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Laurent Loison, le darwinisme sans la biologie

Laurent Loison est historien des sciences et plus particulièrement de la biologie. Il s’est attaché à faire l’histoire du néo-lamarckisme en France – c’est le sujet de sa thèse de doctorat, Les notions de plasticité et d’hérédité chez les néolamarckiens français (1879-1946), Eléments pour une histoire du transformisme en France, Université de Nantes, 2008 [1], dont il a tiré l’ouvrage Qu’est-ce que le néolamackisme ? Les biologistes français et la question de l’évolution des espèces, 1870-1940, éd. Vuibert, 2010.

Pour autant, il reste résolument darwinien, et le texte que nous reproduisons ci-après a le mérite de nous en donner explicitement les raisons, et cela d’autant plus clairement qu’il procède par comparaison avec les idées de Lamarck. Ce faisant, probablement sans le vouloir ni s’en rendre compte, l’auteur vend la mèche du darwinisme : il expose en pleine lumière son incohérence et son manque de fondement scientifiques.

Retour sur Lamarck

Mais pour commencer, revenons rapidement sur « Les thèses propres de Lamarck », puisque Loison, malgré son souci louable des les restituer, semble néanmoins avoir du mal à les résumer et à en articuler correctement les différents éléments.

Lamarck cherchait à comprendre les êtres vivants en tant que phénomènes physiques, et c’est pourquoi il invente la biologie – le terme et la discipline scientifique – l’étude des êtres vivants dans leur spécificité. Lamarck commence donc par élaborer une théorie de l’être vivant pour expliquer l’organisation particulière des êtres vivants, qui diffère radicalement de celle des objets inanimés (et des machines ajouterons-nous, bien que Lamarck n’examine pas cette question). Comme le résume Loison :

« L’organisme est compris comme un système de fluides contenus circulant à l’intérieur de parties contenantes. La circulation développe l’organisation, qui permet à son tour une meilleure circulation, et ainsi de suite. C’est donc par l’acte même de vivre que le vivant se transforme, de manière nécessaire, automatique, donc prédictible. »

On ne suivra pas Loison sur ce dernier point : que l’organisation de l’être vivant se transforme de manière « nécessaire » n’implique nullement que ce soit de manière « automatique » et moins encore « prédictible », comme dans le cas d’une machine ; Loison reste ici dans l’optique d’une causalité linéaire propre aux phénomènes physiques simples qui n’a pas lieu d’être chez les phénomènes physiques hyper-complexes de la biologie où la causalité circulaire, le permanent retour des phénomènes sur eux-mêmes, rend caduque toute prétention à réduire le vivant à une machine « automatique » au comportement « prédictible ». Ce que l’on appelle en physique le chaos déterministe, où de petites perturbations sont amplifiées par la répétition du même phénomène jusqu’à changer complètement le régime d’un système, est là pour l’illustrer.

La théorie de l’évolution de Lamarck qui découle, en quelque sorte logiquement, de sa théorie de l’être vivant est constituée de deux tendances étroitement imbriquées, à la fois complémentaires et opposées dans leurs effets :

1.       Une tendance à la complexification de l’organisation sous l’effet de la dynamique interne des êtres vivants qui amène des innovations physiologiques et fait acquérir aux organismes des facultés plus éminentes, de nouvelles fonctions et des organes différenciés.

2.       Une tendance à la diversification des formes sous l’effet des circonstances que rencontrent les êtres vivants que l’on a tendance à interpréter en termes d’adaptation au milieu (terme que Lamarck n’emploie pas), mais qui est en réalité plus complexe que cela.

Bien que Lamarck ne le l’expose pas explicitement en ces termes, sa théorie fait de l’être vivant non un objet ou une machine, mais bien un être de relation, et dans le cours de l’évolution la complexification de l’organisation correspond au développement de relations toujours plus riches et complexes avec le milieu et la diversification des formes est essentiellement le produit de la relation subjective de l’être à son milieu (à travers ses besoins, ses habitudes, etc.) [2].

