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James R. Moore, Le profil de la carrière de Darwin: son aspect ecclésiastique, 1982

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« Autant par ceux qu’elle diffame,
une époque se juge par ceux qu’elle honore,
et par la manière dont elle les honore. »

Georges Orwell devant ses calomniateurs, éd. Ivréa/EdN, 1997.

 Rarement la vie d’un « grand homme de science » aura été décortiquée avec autant de minutie que celle de Charles Darwin. Les publications, notamment dans le monde anglo-saxon – n’y voyez surtout aucun chauvinisme ! – sur sa vie, sa carrière, ses travaux, ses motivations, ses croyances, etc. sont innombrables.

Pourtant, il est à croire que toute cette production, sinon agiographique, du moins toujours fort respectueuse du « grand homme », loin d’éclaircir les ressorts à l’origine de ses idées, a pour fonction d’entretenir les mythes et légendes qui l’entourent et de dissimuler sous le fatras de l’analyse minutieuse du moindre détail biographique la profonde médiocrité de ce personnage, la très victorienne pauvreté et le très bourgeois conformisme de ses idées.

On a pu lire récemment, dans le dernier ouvrage de vulgarisation sur l’évolution du classificateur au Muséum national d’histoire naturelle de Paris, Guillaume Lecointre – qui réussit l’exploit de ne pas mentionner le nom de Lamarck (n’y voyez surtout aucun anti-chauvinisme !) – l’affirmation suivante dans une section finement intitulée “Darwin n’a-t-il pas mené au nazisme ?” :

« Dans ses livres scientifiques, Charles Darwin élabore un travail théorique dans le champ des sciences naturelles. En cela, il fait preuve à son époque d’une grande indépendance scientifique vis-à-vis du devoir dire social et religieux. »

Guillaume Lecointre, L’évolution, question d’actualité ?, éd. Quae, 2014, p. 103.

Cela est évidement totalement faux. La démarche intellectuelle de Darwin n’est en rien “scientifique”, elle est tout entière imprégnée de la Théologie naturelle de William Paley, qu’il tente de réfuter en puisant des éléments idéologiques dans le contexte politique, économique et social de son temps et en les projetant sur le monde vivant. D’ailleurs, ans son Autobiographie, il ne parle de ses travaux scientifiques que dans cette perspective.

Nombre d’auteurs anglo-saxons le reconnaissent ouvertement et l’article qui suit est une analyse très documentée qui restitue dans le contexte intellectuel et social propre à Darwin un certain nombre d’éléments qui sont à l’origine des mythes et légendes qui l’entourent. Ce faisant, on verra que non seulement « Darwin soutenait l’ordre naturel, existant, de la société », mais surtout contribua à le naturaliser…

Andréas Sniadecki, mars 2015.

– • –

Quel genre de vie Darwin a-t-il mené ? Celle d’un dilettante rural, d’un voyageur au long cours, d’un scientifique professionnel ou d’un intellectuel de paroisse ? Vie de petite noblesse campagnarde ou de bourgeoisie urbaine ? Il est certain que la carrière de Darwin a offert un échantillon de tous ces modes d’existence. Elle n’est pas facilement classable, car dans l’Angleterre victorienne, beaucoup de « niches » sociales s’ouvraient à un homme bien né, pourvu d’une fortune familiale.

Selon les époques et les lieux, Darwin se montra dilettante, voyageur, professionnel et savant isolé. A chaque étape, sa vie a manifesté une combinaison de qualités bourgeoises et aristocratiques, provenant d’Edimbourg, de Cambridge et de son milieu culturel d’origine de l’ouest des Midlands. A aucun moment, il ne paraîtrait juste de généraliser touchant sa carrière, en prétendant : « Voici le genre de vie que Darwin a mené ».

Mais on peut la considérer d’un point de vue plus large. En fait, c’est également, je crois, une nécessité si, comme l’a laissé supposer la recherche récente, l’histoire sociale de Darwin peut s’avérer pertinente pour l’interprétation de son travail théorique.

Par exemple, dans la conclusion d’une monographie qualifiée de « résultat le plus remarquable des recherches darwiniennes depuis le centenaire de Darwin » en 1959, le regretté Dov Ospovat recommande de considérer le développement de la pensée de Darwin :

« comme un microcosme d’un développement plus général qui va d’une philosophie de la nature et de l’homme appropriée à un monde agraire et aristocratique à une autre, accordée à l’âge du capitalisme industriel. » [1]

Selon moi, cela signifie que l’investigation des rapports subtils et complexes entre pensée et société dans le monde en voie d’industrialisation peut s’effectuer au niveau de l’univers changeant de l’homme-Darwin. La variété de ses modes de vie ne facilite pas le repérage de ces rapports, bien que, ainsi que l’a montré Edward Manier, l’étude minutieuse d’une période restreinte soit très féconde [2]. Ainsi un aperçu du profil de la carrière de Darwin pourrait aider tout d’abord à préciser le point d’ancrage social de sa pensée. Il serait aussi susceptible de proposer pour les travaux théoriques de Darwin un contexte d’interprétation plus large, au sein de la culture victorienne.

Dans cette brève étude, je ne peux présenter qu’une partie des témoignages dont nous disposons pour définir une forme particulière de la carrière de Darwin [3]. Cependant, je considère cette dimension comme très importante – structuralement peut-être la plus importante – et les preuves que je vais avancer seront, en conséquence, tirées de la période de la carrière de Darwin où l’on pourrait supposer qu’elles sont disparates. Cette période commence en 1842, lorsque Darwin quitte Londres pour le village de Down dans le Kent. Le type d’une carrière de Darwin qu’à cette date on pourrait croire abandonnée consiste en sa recherche d’un mode de vie ecclésiastique.

Avant de reprendre l’histoire en 1842, jetons un coup d’œil sur le passé [4].

Lorsqu’il partit pour Cambridge en 1828, Darwin se destinait à devenir pasteur campagnard, comme deux de ses oncles Darwin et un cousin Wedgwood. Ni lui, ni ses amis et conseillers les plus intimes ne pensaient que cette vocation pour un état aisé et privilégié pourrait entraver l’étude fervente de l’histoire naturelle, soit à l’Université avant de recevoir les ordres, soit plus tard, dans une paroisse. A Cambridge, la plupart des amis proches de Darwin se destinaient à l’Église ; parmi eux, William Darwin Fox, son petit cousin et, comme lui, entomologiste. Fox présenta Darwin à des ecclésiastiques naturalistes, tel Léonard Jenyns, pasteur local, tel son beau-frère, Johns Stevens Henslow, professeur de botanique qui devint le tutor de Darwin et son conseiller professionnel intime. En 1831, lorqu’arriva, par le réseau des pasteurs anciens étudiants, l’offre faite à un naturaliste d’embarquer sur le Beagle comme compagnon du capitaine Fitzroy pour un voyage de circumnavigation, Jenyns et Henslow la déclinèrent à regret, et Henslow recommanda à leur place son étudiant favori.

Darwin, tout en pratiquant durant le voyage une religion officielle, trouva une profonde satisfaction affective dans la contemplation de la nature ; ceci, joint à des projets de mariage incertains, affaiblit, sans toutefois l’anéantir, sa vision heureuse d’un presbytère de campagne ; les lettres mélancoliques qu’il adresse à ses anciens camarades d’université, désormais installés dans le bonheur familial de paroisses campagnardes, reflètent cet état d’esprit.

A son retour en Angleterre en 1836, Darwin se remit, ainsi que ses affaires, entre les mains de Henslow, dont il fut le voisin à Cambridge pendant plusieurs mois. Par la suite, à Londres, « ville sale, odieuse », pleine de « vice et de détresse » [5], Darwin dut décider dans quel contexte son travail fervent, mais dangereux et débilitant, sur la transmutation des espèces pourrait le mieux se poursuivre. Mis en présence de deux ensembles opposés de choix d’existence, représentés, d’une part, par Henslow et les pasteurs naturalistes mariés de Cambridge, et, d’autre part, par les libres penseurs de Londres comme Charles Lyell et son frère célibataire Erasmus, son voisin dans Great Marlborough Street, Darwin décida de réaliser son ancien projet et de se retirer « en famille » dans une paroisse de campagne.

