes qui ont réponse à tout. Mais le but de cet entretien n’étant pas de jeter de la confiture aux jeunes biologistes moléculaires, reprenons depuis le début et je vous pose la question : qu’est-ce que la biologie moléculaire ? Ecoutez, si la physique est la science des états de la matière et la chimie celle de ses transformations, si la biologie se penche sur la façon dont leurs lois s’appliquent aux êtres animés, que peut bien signifier « biologie moléculaire » ? Il est bien sûr toujours possible d’accoler n’importe quel adjectif derrière n’importe quel nom, seulement le résultat est souvent bizarre 3.

J : Vous recommencez. Je pourrais évidemment me montrer spirituel, comme vous croyez l’être, et répondre que la biologie moléculaire consiste en ce qui est publié dans la revue du même nom 4. Chaque universitaire, à vrai dire, défend les couleurs de celle qui le paie…

V : Je vous arrête tout de suite. Votre amusante définition ne tient pas, puisque la cadence de parution erratique de l’admirable revue en question est immensément inférieure au rythme auquel les biologistes moléculaires se reproduisent ces temps-ci. Incidemment, ma définition serait la suivante : la biologie moléculaire se résume, pour l’essentiel, à la pratique de la biochimie sans permis 5.

J : C’est là, et vous le savez bien, une définition tout à fait oiseuse. Le terme de biologie moléculaire recouvre naturellement bien davantage. Afin que vous ne vous sentiez pas obligé d’en faire à nouveau tout un discours, je vous accorde que le fait de donner un nom à une nouvelle science – ou un nouveau nom à une ancienne – relève aussi de motifs d’ordre pratique. Symposiums, colloques, nouvelles revues, davantage d’argent obtenu plus facilement…

V : Avec, en prime, le sentiment d’être un pionnier. Et Dieu sait si les maisons d’édition apprécient ces nouvelles opportunités de ramasser de bons vieux dollars. D’ailleurs, ce n’est pas fini : nous aurons bientôt la sociologie moléculaire, l’histoire moléculaire, voire même, dans quelques temps, la théologie moléculaire. C’est à coups d’adjectifs que l’on morcelle les sciences.

J : Je crois que, même parmi votre classe d’âge, vous devez être une horrible exception.

V : C’est très probable. A une époque où tout ce qui est nouveau devient vrai, plus vieux est le barbon et plus il doit se faire violence s’il entend prendre part aux exubérantes danses rituelles qui célèbrent chaque nouvelle molécule – jusqu’à ce qu’une autre, plus nouvelle encore, ne vienne la remplacer. Toutefois, je ferais remarquer qu’on n’échappe pas à la sénilité en se lançant dans la délinquance juvénile.

J : Mettons que je n’ai rien entendu. Mes propos, à l’instant, au sujet des avantages d’avoir une nouvelle science, ne se voulaient pas satiriques. C’est ainsi que naissent les sciences de nos jours ; elles sont un mouvement de masse, une entreprise dans laquelle la majorité de la population détient des actions. L’étude de leur développement relève de la sociologie.

V : Autre bel exemple de salmigondis qui se prétend « science ».

J : N’en esquintons qu’une à la fois, voulez-vous ? Pour revenir à notre sujet – si toutefois nous en avons un – il s’agissait, je crois, de savoir comment notre nouvelle science est née. Tout a commencé par la mise en évidence du rôle majeur des macromolécules en biologie, de leur structure chimique bien particulière et descriptible en détail, ainsi que des fonctions spécifiques qu’il est très souvent possible de leur assigner. Prenez les enzymes…

V : Je les prends volontiers. Mais de quel droit leur assigne-t-on telle ou telle fonction ? Vous isolez une protéine, vous lui posez un nombre très restreint de questions en la soumettant à l’action de trois ou quatre substances. Si d’aventure elle réagit à l’une ou l’autre, vous appelez la substance « substrat » et assignez une fonction spécifique à notre protéine. Avez-vous remarqué l’homme qui est passé il y a un instant ? Il boitait ; et vous seriez fondé de dire que c’est parce qu’il a une jambe plus courte que l’autre. Mais que pourrais-je répondre si quelqu’un me soutenait que cet homme a une jambe plus courte que l’autre afin de pouvoir boiter ? Vous dites que l’enzyme est présente dans la cellule afin de produire telle réaction. Hic Rhodus, hic salta ! 6 Mais peut-être en définitive n’est-ce pas Rhodes, ou peut-être notre athlète ne sait-il pas sauter, ou peut-être préfère-t-il sauter ailleurs. Comment pouvez-vous affirmer, par exemple, que les différentes variétés de phosphatases que vous extrayez du cytoplasme se comportent vraiment de la même façon dans la cellule vivante, que c’est bien leur « fonction » ? Notre science – et la vôtre – opère toujours post mortem ; nous sommes contraints de détruire la catégorie suprême et indomptable de la vie.

J : Ne me dites pas que vous êtes un vitaliste.

V : Bien sûr que non. D’ailleurs, une discussion entre vous et moi sur le sens de la vie n’irait nulle part : je suis trop rigide et vous êtes trop souple. Tout ce que je puis dire se résume à ceci : la vie consiste en ce qui n’est plus dans le tube à essai. Mais dites-moi plutôt ce que vous pensez de mon propos sur l’assignation des fonctions.

J : J’en pense qu’il y a enzymes et enzymes. Nombre d’entre elles possèdent réellement les fonctions que nous leur avons données, d’autres ne seraient peut-être pas appelées à réagir en situation normale ; il se peut qu’à travers elles la cellule conserve le souvenir d’événements passés. Cependant, je suis certain que même vous ne pouvez nier que, par exemple, les échanges énergétiques entre la cellule et ses bases enzymatiques sont bien compris et constituent la meilleure illustration du concept d’unité biochimique du monde vivant ?

V : Je ne le nierai pas, quoique je n’aime pas particulièrement ce concept d’unité. Il a semé la pagaille. La vie, pour ce que nous en savons, semble être caractérisée par deux principes antithétiques : l’unité et la diversité. Et il est très difficile de décider, dans un cas concret, auquel des deux principes nous avons affaire. La plupart du temps, l’unité de la nature n’est obtenue qu’en assemblant laborieusement, en séries ou cycles fallacieux, des bribes et des morceaux prélevés sur les organismes les plus variés. Un biocollage, en quelque sorte. Le fait que tous nous vivions et mourions au sein d’un seul et même univers ne devrait pas nous masquer cet autre fait : nous sommes tous différents. La vie même n’est qu’une des formes – et une forme mineure – de la nature : une écume ténue sur l’écorce cristalline de la terre. Pour un vieil homme amoureux de tout ce qui se passe autour de lui et de la multiformité de ses manifestations, un seul cri de guerre possible : Vive la différence ! 7 Le fait que le bourreau et sa victime apprécient les mêmes repas copieux et les digèrent de la même manière est-il vraiment si important ? D’ailleurs, des mécanismes similaires n’impliquent pas nécessairement que nous ayons affaire à des fonctions similaires. Le four conçu par Liebig et les crématoires d’Auschwitz, quoique basés sur les mêmes principes scientifiques, peuvent difficilement tenir lieu de preuve de l’unité de la nature. Mais votre petit discours concernant le processus de parturition qui déboucha sur la délivrance aux forceps de la biologie moléculaire s’est arrêté aux enzymes. Peut-être souhaitez-vous continuer ?

