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Javier Rodriguez Hidalgo, La critique anti-industrielle et son avenir, 2005

Ces dernières années, une critique que l’on peut qualifier d’anti-industrielle et anti-progressiste a connu une importante diffusion. Ses traits principaux sont : le rejet catégorique de l’idée de progrès ; un jugement critique à l’égard de ce qu’a représenté la modernité ; une complète remise en question des potentialités libératrices de la technologie ; la constatation du fait qu’un désastre écologique et humain est en cours ; la contestation du caractère prétendument neutre de la technique. Même si la présente esquisse est trop générique, je vais essayer de montrer sous quelle forme cette critique radicale s’est récemment répandue en Espagne, d’abord grâce à des traductions de textes étrangers (qui ont été les premiers à avoir exposé cette critique avec une certaine cohérence), puis à travers des variantes autochtones ; à la suite de quoi je passerai en revue les objections le plus couramment soulevées contre ces idées, et j’exprimerai mes propres critiques. Je ne dissimule pas, pour éviter des reproches a posteriori, que je suis d’accord, pour l’essentiel, avec cette critique anti-industrielle.

Pour diverses raisons, je ne traiterai pas ici du primitivisme. Ce qu’on appelle la « critique anti-civilisation » ou « anti-domination » ne sera pas traitée dans cet article. Je signale enfin que je ne compte parler que des formulations théoriques les plus élaborées, car une critique du développement, voire du progrès, avait déjà été ébauchée (par exemple) au Pays basque pendant les luttes contre l’autoroute de Leizarán, il y a plus de quinze ans.

 

I

Theodore J. Kaczynski, plus connu sous le nom d’« Unabomber », a rendu publique sa critique de la société industrielle dans des circonstances très particulières [1]. Peu avant son arrestation le 13 avril 1995, il réussit à faire en sorte que deux des quotidiens les plus importants des États-Unis publient l’intégralité de son manifeste, intitulé La Société industrielle et son avenir, sous la signature du « Club de la Liberté » (Freedom Club). L’impact médiatique de la capture de Kaczynski aida énormément à diffuser ses thèses sur l’évolution de la société techno-industrielle, mais elle les desservit en les assimilant aux délires d’un tueur fou. En substance, Kaczynski dit que la société industrielle, obèse, aveugle et entravée par ses habitudes, court au désastre, et que les radicaux devraient mettre à profit l’occasion qu’offrira l’effondrement du système pour reconstruire une société plus humaine, fondée sur des communautés restreintes et sur un niveau de développement technique accessible, non hiérarchisé et dépourvu de division excessive du travail. Il écarte toute possibilité de réforme du système et récuse l’idée selon laquelle il pourrait y avoir des technologies émancipatrices. Ces réflexions sont accompagnées d’une impitoyable attaque du gauchisme et du progressisme, et de quelques observations sur la technique en général. Pour Kaczynski, la seule lutte prioritaire doit être celle qui vise à détruire le système industriel. Toutes les autres sont insignifiantes comparées à celle-ci.

Le Manifeste d’Unabomber, comme on l’appelle généralement, a beaucoup circulé depuis lors [2]. Son principal mérite est de présenter les choses avec une sorte d’innocence véritablement inouïe dans la critique sociale, généralement encline au conformisme militant ou à l’auto-indulgence. Son principal défaut est de paraître croire aux possibilités de salut que recèlerait l’écroulement de la société industrielle. Il n’en est pas moins clair que son manifeste a fait l’effet d’une bombe (pardon pour cette plaisanterie facile) dans le monde de la critique écologiste radicale, mise en demeure de rompre avec toutes les rêveries réformistes et de se doter d’une certaine cohérence théorique quant à l’état actuel de la société technologique.

Dans des textes ultérieurs, publiés au compte-gouttes, Kaczynski a insisté sur les idées fondamentales de La Société industrielle et son avenir. Il en vient parfois à se montrer partisan d’abolir non seulement le système techno-industriel, mais aussi la civilisation dans son ensemble, ce qui a facilité l’adoption de son discours par certains primitivistes.

La critique élaborée à Paris par l’Encyclopédie des Nuisances (EdN) a emprunté un chemin beaucoup plus lent et silencieux. L’EdN a débuté en 1984 comme un collectif éditant la revue du même nom. Quinze fascicules ont paru jusqu’en 1992, les treize premiers ayant vu le jour avant 1989. Par la suite, les Editions de l’Encyclopédie des Nuisances, fondées en 1993, ont fait paraître une vingtaine de livres (dont une traduction française du manifeste de Kaczynski), approfondissant les éléments de critique antiprogressiste déjà présents dans la revue. En Espagne, l’EdN n’a commencé à être connue qu’à partir de 1997, avec la traduction de plusieurs livres. Elle a gagné en influence depuis quelques années, de façon directe (à travers ses propres écrits) ou indirecte (grâce à la contribution de groupes autochtones dont il sera question plus loin).