En août 1838, son intention de solliciter l’ordination était « morte de mort naturelle », selon la formule qu’il employa plus tard [6] ; mais avec l’aide financière du Dr Robert Darwin, il put faire face à son mariage dans les six mois, à la naissance d’un enfant dans les seize mois et à quatre ans de dur travail et de mauvaise santé, loin de la société, pour se préparer à échapper à Londres. En habitant « à environ 35 km de la ville, sur quelque trajet de chemin de fer » [7], Darwin jouirait à la fois de sa proximité et de la solitude. Il n’aurait plus besoin d’excuse pour fuir la société : il pourrait voir les gens à loisir, quand et comme il le souhaiterait. En outre, ses voisins à la campagne le jugeraient vraisemblablement moins d’après sa pensée ou ses écrits que d’après sa personnalité. En fait, dans un village tranquille, Charles pourrait développer en toute impunité ce qu’il avait esquissé à Maer et à Shrewsbury pendant l’été de 1842, à la veille d’acheter sa nouvelle propriété. Car c’est là qu’il se donna latitude de rédiger un exposé complet de sa théorie, en un résumé de 35 pages.

Il n’est guère possible de surestimer l’importance de l’installation de Darwin dans le village de Down. Ce fut à la fois un mouvement stratégique et l’accomplissement d’un rêve qui avait inspiré sa jeunesse depuis que ses projets professionnels avaient pris forme à Cambridge. Le village, à 25 km de Saint-Paul, offrait à un jeune intellectuel impressionnable, père de famille, un abri, un point archimédien, hors de l’effrayant torrent londonien, d’où, avec une somme suffisante de temps et d’énergie, il pourrait ébranler le monde. De plus, le village, à 12 km d’une gare de chemin de fer, était une paroisse de campagne comme celle de Henslow à Hitcham, celle de Fox dans le Cheshire et celle que Darwin avait amoureusement imaginée à bord du Beagle. Cette double attirance pour le village n’était cependant pas paradoxale.

En s’installant à Down, Darwin ne renonçait pas à son œuvre théorique et ne refusait pas non plus le rôle de pasteur campagnard – « type même de la respectabilité et du bonheur », avait-il écrit à Fox pendant le voyage. Pour lui, ces deux aspects n’étaient pas incompatibles, quelque hétérodoxes que ses idées aient pu paraître à l’époque. Il avait passé cinq ans à reconstituer le savoir qui, en Angleterre, était en grande partie le domaine réservé des pasteurs naturalistes et des théologiens naturels. Il avait élaboré une « conception magnifique » et « bien plus impressionnante » de la création.

A présent, au cours de la pire des années de disette 1840-1850, il tente de formuler une nouvelle théodicée, qui justifiât les lois divines d’acheminement à « la mort, à la famine, à la rapine et à la guerre cachée de la nature », en arguant qu’elles produisent « le plus grand bien que nous puissions concevoir : la création des animaux supérieurs ». « L’existence de pareilles lois », déclarait Darwin dans le brouillon de sa théorie, « devrait exalter notre notion de la puissance du Créateur omniscient ». Dès lors, quel endroit plus adéquat pour poursuivre cette transfiguration de la conception traditionnelle de la nature qu’une agréable paroisse rurale, paroisse, écrivait avec joie Darwin à Fox, « située tout à fait à l’extrême bout du monde » [8].

Et quant à lui, le presbytère pouvait paraître l’endroit le plus approprié : ce fut, bien entendu, cette maison que Darwin acheta. Down House, laide bâtisse à la façade plate, située à 500 m au sud du village, avait servi d’habitation de 1837 à 1841 au dernier pasteur, le Rev. James Drummond (1800-1882), fils d’un officier de l’armée des Indes. Son remplaçant, le Rev. John Willott (1813-1846), prit une maison ailleurs dans le village et Down House resta vide jusqu’à ce que les Darwin y emménagent, le 14 septembre 1842. Drummond reçut 2020 livres pour la propriété, environ 10% de moins que ce qu’il avait demandé [9]. Il est vrai que Darwin ne l’acheta pas en tant qu’ancien presbytère. Mais la somme et la nature de la transaction n’en signifient pas moins son identification sociale avec des ecclésiastiques campagnards d’une certaine classe. En tout cas, les villageois durent rapidement percevoir cette affinité, car moins de trois semaines après l’arrivée de la famille, Emma accoucha de sa deuxième fille, Mary Eleanor, et l’enfant fut baptisée par le Rev. Willott dans l’église paroissiale de St. Mary the Virgin. Quelques jours plus tard, l’enfant mourut. Le 19 octobre, Darwin, Emma et le Rev. Willott se réunirent au cimetière pour l’enterrer selon le rite de l’Église d’Angleterre [10].

En privé, Darwin continua son travail sur les espèces, et au printemps suivant, il combinait sans aucune gêne cette activité avec le rôle familier de pasteur naturaliste. Nous comprenons aujourd’hui que Down sans Darwin aurait été au moins aussi dépossédé que Selborne sans le Rev. White.

Mais on se rend rarement compte à quel point la réciproque était vraie. Dans les paroisses rurales, les pasteurs se trouvaient souvent abandonnés pendant des années sans contacts intellectuels personnels. Ceux qui avaient le goût de l’étude puisaient généralement leurs seules consolations dans une bibliothèque bien pourvue et une copieuse correspondance – jusqu’au jour de 1789 où le Rev. White leur démontra comment un pasteur pouvait triompher de l’isolement en retraçant l’histoire naturelle de sa paroisse. La Natural History of Selborne de White est tenue pour l’ouvrage ayant le plus inspiré les naturalistes de plein champ au début du XIXe siècle, et l’une des causes principales de l’intérêt croissant pour l’histoire naturelle chez les classes supérieures britanniques pendant la même période [11]. Darwin lut le texte dans sa jeunesse et en apprit le plaisir et le soin que l’on prend à observer les oiseaux, pratique qui lui fut d’un grand profit lors de sa visite des îles Galapagos. Sa bibliothèque contenait une édition en deux volumes de la Natural History de White publiée en 1825, sans doute celle dont il avait pris connaissance dans sa jeunesse. Mais, après son installation à Down, il fit l’acquisition de la nouvelle édition annotée par son ami Jenyns et publiée en 1843. Les deux exemplaires contiennent les propres annotations de Darwin, et il n’est pas déraisonnable de penser que la seconde donna naissance au « rapport sur Down » que Darwin commença en mai 1843 et continua pendant un cycle complet de saisons. Du moins, le manuscrit donna à son fils l’impression qu’il avait « voulu écrire un journal d’histoire naturelle à la manière de Gilbert White » [12].

Mais jouer le rôle de pasteur-naturaliste et vivre dans l’ancien presbytère ne calma pas les craintes de Darwin. Niché en sécurité à Down, ce qu’il redoutait le plus étaient la critique et la persécution de ses collègues naturalistes. Au cours des années suivantes, ses notes n’évoquent qu’occasionnellement un contexte social plus étendu. A son ami et confident J.D. Hooker, plus tard gendre de Henslow, il faisait part en 1844 de sa peur du châtiment suprême :

« Je suis presque convaincu (contrairement à mon opinion première) que les espèces (c’est comme si j’avais commis un meurtre) ne sont pas immuables. » [13]

Dans une autre lettre à Hooker, douze ans plus tard, Darwin se présente comme coupable d’offense flagrante à la société :

« Quel livre un chapelain du diable pourrait-il écrire sur la maladresse, les bévues, la basse et horrible cruauté des œuvres de la nature ! »

Le véritable «chapelain du diable» n’était autre que le Rev. Robert Taylor (1784-1844), le pasteur anglican devenu missionnaire athée qui avait scandalisé Cambridge en mai 1829 lorsque Darwin y résidait, et, par la suite, avait prononcé à Londres des conférences tristement célèbres jusqu’à ce qu’il fût à nouveau incarcéré [14]. L’analogie entre la carrière d’un pasteur renégat et la sienne n’avait sans doute pas échappé à Darwin, mais son exclamation provenait certainement de la crainte qu’on puisse se tromper sur sa personne. Ce n’était pas Darwin de Down, après tout, qui pouvait écrire un ouvrage athée, dystéléologique. De même, la peur d’être injustement puni était sous-jacente à son premier aveu à Hooker. En fin de compte, Darwin de Down n’était pas un assassin. Face à un public victorien plus étendu, Darwin ressentait intensément combien il était incongru que des arguments en faveur de la mutabilité des espèces fussent émis par un respectable savant campagnard comme lui.