J : Ce que vous appelez mon petit discours ne s’est pas arrêté : il a été interrompu. Je disais donc que la découverte du fait que certains polypeptides de fort poids moléculaire pouvaient montrer d’étonnantes propriétés comme enzymes dans les réactions métaboliques, mais aussi comme antigènes et anticorps en immunologie, a conduit à de nombreuses recherches sur leur structure physique et chimique. L’ultracentrifugation, la diffraction des rayons X, l’électrophorèse, le microscope électronique, les nombreuses et fabuleuses techniques de séparation qu’on regroupe sous le nom de chromatographie : autant d’inventions ayant fortement contribué à faire naître cette époque passionnante qui est la nôtre. Il est devenu possible, non seulement d’analyser complètement une protéine, mais même, assez souvent, de déterminer sa séquence d’acides aminés. L’analyse structurale a connu de si éclatants succès que des jeunes gens du monde entier se sont ralliés à la nature hélicoïdale des choses.

V : Votre hélice s’enroule un peu trop vite à mon goût. Lucrèce lui-même devait parfois prendre un peu de repos 8. Votre dithyrambe me rappelle une voix à la radio, il y a quelques temps, qui s’enthousiasmait pour « l’ADN, cette monocule miracle ».

J : Certaines personnes ont du mal à prononcer le mot « molécule » ? C’est sans importance et ça ne durera pas. Il fut un temps où les gens n’avaient aucune difficulté à prononcer « transsubstantiation ». L’ADN, j’y viendrai dans un instant. Laissez-moi finir. J’ai mentionné quelques innovations, mais la liste n’est bien sûr pas close. Avant même que celles-ci ne commencent à donner des résultats, d’autres recherches avaient démarré sur d’autres plans. Lorsqu’on est parvenu à purifier suffisamment des virus pour autoriser leur analyse chimique, on s’est aperçu qu’ils étaient des nucléoprotéines. Les premiers furent les phytovirus : on y a trouvé de l’ARN, comme dans la plupart des virus des animaux. Les bactériophages, pour leur part, contiennent essentiellement de l’ADN. Mais le plus intéressant fut sans doute la découverte du fait que la transformation microbienne – un phénomène pourtant connu de longue date – était due à des formes spécifiques d’ADN. Ce dernier se rapprochait ainsi furieusement de ce que les généticiens de l’époque appelaient encore le gène.

V : Si ça ne vous ennuie pas, conservons cette appellation éculée. Je sais bien qu’on a changé l’emballage dernièrement ; mais, dans la mesure où nous parlons toujours des mêmes bons vieux gènes, pourquoi ne pas garder cette marque déposée qui a fait ses preuves ? Après tout, pour décrire un syndrome, il faut d’abord le nommer. De ce point de vue, d’ailleurs, le terme de « biologie moléculaire » présente un intérêt indéniable : il permet de réunir commodément dans un même coin tout ce qu’on ne comprend pas en biochimie. Mais j’aimerais dire deux mots de l’ADN transformant 9. Je me souviens parfaitement de la vive émotion avec laquelle j’ai suivi les premières découvertes concernant l’acide désoxyribonucléique du pneumocoque. On disait encore « désoxyribonucléique ». En fait, c’est probablement là qu’est né mon intérêt pour les acides nucléiques vers cette époque, en 1944 ou 45. Mais tout cela est terriblement loin à présent, et relativement peu de nouveautés ont suivi dans ce domaine ; néanmoins, je dois avouer que mes doutes quant au bien-fondé d’une extension de ces quelques observations du domaine des micro-organismes à celui de l’ensemble du vivant, n’ont fait que grandir et redoubler. Le principe de généralisation est incontestablement utile en sciences ; sans lui, nous serions tous bientôt au chômage. Mais en même temps, il comporte un vrai risque de glisser dans le verbiage simpliste.

En 1889, dans une de ses lettres, le grand historien suisse Jacob Burckhardt mettait un ami en garde contre ce qu’il appelait « les terribles simplificateurs » 10. Les sauterelles s’abattant sur un champ le simplifient drastiquement. Ne pourrait-on dire la même chose de certaines généralisations considérables auxquelles on a procédé en biologie ? La couleur et la variété, les pulsations de l’accidentel et de la destinée, la puissance des désirs et des instincts, le balancement entre naissance et mort : tout a disparu, ne nous laissant plus que ce que j’ai qualifié un jour de « champ planté d’allumettes ». Aussi, quand j’entends quelqu’un m’expliquer que la transformation microbienne prouve la nature génétique de l’ADN, je ne peux m’empêcher de me demander si cette découverte révèle un des aspects de l’unité de la nature ou, au contraire, une des facettes de sa diversité. C’est à ce stade que devrait intervenir la dialectique évoquée précédemment.

J : Je comprends, vous voulez le beurre et l’argent du beurre. Vous êtes un insupportable mystique et, à vous écouter parler de la nature, j’ai eu le sentiment qu’il ne manquait plus que les harpes en accompagnement. Pourquoi vous obstinez-vous à vouloir plumer la poule aux œufs d’or dont tout le monde tire profit ? Vous faites pourtant partie de nos auteurs classiques pour ce qui est de ce champ de recherches.

V : Merci bien, je n’y tiens pas tellement. D’après votre définition, un classique est un homme qu’il n’est plus nécessaire de citer. Pour un pickpocket, un homme aux poches immenses est un classique. Et on sait combien Banquo est rarement cité dans les papiers de Macbeth.

J : Dans ce cas, je vous définirai comme une Cassandre en pantalon. Mais je n’avais pas encore tout à fait terminé mon histoire. J’ai parlé de l’ADN transformant ; et si vous ne m’aviez pas interrompu, j’aurais poursuivi en évoquant d’autres cas où les acides nucléiques se sont vus assigner un rôle direct dans la détermination de certains caractères héréditaires. Il y a, par exemple, les bactériophages qui attaquent E. Coli, et le font apparemment en injectant leur ADN spécifique dans le cytoplasme bactérien. Cela suffit à mettre en branle toute une chaîne d’événements débouchant sur la production d’un grand nombre de particules phages et par la lyse de la cellule hôte. Ensuite, nous avons les phytovirus ; l’ARN qu’ils contiennent a la particularité d’être infectieux ; c’est-à-dire que l’acide nucléique lui-même, lorsqu’il est en contact avec la plante, peut donner lieu à la formation d’innombrables particules virales complètes. Toutes ces molécules bien déterminées et spécifiques exercent des effets biologiques déterminés et spécifiques ; et vous avez là la quintessence de notre nouvelle science, la biologie moléculaire. Mais ça ne s’arrête pas là.