Pour bien comprendre les idées de l’EdN, il faut savoir que le terme « nuisances » ne désigne pas seulement les conséquences de la vie moderne (contamination, bruit, etc.), mais l’ensemble des dégâts qu’un système social concret, le capitalisme industriel, inflige aux êtres humains. Le travail salarié, par exemple, est l’un des effets nocifs de ce système.

La critique de l’EdN a pour cible la modernité, et ici le mot « critique » ne doit pas être entendu comme synonyme d’attaque, mais comme intention de mettre à distance et dévoiler une réalité. A la manière d’Adorno et Horkheimer dans La Dialectique de la Raison, les « encyclopédistes » ne nient pas que le projet transformateur de la modernité, énoncé et promu au siècle des Lumières, comportait un aspect émancipateur, mais ils en soulignent également le côté pervers : l’ardeur rationalisatrice et quantificatrice, l’idéologie du progrès, le mépris envers la tradition, ainsi que certaines illusions héritées des époques antérieures. Ils constatent que c’est ce côté-là de la modernité qui a fini par s’imposer et qui préside, en rencontrant de moins en moins d’opposition, aux destinées de l’humanité. Le problème est que le système totalitaire qui s’est construit tout au long du XIXe et du XXe siècle, en partie dérivé du projet des Lumières, et qui peut être considéré comme définitivement « lancé » à partir de la Deuxième Guerre mondiale, gouverne en despote solitaire et fait table rase de tout ce qui l’a précédé, y compris les savoirs et les capacités humaines qui permettaient de concevoir un monde plus juste et moins aberrant. La technicisation et la marchandisation de plus en plus poussées de toutes les sphères de la vie humaine, aussi bien sociale que personnelle, font croire que ce processus est irréversible. De la même façon, l’EdN dénonce toute espérance de libération technologique (à commencer par l’informatique) comme un deus ex machina irréel, une mystification contribuant à faire accepter les contraintes du système. Elle critique également l’idée selon laquelle l’industrie serait quelque chose de neutre, un simple outil qui n’aurait qu’à changer de mains pour cesser d’être un instrument de torture et devenir un moyen de libération.

Selon l’EdN, les êtres humains de notre époque sont plus réticents que jamais à l’idée même d’émancipation. La perte des savoirs traditionnels, remplacés par des succédanés sous la forme de marchandises ou de services, rend la tâche de transformer la société beaucoup plus difficile. En effet, il ne reste plus grand- chose qui mérite d’être autogéré : du langage à la cuisine populaire, tout est affecté par la dégradation industrielle ; mais la plus grande réussite de ce système est d’avoir su se rendre désirable à ceux qu’il domine. Face à cela, même l’effondrement en cours n’est pas de bon augure quant à d’éventuelles possibilités de libération. Dans un livre publié par l’EdN en l’an 2000, significativement intitulé Après l’effondrement, Jean-Marc Mandosio écrivait à propos de la thèse de Jacques Ellul sur l’écroulement du système industriel :

« Voilà bien longtemps que nous nous trouvons dans « un énorme désordre mondial » où la contradiction et le désarroi sont devenus la norme, sans que cela signifie pour autant la fin du « système technicien ». La multiplication des crises locales et du chaos à grande échelle renforce, paradoxalement, la cohérence du système dans son ensemble, qui se nourrit du désarroi et de la contradiction, où il puise de nouvelles forces pour s’étendre et se perfectionner, approfondissant toujours davantage l’aliénation de l’individu et la destruction du milieu environnant. Ceux qui attendent que la société industrielle s’effondre autour d’eux risquent bien davantage d’avoir à subir leur propre effondrement, car cet effondrement, qui est déjà presque achevé, n’est pas celui du « système technicien », mais de la conscience humaine et des conditions objectives qui la rendent possible. » (p. 204)

Nous avons ici la clé du désastre qui se produit partout et dont, selon l’EdN, nous ne devons attendre aucune garantie d’une transformation positive : le système industriel entraîne avec lui cette sensibilité humaine qui pourrait juger mauvais l’état de choses existant. Là est l’authentique catastrophe. À la différence des primitivistes, qui paraissent s’enthousiasmer de la possibilité d’un cataclysme à l’échelle mondiale (plus il sera dévastateur, mieux ce sera), les encyclopédistes récusent « la satisfaction non dissimulée avec laquelle [certains théoriciens] parlent de crise, d’effondrement, d’agonie, comme s’ils possédaient quelque assurance spéciale sur l’issue d’un processus dont tout le monde attend qu’il en vienne enfin à un résultat décisif » [3]

II

Au sud des Pyrénées aussi se sont manifestés des essais d’approfondissement de la critique anti-industrielle. Je n’en évoquerai que deux : Maldeojo et Los Amigos de Ludd, car ce sont ceux qui ont tenté d’apporter une contribution nouvelle à cette critique – même s’il faut également souligner le travail des éditions Alikornio, qui ont publié plusieurs livres importants dans cette veine [4].

