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Recension: Seuls ensemble, 2015

S’appuyant sur une décennie d’entretiens et d’études de terrain, la psychologue et anthropologue Sherry Turkle montre comment les nouvelles technologies ont redessiné le paysage de nos vies directives et de notre intimité. Et pas pour le meilleur… Son livre Seuls ensemble, qui a eu un grand retentissement aux États-Unis lors de sa parution, vient d’être traduit en français aux éditions L’échappée. L’ancienne cyber-enthousiaste nous montre, preuves à l’appui, que les technologies numériques simplifient, et appauvrissent les relations humaines, mettent en péril les bienfaits de la solitude et empêchent l’altérité.

Sherry Turkle, Seuls ensemble. De plus en plus de technologies, de moins en moins de relations humaines (2011), traduit par Claire Richard, L’Échappée, 2015, 528 pages, 22 euros

Cédric Biagini : Depuis une trentaine d’années, vous travaillez sur les rapports entre les humains et les technologies. Comment ont-ils évolué ?

Sherry Turkle : Deux tendances se précisèrent au milieu des années 1990. La première était le développement d’une vie pleinement intégrée aux réseaux numériques. Pour accèder à ceux-ci, il n’y avait plus besoin d’avoir une destination précise en tête. Les moteurs de recherche, comme Google, nous donnaient le sentiment de traverser un paysage infini dont la découverte serait inépuisable. Les connexions à Internet devinrent ensuite mobiles avec l’arrivée des smartphones, et il ne fut alors plus nécessaire de se connecter depuis un ordinateur. Désormais, nous portons en permanence le réseau avec nous, et sur nous. La seconde tendance concerne la robotique. Les robots ne se contentent plus d’accomplir pour nous des tâches difficiles ou dangereuses : ils sont en train de devenir nos « amis ». À la fin des années 1990, les plus jeunes firent ainsi la connaissance de « créatures » numériques – des jouets-robots – qui réclamaient leur attention autant qu’elles semblaient faire attention à eux. Mon livre analyse ces deux tendances. Il s’intéresse particulièrement aux jeunes, âgés de cinq à vingt- cinq ans : les « digital natives » [natifs du numérique] qui grandissent avec des téléphones et des jouets qui réclament de l’affection.

Pendant les années de recherches qu’a demandées ce livre, mes inquiétudes n’ont fait que croître. Manquant de confiance en nos relations, désirant l’intimité tout en la craignant, nous comptons sur la technologie pour nous permettre à la fois d’entretenir des relations et nous protéger de leurs dangers, comme par exemple lorsque nous répondons à un déluge de textos ou interagissons avec un robot. J’ai le sentiment d’assister à une nouvelle mutation de nos attentes vis-à-vis de la technologie et de nous-mêmes. Aujourd’hui, nous nous penchons vers l’inanimé avec une sollicitude nouvelle. Nous craignons les risques et les désillusions auxquels nous exposent les relations avec autrui. Nous attendons plus de la technologie, et moins les uns des autres.

Pour lire la suite, procurez vous le numéro du mensuel La Décroissance n°120, juin 2015.

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Mon blog sur l’écologie politique

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