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Théodore Kaczynski, Frapper où ça fait mal, 2002

1. Pourquoi cet article ?

Le propos de cet article est de signaler un principe très simple des conflits humains que les opposants au système techno-industriel paraissent négliger. Ce principe réside en ceci que, quelle que soit la nature du conflit, si vous voulez l’emporter vous devez frapper votre adversaire où ça fait mal.

Je m’explique. Lorsque je parle de « frapper où ça fait mal » je ne fais pas nécessairement allusion à des coups ou à une autre forme de violence physique. Dans un débat, par exemple, « frapper où ça fait mal » ce serait mettre en avant les arguments face auxquels la position de vos contradicteurs est la plus vulnérable. Dans une élection présidentielle « frapper où ça fait mal » reviendrait à l’emporter sur votre rival dans les États où il y a le plus de votants. Je n’utiliserai donc l’analogie avec un combat physique que parce qu’elle est claire et frappante.

Si quelqu’un vous frappe, vous ne pouvez vous défendre en frappant sur ses poings : vous ne lui ferez pas mal de cette façon. Pour l’emporter dans la bagarre, vous devez le frapper où ça fait mal. Ce qui veut dire atteindre, derrière ses poings, les parties sensibles et vulnérables du corps de l’adversaire.

Imaginez que le bulldozer d’une compagnie forestière arrache des arbres à côté de votre maison. C’est bien la lame du bulldozer qui pousse la terre et couche les arbres au sol. Mais ce serait une perte de temps que de frapper dessus à coups de masse. Consacreriez-vous une longue et pénible journée à vous acharner sur la lame à coups de masse que vous réussiriez sûrement à l’endommager assez pour la rendre inutilisable. Mais, par rapport au reste de l’engin, la lame est relativement bon marché et facile à remplacer. Elle n’est, en somme, que les poings au moyen desquels ce bulldozer frappe la terre. Pour vaincre la machine, il faut attaquer ses parties vitales en allant les chercher derrière les poings. Un tel engin, par exemple, peut fort bien être réduit à néant, de façon très expéditive, en fort peu de temps et sans efforts, par toutes sortes de moyens bien connus de nombreux radicaux.

A ce stade il me faut être clair sur le fait que je n’incite personne à démolir un bulldozer (à moins d’en être soi-même propriétaire). Pas davantage on ne trouvera dans cet article quoi que ce soit qui puisse s’interpréter comme une incitation à aucune sorte d’activité illégale.

Je suis en prison et si j’en étais à encourager des activités illégales cet article n’obtiendrait pas même l’autorisation de sortir de l’établissement. J’utilise l’image du bulldozer parce qu’elle est claire et frappante et qu’elle sera appréciée par les radicaux.

2. C’est la technologie qui est la cible.

Il est généralement admis que la variable fondamentale qui détermine le processus historique contemporain repose sur le développement technologique (Celso Furtado). Plus que tout, c’est la technologie qui est responsable de l’état actuel du monde et qui contrôlera son développement ultérieur. De sorte que le bulldozer qu’il nous faut détruire est la technologie moderne elle-même.

Beaucoup de radicaux en sont conscients et réalisent par conséquent que leur tâche est d’éliminer la totalité du système techno-industriel. Mais ils n’accordent malheureusement que peu d’attention à la nécessité de frapper le système où ça fait mal. Démolir des McDonald’s ou des Starbuck’s est absurde. Non que j’aie quoi que ce soit à faire de McDonald’s ou de Starbuck’s. Je me moque qu’on les détruise ou pas. Mais ce n’est pas une activité révolutionnaire. Même si toutes les chaînes d’alimentation rapide du monde étaient anéanties, ce ne serait qu’un mal bien minime pour le système techno-industriel qui peut évidemment se passer aisément de chaînes de fast-food pour survivre. S’en prendre à McDonald’s ou à Starbuck’s n’est vraiment pas « frapper où ça fait mal ».