Le premier numéro de Maldeojo [« Mauvais Œil »] parut en juin 2000 et fut suivi d’un deuxième (et dernier) en avril 2001. Outre des traductions de textes de l’EdN et de ses épigones, on note dans cette publication une tentative de pousser plus loin cette critique de la technologie, qui s’applique à Internet, à la télévision ou aux biotechnologies. Il est regrettable que l’ensemble soit alourdi par un ton exagérément « pro-situ », qui devient déconcertant dans le n°2 de la revue, où dans les mêmes pages cohabitent Debord et les parrains de l’idéologie italienne (Virno, Negri et consorts). Le naufrage de cette expérience peut néanmoins nous alerter sur les risques d’implantation possible d’une mode « anti-industrialiste » : certains des rédacteurs de cette revue qui voulait exprimer une « critique de la domination technologique » plaident désormais pour la création de « soviets du cognitariat » (sic) qui transformeront le monde grâce – cela va sans dire – à l’informatique.

En décembre 2001 parut le n°1 de Los Amigos de Ludd, première revue espagnole à se présenter comme spécifiquement anti-industrielle [5]. Non contents de traduire des textes d’auteurs étrangers (principalement français, comme ceux de l’EdN), les « amis de Ludd » ont publié leurs propres idées sur la société industrielle. Presque dès le début, ils ont insisté, à l’instar de l’EdN, sur la nécessité d’une critique radicale du système actuel et des protestations citoyennistes, ce qui les a amenés, par exemple, à s’opposer vigoureusement au discours de la plateforme « Nunca máis » [« Plus jamais ça »] [6], considérant qu’en réalité elle contribuait à respecter la dictature du pétrole. Il leur est arrivé de défendre les défuntes communautés rurales de la péninsule ibérique comme moins aliénées et plus libres que la société moderne, ce qui leur a valu d’être qualifiés de « marxistes attardés, défenseurs inconditionnels de la paysannerie préindustrielle ». Un tel jugement est injustifié, car les rédacteurs de la revue ont souvent insisté, d’une part, sur la critique des idées de Marx et, d’autre part, sur le fait que la référence au mode de vie de la population paysanne n’est pas une mythification du passé, mais qu’il s’agit au contraire d’essayer de comprendre ce qu’était ce monde qui, en disparaissant, a emporté avec lui la possibilité de condamner ce qui l’a remplacé.

Un aspect des thèses soutenues par les « amis de Ludd » qu’il faut souligner est leur opposition frontale à ce qu’ils appellent les « illusions activistes », avec au premier chef la variante hacker [7]. Tout en revendiquant clairement l’action directe et le sabotage comme moyens de lutte, ils paraissent avant tout partisans de dissiper les illusions idéologiques du présent pour savoir quand et comment agir, puisque les forces des gens réellement intéressés par un changement social sont maigres et doivent être employées avec intelligence. Il est évident que les « amis de Ludd » croient que personne ne peut s’octroyer le luxe de frapper à l’aveuglette dans une situation aussi délicate que celle où nous nous trouvons.

III

Maintenant que nous avons vu comment la critique anti-progressiste s’est diffusée en Espagne, nous devons nous demander dans quelle situation elle se trouve aujourd’hui, et quelles objections lui ont été faites jusqu’à présent.

En premier lieu, comme on pouvait s’y attendre, les plus réfractaires à ces idées sont les tenants de l’ultra-gauche, qu’ils soient issus du marxisme ou de l’anarchisme. Pour eux, la révolution n’est rien d’autre qu’un projet qui est toujours à reprendre depuis le début, et nier la possibilité qu’elle puisse éclater à tout moment leur apparaît comme un crime de lèse-humanité. Parler de « société industrielle » au lieu de « société capitaliste » est à leurs yeux un recul. Que la société industrielle, en revanche, détruise les bases matérielles qui permettraient une réappropriation ultérieure de l’existant ne semble pas les affecter le moins du monde, alors qu’ils continuent de croire que les luttes actuelles doivent déboucher sur l’autogestion généralisée, etc. Comme toujours, derrière ces reproches il y a, explicitement ou non, l’idée selon laquelle le développement technique d’une société est un processus neutre ou, à la rigueur, exclusivement subordonné aux intérêts de la classe au pouvoir ; il suffira alors que les conseils ouvriers (ou la « multitude ») prennent en charge la situation pour que la technique puisse être gérée sous une forme rationnelle, etc. On pourrait répondre à cela que la société industrielle ne tolère qu’une marge de gestion très étroite. Par exemple, la bureaucratie proliférante n’est pas une simple excroissance de la société moderne, mais un élément essentiel de son fonctionnement ; pour ne rien dire du fait que le processus actuel de division du travail crée un type d’êtres humains qui ne savent pratiquement rien faire en dehors d’un domaine de travail extrêmement réduit, si bien qu’ils n’auront guère que la capacité d’« autogérer» leurs propres activités… qui dans la majorité des cas ne peuvent exister que dans le cadre d’une société capitaliste.