V : Je n’en doute pas. De nos jours, même pour vendre du savon, il faut en faire un opéra 11. Ce qui, dans toute cette histoire, laisse perplexe un chimiste un peu vieux jeu tel que votre serviteur, c’est ce qu’est devenu le concept de molécule. De plus anciens que moi affirmaient qu’il se bornait au domaine d’applicabilité de la loi d’Avogadro. Mais peu importe. En tout cas, ça a dû être une agréable surprise pour certains biologistes d’apprendre qu’en fin de compte, ils avaient affaire à des molécules. J’ai du mal à me faire à l’idée que c’est ce sur quoi ils ont toujours travaillé. Cela me rappelle un peu le Monsieur Jourdain de Molière, qui s’étonnait d’apprendre que, toute sa vie, il avait parlé en « prose ».

J : Sans doute avez-vous déjà rencontré le terme de « maladie moléculaire » ?

V : Hélas, oui ! Un temps, j’ai cru qu’il s’agissait d’une maladie à laquelle les molécules étaient particulièrement sujettes, une espèce de rougeole moléculaire. Cependant, j’ai vite compris que j’avais affaire à un nouveau symptôme de cette manie de l’étiquetage qui frappe la science en général : toute chose – comme dans les mauvaises bandes dessinées – se promène avec au bec un écriteau racoleur. Certaines de ces formules ont pu être pratiques ou utiles à une époque : « liens phosphates riches en énergie », « état dynamique des constituants corporels » ; pour d’autres, telles que « ARN messager », j’ai des doutes. Et surtout il y en a tant, et elles sont si chatoyantes et si creuses ! Plus je les entends répéter, moins je les aime. La question de l’étrange lien unissant le nom et la notion qu’il recouvre a fait l’objet d’innombrables discussions ; la plus intéressante étant probablement chez Méphistophélès.

J : De formidables concepts requièrent des noms formidables.

V : Ou peut-être que de formidables noms peuvent tenir lieu de grands concepts. Mais je suppose que vous n’aviez pas encore terminé.

J : Exact. Car il me faut maintenant aborder le concept qui couronne l’ensemble, celui d’« information biologique ».

V : Vous voulez dire que la vie elle-même s’est offert les services d’un attaché de presse ?

J : Soyons sérieux ; mais il est vrai que, partout dans le monde, de jeunes et brillants biologistes militants – vous les appelleriez des évangélistes – répandent le nouveau savoir avec dévotion et persévérance. Apparemment tout concorde.

V : Dites plutôt que vous écartez systématiquement ce qui ne colle pas. Il a dû régner la même ferveur à l’époque où le phlogistique 12 avait le vent en poupe : apparemment tout concordait, jusqu’à ce qu’une petite balance intervienne. Même le grand Ockham et son immortel rasoir seraient bien en peine de raser la barbe bariolée qui a envahi le beau visage de la biochimie. Il suffit que j’ouvre une revue pour être assailli par une infernale sarabande de termes à la fois mal assortis, tape-à-l’œil et banals. Shockate, grindate et sonicate, autolyse/apoptose et avortement, les empreintes génétiques et les points chauds, répresseurs et corépresseurs, feedbacks, ressources génétiques et modèles, régulateurs, opérateurs et opérons… sans oublier, flottant au-dessus de ce cloaque allégorique, les mystérieux messagers, anges ou démons, dans leur évanescente ubiquité. En sommes-nous vraiment arrivés au stade de la biochimie non-objective ? de l’action painting moléculaire ?

J : Vous avez oublié les hybrides et un tas d’autres choses ; mais je me réjouis de constater que vous êtes au moins familier avec notre terminologie. Que voulez-vous, on ne fait pas une révolution scientifique sans casser pas mal de crânes d’œuf. Vos objections ne pèsent pas bien lourd et n’auront en définitive aucune influence sur le cours des choses. L’information biologique – ou, si vous préférez, génétique – est un concept extrêmement important et utile que même un bouffon shakespearien ne parviendra pas à tourner en dérision. Avant de poursuivre, j’aimerais vous poser une question. Lorsque vous essayez de comprendre la vie de la cellule et les fonctions de ses différents constituants, n’avez-vous pas en tête la notion de division du travail ?

V : Franchement, non ; du moins, pas au sens bêtement machinique où elle est habituellement pensée : roues dentées, engrenages, manettes… Même à supposer que la nature ne soit rien d’autre qu’un gigantesque servomécanisme, je crains que les barbes des cybernéticiens chargés de la servir ne se prennent dans les circuits de rétroaction. Dans la cellule vivante, il doit se passer quelque chose qui fait que des quantités – disons plutôt des densités, ou des concentrations – régulées sur une échelle temporelle qui nous échappe encore, donnent naissance à une qualité nouvelle et unique : celle de la vie, précisément.

J : J’ai bien peur que vous ne soyez, tout compte fait, un vitaliste. Mais, si nous revenons maintenant à la question de l’information et laissons de côté tout ce que vous avez dit, ça se résume à cela : nous croyons effectivement à la division du travail au sein de la cellule, où chaque constituant cellulaire, oui, et chaque molécule possède une fonction déterminée et identifiable. Et nous croyons qu’il existe une stricte hiérarchie.

V : Je sais, je sais. Mélangez n’importe quoi avec n’importe quoi dans les bonnes proportions, et la purée qui en résulte s’écriera : Papa ! Mais dites-moi, puisque vous parlez de hiérarchie au sein de la cellule, à la lecture d’articles récents j’ai eu le sentiment que la cellule était une société d’esclaves sans maître.

J : Loin de là. Au commencement était l’ADN…

V : On jurerait le début d’un nouvel évangile apocryphe, avec l’ADN dans le rôle du logos contemporain.

J : Est-il possible que vous ne croyiez pas à l’ADN ?

V : Si je ne crois pas que la lune soit faite de fromage blanc, doit-on en conclure que je ne crois pas à la lune ?

J : Quoi qu’il en soit, l’ADN constitue le matériel génétique qui, en dernier ressort, est responsable de la conservation et de la transmission des caractères héréditaires de la cellule. Nous connaissons le mécanisme de sa réplication qui se déduit de façon ingénieuse du modèle structural universellement accepté de l’ADN : une double hélice composée de deux chaînes entrelacées de polynucléotides. Après leur séparation – laquelle s’explique très simplement, dans la mesure où elle ne présente pas de difficulté du point de vue thermodynamique et où l’expérience peut être réalisée avec un matériel coûtant moins d’un dollar – chaque brin procède à la fabrication de sa contrepartie.

V : Jusqu’à quel point l’universel est-il universel ? Et, sans vouloir offenser votre sens de l’économie, de la thermodynamique ou autre, puis-je savoir si vous entendez que ce magnifique schéma s’applique à la méiose aussi bien qu’à la mitose ?