Il y a quelques mois j’ai reçu une lettre d’un jeune danois qui était persuadé que le système techno-industriel devait être éliminé parce que, disait-il, « qu’arrivera-t-il si nous continuons dans cette voie ? » Il semble pourtant que son genre d’activité « révolutionnaire » consiste à organiser des attaques contre des élevages d’animaux à fourrure. En tant que moyen d’affaiblir le système techno-industriel, voilà une activité proprement inutile. Même si les mouvements de libération animale réussissaient à éliminer totalement l’industrie de la fourrure, ils ne nuiraient nullement au système parce que le système peut parfaitement se perpétuer sans fourrures.

J’admets que mettre en cage des animaux sauvages soit intolérable et que mettre un terme à ces pratiques soit une noble cause. Mais il y a beaucoup de nobles causes : prévenir les accidents de la route, donner un toit aux sans-abri, recycler les déchets ou aider les vieilles personnes à traverser la rue. Pourtant personne ne serait assez stupide pour y voir des activités révolutionnaires ou imaginer que cela puisse en quelque façon affaiblir le système.

3. L’industrie forestière est une question marginale.

Pour prendre un autre exemple, personne non plus, en son for intérieur, ne croit que rien qui ressemble, de près ou de loin, à la nature sauvage (wilderness) puisse survivre bien longtemps si le système techno-industriel se perpétue. Bon nombre d’environnementalistes radicaux l’admettent et souhaitent l’effondrement du système. Mais pratiquement ils ne font que s’en prendre à l’industrie forestière.

Je n’ai certes rien à objecter à leurs attaques. C’est un sujet qui me tient à coeur et je me réjouis de chaque succès des radicaux contre ce secteur d’activités. Et même, pour des raisons que je dois expliquer ici, je suis persuadé que l’opposition à l’industrie forestière pourrait s’inscrire parmi les initiatives destinées à renverser le système.

Mais, en tant que tel, ce combat n’est pas une manière efficace de travailler contre le système car, dans l’hypothèse bien improbable où les radicaux parviendraient à interrompre toute exploitation forestière à travers le monde, on serait quand même loin d’en avoir fini avec le système. Et ce n’est pas là ce qui sauverait la nature sauvage de façon définitive. Tôt ou tard le climat politique changerait et l’industrie forestière reprendrait. Même si elle devait ne jamais reprendre, il y aurait inévitablement d’autres domaines où la nature sauvage serait détruite, ou du moins apprivoisée et domestiquée. La recherche et l’exploitation minières, les pluies acides, les modifications climatiques, la destruction des espèces détruisent la nature sauvage ; mais la nature sauvage est aussi apprivoisée et domestiquée par les loisirs, la recherche scientifique ou l’exploitation des ressources disponibles, que ce soit par le pistage électronique des animaux, les barrages nécessaires aux usines de poissons d’élevage ou par la plantation d’arbres génétiquement modifiés. La nature sauvage ne peut être sauvée de façon permanente qu’en éliminant le système techno-industriel, ce qui ne peut se réduire au combat contre l’industrie forestière. Le système survivrait aisément à sa suppression parce que les produits du bois, bien qu’ils lui soient fort utiles, pourraient être remplacés par d’autres matériaux s’il le fallait.

C’est dire à quel point on ne frappe pas le système où ça fait mal lorsqu’on combat l’industrie forestière. On ne s’en prend qu’aux poings (ou à l’un des poings) que le système utilise pour détruire la nature ; et, comme dans une bagarre, ce n’est pas comme ça qu’on gagne. Il faut, derrière les poings, viser les organes vitaux les plus sensibles. Par des moyens légaux, bien sûr, comme des manifestations pacifiques.