La suite graduelle qu’il voit se déployer au cours de l’histoire du vivant, bien qu’il la qualifie « progrès dans l’organisation » et de « perfectionnement des organismes » n’est pas le fait d’une tension vers une fin idéale ou d’une augmentation des performances ou encore d’une meilleure adaptation au milieu, comme on a trop tendance à l’interpréter en projetant sur ces termes, effectivement ambigus, un jugement de valeur inspirée par l’analogie avec le progrès technique. Si, pour Lamarck, l’être humain est le sommet de l’évolution, ce n’est pas (seulement) en vertu d’une « vision anthropocentriste » ou d’un « ordre naturel » voulu par Dieu, mais bien parce qu’il reconnaît à l’être humain, grâce à ses « facultés plus éminentes » la capacité d’entrer en relation avec son milieu comme aucune autre espèce n’a pu jusqu’à maintenant le faire [3].

C’est là un point qu’il importe de bien comprendre pour ne pas se méprendre sur la théorie de Lamarck : elle repose toute entière sur la reconnaissance de la spécificité de l’être vivant par rapport aux objets inanimé et aux machines.

Mais revenons à Loison :

« L’unité évolutive, pour le lamarckien, est l’organisme individuel et vivant. […] La totalité du processus évolutif est en droit réductible aux événements physiologiques qui se déroulent durant les vies individuelles des organismes. C’est encore une fois, comme chez Lamarck, dans l’acte même de vivre que les organismes se transforment. »

Il n’est pas sûr que ce soit réellement l’organisme individuel qui importe aux yeux de Lamarck [4], mais il est certain que c’est la dynamique interne propre aux êtres vivants et à eux seuls qui se déploie dans « l’acte même de vivre », qui est en fin de compte le principal moteur de l’évolution et que ce sont les « événements physiologiques », diversification et complexification, qui sont la manifestation la plus importante du changement évolutif. Pour Lamarck l’évolution semble d’ailleurs n’être que la prolongation du développement embryonnaire à travers les générations.

Surtout, chez Lamarck, l’existence de l’évolution est une nécessité théorique : si les êtres les plus simples peuvent apparaître par génération spontanée, ce n’est pas le cas des plus complexes ; pour passer des premiers aux seconds, il faut du temps, il faut que leur organisation se complexifie en acquérant de nouveaux organes et fonctions. Lamarck parvient ainsi à expliquer la présence actuelle d’êtres particulièrement complexes : ils sont des processus physico-chimiques qui ont fait l’objet d’une construction historique. Cette nécessité théorique de l’évolution pour l’explication des êtres vivants actuels n’est toujours pas comprise de la plupart des évolutionnistes, qui s’en remettent seulement à des preuves empiriques (fossiles, etc.).

C’est pourtant cette complexification qui constitue le contenu significatif de l’histoire naturelle : à travers les aléas et vicissitudes de l’histoire, se dessine néanmoins une logique du développement historique des relations de l’organisme avec le monde qui l’entoure ; développement physiologique et anatomique, nerveux, puis cognitif et enfin culturel [5].

Le tour de passe-passe darwinien

La perspective darwinienne est tout autre, comme Loison nous l’expose si bien avec son article. Qu’est-ce qu’un être vivant dans la perspective darwinienne ?

L’organisme individuel n’intéresse [pas l’évolutionniste darwinien] en tant qu’il est vivant, mais parce qu’il apparaît comme une collection de caractères héritables. […]

Ce qui donne prise à la sélection, ce sont donc prioritairement les variations individuelles : ce sont elles les entités sélectionnées. Ce sont en effet les caractères héritables qui permettent d’expliquer soit la meilleure viabilité des organismes, soit leur succès reproductif supérieur.

Mais bien que les variations constituent l’objet de la sélection, elles ne représentent pas pour autant le niveau auquel opère celle-ci. La sélection darwinienne classique opère en effet presque exclusivement à l’échelle des organismes individuels : ce sont leurs interactions compétitives qui constituent la cause de la sélection.