J : Je ne m’intéresse pas aux diploïdes 13.

V : Dommage que vos parents n’aient pas été du même avis. Encore autre chose : diriez-vous que, durant la division d’un chromosome, les autres constituants, les protéines, les lipides, connaissent des processus similaires, ou qu’ils suivent simplement leur chef par esprit de famille ?

J : Ne nous attardons pas à des détails. Et puis, qu’est-ce que les lipides viennent faire ici ? Si l’on est pas sot, on les laisse de côté 14. Ecoutez, je vais vous décrire un modèle purement formel qui est à prendre ou à laisser ; mais vous feriez mieux de l’accepter.

V : Je sais, les dogmes scientifiques sont des phagocytes qui ne mangent que ce qui est bon pour eux. On ne peut ni les réfuter ni les destituer ; simplement, un jour, ils s’évanouissent en raison de la versatilité d’une nouvelle génération qui n’en a plus l’usage. En fait, plus une hypothèse est absurde, plus il est nécessaire d’y croire fermement.

J : Je poursuis. L’ADN, disais-je, est le principal déterminant génétique ; il porte un code, encore indéchiffré, grâce auquel, en dernier ressort, la composition de l’ARN et des protéines est spécifiée. Mais, avant que le code puisse s’exprimer, les deux brins composant la double hélice de l’ADN doivent se séparer, intacts, probablement par l’action d’une enzyme. N’est-ce pas vous, d’ailleurs, qui avez nommé « dévissase » (unscrewase) cette enzyme hypothétique ? Vous observerez que, du fait de la structure complémentaire des deux brins, l’information stockée dans chacun d’eux est tout à fait suffisante.

V : Avant de parler de complémentarité de leur structure, a-t-on seulement démontré l’existence de ces deux brins ?

J : Eh bien, oui et non. Mais vous devriez être le dernier à poser ce genre de question.

V : Il m’arrive de me réveiller au milieu de la nuit et de songer à toutes ces assertions, ces découvertes, ces modèles, tous ces tours de passe-passe moléculaires ; et je me demande alors : et si tout cela n’était qu’une escroquerie ? Ils sont tous si doués ; comment se fait-il qu’ils soient si superficiels ? Comment se fait-il que la manne tombée du ciel se soit changée en porridge ? Comment se fait-il que la liquidation d’une science commence par son sommet, et que ses plus formidables triomphes deviennent ses pires désastres ?

J : Vous n’attendez tout de même pas que je réponde à ces questions ? Tout ce que vous avez à faire, c’est examiner un spectre d’ADN avant et après chauffage.

V : A présent, je me rends compte à quel point vous êtes un jeune scientifique moderne. L’usage de ces faux singuliers – un spectre, un média, une bactérie, un phénomène 15, etc. – n’est-il pas le summa cum laude 16 de la nouvelle génération ?

J : Je n’ai jamais vu l’utilité du latin pour mon travail. Et si, vous aussi, vous aviez davantage étudié les mathématiques et la physique, au lieu de perdre votre temps, vous auriez accompli bien plus.

V : C’est fort possible. Depuis tout à l’heure, j’ai le sentiment que votre PhD doit s’écrire pH D 17.

J : Quoi qu’il en soit, ça fonctionne ainsi. Il n’y a aucun doute là-dessus : l’information passe de l’ADN à l’ARN, puis aux protéines ; jamais dans l’autre sens. Le signal génétique émanant de l’ADN est d’abord transmis à un type particulier d’ARN qui se forme très rapidement, ne représente jamais plus de quelques pourcents de l’ARN total de la cellule, et dont la composition est calquée sur celle de l’ADN. Dans la mesure où il transporte le message conservé dans l’ADN, nous l’appelons ARN messager.

V : Ce minuscule et éphémère régiment de commissionnaires, quelqu’un l’a-t-il aperçu ?

J : Qu’entendez-vous par « aperçu » ? Il y a quantité de preuves indirectes qu’un tel ARN se forme effectivement.

V : Non, je parle du message : quelqu’un a-t-il apporté la preuve qu’il existe ? Ne peut-on envisager que tout cet échafaudage terminologique ne soit rien d’autre, en fin de compte, qu’une valise pour les habits neufs de l’empereur ? Ne peut-on envisager qu’il n’y ait ni message ni messager, que la question tout entière soit mal posée et reçoive, par conséquent, une réponse erronée ?

J : Si vous cherchez à contester l’existence de ce que nous appelons « information », vous serez cependant confronté au même phénomène mais amené à lui donner un autre nom.

V : Autrement dit – et c’est ce qu’on répond habituellement lorsqu’on n’a pas de réponse – c’est du ressort de la sémantique.

J : En effet. Ceci dit, ARN messager n’est pas le seul nom possible ; certains l’ont baptisé ARN informationnel ou ARN pulsatif. Les premiers à l’avoir découvert ne l’ont pas nommé et seront donc dûment oubliés.

V : Bien fait. Ne jamais être un précurseur ; en science, ce ne sont pas les premiers arrivés qui gagnent, mais les derniers. Mais attardons-nous un moment sur ces charmantes petites chimères et essayons d’en tirer quelque chose. Je sais, de nos jours, ce qui ne peut être réalisé de manière indirecte n’intéresse plus personne. Seulement, après tout, la chimie est la science des substances ; et si ce que vous dites est vrai, alors il faut nécessairement qu’il y ait à tout cela une base substantielle. Vous dites que tout commence avec l’ADN. L’ADN, je l’admets, existe au sein de la cellule sous cette forme de double hélice que certaines personnes fort douées pour la vulgarisation ont appelée « le ressort de la vie » 18. Les deux brins vont en sens inverse par rapport aux phosphates terminaux, et leurs séquences de nucléotides sont complémentaires, de sorte que les purines s’apparient avec les pyrimidines, l’adénine avec la thymine et la guanine avec la cytosine. Et vous me direz que ce modèle avait déjà reçu confirmation avant même d’être élaboré, puisqu’on savait déjà que telle est la composition de l’ADN. Le fait que l’appariement des bases spécifique aux acides nucléiques fut découvert dans un laboratoire de chimie à l’ancienne est complètement tombé dans l’oubli.

J : Oh, il m’arrive de m’en souvenir, mais quelle importance ? Qu’ont-ils fait, ces gens qui travaillaient « à l’ancienne » comme vous dites, pour faire connaître leurs découvertes ?

V : Ils les ont publiées.

J : Publiées ? Vous voulez rire ! Est-ce ainsi que vous concevez une recherche ambitieuse ? Ont-ils diffusé, bien avant publication, des copies ronéotées de leurs articles ? Ont-il fondé des clubs consacrés à l’appariement des bases ? Ont-ils distribué des cravates arborant les logos ad hoc ?