Enfin, peu importe aux marxistes, en dépit de leur fétichisation de l’Histoire, que Marx et Engels aient écrit dans L’Idéologie allemande que « les individus du temps présent doivent abolir la propriété privée, parce que les forces productives et les formes de commerce se sont déployées à tel point qu’elles sont devenues, sous l’emprise de la propriété privée, des forces destructrices » [8]. Cent soixante ans ont passé depuis que ces lignes ont été écrites, mais pour les marxistes de tout poil cela ne change rien : une fois découverte la pierre philosophale de la critique sociale, c’est-à-dire le fait que nous vivons dans une société capitaliste (ou spectaculaire- marchande), on a fait le tour de la question.

Par ailleurs, certains s’obstinent inlassablement à sauver la téléologie de Marx et persistent à croire que le « développement des forces productives » crée toujours, ici ou là, les conditions qui permettent une rupture avec l’existant : habituellement, le mérite en revient bien sûr à l’informatique. D’où la prolifération d’un véritable courant de pensée universitaire (dont les têtes pensantes les plus visibles sont Antonio Negri et Paolo Virno), qui continue d’appliquer au pied de la lettre le principe du Manifeste communiste selon lequel « les armes dont la bourgeoisie s’est servie […] se retournent à présent contre la bourgeoisie elle-même » [9], etc. L’arme est dans ce cas précis l’informatique, avatar postmoderne du général intellect marxien.

En ce qui concerne les anarchistes, on peut tenir un discours à peu près analogue. J’en veux pour preuve le fait qu’ils ne prennent en considération qu’un seul aspect de la question de l’oppression technologique, à savoir : l’augmentation du contrôle social que permettent les nouvelles techniques de surveillance. La domination exercée sur nos vies par le développement technique se réduit dès lors aux caméras de vidéo-surveillance, au programme Echelon [10], à l’infiltration des télécommunications, etc. Ils semblent ne pas voir le reste des soumissions à la machinerie industrielle qui donnent forme à la quasi-totalité de notre vie quotidienne, à commencer par l’omniprésence de l’informatique, que sa présumée immatérialité rend d’autant plus insidieuse [11].

(On ne peut faire moins que d’attirer l’attention, au passage, sur le fait incontestable que la critique écologique n’est pas née dans les milieux anarchistes ou marxistes, aussi imprégnés les uns que les autres, dans leur majorité, par le mythe du progrès, mais dans des milieux qui, beaucoup plus timorés politiquement, étaient plus sobres dans leur vision du monde, comme le biorégionalisme, par exemple, et d’autres courants écologistes des années cinquante et soixante.)

En second lieu, il existe une façon de récupérer la critique des dégâts infligés par l’industrialisme en la réduisant à « un autre front de lutte ». Pour beaucoup de gens, la dévastation causée par le capitalisme industriel n’est qu’une strophe de plus à ajouter à la litanie des griefs contre le Système : non au fascisme, non au racisme, non au patriarcat, non à la contamination, etc. Le saut irréversible accompli par cette société est ainsi réduit à n’être qu’une excuse de plus pour justifier le victimisme. Inutile de dire que cette vision aide grandement à dissimuler les ravages de l’ultramodernité ; voir par exemple l’infâme analogie qu’ont établie les hackers entre la « brevetabilité du vivant » et la « brevetabilité des logiciels », comme si les deux choses étaient comparables.

Une autre objection, beaucoup plus honnête que les précédentes, couramment soulevée contre la critique anti-progressiste, est qu’elle ne paraît pas très attirante à cause de son pessimisme. En réalité, plus que d’une attitude pessimiste, il faudrait parler d’une réalité oppressive : qualifier les « amis de Ludd » d’oiseaux de malheur, comme on le fait souvent, revient à vouloir tuer le messager. Je reviendrai plus loin sur la question des « illusions nécessaires » évoquée dans un livre publié par l’EdN ; pour le reste, j’ai l’impression que la critique anti-progressiste aurait des choses à dire à ce sujet. Il semble qu’elle n’ait pas encore achevé son développement, car il lui reste à accomplir un travail de démolition (d’idées solidement installées) qui est très loin d’avoir atteint son terme. L’intérêt de cette critique réside justement dans le refus de fournir un slogan démagogique, une recette résumable en quatre mots pour gagner des prosélytes. Pour le moment il est nécessaire d’essayer de dépasser les approches manichéennes ou victimistes et d’en appeler à la raison des gens plutôt qu’à leur estomac.