4. Pourquoi le système est coriace.

Le système techno-industriel est extraordinairement coriace du fait de sa structure prétendument « démocratique » et de la souplesse qu’elle lui autorise. Parce que les systèmes dictatoriaux tendent à la rigidité, les tensions et la résistance sociales peuvent s’y développer jusqu’à porter atteinte au système, à l’affaiblir, à s’achever en révolution. Mais dans un système « démocratique », lorsque la tension et la résistance sociales s’accroissent dangereusement, le système recule et transige suffisamment pour ramener les tensions au seuil de sécurité.

Dans les années 1960, les gens ont commencé à s’aviser que la pollution de l’environnement était un problème sérieux, en premier lieu parce que la crasse visible et respirable de l’atmosphère de nos plus grandes villes commençait à les rendre physiquement mal à l’aise. Le mouvement de protestation fut suffisant pour que soit instituée une agence de protection environnementale ; d’autres mesures furent prises pour réduire le problème. Bien sûr, nous savons tous que les problèmes de pollution sont très loin d’avoir été résolus. Mais ce qui fut fait suffit pour que les réclamations du public s’apaisent et que la pression sur le système se relâche pour de nombreuses années. Car s’en prendre au système c’est comme frapper sur un morceau de caoutchouc. Un coup de marteau peut briser de la fonte, qui est rigide et cassante. Mais on peut frapper à loisir sur un morceau de caoutchouc sans l’abîmer parce que le caoutchouc est souple. Le système se dérobe juste assez devant les protestations pour qu’elles perdent leur force et leur élan ; juste assez pour rebondir à nouveau.

C’est pourquoi, pour frapper le système où ça fait mal, il faut choisir les angles d’attaque qui l’empêcheront de rebondir, qui le porteront à se battre jusqu’au bout. Parce que c’est une lutte à mort et non des accommodements avec le système qu’il nous faut.

5. Il est inutile d’attaquer le système sur le terrain de ses propres valeurs.

Il est absolument essentiel d’attaquer le système non sur le terrain de ses valeurs, technologiquement orientées, mais sur celui de valeurs incompatibles avec les siennes. Tant qu’on l’attaque sur le terrain de ses propres valeurs on ne le frappe pas où ça fait mal, et on lui permet de battre en retraite, de se dérober pour faire s’évanouir la contestation. Si on attaque, par exemple, l’industrie forestière surtout parce qu’on a besoin des forêts pour ménager les ressources en eau ou le potentiel d’activités récréatives, le système peut céder du terrain afin de désamorcer la protestation sans remettre en cause ses propres valeurs : les ressources en eau et les activités de loisirs sont pleinement en phase avec les valeurs du système, et s’il recule, s’il restreint l’activité forestière au nom des ressources en eau et des activités de loisirs, il n’opère en vérité rien d’autre qu’une retraite tactique et n’endure nullement un défaite stratégique selon sa propre échelle de valeurs.

En mettant en avant des thèmes liés aux discriminations (racisme, sexisme, homophobie ou pauvreté) on n’ébranle pas les valeurs du système, on ne le force même pas à reculer ou à composer. On l’aide directement. Les tenants les plus raisonnables du système reconnaissent que le racisme, le sexisme, la pauvreté lui sont nuisible et c’est pourquoi il s’emploie lui-même à les combattre, de même que toutes les formes voisines de discrimination. Les « sweatshops » (1) avec leurs bas salaires et leurs épouvantables conditions de travail ne vont pas sans procurer du profit à certaines entreprises. Les tenants du système les plus raisonnables savent parfaitement que le système dans son ensemble fonctionne bien mieux lorsque les travailleurs sont traités décemment. En se concentrant sur les « sweatshops » on aide le système, on ne l’affaiblit pas.