V : Qui voudrait passer sa vie à danser le menuet devant l’assemblée des journalistes scientifiques ? Il reste encore des gens qui ne souhaitent pas hurler avec les jeunes loups ; ils ont d’autres préoccupations. Quand vous vous lancez dans quelque chose de nouveau, vous êtes tout seul et il fait horriblement sombre ; et soudain il se peut que vous tombiez nez à nez avec la blancheur aveuglante du réel. Il n’existe rien au monde de plus délicieux et de plus rare que ce moment. Ensuite, vous avez deux possibilités : ou vous restez dans votre laboratoire en espérant que ça se reproduira – ce qui arrive rarement – ou vous vous mettez à parcourir le pays en jouant les saltimbanques.

J : De toute façon, même si la composition de l’ADN s’était révélée complètement différente, nous aurions mis en cause l’analyse, et non notre concept.

V : Pas de doute, vous êtes un Vrai Croyant. La route qui mène au paradis des scientifiques est pavée de ce genre de déductions. Mais je n’ai pas réellement l’intention d’attaquer ce que d’aucuns se plaisent à nommer le « dogme central », car je sais pertinemment que l’élan mythopoïétique de l’humanité ne se brise pas au seuil des laboratoires. Laissez-moi poursuivre et je ferai semblant de croire qu’on a démontré l’existence des deux brins complémentaires, chacun doté de deux extrémités – une tête et une queue, pour ainsi dire.

J : Si cette démonstration n’est pas encore faite, elle le sera.

V : Cet ADN, si j’ai bien compris, a deux fonction : il doit se fabriquer lui-même, ce qui est simple : dévissage, assemblage, polymérisation, recombinaison. Tout cela constitue désormais un simple « projet » pour nos lycéens, en vue de la prochaine « exposcience ». Mais l’ADN doit également fabriquer le reste de la cellule ; et ça, c’est moins facile. Car il faudrait alors admettre que l’ADN contient la quintessence de toute cette vie prodigieuse qui existe sur notre terre : le flagellé et le spirille, mais aussi le cerveau d’où a jailli la Passion selon Saint Matthieu. « Dinanzi a me non fuor cose create… » 19.

J : Laissez tomber le latin avec moi.

V : Pardon. Ce que je cherchais à mettre en lumière, c’est que, de nos jours, l’ADN joue le rôle de la pierre philosophale qui s’auto-réplique. Nous avons d’abord un cercle extrêmement vicieux : l’ADN fabrique de l’ADN qui fabrique de l’ADN, etc. ; un triste et tragique désert, un paysage à la Yves Tanguy. Mais simultanément – et par quelle délégation de fonctions, vous-même n’en savez rien – le côté Dr Jekyll de l’ADN entre en scène et fabrique A et B et C. On me répète sur tous les tons que toute l’information biologique réside, en dernière analyse, dans l’ADN. Mais les organismes contiennent, en plus des protéines et des acides nucléiques, de nombreux autres types de molécules spécifiques : les mystérieuses protéines conjuguées, certains lipides, les substances formant les parois de la cellule, celles responsables des groupes sanguins, les polysaccharides spécifiques.

J : Les polysaccharides ne contiennent pas d’information.

V : Qu’en savez-vous ? Avez-vous eu récemment une conversation avec eux ? Mais laissez-moi revenir à notre débat. Lorsque l’ADN donne libre cours à son côté le plus sympathique, la première chose qu’il fait, m’a-t-on dit, est de présider à la fabrication d’ARN messager. La composition de ce dernier est censée reproduire les mêmes motifs que l’ADN entier. Or, si l’ADN consiste vraiment en deux brins complémentaires, il faut nécessairement que soient fabriqués deux brins complémentaires d’ARN, ou un ensemble de brins plus courts qui, mis bout à bout, reflèteraient les deux brins d’ADN. Concrètement, trois uraciles dans un nucléotide messager devraient correspondre à trois adénines dans la structure ARN complémentaire. Puisqu’un ribosome – « Ils le servent aussi qui debout savent attendre » 20 – n’est en mesure de produire une protéine que lorsqu’il est « programmé » par un ARN messager, lequel, devant être capable d’intervenir dans certains liens hydrogène, ne peut pas se présenter globalement sous la forme d’une paire de brins, nous arrivons à la conclusion que toute section donnée d’une dyade ADN engendrerait deux protéines totalement différentes. Etes-vous d’accord, par conséquent, pour que nous révisions le dicton et disions désormais : « un gène, deux enzymes » ?

J : Ma foi, je n’en sais rien. Il y a sans doute des centaines d’échappatoires.

V : Un scientifique doit-il se comporter comme une blatte aux abois ? Vous me direz que pratiquement tout ce qu’il est possible de coucher noir sur blanc finira à la longue par se concrétiser sous la forme d’un « système » et entrer dans la catégorie des « faits ». Toutefois, je ne parviens pas à me convaincre que tout fait mérite forcément d’être connu. Il me semblait que la tâche des sciences naturelles consistait à découvrir les faits de la nature, non à les créer.

J : Vous n’êtes qu’un obscurantiste.

V : On m’a souvent reproché d’obscurcir les choses. Et j’avoue que ces éblouissants coups de projecteur éclairant quelques aspects à l’exclusion du reste me semblent avoir plutôt défiguré notre science. Combien de volte-face frénétiques un homme de ma génération n’a-t-il pas eu à traverser ! Et le délire n’est pas terminé ; en fait, il gagne en intensité. On vient d’élire Miss Molécule 1962 21, et je crains – et vous espérez – que la liste ne s’allonge interminablement. Le prochain candidat sera, sans conteste, l’ARN messager 22. Une autre fois, ce sera l’opéron bouffe 23 : « Figaro qui, Figaro qua ! »… Mais revenons à nos moutons.

Vous pourrez évidemment toujours alléguer de mon grand âge pour expliquer mes difficultés à comprendre ce qui est censé se passer. Même si nous acceptons l’existence d’une espèce d’ARN à courte vie, fabriquée sous la supervision directe de l’ADN, et qui, en reproduisant en miroir la composition de ce dernier, transfère l’information de l’ADN aux protéines, et si nous lui ajoutons la quantité relativement restreinte de ce qu’on appelle l’ARN soluble, il nous reste une montagne – presque 85% – d’ARN cellulaire dont ni la fonction ni le mode de formation ne sont connus. Bien sûr, avec votre originalité coutumière, vous allez m’expliquer que Rome ne s’est pas faite en un jour. A quoi je répondrai qu’on devrait parler moins de ceux qui échouent à résoudre de grands problèmes que de ceux qui réussissent à en résoudre de petits. Il n’est rien de plus facile que de dégringoler du haut de l’Everest.

J : Vous ne pouvez cependant pas réfuter l’existence d’un ARN à cycle rapide composant l’image inversée de l’ADN, avec ses paires de bases, etc. ?