Je vais maintenant énumérer quelques-unes des objections qu’il me faut envisager quant à l’opportunité de cette critique anti-industrielle. Il est évident, tout d’abord, qu’elle ne va pas tarder à rencontrer sa limite. En effet, puisque son analyse part du constat qu’il n’existe aujourd’hui aucun sujet révolutionnaire, et que les circonstances rendent toujours plus difficile qu’un tel sujet puisse se constituer (et, bien sûr, rien ne laisse penser que cette tendance doive s’inverser dans un proche avenir), il est nécessaire de se demander : que faire, alors ? En dehors de l’initiative individuelle, où il revient à chacun de voir ce qu’il peut entreprendre pour conserver un minimum d’hygiène mentale dans les limites concédées par la camisole de force industrielle, quel espace reste-t-il pour l’activité politique ?

Selon Kaczynski, la prise de conscience qui peut naître entre le moment présent et la survenue du « désastre » sera décisive pour un futur changement social. Mais cette attente d’une catastrophe (sociale, écologique, humaine) ressemble à une nouvelle variante de l’idée déterministe de la « lutte finale » que l’on trouvait dans l’ancien mouvement ouvrier.

Au contraire, René Riesel, dans Du progrès dans la domestication [12] considère que « des occasions inattendues de renverser le cours des choses, ne serait-ce que le temps d’un éclair, restent toujours envisageables dans un système si imprévisible pour lui- même. La liberté de briser l’enfermement industriel reste la seule expérience qui vaille d’être tentée. » (Il n’est pas inutile de signaler que Riesel a passé plusieurs mois en prison il n’y a pas très longtemps pour avoir participé à des actions de sabotage de produits transgéniques.)

Cela dit, force est de constater que le terme « société industrielle » est assez ambigu : à partir de quel moment peut- on dire que nous sommes entrés dans une société de ce genre ? Il est difficile de proposer une date ; dans ses « Notes sur le Manifeste contre le travail » [13], Jaime Semprun dit qu’« il faut admettre qu’un seuil historique a été franchi au cours du XXe siècle, disons entre Hiroshima et Tchernobyl », et Riesel pense qu’« Auschwitz et Hiroshima peuvent être considérés à la fois comme un résultat, une matrice et une clé de compréhension des bénéfices du développement techno-économique » [14]. Nous pouvons donc supposer (toujours à partir d’observations telles que celles-ci, car aucun de ces critiques n’en a proposé une définition stricte) que la société industrielle ne s’est pas instaurée au début du XIXe siècle avec ce qu’on a coutume d’appeler la « révolution industrielle », mais qu’elle a dû attendre le XXe siècle pour se consolider ; non seulement en développant les bases matérielles qui lui ont permis de se perpétuer en tant que système exclusif – c’est-à-dire en détruisant les modes de vie préindustriels qui, selon Riesel, permettaient de « suivre des chemins autres que ceux imposés par le développement industriel » [15] –, mais aussi en modelant, parallèlement, les êtres humains qui vivent en son sein. Si c’est bien le cas, la conclusion inévitable qui s’impose est que la critique de ce système arrive trop tard ; même maintenant, les voix des « Cassandre logiques » qui nous avaient prévenus qu’il n’y a pas d’émancipation possible dans le cadre de la société industrielle ne sont guère écoutées [16] – et ces voix ne provenaient pas, à quelques rares exceptions près, de milieux « radicaux ».

Il n’en reste pas moins que le concept même de « société industrielle » pose quelques problèmes. Jacques Ellul, une des références fondamentales de la critique anti-progressiste [17], le récusait parce qu’il le trouvait « inadéquat » et dépourvu de sens. Il est bien évident qu’à une réalité si difficile à définir on ne peut opposer un discours théorique entièrement cohérent : dans « Le fantôme de la théorie », Semprun considère qu’il n’existe aujourd’hui aucune théorie critique capable d’indiquer des « points d’application » sur lesquels agir. Dans ces conditions, la suggestion (formulée par Riesel) de « renouer avec le processus historique de l’humanisation » paraît un peu abstraite. Cette notion d’« humanisation » mérite d’être précisée [18]. Quand Semprun écrit que « l’humanisation commencée est restée inachevée, et ses acquis fragiles se défont » [19], il est évident qu’il n’a plus en tête le projet révolutionnaire d’une société sans classes mais quelque chose de plus élémentaire : le rétablissement des conditions minimales qui rendraient possible un changement ultérieur, ce qui ne pourra se faire sans passer préalablement par une époque traumatique, dans laquelle nous nous trouvons déjà. Mandosio, par ailleurs, reconnaît que l’objectif de la désindustrialisation est « fort vague » [20].

Ainsi, cette critique du progrès (ou des conceptions du progrès, car il y en a plus d’une) oblige à réviser bon nombre d’idées tenues pour acquises jusqu’à présent. La philosophie de l’histoire de Marx, héritière de celle de Hegel, établissait une progression de l’histoire humaine divisée en préhistoire, société esclavagiste, société féodale, société capitaliste et société communiste. Si nous admettons que le capitalisme a détruit toutes les voies d’accès à cette société sans classes, le schéma ne fonctionne plus. Notons-le, ce schéma – également accepté, dans son ensemble, par l’anarchisme – était cohérent : par conséquent, si nous retirons la « brique progressiste » de l’édifice de la critique révolutionnaire « classique », marquée de façon plus ou moins explicite par le fameux « matérialisme historique », c’est toute la construction qui s’écroule [21]. Cela est-il souhaitable ? Je réponds catégoriquement : oui.