Mais Darwin vivait réellement isolé du grand public. Il n’avait de commerce qu’avec des gens de son choix, et son public se composait des villageois de Down et des correspondants auxquels il osait communiquer ses théories. Dans le cadre de cet auditoire restreint, il pouvait plus aisément agir pour minimiser tout désaccord entre sa conscience de soi et l’idée que les autres se faisaient de lui. Darwin souhaitait ardemment que ses voisins l’acceptent et craignait que ses collègues naturalistes ne le rejettent. Aussi, son comportement envers tous était-il exceptionnellement modeste, droit et sincère.

Nous en voulons pour preuve d’abord la recherche de formules déférentes et les circonlocutions modestes des lettres où Darwin dévoilait à ses collègues ses travaux sur les espèces. De tels sentiments s’étaient fait jour dans ses lettres antérieures à 1845, comme l’indique celle « avouant un meurtre » ; mais ce fut seulement cette année-là que Darwin lut avec « crainte et tremblement » un compte rendu de quatre-vingt cinq pages fait par son ancien professeur Sedgwick, énumérant les objections morales, idéologiques et scientifiques à « l’hypothèse du développement », telle qu’elle est exposée dans l’ouvrage anonyme Vestiges of the Natural History of the Création (1844). Les avantages de l’anonymat littéraire n’ont jamais été plus douloureusement soulignés [15]. Aussi, faisant part de ses conceptions à Jenyns plus tard dans l’année, Darwin redoutait-il qu’elles n’apparaissent « d’une absurde présomption ». « Je sais à quel point je m’expose aux reproches », disait-il avec désespoir. « J’ai bien de l’audace de m’exposer à être pris pour un imbécile, et un imbécile volontaire ». Ma « conclusion hétérodoxe » que les espèces peuvent varier, dit-il à Asa Gray, « vous inspirera du mépris à mon égard. Je m’attends toujours à ce que mes opinions soient reçues avec dédain ». Finalement, quand paru L’Origine des espèces, il avertit Richard Owen : « Je crains que ce livre ne soit abominable à vos yeux ». A Hugh Falconer, Darwin écrivait à la même date : « Seigneur, comme vous serez furieux si vous le lisez, et comme vous aurez envie de me crucifier tout vif ». Il fallut même avertir Henslow : « Je crains que vous n’approuviez pas votre élève dans le cas présent ». Quelques années après, quand un autre pasteur-naturaliste, Charles Kingsley, discuta la possibilité d’écrire un livre sur les ascendants de l’homme. Darwin prévoyait encore : « comme je me ferais injurier si je publiais un tel ouvrage». « Je ne rencontrerai qu’universelle réprobation, si même je ne me fais pas exécuter », dit-il à St. George Mivart [16].

La respectabilité était donc son souci primordial : Darwin s’y était préparé toute sa vie. C’est lentement, avec circonspection, et à distance qu’il convaincrait quelques hommes compétents, afin de satisfaire son besoin d’être approuvé par des spécialistes. Puis, il se ferait tout petit, prévoyant le pire, dans l’attente de la réaction des autres. Sous aucun prétexte, il ne voulait être un hétérodoxe comme Chambers, l’auteur des Vestiges, ou un excentrique comme Buckland, mentor de Lyell à Oxford, ou un boutefeu comme son propre défenseur récent (le dernier venu), T. H. Huxley. Et d’abord, son estomac ne pourrait le supporter, et ceci parce que, depuis l’époque londonienne où des idées radicales avaient commencé à germer dans son esprit, Darwin n’avait pas réussi à dissiper la contradiction entre l’homme respectable qu’il savait être, et celui pour lequel il craignait que les autres le prennent s’ils connaissaient ou soupçonnaient ses idées. Son mariage et son installation à Down avaient été des tentatives pour résoudre cette contradiction par la retraite dans la vie privée, par la réduction de la société à des proportions traitables, en conformité avec l’ensemble des conceptions de la vie représentées par Henslow et les pasteurs-naturalistes de Cambridge. Cette stratégie échoua en partie parce que le monde scientifique filtrait régulièrement à l’intérieur de Down House sous la forme de périodiques et de lettres troublantes. Et parfois Darwin s’aventurait imprudemment. Mais, selon moi, Darwin échoua à affermir ses identités réelles ou imaginaires parce qu’en se transportant dans une paroisse campagnarde idyllique, il avait emmené avec lui une des sources principales de ses difficultés.

Emma, sa fidèle et patiente infirmière, la mère de ses dix enfants (famille digne d’un pasteur) Emma fut aussi, au sein de son propre foyer, la représentante permanente d’un monde plein de critiques que Darwin redoutait. Sur un seul point, il avait négligé les conseils du Dr Darwin : il avait omis de cacher ses doutes en matière religieuse. En dehors d’Erasme et de son père, Emma fut probablement la première à avoir connaissance de son travail secret sur les espèces. Il lui en avait parlé avant leur mariage, et son fervent évangélisme unitarien, si différent du déisme de Darwin, réagit exactement comme le Docteur l’avait prédit [17]. Emma l’avait expliqué peu après leurs fiançailles : elle avait redouté d’avoir à penser « que vous cachiez votre opinion par crainte de me faire de la peine » ; pourtant, elle était « triste à l’idée que nos opinions sur les sujets les plus importants soient très éloignées… Je crois que cela créerait un vide pénible entre nous».

En fait, c’est ce qui se produisit. Une année ne s’était pas écoulée qu’Emma concluait douloureusement : « Je serais très malheureuse si je pensais que nous ne sommes pas l’un à l’autre pour toujours ». Il s’agissait là d’une forme de torture spécifiquement évangélique, le chantage spirituel. Doucement, prudemment, obliquement, Emma évoqua la perdition à laquelle l’Angleterre chrétienne vouait les mécréants lorsque leurs opinions venaient à être connues. Darwin accusa le coup. « Quand je serai mort, sachez que j’ai souvent baisé ces mots et pleuré sur eux », griffonna-t-il avec angoisse au bas de la feuille [18].

On est tenté de supposer qu’Emma fut déçue par le choix de carrière que fit son mari, mais, en l’absence de preuves suffisantes, je crois plus juste de conclure simplement que sa foi profonde persuada son mari de la nécessité « d’œuvrer à son salut » dans son cercle immédiat, dans sa famille et dans sa paroisse. Cette intention correspondait à celle de ne pas écrire en athée, ou de ne pas paraître indigne aux yeux de ses collègues hors de Down. Le presbytère, la paroisse et leur environnement social lui étaient depuis longtemps devenus agréablement familiers en compagnie de Henslow, Jenyns et Fox. L’état de pasteur campagnard l’avait en fait séduit depuis plus longtemps encore. Darwin adopta le rôle de « pasteur-châtelain » tout comme il se mit à placer des épigraphes de Francis Bacon, de l’évêque Butler et du Rév. William Whewell au début de L’origine des espèces, ou à introduire dans le texte des références au « Créateur », parce qu’il était respectable d’agir de la sorte, parce qu’il se sentait respectable et désirait sincèrement que les autres, y compris Emma, le jugent ainsi, et aussi parce que cette action était en harmonie profonde avec son passé.