V : La plupart des comptes rendus que j’ai lus à ce sujet sont loin d’être convaincants. Il faut une bonne dose d’indulgence, ou plutôt un grand manque d’expérience, pour avaler des thèses aussi bancales et proférées avec un tel enthousiasme. Mais c’est égal ; les exemples de scientifiques qui ont fait carrière en vendant les habits neufs de l’empereur sont nombreux. De nihilo nihil 24 ne s’applique pas à la biologie moléculaire. Là où il n’y a rien, elle prétend que tout est possible. Si vous considérez la cellule et le degré de resserrement ou de concentration qu’elle suppose, le problème de circulation devient si colossal qu’il réclame la formulation d’un nouveau paradigme pour lequel nous n’avons pas le moindre indice ; au lieu de quoi, nous sommes en train de remplir les dictionnaires de jargon. Vous avez l’ADN qui se réplique lentement lui-même tout en se dépêchant de fabriquer, en parallèle, des centaines de messagers différents ; puis, tous ces messagers se mettent à tourbillonner follement à la recherche de ribosomes où s’étendre confortablement pour procréer et mourir ; les protéines filent rejoindre leurs postes de travail ; de futurs lipides et polysaccharides réclament à grands cris leurs modèles inexistants : une Nuit de Walpurgis moléculaire, un congrès de biologie à l’échelle cosmique, mais encore moins confortable que celui d’Atlantic City. Tout cela serait très amusant si ça ne corrompait pas notre jeunesse. Qui aurait imaginé, l’ayant connu si petit, que l’ADN deviendrait le démiurge d’un monde manichéen ?

J : Vous utilisez trop de grands mots pour ne rien dire. Le fait que vous ayez connu l’ADN lorsqu’il n’avait qu’un poids moléculaire de 800.000, tandis qu’il dépasse à présent 160.000.000, n’a aucune espèce d’importance ; cela montre seulement que vous n’avez pas su chercher judicieusement.

V : Naturellement, ça n’est pas du tout ce que je voulais dire. Mais même si l’on s’habitue à cette étrange situation et qu’on accepte l’idée que tout ce qui advient au sein de la cellule est en définitive sous le contrôle de l’ADN, d’autres difficultés surgissent. Bon nombre de virus sont essentiellement des ribonucléoprotéines ; et, pour plusieurs d’entre eux, leur ARN même s’est avéré infectieux. Vous l’avez mentionné vous-même. Cet ARN est donc supposé capable de se répliquer ; mais où se trouve donc l’ADN spécifique censé diriger l’opération ?

J : J’ai à votre disposition deux réponses différentes. On peut présumer que cet ARN viral possède quelque chose de spécial qui lui permet de se comporter comme sa propre matrice, indépendamment du moindre contrôle exercé par une molécule d’ADN.

V : Cette thèse contient sa propre objection. Car, dans ce cas, notre ARN viral ne devrait-il pas posséder un appariement de bases complet ? De plus, chimiquement parlant, l’ARN des virus ne présente aucune particularité notable. Soit dit en passant, dans la mesure où votre raisonnement inverse tous les rôles, je m’attends d’un jour à l’autre à ce qu’on découvre un « ADN messager ».

J : Ma deuxième réponse est la suivante : supposons que tout l’ARN viral ou ribosomal, transfert ou messager, soit fabriqué sous le contrôle de l’ADN, mais que les deux brins d’ADN n’entrent en jeu que dans le cas de l’ARN messager ; les autres types d’ARN reflètent la composition d’un seul brin d’ADN. Il ne vous reste plus qu’à m’accorder suffisamment d’intelligence pour proposer des centaines de modèles plausibles susceptibles de rendre compte d’un tel phénomène.

V : Je n’irai pas jusque-là ; mais, pour n problèmes, vous aurez toujours n + 1 explications s’excluant mutuellement et, pourtant, toutes plus irréfutables les unes que les autres.

J : Peu importe. En ce qui concerne l’ARN viral, nous devons faire, bien sûr, une hypothèse supplémentaire, à savoir que, pour qu’une cellule soit utile à notre virus, elle doit contenir dans son génome une séquence d’ADN habituellement inopérante mais susceptible de devenir active sous l’influence de la molécule d’ARN viral envahisseuse ; et c’est cette portion d’ADN qui est reflétée par l’ARN infectieux.

V : Je me sens comme Peer Gynt dans la caverne des trolls, lorsqu’il refuse de subir la petite opération aux yeux qui lui permettrait de voir droit ce qui lui semble tordu. Vous allez vous aussi, ça ne fait aucun doute, devenir une de nos gloires frelatées – ces affiches truquées encollées à force de salive publicitaire – si nombreuses qu’elles encombrent tout l’espace. Et cependant, la puissance cérébrale de tous ces cytopracteurs réunis ne remplirait pas l’encrier de Pascal. A les écouter, tout paraît si simple ! L’effet hypnotique dû à la répétition encore et encore d’explications dénuées de sens a produit une transe universelle que l’on prend pour une conception de la nature. Grosso modo, on m’a enseigné que la tâche des sciences naturelles consistait à comprendre la nature, et non à se montrer plus malin qu’elle. Vous aurez beau me répéter qu’on peut « raisonnablement supposer » – l’horrible expression ! – ceci ou cela, je pense qu’on gagnerait beaucoup à ce que nos jeunes chercheurs apprennent l’usage de la raison avant de se risquer à supposer quoi que ce soit. Certains des débats auxquels j’ai assisté sur l’hérédité microbienne et la génétique chimique m’ont fait l’effet d’une assemblée de sages-femmes discutant de l’immaculée conception. Et comment endiguer le flot toujours croissant de publications sans valeur ? Je ne vois qu’une solution : que tous les articles soient publiés anonymement.

J : A propos, la rumeur dit qu’on aurait cassé le code.

V : J’espère qu’on n’a pas jeté les morceaux ; ils pourraient resservir.

J : Comment pouvez-vous plaisanter avec une aussi grandiose découverte ? Vous ne voyez donc pas que c’est une ère nouvelle qui commence ?

V : Oui, c’est ainsi que peu à peu, pas à pas, hourra après hourra, roulement de tambour après roulement de tambour, médaille d’or après médaille d’or, vous espérez reconstituer les empreintes digitales du Créateur ! Mais à quoi cela vous avancera-t-il ? Vous ne pourrez pas les lire, vous ne pourrez pas les cataloguer 25. Toutes les « astuces » du monde – pour utiliser un terme qui vous est familier – ne vous aideront en rien.

J : À vous entendre, on dirait que nous sommes encore en l’an mil.

V : Peut-être les sciences naturelles ne dépasseront-elles jamais l’an mil. Une immense fêlure se propage à la surface de notre monde de porcelaine ; et même dans le milieu de la physique théorique, qui est sans doute la science la plus avancée actuellement, on ressent, m’a-t-on dit, un grand malaise et un grand inconfort intellectuel. La biologie moléculaire serait-elle le dernier refuge des optimistes scientifiques ?