Enfin, bien que la sélection agisse causalement à l’échelle des organismes individuels, ses conséquences évolutives se font sentir à un troisième niveau hiérarchique, celui de la population. Ce qui évolue par sélection naturelle, c’est exclusivement la population et jamais l’organisme individuel. […]

Dans les modèles de génétique des populations, les coefficients sélectifs sont appliqués à des génotypes, et conduisent à la transformation allélique des populations.

Si l’on comprend bien le tour de passe-passe du joueur de bonneteau darwinien, l’organisme n’est qu’une collection de caractères héritables dont la variabilité détermine en plus ou en moins la survie et la reproduction des plus aptes dans les circonstances de la lutte pour la vie. Mais la survie d’un organisme ne dépend pas que d’un seul de ces caractères, puisque c’est l’organisme en tant que totalité, et donc la collection de ces caractères en son ensemble, qui est l’objet de la sélection. Par conséquent, c’est seulement au niveau de la population, comme recollection statistique de ces caractères, que le darwinisme, à travers la génétique des populations, peut constater l’évolution.

L’évolution n’a donc ici aucune nécessité théorique, c’est une conséquence secondaire et en quelque sorte fortuite de la variabilité des « objets vivants ». L’évolution aurait très bien pu ne pas avoir lieu si la variabilité avait été moindre ou si les variations s’étaient annulées les unes les autres. Qu’il faille du temps pour que ces variations s’inscrivent durablement dans les populations est le seul contenu de l’histoire naturelle darwinienne, puisque l’origine de ces variations comme leur sélection sont des événements purement fortuits et contingents, qui ne répondent à aucune logique de développement historique des relations de l’organisme avec le monde environnant.

L’individu n’étant qu’une sorte de tirage au sort de caractères héritables, l’évolution du vivant ne peut être que l’étude statistique de cet autre sorte de tirage au sort qu’effectue la sélection naturelle dans les populations.

Ces modèles fonctionnent parfaitement, et on montré leur fécondité, sans qu’il soit besoin de faire appel au niveau de l’organisme et surtout aux modalités physiologiques de son fonctionnement.

Il est hors de doute que l’on peut faire dire n’importe quoi aux ordinateurs. Après tout, on arrive bien à leur faire calculer des horoscopes, pourquoi pas des modèles en génétique des populations ? Dans un cas comme dans l’autre, « sans qu’il soit besoin de faire appel » à la réalité de l’organisme concerné…

Caractère sans spécification

Comme les darwiniens ne s’intéressent qu’aux « caractères héritables » et que l’hérédité n’est qu’une question de gènes, il n’y a plus qu’à identifier le ou les gènes qui correspondent à un trait de caractère des êtres vivants.

Le problème restant entier de définir ce qu’est un « caractère héritable ». Un ouvrage qui se veut une référence du darwinisme nous indique :

Si nous posons la question « qu’est-ce qu’un caractère ? » à différents scientifiques, la définition sera certainement différente et variable selon que l’on s’adresse à un embryologiste, un systématicien, un écologue, un anatomiste fonctionnel, etc. Mais ce qui sera un sentiment partagé c’est que cette définition est essentielle ! La notion de « caractère » dépend de la perspective d’analyse qui est envisagée et réalisée, ainsi que de l’objectif de la recherche et de son utilisation.

Les Mondes Darwiniens, éd. Syllepse, 2009, chapitre “Caractère”, p. 132.

Bref, la notion de caractère est tellement imprécise que chacun la définit en fonction de ce qu’il veut lui faire dire. De nombreuses notions « essentielles » que les darwiniens utilisent sont tout aussi mal définies (adaptation, sélection, lutte pour la vie, etc.), mais toujours chez eux le vice, le défaut de conceptualisation et de théorie, se pare de la vertu, la « souplesse » des notions utilisées :

De manière générale, le caractère peut donc être défini comme un trait ou un attribut, propre à un organisme, un être vivant et que l’on peut observer et identifier. (Ibid.)

