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Jean-Baptiste Lamarck, Histoire naturelle des animaux sans vertèbres, 1815

Portrait de LamarckIl y a deux siècles exactement, Jean-Baptiste Lamarck (1er août 1744 – 18 décembre 1829) publiait l’introduction du premier volume de son Histoire naturelle des animaux sans vertèbres, présentant les caractères généraux et particuliers de ces animaux, leur distribution, leurs classes, leurs familles, leurs genres et la citation des principales espèces qui s’y rapportent. Cet ouvrage devait compter 7 volumes, le dernier étant publié en 1822.

Cette Introduction, « offrant la détermination des caractères essentiels de l’animal, sa distinction du végétal et des autres corps naturels ; enfin, l’exposition des principes fondamentaux de la zoologie » complétait et amendait sa Philosophie zoologique, publiée en 1809, sur un certain nombre de points et offrait une sorte de résumé de ses théories sur les êtres vivants et les mécanismes de leur évolution.

Pour illustrer l’actualité de cette Introduction, il est possible de paraphraser Lamarck, en reprenant un passage où il discute la différence entre les végétaux et les animaux :

« Qui est-ce qui pourrait croire que, dans un siècle comme le nôtre où les sciences physiques ont fait tant de progrès, une définition de ce qui constitue l’être vivant ne soit pas encore solidement fixée ; que l’on ne sache pas assigner positivement la différence d’un être vivant à une machine ; et que l’on soit dans le doute à l’égard de cette question ; savoir si les êtres vivants sont réellement distingués des machines par quelque caractère essentiel et exclusif ? C’est, néanmoins, un fait certain qu’aucun biologiste n’en a encore présenté qui soit véritablement applicable à tous les êtres vivants connus, et qui les distingue nettement des machines. De là, les vacillations perpétuelles entre les limites du règne vivant et du règne mécanique dans l’opinion des cybernéticiens ; de là même, l’idée erronée et presque générale que ces limites n’existent pas, et qu’il y a des êtres vivants machines ou des machines vivantes. La cause de cet état des choses, à l’égard de nos connaissances biologiques, est facile à apercevoir. »

D’après Jean-Baptiste Lamarck, Introduction à L’histoire naturelle des animaux sans vertèbres, 1815, pp. 7-8.

Cet Introduction n’étant actuellement nulle part disponible en librairie – ce qui illustre bien l’oubli et le mépris dans lequel Lamarck est tombé en France –, nous en offrons ici une édition (non commentée), en attendant de fournir une nouvelle édition de la Philosophie zoologique.

 

 

Morceaux choisis :

Avertissement

AVANT d’atteindre le terme de mon existence, j’ai pensé que, dans un nouvel ouvrage, susceptible d’être considéré comme une seconde édition de mon Système des animaux sans vertèbres, je devais exposer les principaux faits que j’ai recueillis pour mes leçons, soit sur les animaux en général, soit sur ceux qui furent le sujet de mes démonstrations au Muséum d’histoire naturelle, ainsi que mes observations et mes réflexions sur la source de ces faits. Cet ouvrage, d’ailleurs, devant offrir les classes, les genres et les principales espèces des animaux sans vertèbres, dans un ordre particulier, avec la citation des faits essentiels observés à l’égard de leur organisation et des facultés qu’ils en obtiennent, me paraît présenter, pour ainsi dire, les pièces justificatives de ce que j’ai publié dans ma Philosophie zoologique, et des nouveaux développements que j’en donne ici dans l’Introduction.

[…]

Dans une Introduction, nécessairement un peu longue, mais essentielle pour l’intelligence du sujet, j’entreprends de fixer les bases de la zoologie, les principes les plus généraux qui doivent en constituer le fondement, la source même où les objets qu’elle considère ont puisé leur origine.

En effet, d’abord je compare les animaux avec les autres corps de la nature ; j’essaie d’assigner les caractères positifs et distinctifs des uns et des autres ; je cite les faits zoologiques observés, surtout ceux du premier ordre, et je montre les conséquences qu’il me paraît convenable d’en tirer. Ensuite, je recherche quelle est la source de l’existence des différents animaux, quelle est celle de la composition croissante de leur organisation, celle des facultés qu’ils possèdent, celle des anomalies nombreuses qui se trouvent entre la composition progressive des différentes organisations animales, et la marche irrégulière des divers systèmes d’organes particuliers qui entrent dans la composition de la plupart de ces organisations. Plus loin, je fais voir que tout ce que l’on observe dans les animaux, que leurs penchants mêmes sont de véritables produits de leur organisation ; que tous les phénomènes qu’ils nous offrent sont essentiellement organiques. Enfin, après avoir montré quelle est cette puissance singulière que nous désignons par le mot nature, je mets en évidence que c’est à elle que les animaux doivent tout ce qu’ils sont.

Je termine l’Introduction dont il s’agit en exposant la distribution générale la plus convenable des différents animaux connus, les principes sur lesquels cette distribution doit être fondée, et la véritable disposition qu’il faut donner à l’ordre entier, pour qu’il soit conforme à celui qu’a suivi la nature.

On verra que, pour mettre de l’ordre dans ces différentes expositions, j’ai divisé l’Introduction en sept parties clairement circonscrites ; lesquelles présentent des développements qui, quoique serrés ou succincts, suppléent à ce qui manque dans ma Philosophie zoologique, et complètent une théorie dont les parties sont partout dépendantes.

[…]

Deuxième partie

De l’existence d’une progression dans la composition de l’organisation des animaux, ainsi que dans le nombre et l’éminence des facultés qu’ils en obtiennent.