Quand j’applique à Darwin le terme semi-facétieux de « pasteur- châtelain », je ne l’entends pas au sens strict de pasteur occupant la situation de châtelain dans sa paroisse. L’appellation devient de plus en plus anachronique dans la deuxième moitié du XIXe siècle, au moment où la structure sociale traditionnelle des paroisses rurales s’écroule ; en tout cas, Darwin ne reçut jamais les ordres et ainsi n’accomplit jamais la tâche sacerdotale de prêcher, d’administrer les sacrements et de visiter les familles. Et, d’autre part, il n’était pas le châtelain du lieu. Il semble qu’il n’y avait pas eu de châtelain dans la paroisse depuis des années. Sir John Lubbock, le principal propriétaire foncier, n’était venu que récemment habiter le voisinage, et sa résidence nouvellement reconstruite, High Elms, se trouvait très loin en dehors du village. Le manoir primitif faisait face au côté est de la propriété de Darwin. Son nom, Down Court, et son emplacement laissent supposer qu’un certain prestige en rejaillissait sur le voisin d’en face qui avait succédé au Rév. Drummond. Si Darwin peut être qualifié de « pasteur-châtelain », c’est parce qu’aucun autre terme ne rend aussi précisément compte du caractère d’un personnage qui, pendant quarante ans, y exerça des prérogatives à la fois aristocratiques et ecclésiastiques.

L’exemple classique du pasteur socialement actif, au milieu du siècle, est John Stevens Henslow, le professeur de Cambridge qui avait commencé à réformer la paroisse de Hitcham dans le Suffolk, au moment même où son élève le plus célèbre s’installait à Down dans le Kent. Henslow avait débuté par un feu d’artifice sur la pelouse du presbytère. Il fonda ensuite une école paroissiale à ses frais, loua aux villageois des lopins de terre prélevés sur le bénéfice de la cure, et organisa une exposition horticole biannuelle, comprenant des spécimens exotiques disposés sous une marquise – « le Muséum du professeur » – ; on y adjoignit des conférences par le professeur lui-même. Les associations habituelles pour l’achat du charbon et des vêtements, une bibliothèque publique, et une société de secours mutuel prirent naissance sous l’énergique administration de Henslow [19].

Darwin admirait de loin toutes ces réalisations, leur apportant aide et encouragements, et même les imitant à l’occasion. « Quel bien vous devez faire à la présente génération et à toutes celles qui suivront », disait-il en conclusion d’une lettre à Henslow en 1843 ; « adieu mon cher maître». Le lendemain de son installation à Down House, Darwin expédia à ce « maître » une collection de peintures de tatouage des Fuégiens, pour qu’il les expose à son Muséum. En 1845, l’année où il donna à son second fils le prénom de George, en évidente imitation de celui du premier fils de Henslow, Darwin acheta une grande ferme à Beesby, dans le Lincolnshire, et décida aussi d’y faire aménager des lopins de terre, selon l’exemple qu’il avait reçu [20]. Quelques années plus tard, il demandait un mode d’emploi des feux d’artifice. « Ma question la plus importante sur les feux d’artifice » écrivait-il, est « quelle somme d’argent faut-il pour obtenir un beau spectacle campagnard ? »

Cependant, la plupart de ses interrogations ont trait à des sujets de botanique. Grâce à l’enseignement de Henslow, les écoliers de Hitcham devenaient des experts de la flore locale ; ainsi, dans l’été de 1855, un groupe de petites filles recueillit et dénombra des semences pour les expériences de Darwin. Plus tard, leurs aînés, « les grands cultivateurs de roses trémières », reçurent une liste de questions, avec, en en-tête, une note à Henslow, indiquant, selon l’expression de Darwin « que je suis votre ami intime et par conséquent une personne respectable » [21]. Dans sa paroisse de campagne, Darwin n’avait pas plus besoin de prouver sa respectabilité que Henslow dans la sienne : Darwin de Down et Henslow de Hitcham formaient une paire symétrique.

La famille Darwin fréquentait l’église régulièrement. Ils étaient assis en avant, à leur propre banc, témoignant de leur héritage non-conformiste en regardant devant eux alors que le reste des fidèles se tournait vers l’autel pour dire le credo [22]. Bien que Darwin lui-même ait finalement cessé de s’y rendre, nous avons la preuve que son soutien continu à l’église et à ses activités avait commencé très tôt. Vers 1845, fut dressée une liste de souscripteurs de la paroisse, ayant versé 50 livres pour effectuer des embellissements dans l’église, y compris des peintures, des réparations intérieures et le déplacement de l’orgue. La liste comprend la signature de Darwin et enregistre sa contribution pour 5 livres. L’en-tête de la liste est peut-être aussi de sa main, ce qui laisserait supposer qu’il avait la responsabilité de solliciter les souscriptions [23].

En dehors de la paroisse, Darwin donna aussi l’image constante d’un homme respectable occupant des fonctions de responsabilité. En 1857, il fut nommé magistrat du comté. Il remplit cet office jusqu’à sa mort. Vers le milieu des années 1850, Darwin entreprit de faire préparer ses plus jeunes fils pour l’enseignement supérieur. L’aîné, William, avait fréquenté la Bruce Castle School de Tottenham, près de Londres, avant de terminer à Rugby sa formation et de suivre les traces de son père à Christ College, Cambridge. Les autres – George, Francis, Léonard et Horace – furent confiés aux soins de précepteurs choisis parmi les ecclésiastiques anglicans. Darwin prit des mesures minutieuses et coûteuses pour que ses fils soient convenablement instruits en hommes de la bonne société, et les Rev. Fox et Henslow, ainsi que le Rev. John Brodie Innés (1817-1894), pasteur de Down, figurèrent en bonne place parmi ses conseillers [24].

Il n’existe pas de paire d’hommes plus mal assortie : Innés, conservateur, adepte de la High Church, créationniste rétrograde et fondamentaliste ; Darwin, son collègue de la même paroisse, libéral, anglican nominal, d’origine unitarienne et évolutionniste rejetant la doctrine biblique – Innés, ami intime de l’évêque Wilberforce ; Darwin, maître d’un bouledogue déchaîné nommé Huxley – Innés, raciste à outrance et défenseur de l’esclavage et Darwin qui s’indignait des actes esclavagistes, « accomplis et excusés par des hommes qui prétendent aimer leur prochain comme eux-mêmes, qui croient en Dieu et prient que sa volonté soit faite sur la terre !» [25] – Innés, fournisseur d’anecdote sur les animaux, d’absurdités en histoire naturelle et d’un argument téléologique tiré de l’instinct des abeilles pour la fabrication des rayons de miel ; Darwin, qui séparait avec bienveillance la paille du grain, exhortait Innés à une observation plus critique du comportement de ces insectes, et lui envoya un exemplaire de la première édition de L’Origine des espèces.

Une fois dans le passé, Darwin avait vécu dans la proximité d’un homme partageant les convictions d’Innés, le capitaine Fitzroy, et cette expérience, on le comprend, lui avait fait horreur. Car Fitzroy possédait un tempérament cassant et arrogant, conjoint à des croyances fragiles et présomptueuses. Mais, avec Innés, le cas était différent. C’était, selon les termes mêmes de Darwin, « l’un de ces rares mortels avec lesquels on peut être en désaccord, sans une ombre d’animosité » [26].

Cependant, la distinction de Innés ne permit pas à elle seule l’existence de leurs rapports. Darwin et Innés étaient unis grâce à une indulgence et une admiration mutuelles dans leur dévouement au bien de la paroisse. A la mort de Willott en 1846, Innés devint pasteur perpétuel de Down. Il hérita d’une école du dimanche et d’une association pour le charbon et les vêtements, auxquelles s’ajouta, en 1850 ou 1851, grâce aux bons offices de Darwin, une société de secours mutuel [27]. De nouveau, le principal inspirateur fut, semble-t-il, Henslow. « Je crois que j’ai réussi à persuader nos rustres de s’inscrire dans un club », annonça Darwin à son vieil ami et conseiller. Henslow répondit par une longue lettres, pleine de suggestions ; Darwin la communiqua à Innés, qui en fut très reconnaissant. En temps utile, le Club amical de Down vit le jour, avec Darwin pour trésorier et administrateur. Il remplit ces fonctions jusqu’à sa mort, conservant la confiance de ses membres pendant les difficiles négociations qui suivirent la loi sur les sociétés amicales au milieu des années 1870 [28]. Cependant, Innés connaissait ses propres difficultés. Il fut nommé pasteur et patron de la paroisse aux alentours de 1860, où il ajouta « Brodie » à son nom, en devenant, par héritage, propriétaire. Comme il était contraint de se retirer dans sa propriété en Écosse, il dut fournir un presbytère convenable, sinon il eût été difficile d’obtenir un prêtre de stature appropriée pour le remplacer. En 1862, aucune maison n’avait encore été trouvée. A regret, Innés abandonna la paroisse à la charge nominale du vicaire. Il laissa Darwin comme agent et administrateur de fait des affaires temporelles [29].