De nombreux radicaux succombent à la tentation de se focaliser sur des questions inessentielles comme le racisme, le sexisme et les « sweatshops » parce que c’est facile. Ils se saisissent d’une question sur laquelle le système pourra s’offrir un compromis et sur laquelle ils obtiendront le soutien de gens comme Ralf Nader, Winona La Duke, des syndicats et de tous les autres pédés (pink) réformateurs. Peut être le système reculera-t-il un peu sous la pression, de sorte que les activistes décèlent quelques résultats visibles de leurs efforts et ressentent l’illusion gratifiante d’avoir fait quelque chose. Mais en réalité ils n’ont rien fait du tout en vue d’éliminer le système techno-industriel.

La question de la globalisation n’est pas totalement dépourvue de liens avec le problème de la technologie. L’emballage de mesures économiques et politiques que désigne la globalisation vise effectivement la croissance économique et, par voie de conséquence, le progrès technologique. Néanmoins la globalisation est une question d’importance marginale et rien moins qu’une cible bien choisie pour des révolutionnaires. Le système peut se permettre de céder du terrain sur la question de la globalisation. Sans renoncer à la globalisation en tant que telle, le système peut mettre en œuvre des mesures afin d’atténuer les conséquences environnementales et économiques de la globalisation aussi bien que pour désamorcer la contestation. A l’extrême, le système pourrait aller jusqu’à renoncer complètement à la globalisation. La croissance et le progrès n’en continueraient pas moins, à une échelle légèrement moins large. Et lorsqu’on combat la globalisation on ne s’attaque pas aux valeurs fondamentales du système. L’opposition à la globalisation repose sur la préoccupation d’assurer des salaires décents aux travailleurs et de préserver l’environnement, choses qui sont toutes complètement en phase avec les valeurs du système (le système, pour sa propre survie, ne peut laisser la dégradation de l’environnement aller trop loin). C’est pourquoi le combat contre la globalisation ne frappe pas le système là où ça fait mal. Ses efforts peuvent conduire à des réformes, mais ils sont inutiles si l’objectif est de renverser le système techno-industriel.

6. Les radicaux doivent attaquer le système aux points névralgiques.

Pour travailler efficacement à l’élimination du système techno-industriel, les révolutionnaires doivent attaquer le système sur les points où il ne peut s’autoriser à céder de terrain. Ils doivent attaquer ses organes vitaux. Bien entendu lorsque je parle d’ « attaque » je ne songe nullement à une attaque matérielle, mais exclusivement à des formes légales de contestation et de résistance.

Les organes vitaux du système sont, entre autres :

  1. L’industrie électrique. Le système est totalement dépendant de son réseau d’approvisionnement en électricité.
  2. L’industrie des communications. Le système est incapable de survivre sans moyens de communication rapide tels que le téléphone, la radio, la télévision, le courrier électronique et ce qui s’en suit.
  3. L’industrie informatique. Nous savons tous que le système s’effondrerait rapidement sans ses ordinateurs.
  4. L’industrie de la propagande. Elle comprend l’industrie des loisirs, le système éducatif, le journalisme, la publicité, les relations publiques et l’essentiel de la politique et l’industrie de la santé mentale. Le système ne peut fonctionner sans que les gens se montrent suffisamment dociles et se conforment aux comportements dont il a besoin. C’est la fonction de l’industrie de la propagande que d’enseigner aux populations ce type de pensées et de comportements.
  5. L’industrie des biotechnologies. Pour autant que je sache, le système n’est pas encore matériellement dépendant de la biotechnologie. C’est toutefois un sujet sur lequel il ne peut se permettre de céder car il revêt pour lui une importance critique, comme je vais essayer de le prouver à l’instant.

Encore une fois : si on s’en prend aux organes vitaux du système, il est essentiel de ne pas le faire en respectant ses valeurs mais en se fondant sur des valeurs incompatibles avec lui. Par exemple, si on s’attaque à l’industrie de l’électricité au nom du fait qu’elle pollue l’environnement le système peut désamorcer la contestation en développant des méthodes de production électrique plus propres. Et si les choses empiraient vraiment, il pourrait passer entièrement à l’énergie solaire ou éolienne. Cela pourrait beaucoup contribuer à réduire les dommages environnementaux mais ne mettrait certes pas fin au système techno-industriel. Et cela ne constituerait pas non plus une défaite de ses valeurs fondamentales. Pour réaliser quoi que ce soit contre le système il faut s’en prendre à toute la production d’énergie électrique en tant qu’il s’agit d’une question de principe, pour cela même que la dépendance à l’électricité rend les gens dépendants du système. C’est là un terrain incompatible avec ses valeurs.