A ce degré de généralité, autant dire que le « caractère » peut être n’importe qu’elle particularité d’un être vivant qui permet de le distinguer d’un autre. La seule limite à leur multiplication, notamment pour la classification des espèces, résidant dans la puissance de calcul des ordinateurs…

Sans entrer dans des définitions et problématiques détaillées (ce que fait d’ailleurs fort bien l’article précédemment cité, sans s’apercevoir qu’il en souligne ainsi l’absurdité), il reste que l’être vivant est ici considéré non en tant qu’organisme, ou être vivant à part entière et dans sa spécificité, mais bien plutôt en tant que chose, ou objet présentant des particularités multiples qui toutes ont une égale valeur, ou du moins que les chercheurs sélectionnent (puisqu’il est impossible de tenir compte de toutes) en fonction de leurs intérêts.

C’est dire que l’être vivant n’est pas pris en compte en tant que sujet établissant des relations de nature particulière et parfois spécifique avec son milieu. A défaut de ce critère, qui suppose une théorie sur ce qu’est l’être vivant et la nature de ses relations au milieu, il n’est pas possible de hiérarchiser les « caractères » selon leur importance dans les relations de l’organisme avec le milieu, et par là d’articuler correctement évolution et classification, l’histoire du vivant et l’ordre du vivant.

C’est ce dont Lamarck avait déjà eu l’intuition en fondant sa distribution des êtres vivant (et notamment celle du règne animal, où cela est le plus évident) sur une hiérarchie de la complexification biologique de l’organisation. Ce qui abouti au double tableau suivant :

A défaut d’une théorie de l’être vivant, qui permettrait de hiérarchiser les « caractères » en fonction de leur importance dans la relation avec le monde pour l’organisme, la notion darwinienne de « caractère » ne peut que rester molle et sans consistance, aboutissant naturellement à des aberrations.

C’est ainsi que se poursuivent, dans certains laboratoires, la quête du gène de l’intelligence, de la fidélité dans le mariage, de la délinquance, de l’homosexualité ou de la foi religieuse (pour ces deux derniers : Dean Hamer, 1993, 2004) – liste non exhaustive…

Poussée à l’extrême, cette conception aboutit à celle du gène égoïste de Richard Dawkins :

Nous sommes des machines à survie, des robots programmés à l’aveugle pour préserver les molécules égoïstes connues sous le nom de gènes.

Le gène égoïste, 1989 ; trad. éd. Odile Jacob, 1996, préface de l’édition de 1976, p. 7.

L’absurdité morbide d’une telle conception ne choque personne et vaut au contraire à son auteur une popularité internationale dans la communauté des biologistes. Dawkins ne fait pourtant que radicaliser l’absence de théorie sur l’être vivant du darwinisme : pour lui, l’être vivant n’est rien, le « caractère héritable » est tout ; on ne saurait mieux exprimer que le darwinisme est « aveugle à l’organisme » !

Le triomphe du vivant comme machine

La théorie moderne a donc été, au moins jusqu’à l’essor récent de l’évo-dévo, une théorie aveugle à l’organisme. Ce renversement fut nécessaire pour que le principe darwinien trouve un terrain théorique à l’intérieur duquel il put faire la preuve de sa validité.

S’il a fallu plus d’un siècle pour que l’évolutionnisme darwinien trouve sa « rationalité propre », comme le dit si joliment Loison, c’est donc parce que c’est la préservation coûte que coûte du principe de la sélection naturelle comme principal moteur de l’évolution qui a nécessité la création de toutes pièces un cadre théorique ad hoc, « à l’intérieur duquel il put faire la preuve de sa validité ». C’est donc le maintient du « principe darwinien », et non la réalité du monde vivant, qui a déterminé l’élaboration de la Théorie synthétique de l’évolution dans les années 1930-40 !

Loison ne saurait mieux avouer que la pensée évolutionniste moderne, littéralement, marche sur la tête, en cherchant avant tout à préserver un principe admis a priori et cela grâce à tout un échafaudage intellectuel ayant pour but de sélectionner dans le réel, en écartant tout ce qui n’entrait pas dans ce cadre, ce qui va lui assurer « de la réputation et du succès » ; en somme, la réalité n’est ici plus que le faire-valoir du principe qui prétend l’expliquer.