J : Ma foi, nous avons pas mal de raisons d’être optimistes. Ces dernières années ont été fantastiques du point de vue des sciences de la vie, une véritable résurrection. En cinq ans, nous avons davantage appris sur la vie et l’hérédité qu’au cours du demi-siècle précédent ; et c’est pourquoi nous pouvons nous permettre de dédaigner une bonne partie de la vieille littérature. Vous-même, qui avez des difficultés à accepter toutes nos découvertes, ne pouvez décemment nier cette incroyable renaissance.

V : Il y a tant de choses à accepter. A vrai dire, qu’une aussi détestable époque que la nôtre ait vu l’apparition de tant de belle science, cela ne plaide-t-il pas en défaveur de la science ?

J : Pas du tout. Vous me semblez être resté attaché à l’illusion romantique selon laquelle seul un homme bon peut faire un bon scientifique.

V : Employer l’argument ad hominem est toujours dangereux, et vous ne devriez pas ériger votre propre personne en critère de jugement. Mais j’ai bien peur qu’il faille aujourd’hui renverser le vieux proverbe et dire : là où le poisson pue, là est sa tête 26 ; n’est-ce pas désespérant ? Cependant, il se fait tard et je n’en ai pas tout à fait terminé avec ce que je disais.

Même si on décrypte un jour le code et si l’on met en évidence un flux d’« information » conforme aux postulats des adorateurs de l’automation biologique, ça n’aura vraiment éclairci que très peu de choses quant à ce qui se passe au sein d’une cellule vivante. Ce qui détermine le caractère spécifique d’une cellule – et qui est perpétué par le moyen de l’hérédité – consiste en un nombre très important de composés différents, dont beaucoup sont localisés à des endroits précis à l’intérieur de la cellule ; et ces substances, une fois que l’on brise la cellule et qu’on isole et sépare ses constituants, viennent former une liste interminable d’espèces de molécules différentes : protéines, lipides, polysaccharides, acides nucléiques, etc. La plupart d’entre elles – et pas seulement les première et dernière espèces que j’ai citées – présentent une structure et une composition hautement spécifiques ; mais la façon dont elles existent, interagissent et sont maintenues à des emplacements précis au sein de la cellule en fonctionnement, est pour nous un mystère complet.

Je ne suis résolument pas vitaliste au sens où on l’entend habituellement, mais je ne supporte pas les gens qui affirment avoir compris et décrypté Hamlet en m’en donnant pour preuve le nombre de fois où le mot « et » apparaît au premier acte. Et je m’élève contre le tapage incroyable qui est fait autour d’observations banales et souvent même dénuées de sens. Contrairement, me semble-t-il, à ce qu’ont connu les générations précédentes, nombre des découvertes qu’on tient aujourd’hui pour importantes ne le méritent absolument pas. Pire : nous nous enfonçons peu à peu dans un tel bourbier de conjectures que ceux qui seraient capables de bâtir des théories se voient dans l’impossibilité de le faire. Prenez l’immense variété des formes d’organismes, d’organes ou même de composants cellulaires : où est la biochimie des formes spécifiques ? Où est la biochimie de la différentiation cellulaire ? Vos empreintes digitales, qui sont différentes des miennes, correspondent-elles à un code nucléotidique différent ? Est-ce une erreur d’appariement à la position 79 qui a produit les visions de William Blake ?

Si je proteste, c’est avant tout contre cette machinisation de pacotille de notre imagination scientifique, qui tue notre capacité à accueillir l’imprévu, c’est contre ce magma d’ignorance niée recouvert d’un vague vernis, cette brutalité de boucher vis-à-vis de choses qui exigeraient la douceur la plus circonspecte. Nos jeunes gens grandissent dans la conviction qu’on n’a « jamais vécu aussi bien » 27. Ce qui les condamne – tout particulièrement les plus brillants – à un avenir de désillusion et de découragement.

J : C’est vous qui le dites. Je ne me sens pas le moins du monde découragé ; c’est même tout le contraire. Il me suffit de songer aux possibilités inouïes qui s’ouvrent devant nous. Dès que nous connaîtrons le Code Universel, il ne nous faudra que peu de temps pour apprendre à interférer avec certaines séquences nucléotidiques de l’ADN, à les modifier spécifiquement et, partant, à provoquer toutes les mutations génétiques désirées. D’éminents experts évoquent d’ores et déjà l’insémination artificielle à partir du sperme conservé de génies disparus 28. Une paire de petits Einstein dans chaque foyer, quelle perspective !

V : Mais le mille-pattes peut-il survivre sous un système duodécimal ? Plus vous parlez d’engendrer une race de génies, moins vous risquez d’y parvenir.

J : Encore une de vos remarques mystiques et antiscientifiques. Je n’ai mentionné ce projet que comme un premier et modeste aperçu du futur formidable qui nous attend. Plus tard encore, nous serons en mesure de lister les séquences nucléotidiques de chaque ADN ; et chaque purine, chaque pyrimidine aura son numéro ; et nous saurons pour chacune ce qui se passe quand nous les modifions. Et je vous jure que nous les modifierons !

V : Et alors vous obtiendrez effectivement la véritable « ingénierie de l’humain ». Une fois que vous saurez altérer à volonté les chromosomes, vous serez en mesure de façonner le Consommateur Moyen, l’utilisateur prévisible de telle ou telle savonnette, celui sur qui l’on peut compter pour inhaler goulûment tel gaz toxique. Vous aurez fait à l’humanité un cadeau à côté duquel la bombe d’Hiroshima n’était qu’un inoffensif œuf de Pâques. Et vous parviendrez enfin à l’écologie de la mort. A l’image de qui cet homme nouveau sera-t-il conçu ? Je n’ose y penser.

J : Aussi bien, vous ne serez peut-être pas là pour le voir. En attendant, j’ai apprécié cette conversation. Il faut maintenant que je fasse un saut au labo pour éteindre la Spinco 29.

V : Oui, la nuit tombe. Je vais rentrer.

Ils s’en vont dans des directions opposées.

.

Traduction française réalisée
par Annie Gouilleux pour la préface
et Sinziana pour le chapitre 11.

Erwin Chargaff (11 août 1905 – 20 juin 2002),
Essays on Nucleic Acids, 1963.