7. La biotechnologie pourrait être la meilleure cible pour une attaque politique.

L’industrie biotechnologique est probablement la cible la plus prometteuse sur ce terrain. Bien que les révolutions soient généralement portées par des minorités, il est fort utile d’avoir un certain degré de soutien, de sympathie ou au moins d’acquiescement de l’ensemble de la population. S’assurer de ce genre de soutient ou d’acquiescement est un des enjeux de l’action politique.

Si on menait une attaque politique sur l’industrie électrique par exemple, il serait extrêmement difficile de s’assurer quelque soutien que ce soit, en dehors d’une minorité de radicaux, parce que la plupart des gens résistent à tout changement de leur mode de vie, et particulièrement aux changements qui pourraient les gêner personnellement. C’est pourquoi peu nombreux sont ceux qui souhaiteraient renoncer à l’électricité.

Mais les gens ne se sentent pas encore aussi dépendants des biotechnologies qu’ils le sont de l’électricité. Eliminer les biotechnologies ne modifiera pas radicalement leur existence. Au contraire, il pourrait être possible de leur montrer que le développement continu des biotechnologies transformera leur mode de vie et anéantira les plus anciennes valeurs humaines. Aussi, sur ce terrain, les radicaux pourraient-ils être à même de mobiliser en leur faveur la résistance humaine naturelle au changement.

Car les biotechnologies sont un sujet sur lequel le système ne peut se permettre de perdre. C’est un sujet sur lequel il devra se battre jusqu’au bout, et c’est exactement ce dont nous avons besoin. Mais, pour le redire encore, il est essentiel d’attaquer les biotechnologies non sur le terrain des valeurs du système mais au nom de valeurs incompatibles avec elles. Par exemple, si on fonde centralement la lutte contre les biotechnologies sur le fait qu’elles peuvent nuire à l’environnement ou que l’alimentation génétiquement modifiée peut être préjudiciable à la santé, alors le système ne manquera certainement pas de se garantir contre une telle attaque en cédant du terrain ou en recherchant un compromis – en instituant, par exemple, un contrôle accru de la recherche génétique, un suivi et une réglementation plus rigoureuses des semences génétiquement modifiées. L’inquiétude des gens s’en trouvera réduite et la contestation s’étiolera.

8. Toutes les biotechnologies doivent être attaquées sur le plan des principes.

Aussi, au lieu de contester telle ou telle conséquence négative des biotechnologies, il faut attaquer l’ensemble des biotechnologies modernes sur le plan des principes, sur le fait que :

a) il s’agit d’une insulte à tout ce qui vit ;

b) qu’elles concentrent trop de pouvoir aux mains du système ;

c) qu’elles transformeront radicalement des valeurs humaines fondamentales reconnues depuis des millénaires ;

Et tous thèmes du même ordre, incompatibles avec les valeurs du système.

En réponse à ce type d’attaques le système devra se dresser et se battre. Il ne pourra s’en garantir en engageant une retraite, quelle qu’en soit l’ampleur, parce que les biotechnologies sont bien trop centrales dans l’ensemble de l’entreprise de progrès technologique et parce que, en cédant du terrain, le système ne se livrerait pas à une simple retraite tactique mais subirait une défaite stratégique majeure du point de vue de son système de valeurs. Ces valeurs seraient sapées et la porte serait ouverte à des attaques politiques ultérieures qui ébranleraient les fondements du système.