Car c’est bien là le fond de l’affaire : Darwin, pas plus que les darwiniens à sa suite, ne se soucient pas de savoir ce qu’est un être vivant ; pour eux, ce n’est qu’un objet qui possède certains « caractères » particuliers, plus exactement une machine de guerre engagée dans la lutte pour la survie et capable de transmettre ces « caractères » à la génération suivante ; et rien de plus. D’où viennent ces « caractères » ? Pourquoi sont-ils « héritables » ? Autrement dit, pourquoi les êtres vivants possèdent-ils ces propriétés à la différence des objets inanimés et des machines ? Bref, qu’est-ce qu’un être vivant ? Ce ne sont pas là des questions qui retiennent l’attention du « biologiste darwinien » (expression qui s’avère donc un bel oxymore !) qui se contente de constater empiriquement qu’il a affaire à des êtres vivants.

Loison est tout ce qu’il y a de plus explicite à ce sujet : la théorie synthétique de l’évolution est « une théorie aveugle à l’organisme », qui n’a pas « besoin de faire appel au niveau de l’organisme et surtout aux modalités physiologiques de son fonctionnement ».

Ce que les biologistes ont tenté de sauvegarder tout au long de cette histoire et jusqu’à la constitution de la Théorie synthétique de l’évolution, ce n’est pas seulement le principe darwinien de la sélection naturelle comme principal moteur de l’évolution des espèces. Cela n’est en quelque sorte qu’une des facettes de la partie émergée de l’iceberg que constitue la conception de l’être vivant comme machine.

Depuis l’Antiquité, la théologie naturelle avait usé de l’argument de l’être vivant machine comme preuve de l’existence de Dieu, puisqu’à une telle machine si perfectionnée, il fallait nécessairement un Suprême Ingénieur. Darwin réussi à renverser cet argument à l’aide de la sélection naturelle, qui n’est autre que la méthode des essais et des erreurs du simple bricoleur, c’est-à-dire de l’ingénieur ignorant les principes physiques qu’il met en jeu (et donc aveugle à l’organisation qu’il construit).

Ainsi, Darwin est parvenu à laïciser l’être vivant comme machine ; qui est la seule manière véritablement scientifique de considérer le vivant, la seule manière de le rendre compatible avec les exigences de la méthode des sciences, fondée sur les principes d’objectivité, de reproductibilité et de mathématisation. C’est la raison principale pour laquelle ce personnage est aujourd’hui encensé par la plupart des biologistes, bien qu’ils n’aient, pour leur grande majorité, jamais ouvert L’Origine des espèces, et que le problème de l’évolution leur soit assez largement étranger.

Le problème, avec le darwinisme, est que le contraire d’une erreur n’est pas nécessairement quelque chose de juste ; il ne suffit pas de substituer à la Providence divine la providence laïque du hasard des variations et de la sélection naturelle pour comprendre le vivant. Darwin le dit lui-même dans ses écrits, il n’étudie pas le monde vivant pour tenter de mieux le comprendre, il cherche bien plutôt à réfuter une idéologie : les « créations spéciales » de la théologie naturelle, l’interprétation de l’histoire naturelle comme une suite d’interventions divines créant chaque espèce en particulier et parfaitement adaptée à son milieu ; doctrine à laquelle il a été formé par la lecture assidue des écrit du pasteur William Paley lors de ses études de théologie à l’université de Cambridge :

Le vieil argument d’une finalité dans la nature, comme le présente Paley, qui me semblait autrefois si concluant, est tombé depuis la découverte de la loi de sélection naturelle. Désormais nous ne pouvons plus prétendre, par exemple, que la belle charnière d’une coquille bivalve doive avoir été faite par un être intelligent, comme la charnière d’une porte par l’homme. Il ne me semble pas qu’il y ait une plus grande finalité dans la variabilité des êtres organisés et dans l’action de la sélection naturelle que dans la direction d’où souffle le vent. Tout dans la nature est le résultat de lois immuables.