Les « années de controverse » de Darwin, la longue décennie où son nom, ses livres et sa réputation devinrent chose publique, la période qui vit ses accès de maladie les plus sévères et les plus prolongés, furent aussi les années où Darwin assuma les responsabilités les plus lourdes dans la paroisse. Outre ses fonctions à l’Amicale, il devint trésorier de l’association pour le charbon et les vêtements et, en accord avec Innés, reprit la comptabilité de l’École nationale. Celle de l’école du dimanche semble aussi lui avoir échu, car il existe un petit carnet broché contenant les mémoires de 1863 à 1867, de son écriture inimitable [30]. Depuis l’Écosse, Innés gardait le contact avec Darwin à propos de maladies, d’idylles et d’affaires paroissiales. L’École nationale manquait d’une direction convenable. Innés était ravi de l’intérêt et de l’engagement de la fille aînée de Darwin, Henrietta, qu’il considérait comme « mon ministre de l’éducation (non politique) ». Restait le problème du presbytère : quand Innés apprit que la sœur aînée d’Emma, Sarah Wedgwood, avait l’intention d’acheter une propriété dans le village, il fit intervenir les Darwin pour savoir si elle accepterait de vendre un terrain à bâtir [31].

Parmi les affaires de la paroisse, la question la plus sérieuse était celle des vicaires à qui on ne pouvait faire confiance. Une série de jeunes gens sans soin, sans discipline et naïfs, semble-t-il, tinrent le village en émoi pendant les années 1860, et aggravèrent les conditions d’existence déjà difficiles des Darwin. Enfin, en 1869, le Rev. Henry Powell (1840-1892) apporta la paix pour quelque temps et soulagea Darwin de l’association pour le charbon et les vêtements et de l’École nationale. En 1871 lui succéda le Rev. George Sketchley Ffinden, qui demeura pasteur de Down pendant quarante ans [32].

 

C’est ici que mon rapport sur Darwin, pasteur-châtelain-naturaliste, atteint son terme, car en Ffinden, Darwin rencontra son second Fitzroy. Conservateur, adepte de la High Church, ordonné en 1861 par l’évêque Samuel Wilberforce en personne, ce pasteur prit la possession de la paroisse comme d’un commandement. Les « compétences cléricales » de Ffinden, reconnaissait Innés, n’étaient pas très estimées, mais les aptitudes de sa femme étaient « attestées par des gens importants » [33]. Ceci peut expliquer en partie pourquoi Emma fut la première à attirer la foudre. Pendant de nombreuses années, tout en s’occupant d’une « large clientèle» de pauvres des environs, Emma avait prodigué à sa paroisse « de sages et bonnes formes de bienveillance ». « Dans le village, on «ressentait à son égard des sentiments profonds de respect et de considération », déclara Henrietta. Mais, en 1873, lorsque Emma essaya, sous le nouveau régime, de perpétuer la récente initiative d’ouvrir, le soir, une salle de lecture pour les ouvriers, dans la salle de classe du village, Ffinden tenta de persuader le Conseil d’administration de l’école, dont il était maintenant président et trésorier, de refuser sa permission d’utiliser la salle sous prétexte qu’elle serait laissée dans un état « incompatible avec l’intérêt des écoliers ». Darwin envoya au Conseil, dont il avait cessé de faire partie sous Ffinden, une note en sens contraire, y joignant un rapport favorable à la proposition d’Emma, qu’il avait sollicité du ministère de l’Éducation. Le Conseil arbitra en faveur des Darwin. Ffinden communiqua le résultat à Emma par une lettre extrêmement sèche, faisant remarquer que, selon lui, l’action de son mari avait été « tout à fait déplacée » [34].

Au début de 1875, comme Ffinden et les Darwin ne s’adressaient plus la parole, John Lubbock demanda pour ces derniers le prêt de la salle de classe pour deux conférences du soir destinées aux villageois. En fait, Lubbock était propriétaire de la salle et la louait au Conseil, mais, bien que le sachant, Ffinden ne modéra pas sa réponse. Il se plaignit d’avoir été « grossièrement insulté par la famille Darwin » et, tout en donnant à contrecœur le consentement du Conseil, il spécifia qu’il refusait le sien. Lubbock répondit en plaidant la réconciliation et en offrant sa médiation. Ffinden répliqua que Darwin avait contesté son autorité, car lui, Ffinden, était le « seul correspondant reconnu de la paroisse » en matière d’affaires scolaires. Lubbock continua à exposer les raisons de la conduite de Darwin, et le désir qu’avait sa famille de « revenir au savoir-vivre habituel ». Mais la dignité ecclésiastique de Ffinden demeura implacable envers « une ingérence inopportune [35]. Darwin entre-temps dit à Innés : « Nous ne cessons de regretter votre départ » [36].

Quelques années après l’arrivée de Ffinden à Down, Emma et les autres membres de la famille concernés déportèrent leur fréquentation sur l’église paroissiale de Keston, à plus de 31 km [37]. Sans doute, Emma retourna-t-elle à Down au moins une fois, lorsque Ffinden enterra sa sœur Sarah en 1880 ; et en 1896, Ffinden ressentit peut-être une certaine satisfaction en présidant aux obsèques d’Emma elle-même. A part cela, la seule preuve de la participation des Darwin au ministère de Ffinden réside dans les mentions de leurs contributions décroissantes à l’église. En 1876, Darwin donna l’équivalent de 25 livres versées par Sir John Lubbock au fond de dotation du presbytère de Down, mais ce fut là un acte de soutien apporté à Innés et à l’institution autant qu’au pasteur [38]. En effet, bien qu’Innés ait, en 1868, offert à Darwin la présentation du bénéfice, il resta patron de la paroisse [39] ; et il n’existe aucune preuve que Darwin ait jamais abandonné la conviction, appréciée par Innés, à savoir que là où aucun obstacle majeur n’existait, son assistance serait acquise au pasteur, homme le mieux au fait des circonstances et principal responsable de la vie de la communauté [40].

Il est difficile d’imaginer une attitude plus éloignée de l’anticléricalisme militant des partisans de Darwin après 1859. Les hommes de la trempe de Huxley n’avaient pas joui du confort apporté par une fortune héréditaire, l’isolement social et une vie respectable de « châtelain-pasteur-naturaliste » dans un petit village rural. Au contraire, ils avaient connu la pauvreté et la discrimination de la part de cette société même où Darwin s’intégrait si bien, l’ordre ancien dominé par les hommes d’église, qui résistait à une nouvelle élite d’interprètes professionnels de la nature. Darwin relevait de cet ordre dans le domaine de sa vie personnelle. Une fois éloigné du professionnalisme londonien de Lyell et Erasme, il possédait plus de points communs avec le Rev. Charles Kingsley (1819-1875), recteur de Eversley dans le Hampshire, dont le soutien à la théorie de l’évolution est cité dans la seconde édition de L’Origine des espèces et dans les suivantes ; ou avec le Rev. Octavius Pickard-Cambridge (1828-1917), pasteur-châtelain de Bloxworth dans le Dorset pendant quarante-neuf ans, dont les recherches sur les araignées figurent en bonne place dans La Descendance de l’homme [41] ; ou avec son cousin Fox, auteur de l’Index de la Variation des animaux et des plantes sous l’influence de la domestication; ou avec Henslow ou Jenyns, ou tous autres pasteurs-naturalistes dont Darwin avait assimilé et reconstitué la connaissance sommaire de la nature, dans le vieux presbytère de Down. Il n’y avait pas la moindre ironie dans le fait qu’un homme comme lui place en épigraphe de sa plus grande œuvre des citations de Bacon, Butler et Whewell. En fait, il aurait presque pu dire que l’Origine des espèces ressemblait à un Bridgewater Treatise : ainsi présente-t-il à l’éditeur l’ouvrage suivant [42].