Notes:

1 Allusion au « dogme central de la biologie moléculaire » énoncé par Francis Crick (1916-2004) en 1958 et selon lequel l’information génétique passe toujours de l’ADN vers l’ARN puis vers les protéines et jamais en sens inverse. Ce « dogme » n’est que la traduction moléculaire de la théorie d’August Weismann (1834-1914) formulée à la fin du XIXe siècle selon lequel le germen, les cellules germinales de l’organisme sont strictement séparés du soma, les autres cellules de l’organisme, ce qui rend impossible la transmission des caractères acquis. Ensemble de suppositions qui se sont avérées fausses. [NdE]

2 Allusion à la maquette de l’ADN construite par Watson & Crick. [NdE]

3 Molecular biology : le mathématicien américain Waren Weaver (1894-1978) invente ce terme en 1938 dans un rapport de la Fondation Rockefeller où il évoquait : « ce qui peut être appelé biologie moléculaire, dans laquelle les délicates techniques modernes sont utilisées pour étudier les détails toujours plus fin de certains processus vitaux. ». Soit déjà une approche technologique qui permet de s’enfoncer toujours plus avant au cœur de la matière vivante plutôt qu’une innovation théorique qui permettrait de mieux comprendre les ressorts de la vie. Il s’agit d’une sorte d’oxymore, car si la biologie étudie les êtres vivants, aucune molécule n’est vivante. [NdE]

4 Le Journal of Molecular Biology a été créé en 1959. [NdE]

5 La biologie moléculaire n’est qu’une forme abâtardie de la biochimie qui s’intéresse avant tout à la forme des molécules, et notamment des protéines codées par l’ADN, et en second lieu à leur réactivité chimique. [NdE]

6 Tiré de la fable d’Esope intitulée Le Vantard, où un athlète prétendant avoir réussi, sur l’île de Rhodes, un saut extraordinaire, se voit rétorquer : « Voici Rhodes, c’est ici qu’il faut sauter ! », autrement dit, montre donc ici même de quoi tu es capable. [NdT]

7 En français dans le texte. [NdT]

8 Allusion à De rerum natura (De la nature des choses), le très long poème où Lucrèce (98 ? – 55 av. J.-C.) conjecture, entre autres, la nature atomique de la matière, l’évolution des espèces vivantes, etc. [NdT]

9 Transforming DNA : effectue des réparations sur l’ADN suite aux erreurs de transcription ou aux mutations. [NdE]

10 En français dans le texte. [NdT]

11 Soap opera : feuilletons télévisés. [NdT]

12 Feu ou fluide considéré comme un des matériaux ou principes de la composition des corps vivants au XVIIIe siècle. [NdE]

13 Se dit du noyau cellulaire qui possède un double assortiment de chromosomes (2n). Lors de la division cellulaire, soit ceux-ci sont réduits de moitié dans chaque nouvelle cellule (n, méiose des cellules germinales) soit après s’être dédoublés, les deux cellules issues de la division possèdent un jeu complet de chromosomes (2n, mitose des autres cellules de l’organisme). [NdE]

14 Les lipides constituent les membranes des cellules et des différents organites essentiels au métabolisme. Contrairement aux protéines, ils ne sont pas « codés » par l’ADN. [NdE]

15 Les mots anglais singuliers spectra, media, bacteria, phenomena, etc., sont en fait des pluriels latins. [NdT]

16 En latin : « avec les plus grands éloges » ; c’est la plus haute appréciation aux examens dans les pays anglo-saxons, correspondant à notre mention « très bien ». [NdT]

17 PhD : Acronyme de Philosophiæ Doctor, l’équivalent du doctorat aux États-Unis. pH : mesure de l’acidité d’un composé chimique. [NdT]

18 The coil of life : en chimie, coil désigne le serpentin d’un alambic qui permet la condensation des éléments en cours de distillation. Allusion à une déclaration de James Watson (1928-). [NdE]

19 En italien : « Avant moi ne furent choses créées », Dante, Divine Comédie, chant III, vers 7. [NdT]

20 Dernier vers de Sur sa cécité, célèbre sonnet de John Milton (1608-1674) : « […] Dieu n’a nul besoin / De la tâche de l’homme ou de ses offrandes. Qui mieux / Supportent son aimable joug, mieux le servent. Son état / Est souverain ; des milliers sont-ils qui à son appel se lancent / Et se hâtent par la terre et les océans sans répit. / Ils le servent aussi qui debout savent attendre. » [NdT]

21 En 1962, Francis Crick, James Watson et Maurice Wilkins ont reçut le Prix Nobel de physiologie « pour leurs découvertes sur la structure moléculaire [en double hélice] des acides nucléiques et sa signification pour la transmission de l’information pour la matière vivante ». [NdE]

22 En 1965, François Jacob (1920-2013), André Lwoff (1902-1994 et Jacques Monod (1910-1976) ont reçut le Prix Nobel de physiologie « pour leurs découvertes concernant le contrôle génétique des synthèse enzymatiques et virales ». Ils avaient mis en évidence le rôle des ARN messager en 1960.

L’acide ribonucléique messager, ARN messager ou ARNm est une copie transitoire d’une portion de l’ADN correspondant à un ou plusieurs gènes. L’ARNm est utilisé comme intermédiaire par les cellules pour la synthèse des protéines. Il comprend la région codant une protéine, encadrée de régions non codantes. Il est synthétisé sous forme de précurseur dans le noyau de la cellule lors d’un processus appelé transcription. Il subit alors plusieurs étapes de maturation, ses deux extrémités sont modifiées, certaines régions non codantes appelées introns peuvent être excisées lors d’un processus appelé épissage. La transcription des ARNm et leur traduction sont des processus qui sont l’objet de contrôles cellulaires importants et permettent à la cellule de réguler l’expression des différentes protéines dont elle a besoin pour son métabolisme. [NdE]

23 Un opéron est un groupement de gènes et de séquences régulatrices du génome des procaryotes chez qui cette organisation est principalement rencontrée. Les gènes concourent à la réalisation d’une même fonction physiologique et sont transcrits ensemble. Un des cas des plus célèbre est l’opéron lactose, décrit pour la première fois par François Jacob et Jacques Monod en 1960. [NdE]

24 En latin : « Rien ne sort du néant ». [NdT]

25 Le séquençage du génome humain a été réalisé au début des années 2000. Selon James Watson, un des promoteurs de ce projet technologique, il devait nous révéler rien moins que « le livre de la vie » et permettre de guérir tout un ensemble de maladies génétiques, etc. Sur les 100 000 gènes attendus, seuls 25 000 ont été trouvés, soit moins de le génome du riz. Dix ans plus tard, rien de ce qui était attendu de ce projet ne s’est concrétisé. Voir Richard C. Lewontin, Le rêve du génome humain, 1992 ; André Pichot, Mémoire pour rectifier les jugements du public sur la révolution biologique, 2003. [NdE]

26 Le proverbe original disant the fish stinks first at the head : c’est la tête du poisson qui pue la première. [NdT]

27 Selon le mot célèbre de Harold Macmillan, le premier ministre britannique de 1957 à 1963. [NdT]

28 Projet formulé pour la première fois par le généticien américain Hermann J. Müller (1890-1967) dans les années 1930. La première banque de sperme a été crée en 1980 par le généticien et homme d’affaires américain Robert Klark Graham (1906-1997). Elle recueillait le sperme des prix Nobel dans une perspective d’eugénisme positif. Elle a été fermée en 1999, après avoir contribué à la naissance de 218 enfants. [NdE]

29 Une ultracentrifugeuse de l’époque. [NdT]

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