Maintenant, c’est vrai, la Chambre des Représentants des Etats-Unis a récemment voté sur l’interdiction du clonage humain et certains membres du congrès ont même donné quelque chose comme de bonnes raisons de le faire. Ces raisons, à ce que j’en ai lu, reposaient sur des arguments religieux, mais quoi qu’on puisse penser des termes religieux utilisés, ces raisons n’étaient pas technologiquement acceptables. Et c’est ce qui compte.

Ainsi le vote des congressistes sur le clonage humain a été une véritable défaite pour le système. Mais cela n’a été qu’une petite, très petite, défaite à cause de l’étroitesse du champ d’interdiction – qui n’affecte qu’une partie tout à fait minime des biotechnologies – et parce que le clonage humain n’aura de toute façon qu’un intérêt restreint pour le système dans un proche avenir. Mais l’action de la Chambre des Représentants suggère bien qu’il y a là un point sur lequel le système est vulnérable, et qu’une attaque plus large de l’ensemble des biotechnologies pourrait infliger de sévères revers au système et à ses valeurs

9. Les radicaux n’ont pas encore attaqué efficacement les biotechnologies.

Certains radicaux s’en prennent bien aux biotechnologies, que ce soit politiquement ou matériellement, mais, pour autant que je sache, ils en restent au terrain des valeurs du système pour expliquer leur opposition. C’est à dire que leurs principales réclamations portent sur les risques environnementaux ou les menaces pour la santé.

En outre, ils ne frappent pas l’industrie des biotechnologies où ça fait mal. Pour recourir une nouvelle fois à une analogie avec un combat réel, supposons que vous ayez à vous défendre contre une pieuvre géante. Vous n’y parviendriez pas efficacement en coupant l’extrémité de ses tentacules. Il vous faudrait viser la tête.

De ce que j’ai lu sur leurs activités, je conclus que les radicaux qui s’occupent des biotechnologies en sont encore à essayer de découper l’extrémité des tentacules. Ils essaient de convaincre le tout venant des agriculteurs, individuellement, de s’abstenir de planter des semences génétiquement modifiées. Mais il y a des milliers et des milliers de fermes en Amérique, ce qui fait que cette tentative de persuasion individuelle est extrêmement inefficace pour combattre le génie génétique.

Il serait beaucoup plus fructueux de convaincre des chercheurs engagés dans les recherches de ce type, ou des cadres de compagnies comme Monsanto, d’abandonner l’industrie biotechnologique. Les bons chercheurs sont des gens qui ont des talents particuliers et une formation approfondie, ce qui les rend difficiles à remplacer. C’est la même chose pour les cadres supérieurs de ces entreprises. Persuader ne fût-ce qu’un très petit nombre de ces gens là de renoncer aux biotechnologies causerait un préjudice bien plus considérable à l’industrie des biotechnologies que de convaincre mille agriculteurs de ne pas utiliser de semences génétiquement modifiées.

10. Frapper là où ça fait mal.

On peut discuter pour savoir si j’ai raison de penser que les biotechnologies sont le meilleur sujet sur lequel on puisse attaquer politiquement le système. Mais que les radicaux gâchent aujourd’hui le plus clair de leur énergie sur des sujets qui ont peu ou pas d’importance pour la survie du système technologique ne mérite pas discussion. Même lorsqu’ils retiennent de bons sujets, les radicaux ne frappent pas où ça fait mal.

Aussi, au lieu de trottiner vers le prochain sommet mondial du commerce pour s’y étrangler de rage contre la globalisation, les radicaux feraient mieux de consacrer un peu de temps à réfléchir où frapper le système pour ça lui fasse vraiment mal. Par des moyens légaux, bien sûr.

Théodore Kaczynski

 

1. Entre guillemets dans le texte américain. Littéralement : ateliers à sueur. Ateliers de confection clandestins, ou employant de la main d’œuvre clandestine ou enfantine, ou ne respectant pas les normes sociales en vigueur.

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