Pour le moment, la critique du progrès réussit à poser les bonnes questions, mais ne devrait en aucun cas aspirer à un simple accroissement quantitatif. Il ne s’agit pas d’inaugurer une mode de l’anti-industrialisme, mais d’établir une poignée de vérités pouvant servir à s’orienter face à ce qui vient, et qui est imprévisible. Dans son épilogue, écrit en 2004, à l’« Histoire de dix ans » (1974-1984) de l’EdN [22], Miguel Amorós, qui avait été membre dudit collectif, dit que « ce qui est maintenant urgent, ce sont les tactiques de résistance immédiate, la circulation des idées, la sauvegarde du débat public, les pratiques de solidarité effective, l’affirmation de la volonté subversive, la préservation de la dignité personnelle, la rupture avec le monde de la marchandise, le maintien d’un minimum de langage critique autonome… » [23]. Mais en tant que programme, ce mélange d’activités personnelles et d’actions plus politiques est décidément ambigu.

Au départ, l’EdN attribuait à la résistance aux nuisances une fonction plus importante que celle qu’elle a réellement eu ; l’expérience a montré que les luttes de ce genre n’ont presque jamais réussi à sortir du cadre des revendications concrètes qui leur avait donné naissance. On peut imputer cet échec à l’époque, mais alors il était sans doute erroné de trop espérer des possibilités de ces luttes « contre les nuisances ». L’EdN, qui était partie de la critique formulée par l’Internationale situationniste dans sa phase finale – « les prémices du dépassement de l’économie ne sont pas seulement mûres : elles ont commencé à pourrir » ; « la pollution et le prolétariat sont aujourd’hui les deux côtés concrets de la critique de l’économie politique » [24]–, voyait sans doute dans la lutte contre les nuisances la nouvelle nécessité historique qui allait régir les combats futurs contre la domination. Quoi qu’il en soit, avec la perspective avantageuse qu’apporte le recul, nous voyons qu’il n’en a pas été ainsi : ce système a fait de la dévastation la norme, et il a créé un genre d’humanité qui n’aspire qu’à s’y adapter. Il se peut qu’Ulrich Beck ait eu raison quand il disait, dans La Société du risque, que l’extension généralisée des nuisances industrielles « n’engendre pas d’unité sociale qui serait visible pour soi et pour les autres, rien qui puisse s’organiser en couche sociale, en groupe ou en classe » [25].

IV

Venons-en au thème central du présent article : cette critique a-t-elle un avenir ? On l’a souvent accusée d’être un « défaitisme éclairé ». Quand ce reproche est de bonne foi, il n’est pas tout à fait dépourvu de fondement, en ce sens que la critique anti-progressiste ne s’appuie pas sur une vision théorique unitaire et positive de critique sociale. Néanmoins, dans la destruction en cours de tout ce qui permettait une possibilité de changement social, maintenir vivant le langage de la critique n’est pas une mince affaire – et la perspective d’assister à l’effondrement du système industriel n’est, il faut le reconnaître, qu’une maigre consolation.

Rappelons qu’une des thèses fondamentales des « anti-industriels » est que la société actuelle a réduit presque à néant les possibilités d’intervention politique [26]. Ils envisagent donc un repli ou un réarmement, ce qui ne veut pas dire rester chez soi les bras croisés, mais résister aux chants des sirènes de l’activisme spectaculaire et se consacrer à une réappropriation des savoirs balayés par le capitalisme [27], ou participer à des luttes concrètes quand les conditions adéquates se présentent : je pense notamment au cas du Prestige, où, face à la marée triomphante de la plate-forme « Nunca máis », presque aucune voix ne s’est fermement élevée contre tant de naïveté ; on dira qu’il ne pouvait guère en être autrement, mais je ne le crois pas. Il me semble plutôt que les gens les plus conscients n’osèrent pas défier l’idée majoritairement admise, selon laquelle il faudrait demander davantage d’efficacité dans la gestion technique des désastres industriels. Et je pourrais citer beaucoup d’autres exemples analogues.

Nous touchons ici à la limite dont il était question plus haut : Miguel Amorós affirme dans le texte déjà cité que, « dans le meilleur des cas, la critique révolutionnaire réussira et, dans le pire des cas, il reviendra au même qu’elle réussisse ou non » [28]. Il est incontestable que bien des pratiques qui se veulent subversives s’exposent au volontarisme : quelles que soient les conditions dans lesquelles elles se développent, elles délèguent toute possibilité de succès ou d’échec à l’élan activiste, avec les conséquences que l’on sait. De toute évidence, la critique anti-industrielle part du renoncement à l’idée de révolution ou, plus exactement, de la possibilité de révolution dans le moment présent. Croire qu’une révolution pourrait avoir lieu aujourd’hui, comme le font les « alter- mondialistes » les plus hallucinés, est assurément une idée réactionnaire.