Je dis « presque », parce que les théories de Darwin, comme sa vie, n’appartenaient pas exclusivement au vieil ordre préindustriel déclinant, dans lequel une théologie naturelle statique justifiait aux yeux de l’homme les actions de Dieu. Le châtelain-naturaliste de Down se situait entre les deux périodes. Il n’était ni un ecclésiastique manqué ni un savant de profession à la manière de ses successeurs de la fin de l’ère victorienne, mais une sorte de nouveau « vicaire », au sens étymologique du terme, médiateur entre une nature en lutte, en progrès – toutefois sous la contrainte des lois – et une société en lutte, en progrès – toutefois sous la contrainte des lois.

Son cousin germain par alliance, Francis Galton, le considérait comme le « génie héréditaire » par excellence, le père supérieur d’un « nouveau clergé scientifique » dont le sacerdoce dans la société ferait apparaître « la signification religieuse de la doctrine de l’évolution » [43]. Cependant, en remplissant le questionnaire pour les English Men of Science de Galton (1874), Darwin déclara qu’il se rattachait « nominalement à l’Église d’Angleterre » et qu’il avait abandonné « la croyance religieuse presque sans y réfléchir » [44]. La croyance religieuse non-commune qui lui restait était tout à fait compatible avec un anglicanisme nominal et elle justifiait pleinement la conception qu’avait Galton d’un clergé séculier d’experts scientifiques.

Son essence se constituait du sentiment d’une nature divine comme source et fonction de tout être, arbitre de la nature, de la conduite et de la destinée humaines. Depuis longtemps, la « Nature » était le terme employé par les théologiens naturels pour signifier Dieu [45]. Darwin ne fit qu’illustrer leur piété en élaborant sa conception « plus magnifique » de la création. Mais il franchit aussi un pas de plus : pour lui, la nature avait une existence propre ; elle n’était pas seulement le synonyme de la puissance divine transcendante, et il attribuait la création uniquement à l’action des lois naturelles immanentes de Dieu. Cette croyance n’était pas nécessairement irréligieuse, mais on pouvait la considérer comme telle, d’après les critères de l’époque. Elle apportait certainement une caution à ceux qui voulaient gouverner selon le Livre de la Nature, plutôt qu’à ceux qui gouvernaient selon les Ecritures et la tradition.

Darwin n’aurait pas perçu les controverses occasionnées par la publication de ses recherches secrètes comme un combat idéologique, et même peut-être pas comme un combat entre des élites sociales, les unes bien établies, les autres en ascension. Néanmoins, il aurait souhaité que les polémiques se déroulent avec le décorum et la sérénité de ses relations avec la paroisse. Au début, lorsque ses pensées intimes avaient menacé de le rendre coupable d’offense envers la société, les valeurs de la bourgeoisie anglaise non-conformiste telles qu’elles s’exprimaient dans les souhaits du Dr Darwin et dans ses propres ambitions professionnelles avaient induit sa recherche de respectabilité. Plus tard, les mêmes sanctions firent leur office dans le cadre de la religion naturaliste. Les souvenirs du fils aîné de Darwin, William, sont si vifs et authentiques qu’ils méritent d’être cités in extenso :

« Une de ses caractéristiques marquantes était son profond respect pour l’autorité sous toutes ses formes et pour les lois de la Nature. Il ne pouvait supporter le sentiment d’enfreindre aucune loi de l’espèce la plus banale ; même la forme d’infraction la plus anodine le mettait mal à l’aise et il l’évitait. Il ressentait et aimait témoigner du respect pour le rang et le titre des autres, et avait grand soin, dans ses lettres, de s’adresser à eux sous les formes requises… Ce sentiment explique en partie son grand respect des titres ; mais il y ajoutait une admiration instinctive pour les titres anciens et les vieilles familles, et disait en riant sa propre admiration pour un Lord, dans le cadre de son respect pour les lois de la Nature. On pouvait appeler cela de la vénération, sinon du sentiment religieux. Personne ne pouvait ressentir plus que lui l’étendue ou l’inviolabilité des lois de la nature, et particulièrement la faiblesse du genre humain lors de l’obéissance aux lois. Il était terrorisé par toute transgression, si légère soit-elle, aux lois de la santé et se moquait de l’illogisme de celui qui disait “qu’un seul verre de porto” ne pouvait faire de mal… L’obéissance aux lois de la nature et un sens profond du pouvoir de celle-ci peuvent, dans son cas, être appelés un sentiment religieux. » [46]

Voici donc une raison majeure pour laquelle Darwin s’entendit avec les ecclésiastiques au point de pouvoir même, dans une certaine mesure, assumer leur rôle social. Quels que fussent leurs différends théologiques ou terminologiques sur le fondement de la conduite morale – les uns le nommaient Nature, les autres Dieu – Darwin soutenait l’ordre naturel, existant, de la société. Un homme qui remplissait les fonctions de magistrat du comté, qui fondait une amicale et devenait trésorier d’une école du dimanche paroissiale, se faisait l’agent des mécanismes mêmes de subordination entretenus par les pasteurs de campagne dans l’Angleterre du milieu de l’ère victorienne. Unanimement, ils tendaient à considérer Self Help (1859) de Samuel Smiles, comme une formulation « passable » de l’idéologie dominante qu’ils favorisaient [47].

Mais la théologie avait une certaine importance. Les Rev. Ffinden de la Grande-Bretagne victorienne le déclaraient, et leurs arguments, non plus que leur conduite, ne sauraient être traités à la légère. Darwin constituait une menace pour Ffinden parce que, en dépit « de son profond respect pour l’autorité », le naturaliste de la paroisse contestait ouvertement la raison d’être traditionnelle de celle-ci. Après tout, La Descendance fut publiée à peine neuf mois avant l’arrivée de Ffinden à Down. Les conceptions de Darwin heurtaient de front la religion révélée ; sa participation à la vie paroissiale – comme membre du Conseil d’administration de l’école et comme parrain d’une salle de lecture et de conférences publiques – promettait d’entamer ou d’usurper l’hégémonie de l’interprète reconnu de ladite religion. Ainsi, au moins sous ce rapport, les craintes de Ffinden n’étaient pas sans fondement : la paroisse de Down était un microcosme de la société en général. Et en avril 1882, Ffinden trouva sans doute particulièrement humiliant de se voir préférer Innés par la famille pour accomplir le cérémonial funèbre de Darwin, puis pour accompagner le corps jusqu’au plus noble sanctuaire de l’Église sur l’ordre de savants, d’ecclésiastiques et de politiciens, aristocratie intellectuelle du pays qui se réjouissait du nouveau fondement que Darwin avait apporté à la domination croissante de leur profession. Car à l’abbaye de Westminster, l’Église ne faisait pas que récupérer celui qui, autrefois, avait été son fils ; elle reconnaissait la Nature, ainsi que l’avait fait Darwin, comme une autorité qui la dépassait, et les interprètes de la Nature comme intermédiaires entre la volonté de Dieu et l’humanité [48].

En ce jour fatidique, il y a 100 ans, enterra-t-on quelque chose de plus que le corps de Darwin ? La question reste à débattre. On ne peut y répondre par de faux appels à l’autorité et à la tradition comme aurait pu le faire Ffinden. Et peut-être qu’elle ne paraîtra pas pertinente à ceux qui se consacrent à la nature à la manière de Darwin. Seuls peuvent le dire ceux qui transforment et transcendent la théologie naturelle de leur époque, non comme Darwin le fit en son temps, dans l’isolement de leur paroisse, mais engagés dans les luttes et le commerce de la vie collective.

