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François Jarrige, Un socialisme anti-industriel, 2015

Le socialisme n’a pas toujours été cette écrasante idéologie productivité obsédée par la compétitivité et la relance de la croissance et favorable à l’éradication de la paysannerie. À ses débuts, le socialisme comptait des franges anti-industrielles qui s’attaquaient au mythe du progrès et défendaient une voie faite de sobriété et de solidarité.

Il semble évident que le « socialisme » est désormais devenu une catégorie vide, manipulée par des technocrates et des politiciens professionnels, largement issus des classes dominantes, incapables de penser d’autres futurs que ceux des grandes entreprises multinationales. Aujourd’hui, le langage est atrophié par la publicité et le bavardage numérique. La prolifération des oxymores creux qui dissimulent les problèmes plutôt qu’ils n’aident à les résoudre – comme « développement durable », « croissance verte » – en est un indice. Le « socialisme » est l’un de ces mots devenus vides à force d’être tiraillés entre des directions si contraires. Pour certains, la décroissance – et même plus largement l’écologie politique – serait de droite car « réactionnaire » et « primitiviste », disent-ils.

À l’inverse, de multiples initiatives visent à réinventer un « éco-socialisme » qui réconcilierait le rouge et le vert, en défendant une écologie sociale contre l’écologie technocratique – qui souhaite avant tout sauver le capitalisme – ou l’écologie purement naturaliste – soucieuse de préserver la nature sans penser les rapports sociaux. Certains trouveront sans doute ces débats inutiles, je les crois essentiels car nous vivons un moment décisif de réinvention du langage. Or le langage construit le milieu dans lequel nous vivons, il modèle le champ des possibles, façonne nos imaginaires. La force de la notion de décroissance est précisément d’avoir introduit un mot neuf dans le débat, d’obliger à repenser les vieux clivages, pour mieux réinventer un futur que beaucoup présentent comme inéluctable. Comme le mot socialisme à ses débuts, celui de décroissance reste incertain, polémique et scandaleux, étirable dans des directions contraires. C’est sa force et sa richesse de ne pas être enfermé dans une doxa sclérosante, tout en offrant un vocabulaire alternatif à la novlangue envahissante du management.

Pour lire la suite, procurez vous le numéro du mensuel La Décroissance n°118, avril 2015.

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