Charles Darwin, Autobiographie, éd. du Seuil, coll. Science ouverte, 2008, p. 83

Voilà ce que Darwin à découvert, qu’il ignorait avant de s’embarquer sur le Beagle pour son voyage autour du monde : les « lois de la nature » sont immuables au point que même Dieu, qui les a établies, ne peut les transgresser – c’était déjà la position de Descartes quelques siècles auparavant. Bref, contrairement à Lamarck, Darwin ne fait pas de la biologie, mais seulement de l’anti-théologie naturelle… [6]

Idéologie scientifique

Loison prétend que si les scientifiques se sont détournés d’autres théories, c’est parce que la Théorie synthétique de l’évolution était « particulièrement puissante et féconde ».

C’est surtout parce qu’après la Seconde Guerre mondiale, la science anglo-saxonne et américaine, qui avait contribué à la victoire grâce à de multiples innovations en physique, a rapidement dominé celle de l’Europe en pleine reconstruction, et que de nombreux physiciens se sont orientés vers la biologie (comme les préoccupations de Bohr, Schrödinger, Heisenberg, et d’autres en témoignent à cette époque). De plus, on peut dire que ce sont les ingénieurs qui ont gagné la guerre en appliquant les théories des physiciens ; la biologie – science de la vie – promettait des débouchés et des succès comparable à ceux de la physique – science de l’inerte et du mort – au sortir de la guerre.

Dans cette période d’optimisme scientiste, appréhender le vivant avec la méthode scientifique expérimentale, c’est-à-dire le faire entrer dans la logique de l’ingénieur, promettait de pouvoir le modifier, voire le reconstruire afin de le faire entrer dans les processus de production industriels [7].

La Théorie synthétique de l’évolution n’intégrera jamais l’embryogenèse, l’éthologie et l’écologie, c’est-à-dire la formation de l’organisme et ses relations avec le milieu. En somme, c’est une théorie sans lame à laquelle il manque le manche… Loin d’unifier en un tout cohérent la biologie, elle continue d’y introduire des divisions artificielles et des confusions à plusieurs niveaux [8].

Car comment qualifier une théorie « aveugle à l’organisme » qui prétend néanmoins expliquer l’évolution des organismes ? C’est tout simplement une idéologie scientifique.

Pour Georges Canguilhem, la notion d’idéologie scientifique désigne le produit d’une science n’étant pas encore arrivée à maturité du fait qu’elle n’appréhende pas son objet dans sa spécificité. Cette science a donc un fondement mal assuré et utilise des méthodes approximatives et des notions mal définies. Elle prend son modèle sur des sciences déjà constituées et importe des idées, notions et concepts d’autres domaines, pas seulement scientifiques. L’idéologie scientifique n’est pas une théorie à proprement parler, mais plutôt un système d’idées, des idées qui font système, c’est-à-dire qui s’enchaînent logiquement, se soutiennent les unes les autres au-dessus et hors de la réalité dont elles prétendent rendre compte en emprisonnant la pensée dans le cercle vicieux des définitions et références circulaires.

Obstacles à la confusion

Loison peut donc gloser sur la très grande « abstraction », le caractère profondément « contre-intuitif » que présente cette théorie, le « travail de la pensée » qu’elle nécessite, et enfin son statu « à part au sein même des sciences du vivant ». Tout cela dissimule mal qu’en fait d’abstraction, c’est sur un véritable déni de la réalité des êtres vivant qu’est fondé cette théorie.

En effet, dans la plupart des disciplines biologiques, il est pertinent de concentrer son attention sur l’organisme individuel et sur son fonctionnement. […] Il est ainsi courant de penser qu’une meilleure connaissance des mécanismes de la vie, qui sont à l’étude à l’échelle des organismes individuels, doit permettre également une meilleure connaissance des principes de l’évolution.

On comprend alors mieux pourquoi à l’intérieur même de la biologie, des perspectives théoriques adéquates pour certaines problématiques disciplinaires peuvent s’avérer être de puissants obstacles à la compréhension du raisonnement darwinien, qui nécessite en premier lieu de se détourner du fonctionnement de l’organisme individuel.