James R. Moore, Université de Milton Keynes.

 

 

Article publié dans :

Yvette Conry (dir.)

De Darwin au darwinisme : science et idéologie

Congrès international pour le centenaire de la mort de Darwin

Paris-chantilly, 13-16 septembre 1982

Librairie philosophique J. Vrin, 1983.

 

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Le profil de la carrière de Darwin: son aspect ecclésiastique

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Abréviations :

APS = Library of the American Philosophical Society, Philadelphia, U.S.A. CMLA = Cleveland Medical Library Association, Cleveland, U.S.A. DAR = Darwin Archive, The University Library, Cambridge, G.B. KAO = Kent Archives Office, Maidstone, Kent, G.B.


 

Notes:

[1] Dov Ospovat, The development of Darwin’s theory : natural history, natural theology, and natural selection, 1838-1859, Cambridge University Press, 1981.

[2] Edward Manier, The young Darwin and his cultural circle : a study of influences which helped shape the language and logic of the first drafts of the theory of natural selection, Dordrecht, D. Reidel, 1978.

[3] Cette communication est une adaptation d’un essai plus long, « Darwin of Down : The Evolutionist as Squarson-Naturalist », lu au Congrès international L’eredità darwiniana, tenu à Florence, 14-18 juin 1982 (à paraître in The Darwinian héritage, ed. David Kohn, Princeton University Press).

[4] Ce qui suit est un résumé des quatre premières sections de « Darwin of Down », op. cit. (note 3).

[5] Darwin to J. S. Henslow, 30 October 1836, in Nora Barlow éd., Darwin and Henslow, the growth of an idea : letters 1831-1860, London, Bentham-Moxon Trust & John Murray, 1967, p. 119 ; Darwin to W. D. Fox, 28 September 1841, in Ralph Colp Jr., To be an invalid : the illness of Charles Darwin, University of Chicago Press, 1977, p. 28.

[6] Nora Barlow ed., The autobiography of Charles Darwin, 1809-1882, with original omissions restored, New York, Harcourt, Brace & World, 1958, p. 57.

[7] Darwin to W. D. Fox, September 1841, in Francis Darwin éd., The life and letters of Charles Darwin, including an autobiographical chapter, 3 vol., London, John Murray, 1887, I, p. 302.

[8] Darwin, « Sketch of 1842 », in Charles Darwin and Alfred Russe! Wallace, Evolution by natural sélection, ed. Gavin de Beer, Cambridge University Press, 1958, p. 87 ; Darwin to W. D. Fox, 28 March 1843, in F. Darwin, op. cit. (note 7), I, pp. 321-22.

[9] Joseph Foster éd.. Index ecclesiasticus.., Oxford, Parker & Co., 1890, p. 55 ; Joseph Foster, Alumni Oxonienses… 1715-1886…, 4 vol., Oxford, Joseph Foster and Parker & Co., 1888, I, p. 389 ; The clergy list, London, C. Cox, 1841 ; Incumbents of the parish of S. Mary the Virgin Church, Downe, in KAO P 123/2/5 ; O. J. R. Howarth and E. K. Howarth, A history of Darwin’s parish, Downe, Kent, Southampton, Russell & Co, 1933, p. 77 ; Hedley Atkins, Down, the home of the Darwins : the story of a house and the people who lived there, rev. éd., London, Phillimore for the Royal College of Surgeons of England, 1976, pp. 15, 17, 20-21.

[10] Register of baptisms in the parish of Down, in KAO P 123/1/10 ; Register of burials in the parish of Down, in KAO P 123/1/14.

[11] David Elliston Allen, The naturalist in Britain : a social history, Harmondsworth, 1978, pp. 21-22 ; Lynn Barber, The heyday of natural history, 1820-1870, London, Jonathan Cape, 1980, pp. 15, 41-44.

[12] Barlow, op. cit. (note 6), p. 45 ; Francis Darwin and A. C. Seward eds., More letters of Charles Darwin : a record of his work in a sériés of hitherto unpublished letters, 2 vol., London, John Murray, 1903, I, pp. 33-36. Atkins, op. cit. (note 9), p. 24, intitule le manuscrit de Darwin « L’aspect général ». Les exemplaires de la Natural history of Selborne, de White, appartenant à Darwin, font partie des volumes de sa bibliothèque reçus à la Bibliothèque Universitaire de Cambridge en 1961. L’inspiration de White est manifeste dans le Journal de 1826, in DAR 129.

[13] Darwin to J. D. Hooker [11 January 1844], in F. Darwin, op. cit. (note 7), II, p. 23.

[14] Darwin to J. D. Hooker, 13 July 1856, in F. Darwin and Seward, op. cit. (note 12), I, p. 94″. Sur Taylor, voir G. A. Aldred, The devil’s chaplain ; the story of the Rev. Robert Taylor, M.A., M.R.C.S. (1784-1844), Glasgow, Strickland Press, 1942, et Edward Royle, Victo- rian infidels : the origins of the British Secularist movement, 1791-1866, Manchester University Press, 1974, pp. 38-40.

[15] Darwin to C. Lyell, 8 October 1845, in F. Darwin, op. cit. (note 7), I, p. 344. Darwin lut les Vestiges… en novembre 1844 et la sixième édition en août 1847, selon Peter J. Vorzimmer, « The Darwin reading notebooks [1838-1860] », Journal of the history of biology, 10 (1977), pp. 132, 138.

[16] Darwin to L. Jenyns (Blomefield), 12 October 1845 ; Darwin to A. Gray, 20 July 1856 and 5 September 1857 ; Darwin to H. Falconer, 11 November 1859, in F. Darwin, op. cit. (note 7), II, pp. 32, 34, 71, 120-21, 216 ; Darwin to R. Owen, 11 November 1859, in Gavin de Beer, « The Darwin letters at Shrewsbury School », Notes and records of the Royal Society of London, 23 (1968), pp. 77-78; Darwin to J. S. Henslow, 11 November 1859, in Barlow, op. cit. (note 5), p. 200 ; Darwin to C. Kingsley, 6 February 1862, in CMLA (copy letter no. 1538 in Collected Letters of Charles Darwin, University Library, Cambridge) ; Darwin to St. G. Mivart [ca. 1869-71]. in P. Thomas Carroll, An annotated calendar of the letters of Charles Darwin in the Library of the American Philosophical Society, Wilmington, Del., Scholarly Resources, 1976, p. 137 (no. 375).

[17] Voir Henriette E. Litchfield (née Darwin) éd., Emma Darwin, wife of Charles Darwin: a century of family letters, 2 vol., Cambridge, privately printed at Cambridge University Press, 1904, II, p. 187, et Owen Chadwick, The Victorian Church, 2 vol., New York, Oxford University Press, 1966-70, I, pp. 396-97.

[18] E. Wedgwood to Darwin, 22 November 1838, in Peter Brent, Charles Darwin ; « a man of enlarged curiosity », London, Heinemann, 1981, pp. 255-56 ; Mrs. Darwin’s papers on religion, in Barlow, op. cit. (note 6), pp. 235-37. Le manuscrit de la note d’Emma (DAR 210.10) est écrit sur un papier portant un filigrane « W. Warren 1837 », le même que celui utilisé par Darwin pour son second mémorandum de mariage, écrit probablement en juillet 1838. La note d’Emma peut donc avoir été écrite très tôt après son mariage.

[19] A. Tindal Hart and Edward Carpenter, The nineteenth century country parson circa 1832-1900, Shrewsbury, Wilding and Son, 1958, pp. 62-63 ; G. Kitson Clark, Churchmen and the condition of England, 1832-1885 : A Study in the development of social ideas and practice from the old regime to the moderne state, London, Methuen and Co., 1973, pp. 173-175 ; Jean-P. Russell-Gebett, Henslow of Hitcham : botanist, educationalist, clergyman, Lavenham, Suffolk, Terence Dalton, 1977, ch. 3.

[20] Darwin to J. S. Henslow, 18 September 1842, 5 November 1843, 25 July 1845, in Barlow, op. cit. (note 5), pp. 151, 154, 155.