Malgré tout, il est difficile qu’une telle attitude se révèle attrayante pour qui que ce soit. Dans un livre récent (Dans le chaudron du négatif), Mandosio parlait de l’illusion que représente la croyance selon laquelle il suffirait que la société industrielle change de mains pour qu’elle se mette au service des besoins humains, et disait que le désir d’universaliser les privilèges matériels que cette société n’offre aujourd’hui qu’à quelques-uns est l’un des piliers qui garantissent sa survie. Dans ces conditions, il est difficile qu’un changement social impliquant un renoncement aux commodités que la dévastation de l’environnement apporte à ces « quelques-uns » – dont, que nous le voulions ou non, nous faisons partie – en vienne à paraître désirable à beaucoup de gens. Et je ne parle pas ici de ces masses hébétées qui vont en voiture chez Ikea dépenser le peu qu’elles gagnent ; qui plus, qui moins, nous sommes tous prisonniers de la société industrielle : elle nous habille, nous distrait et nous remplit le ventre ; avec des ersatz, certes, mais en ayant détruit la possibilité de le faire autrement.

Il paraît très peu probable que la critique anti-industrielle parvienne à susciter l’enthousiasme si elle n’offre pas aussi une illusion à laquelle adhérer (c’est ce que fait le primitivisme, fabriquant à la mesure de chacun un « état de nature » qui permet de rêver) ; mais le problème est que le but visé par cette critique est précisément de démolir toutes les illusions. Le temps dira si la perspective de la désindustrialisation est une chimère de plus ou si elle possède quelque apparence de réalité.

Javier Rodriguez Hidalgo – juillet 2005.

Source : « La crítica anti-industrial y su futuro », revue Ekintza zuzena : aldizkari libertarioa [« Action directe : revue libertaire »] n° 33, juillet 2005.

Traduction Française : Jean-Marc Mandosio, revue Nouvelles de nulle part n°7-8, fascicule 2, décembre 2005.

Note bibliographique

Pour approfondir la question, en plus des textes déjà cités, voir :

  • Neil Postman, Technopoly : the surrender of culture to technology (1993) ;
  • Lewis Mumford, Technique et civilisation (1934) [trad. fr. : Paris, Éditions du Seuil, 1950] ;
  • Günther Anders, L’Obsolescence de l’homme: sur l’âme à l’époque de la deuxième révolution industrielle (1956) [trad. fr. : Paris, Encyclopédie des Nuisances, 2002] et Nous, fils d’Eichmann (1988) [trad. fr. : Paris, Rivages, 1999] ;
  • Jerry Mander, In the absence of the sacred : the failure of technology and the survival of Indian nations (1991).

[1] Plusieurs années durant, la presse américaine a désigné sous le nom d’« Unabomber » l’auteur de divers attentats, parfois mortels, perpétrés contre d’éminents représentants de la société technologique (informaticiens et autres). Après avoir fait connaître ses idées, Kaczynski finit par être arrêté dans la cabane où il menait une vie solitaire. Les journalistes le présentèrent alors comme une sorte d’Hannibal Lecter technophobe. [NdA] [Hannibal Lecter, dit « le Cannibale », est le tueur psychopathe mis en scène dans Le Silence des agneaux. NdT]

[2] Il existe deux traductions françaises de ce texte (Unabomber, Manifeste : L’Avenir de la société industrielle, trad. Jean-Marie Apostolidès, Monaco, Éditions du Rocher, 1996 ; Théodore Kaczynski, La Société industrielle et son avenir, trad. collective, Paris, Encyclopédie des Nuisances, 1998). [NdT]

[3] Jaime Semprun, « Le fantôme de la théorie », reproduit en annexe du livre de Réné Riesel et Jaime Semprun, Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable, éd. de l’Encyclopédie des Nuisances, 2008. [NdE]

[4] Une traduction de Against the megamachine : essays on Empire and its enemies [« Contre la mégamachine : essais sur l’Empire et ses ennemis »] (1999) de David Watson, ainsi que divers ouvrages consacrés à l’histoire des luddites. On peut également citer les textes de Miguel Amorôs, des revues comme Oxîgeno o barbarie, Ecotopîa, certains articles de la revue Salamandra et du défunt Ramôn Germinal. [NdA]

[5] Une anthologie des six premiers numéros (sur les neuf qui seront publiés) de cette revue a été publiée en français (Les Amis de Ludd : bulletin d’information anti-industriel, tome I, Paris, Petite Capitale, 2005 et tome II, Paris, La Lenteur, 2009). Rappelons que le « général Ludd » était le chef imaginaire de la révolte des luddites anglais, au début du XIXe siècle, contre le système industriel naissant. [NdT]