Ce statu « à part au sein même des sciences du vivant » n’est pas le signe d’un problème mal posé, ce caractère exceptionnel ne suscite aucune analyse ni interrogation : pour Loison, c’est simplement une sorte de curiosité épistémologique sans cause ni conséquence et rien de plus.

Pour finir, Loison liste donc « les obstacles à la pensée darwinienne ». En réalité, Loison se demande ici comment protéger la « très grande abstraction » de la « théorie darwinienne » de la réalité concrète du monde vivant, qui est tout autre que ce que cette « théorie » voudrait qu’elle soit.

Sans surprise, le premier obstacle est d’abord « l’organisme individuel et son fonctionnement » et donc la « meilleure connaissance des mécanismes de la vie » d’une manière générale. Pour préserver la « pensée darwinienne », il ne faut donc surtout pas faire de la biologie !

Ensuite « la méthode et les arguments empiriques » qui confortent par trop le « sens commun ». Remarquons la contradiction : lorsqu’il s’agit de reconnaître un être vivant, de trouver les preuves de l’évolution, à quoi le darwinien en est-il réduit à faire appel, sinon à son « bon sens » et à l’« empirisme », à défaut d’avoir une compréhension cohérente de l’être vivant ?

Enfin, l’« anthropocentrisme spontané » qui consiste à se reconnaître soi-même comme être vivant et donc comme un des produit de cette évolution des espèces. Ainsi, il ne serait vraiment pas scientifique de nous reconnaître nous mêmes à travers les autres êtres vivant, d’abord ceux qui sont les plus proches de nous, mammifères, vertébrés et métazoaires.

C’est pousser l’exigence de l’objectivité à la fois à mauvais escient et trop loin.

A mauvais escient, parce que quoi de plus anthropocentrique que de considérer le vivant comme une machine, c’est-à-dire comme une chose que nous saurions, nous êtres humains, construire et diriger selon notre volonté ? Cette analogie du vivant avec la machine, maintenant partout érigée en modèle, est non seulement extrêmement réductionniste, mais surtout passablement suspecte : de toute évidence, il s’agit d’une projection sur le vivant de ce que l’on voulait qu’il soit afin de le dominer et de l’exploiter bien à l’aise au sein de la société capitaliste et industrielle. Rien de plus idéologique et anthropocentrique que de projeter sur un objet ce que l’on voudrait qu’il soit, en s’obstinant à « rester aveugle » à ce qu’il est, sans vouloir « connaître les mécanismes » qui lui sont propres [9].

Trop loin, car s’il importe certainement de préciser que l’histoire naturelle n’avait pas pour dessein d’aboutir à l’homme, que celui-ci est un produit parmi bien d’autres de l’évolution, et qu’enfin toutes les créatures méritent une égale considération, ont ne peut pour autant écarter la question de la place de l’homme dans la nature.

Dans leur « lutte contre l’anthropocentrisme », les darwiniens écartent cette question d’un revers de main méprisant en disant que « l’homme n’est qu’un animal comme les autres ». Au plan strictement scientifique et biologique, cela est juste, à n’en pas douter. Mais la position théologique qu’ils prétendent réfuter avec cet argument – à savoir, l’homme serait l’aboutissement nécessaire de l’évolution, il aurait pour mission de réaliser la volonté de Dieu sur Terre, etc. – ne se situe pas sur ce terrain. Et ce faisant, les darwiniens répondent à côté de la question et loupent leur cible.

En effet, il ne faut surtout pas laisser la question de la place de l’homme dans la nature aux théologiens. « La théorie de l’Évolution est un discours sur l’homme » reconnaissait l’historien des sciences Jacques Roger, qui ajoutait :

Aujourd’hui, l’homme n’est plus seulement le produit de l’Évolution. Il est devenu l’agent le plus actif, le plus redoutable peut-être, non seulement de sa propre évolution, mais de celle d’un très grand nombre d’autres espèces qui pratiquement aujourd’hui dépendent de son activité […]. L’homme est vraiment devenu, autant qu’il est en lui, ce « maître et possesseur de la nature » que Descartes voulait qu’il devînt. […] Il ne faut pas que nous oubliions qu’il y a d’autres formes de rationalité que la rationalité scientifique, que par exemple la philosophie politique, la philosophie morale, sont des activités rationnelles.  [10]