[21] Darwin to J. S. Henslow, 28 October 1845, 11 December 1853 (?), 2 July 1855, 10 November 1855, in Barlow, op. cit. (note 5), pp. 157, 171, 176-77, 189.

[22] Francis Darwin, Springtime and other essays, London, John Murray, 1920, pp. 52-53.

[23] Subscription towards embellishments of the church according to the estimate fur- nished by Mr. Hardwick, in KAO P 123/6/1-2. La date est connue du fait que l’un des souscripteurs, le titulaire John Willott, mourut le 8 mars 1846, in KAO P 123/2/5 et que le papier lui-même a un filigrane de 1845. Francis Darwin se souvient seulement que son père assistait au baptême de Charles Waring en 1857 et aux obsèques de son frère Erasme en 1881. Darwin, cependant, assista aussi au mariage d’Henrietta : voir Henrietta E. Litchfield (née Darwin), Richard Buckley Litchfield : a memoir written for his friends, Cambridge, privately printed at the University Press, p. 124. Les habitudes de Darwin le dimanche étaient exactement les mêmes que celles des autres jours : recollections of Francis Darwin, in DAR 140.3.79.

[24] Darwin to W. D. Fox, 29 January 1853, in F. Darwin, op. cit. (note 7), I, p. 385 ; Colp, op. cit. (note 5), p. 49 ; James R. Moore, « On the éducation of Darwin’s sons : the correspondence between Charles Darwin and the Reverend G. V. Reed, 1857-1864 », Notes and records of the Royal Society of London, 32 (1977), pp. 52-53, 67, n. 10.

[25] Recollections of J. B. Innés, 1882 (?), and J. B. Innés to Darwin [before 29 May 1871], in Robert M. Stecher, « The Darwin-Innes letters : the Correspondence of an evolutionist with his vicar, 1848-1884 », in Annals of Science, 17 (1961), pp. 235, 256 ; Charles Darwin, A naturalist’s voyage : Journal of researches…, London, John Murray, 1889, p. 500.

[26] Darwin to J. B. Innés, 18 January 1870, in Stecher, op. cit. (note 25), p. 232.

[27] Foster, Alumni Oxonienses (note 9), II, p. 729 ; Incumbents of the parish of S. Mary the Virgin Church, Downe, in KAO P 123/2/5 ; Darwin to J. Innés, 1846, in Stecher, op. cit. (note 25), p. 203.

[28] Darwin to J. S. Henslow, 17 January 1850-51 (?), 26 December 1855, 3 January 1856, in Barlow, op. cit (note 5), pp. 166, 167, 168, 190, 191 ; R. B. Freeman, The works of Charles Darwin : an annotated bibliographical handlist, 2d ed. rev. Folkestone, Dawson, 1977, p. 157 ; R. B. Freeman, Charles Darwin : A Companion, Folkestone, Dawson, 1978, p. 128 ; P. H. J. H. Gosden, Self-help : voluntary associations in the 19th century, London, B. T. Batsford, 1973, chap. IV.

[29] J. B. Innés to Darwin, 4 December 1868, in Stecher, op. cit. (note 25), pp. 223-24.

[30] J. B. Innés to Darwin, 16 January 1868, in Stecher, op. cit. (note 25), p. 217 ; Darwin to J. B. Innés, 2 September 1868, in APS B/D.25.m (Getz Collection) ; Sunday School Account, Downe, 1863 to 1873, in KAO P 123/5/1.

[31] J. B. Innés to Darwin, 16 January 1868, 13 June and 14 December 1868, in Stecher, op. cit. (note 25), pp. 217-18, 219 ; Darwin to J. B. Innés, 20 January and 16 December 1868, in APS B/D.25.m (Getz Collection).

[32] Darwin to J. B. Innés, 15 June 1868, in APS B/D.25.m (Getz Collection) ; J. B. Innés to Darwin, 18 June 1868 ; Darwin to J. B. Innés, 10 December 1868 et 18 January 1870, in Stecher, op. cit. (note 25), pp. 220, 226, 232 ; Incumbents of the parish of S. Mary the Virgin Church, Downe and George Sketchley Ffinden, Downe, Kent, reprinted from the Canterbury diocesan gazette, in KAO P 123/2/5. In Vouchers and accounts of Downe Coal and Clothing Club, in KAO P 123/5/3, les comptes apurés pour 1868-1869 sont les derniers inscrits de la main de Darwin.

[33] Foster, Alumni Oxonienses (note 9) ; J. B. Innés to Darwin, 5 June 1871, in Stecher, op. cit. (note 25), p. 46.

[34] G. S. Ffinden to E. Darwin, 24 December 1873, in KAO P 123/25/3.

[35] G. S. Ffinden to J. Lubbock, 30 Januaiy, 8 February, 29 March, 3 April, and 23 June 1875 ; et J. Lubbock to G. S. Ffinden, 4 February, 9 February, 31 March, and 12 April 1875, in KAO P 123/25/3.

[36] Darwin to J. B. Innés, 10 May 1875, in Stecher, op. cit. (note 25), p. 242.

[37] Atkins, op. cit. (note 9), p. 48.

[38] Parish of Downe. Kent. Contributions Received…, in KAO P 123/3/7 ; Downe Church Windows etc. Account, and Downe Church Choir Surplice Fund, in KAO P 123/5/26 ; Downe Vicarage Endowment Fund, in KAO P 123/3/6.

[39] J. B. Innés to Darwin, 13 June 1868, in Stecher, op. cit. (note 25), p. 219. Cf. Darwin to J. B. Innés, 15 June 1868, in APS B/D.25.m (Getz Collection) pour la réponse de Darwin.

[40] Recollections of J. B. Innés, in DAR 112 (pt. 2), pp. 85-92. Cf. une autre version (probablement plus tardive), de la main d’Innés, transcrite in Stecher, op. cit. (note 25), p. 255.

[41] Charles Darwin, The origin of species by Charles Darwin : a variorum text, ed. Morse Peckham, University of Pennsylvania Press, 1959, p. 748 (XIV : 183.3 : b) ; Charles Darwin, The descent of man and selection in relation to sex, 2d ed. rev., London, John Murray, 1874, pp. 255 n, 273. Sur Kingsley, voir Darwin to J. S. Henslow, 26 October 1860, in Barlow, op. cit. (note 5), pp. 213-14. Sur Pickard-Cambridge, voir Brenda Colloms, Vie- torian country parsons, London, Constable, 1977, chap. IV.

[42] Darwin to J. Murray, 21 September 1861, in F. Darwin, op. cit. (note 7), III, p. 266.

[43] Francis Galton, English men of science : their nature and nurture, London, Macmillan, 1874, p. 260 ; Francis Galton, Inquiries into human faculty and its development, London, J. M. Dent & Co, s. d. p. 220.

[44] Victor L. Hilts, « A guide to Francis Galton’s English Men of science », Transactions of the American Philosophical Society, n.s., 65 (1975), pt. 5.

[45] Par ex. : Peter Mark Roget, Animal and vegetable physiology considered with refe- rence to natural theology, 3d éd., 2 vol., London, William Pickering, 1840, I, p. 11.

[46] Recollections of William Darwin, 4 January 1883, in DAR 112 (p. 2), 3 c-e.

[47] P. Vorzimmer, op. cit. (note 15), p. 153. Voir Robert Gray, « Bourgeois hegemony in Victorian Britain », in The communist university of London : papers on class, hegemony, and party, ed. Jonathan Bloomfield, London, Lawrence & Wishart, 1977, et Jenifer Hart, « Religion and social control in the mid-nineteenth century », in Social control in nineteenth century Britain, ed. A. P. Donajgrodzki, London, Croom Helm, 1977.

[48] James R. Moore, « Charles Darwin lies in Westminster Abbey », Biological Journal of the Linnean Society, 17 (1982), pp. 97-113. Cf. N. G. Annan, « The intellectual aristocracy », in Studies in social history : a tribute to G. M. Trevelyan, ed. J. H. Plumb, London, Long- mans, Green & Co., 1955, pp. 241-87.

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