[6] « Plate-forme citoyenne » constituée à la suite de la catastrophe écologique provoquée par le pétrolier Prestige, échoué à proximité des côtes de Galice en novembre 2002. Voir le tract intitulé « Prestige : les secrets de l’adaptation moderne » (2003), dans Les Amis de Ludd, tome I, op. cit. [NdT]

[7] Voir « La sociedad red y nosotr@s, sus enemig@s » [« La société en réseau et nous, ses ennemi(e)s »], Ekintza zuzena, n° 31 (2004). [NdA]

[8] L’Idéologie allemande, III, 2, 22 («Le communisme comme tâche humaine »), trad. Maximilien Rubel et Louis Évrard (Karl Marx, Œuvres, t. III : Philosophie, Paris, Gallimard, 1982, p. 1321). [NdT]

[9] Manifeste communiste, I (« Bourgeois et prolétaires »), trad. Maximilien Rubel et Louis Évrard (Karl Marx, Œuvres, 1.1 : Économie, Paris, Gallimard, 1965, p. 168). [NdT]

[10] Réseau interétatique de surveillance des communications relayées par satellite, dont l’existence fut révélée en 1988. Voir Duncan Campbell, Surveillance électronique planétaire [2000], trad. fr. : Paris, Allia, 2001. [NdT]

[11] Sur ce point, voir du Groupe Marcuse, La liberté dans le coma, essai sur l’identification électronique et les motifs de s’y opposer, éd. La Lenteur, 2012. [NdE]

[12] Encyclopédie des Nuisances, 2003, p. 77-78. [NdT]

[13] Reproduit en annexe du livre de Réné Riesel et Jaime Semprun, Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable, éd. de l’Encyclopédie des Nuisances, 2008. [NdE]

[14] Du progrès dans la domestication, op. cit., p. 67. [NdT]

[15] « Réponses à un journaliste », dans René Riesel et al., Aveux complets des véritables mobiles du crime commis au CIRAD le 5 juin 1999, suivis de divers documents relatifs au procès de Montpellier, Paris, Encyclopédie des Nuisances, 2001, p. 43. [NdT]

[16] Cf. Jean-Marc Mandosio, Dans le chaudron du négatif, Paris, Encyclopédie des Nuisances, 2003, p. 116. [NdT]

[17] Kaczynski dit avoir été absolument enthousiasmé par La Technique ou l’enjeu du siècle (1960), qu’il avait lu au début des années soixante-dix. [NdA]

[18] La première partie du Mythe de la machine de Lewis Mumford [La Technologie et le développement humain (1967, trad. fr. : Paris, Éditions du Seuil, 1973)] contient ce qui reste sans doute le meilleur essai de définition du concept d’« humanisation ». [NdA] [Voir également, du même auteur, Les Transformations de l’homme (1956), trad. Fr. : Encyclopédie des Nuisances, 2008. NdT]

[19] Jaime Semprun, L’Abîme se repeuple, Paris, Encyclopédie des Nuisances, 1997, p. 84. [NdT]

[20] Dans le chaudron du négatif, op. cit., p. 118.

[21] À moins qu’on ne veuille voir dans la catastrophe actuelle la réalisation d’une idée énigmatique du Manifeste communiste [op. cit., I, p. 162] que Marx et Engels n’ont jamais réévoquée, à savoir : que la lutte de classes peut s’achever « soit par une transformation révolutionnaire de la société tout entière, soit par la ruine des diverses classes en lutte », cette fois au sens très littéral. De fait, l’EdN, à la suite d’Hannah Arendt, parle de la dissolution des classes sociales dans les masses. [NdA]

[22] « Histoire de dix ans: esquisse d’un tableau historique des progrès de l’aliénation sociale », Encyclopédie des Nuisances, n° 2 (février 1985). [NdT]

[23] Miguel Amorós, « Postfacio », dans Historia de diez anos : esbozo para un cuadro histôrico de los progresos de la alienaciôn social, Madrid, Klinamen, 2005, p. 81. [NdA]

[24] La Véritable scission dans l’Internationale (1972), «Thèses sur l’Internationale situationniste et son temps », § 8 et 17. [NdT]

[25] Ulrich Beck, La Société du risque : sur la voie d’une autre modernité [1986], trad. Laure Bernardi [2001], Paris, Flammarion, 2003, p. 95 (I, 2, 1 : « Une paupérisation civilisationnelle ? »). [NdT]

[26] « La formidable organisation technique de la société actuelle empêche qu’une mise en marche révolutionnaire puisse se produire », lit-on dans « El final de una época » [« La fin d’une époque »] (Los Amigos de Ludd, n° 7, juin 2004). Ce texte fait écho à l’article intitulé « Le commencement d’une époque », sur lequel s’ouvrait le dernier numéro de la revue Internationale situationniste [n° 12, 1969], consacré aux événements de mai 1968. [NdA]

[27] Sur ce sujet, voir : Bertrand Louart, Introduction à la réappropriation, 1999. [NdE]

[28] « Postfacio », dans Historia de diez ahos, op. cit., p. 81. [NdA]

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