Il s’agit maintenant de constater l’existence d’un fait qui mérite toute l’attention de ceux qui étudient la nature dans les animaux ; d’un fait entrevu depuis bien des siècles, jamais parfaitement saisi, toujours exagéré et dénaturé dans son exposition ; d’un fait, en un mot, dont on s’est servi pour étayer des suppositions entièrement imaginaires.

Ce fait, le plus important de tous ceux qu’on ait remarqués dans l’observation des corps vivants, consiste dans l’existence d’une composition progressive de l’organisation des animaux, ainsi que d’un accroissement proportionné du nombre et de l’éminence des facultés de ces êtres. Effectivement, si l’on parcourt, d’une extrémité à l’autre, la série des animaux connus, distribués d’après leurs rapports naturels, et en commençant par les plus imparfaits ; et si l’on s’élève ainsi, de classe en classe, depuis les infusoires qui commencent cette série, jusqu’aux mammifères qui la terminent, on trouvera, en considérant l’état de l’organisation des différents animaux, des preuves incontestables d’une composition progressive de leurs organisations diverses, et d’un accroissement proportionné dans le nombre et l’éminence des facultés qu’ils en obtiennent ; enfin, l’on sera convaincu que la réalité de la progression dont il s’agit, est maintenant un fait observé et non un acte de raisonnement.

Depuis que j’ai mis ce fait en évidence, on a supposé que j’entendais parler de l’existence d’une chaîne non interrompue que formeraient, du plus simple au plus composé, tous les êtres vivants, en tenant les uns aux autres par des caractères qui les lieraient et se nuanceraient progressivement ; tandis que j’ai établi une distinction positive entre les végétaux et les animaux, et que j’ai montré que, quand même les végétaux sembleraient se lier aux animaux par quelque point de leur série, au lieu de former ensemble une chaîne ou une échelle graduée, ils présenteraient toujours deux branches séparées, très distinctes, et seulement rapprochées à leur base, sous le rapport de la simplicité d’organisation des êtres qui s’y trouvent. On a même supposé que je voulais parler d’une chaîne existante entre tous les corps de la nature, et l’on a dit que cette chaîne graduée n’était qu’une idée reproduite, émise par Bonnet, et depuis, par beaucoup d’autres. On aurait pu ajouter que cette idée est des plus anciennes, puisqu’on la retrouve dans les écrits des philosophes grecs. Mais, cette même idée, qui prit probablement sa source dans le sentiment obscur de ce qui a lieu réellement à l’égard des animaux, et qui n’a rien de commun avec le fait que je vais établir, est formellement démentie, par l’observation, à l’égard de plusieurs sortes de corps maintenant bien connus.

Assurément, je n’ai parlé nulle part d’une pareille chaîne : je reconnais partout, au contraire, qu’il y a une distance immense entre les corps inorganiques et les corps vivants, et que les végétaux ne se nuancent avec les animaux par aucun point de leur série. Je dis plus ; les animaux mêmes, qui sont le sujet du fait que je vais exposer, ne se lient point les uns aux autres de manière à former une série simple et régulièrement graduée dans son étendue. Aussi, dans ce que j’ai à établir, il n’est point du tout question d’une pareille chaîne, car elle n’existe pas.

Mais le sujet que je me propose ici de traiter, concerne une progression dans la composition de l’organisation des animaux, ne recherchant cette progression que dans les masses principales ou classiques, et ne considérant partout la composition de chaque organisation que dans son ensemble, c’est-à-dire, dans sa généralité. Or, il s’agit de savoir si cette progression existe réellement ; si le nombre et le perfectionnement des facultés animales se trouvent partout en rapport avec elle ; et si l’on peut actuellement regarder cette même progression comme un fait positif, ou si ce n’est qu’un système.

[…]

Sixième partie

De la Nature, ou de la puissance, en quelque sorte mécanique, qui a donné l’existence aux animaux, et qui les a faits nécessairement ce qu’ils sont.

On a pensé que la nature était DIEU même : c’est, en effet, l’opinion du plus grand nombre ; et ce n’est que sous cette considération, que l’on veut bien admettre que les animaux, les végétaux, etc., sont ses productions.

Chose étrange ! l’on a confondu la montre avec l’horloger, l’ouvrage avec son auteur. Assurément, cette idée est inconséquente, et ne fut jamais approfondie. La puissance qui a créé la nature, n’a, sans doute, point de bornes, ne saurait être restreinte ou assujettie dans sa volonté, et est indépendante de toute loi. Elle seule peut changer la nature et ses lois ; elle seule peut même les anéantir ; et quoique nous n’ayons pas une connaissance positive de ce grand objet, l’idée que nous nous sommes formée de cette puissance sans bornes, est au moins la plus convenable de celles que l’homme ait dû se faire de la Divinité, lorsqu’il a su s’élever par la pensée jusqu’à elle.

Si la nature était une intelligence, elle pourrait vouloir, elle pourrait changer ses lois, ou plutôt elle n’aurait point de lois. Enfin, si la nature était DIEU même, sa volonté serait indépendante, ses actes ne seraient point forcés. Mais il n’en est pas ainsi ; elle est partout, au contraire, assujettie à des lois constantes sur lesquelles elle n’a aucun pouvoir ; en sorte que, quoique ses moyens soient infiniment diversifiés et inépuisables, elle agit toujours de même dans chaque circonstance semblable, et ne saurait agir autrement.

Sans doute, toutes les lois auxquelles la nature est assujettie, dans ses actes, ne sont que l’expression de la volonté suprême qui les a établies ; mais la nature n’en est pas moins un ordre de choses particulier, qui ne saurait vouloir, qui n’agit que par nécessité, et qui ne peut exécuter que ce qu’il exécute.

[…]

 Lisez le livre complet:

Introduction de L’histoire naturelle des animaux sans vertèbres

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