En ne voulant pas sortir de la rationalité scientifique pour s’aventurer sur le terrain d’une philosophie de la nature – comme les penseurs du XVIIIe siècle l’avaient fait durant les Lumières – la connaissance que les darwiniens opposent aux interprétations théologiques se condamne à être purement négative : en se contentant de répéter que « l’homme n’est qu’un animal comme les autres », elle ne nous éclaire en rien sur la spécificité de l’être humain par rapport aux autres êtres vivants ; spécificité difficilement contestable et qui est une des questions – avec celle du rôle de la science, de la vision de l’univers, de la nature et de l’homme qu’elle promeut – au cœur de la crise de civilisation d’aujourd’hui…

On ne convaincra personne en éludant ces questions fondamentales avec des pirouettes.

En conclusion

Si le darwinisme « se détourne du fonctionnement de l’organisme individuel » et persiste à croire qu’il ne lui est pas nécessaire d’avoir « une meilleure connaissance des mécanismes de la vie », comment peut-il prétendre comprendre quoi que ce soit à l’évolution de ces mêmes organismes et avoir quelque chose à dire de pertinent concernant l’histoire de la vie sur Terre ?

Car on ne nous ôtera pas de l’idée que si un chêne est un chêne et que nous sommes des êtres humains, c’est bien parce que des êtres vivants – des organismes individuels, vivants et concrets – se sont transformés et sont devenus ce qu’ils sont. La population, cette entité abstraite, n’existe pas sans les individus qui la composent.

Dès lors, prétendre comprendre l’histoire du vivant sans se préoccuper de savoir ce que sont les êtres vivants revient à essayer de comprendre l’histoire humaine en d’ignorant délibérément comment les êtres humains vivent, quels sont leurs besoins, leur intérêts, leurs passions, leurs coutumes, leurs conceptions du monde et les aspirations, les ambitions et les actions que tous ensemble ils peuvent susciter. Cela reviendrait à échafauder une construction intellectuelle, effectivement très abstraite, qui ne pourrait jamais rien dire d’autre que « ce qui est advenu devait nécessairement advenir car c’était la solution la plus utile et avantageuse pour toutes les parties en présence sur le moment ». Elle ne servirait donc qu’à « justifier ce qui existe pour la bonne raison que cela existe », en restant définitivement aveugle aux potentialités que recelait la subjectivité des acteurs et à la liberté possible que contient chaque période historique ; sans donc permettre de rien véritablement comprendre à cette histoire.

Tel est bien l’évolution telle que la conçoit le darwinisme qui néglige de dégager la structure de l’histoire naturelle, c’est-à-dire n’essaie pas de comprendre la signification des innovations majeures durant le cours l’histoire des organismes et de leur milieu. Pour reconnaître cette structure et comprendre ces significations, il faudrait que les évolutionnistes darwiniens ôtent les œillères anti-théologiques qu’ils ont hérités de Darwin et cessent de d’assimiler la recherche d’un sens de l’histoire à la volonté d’identifier un dessein assigné par Dieu à l’univers en général et à l’homme en particulier. Ensuite, qu’ils ne réduisent plus les êtres vivants à des machines dotées d’une « collection de caractères héritables », mais les considèrent comme des êtres à part entière, des sujets actifs et vivants, caractérisés par l’autonomie de ses relations avec ce qui l’entoure.

Comprendre l’autonomie de l’être vivant, c’est d’abord reconnaître que s’il est dépendant pour son existence de certains éléments particuliers du milieu, une fois ceux-ci assimilés, il devient, dans la mesure de ses facultés, indépendant des circonstances générales de ce milieu. Ensuite, que ce rapport contradictoire avec le milieu a pour conséquence le déploiement autonome des fonctions, des formes et des comportements organiques qui donnent sa signification aux grandes étapes de l’histoire naturelle [11].

Les conceptions darwiniennes sont une impasse. Pour en sortir, il faut revenir en arrière jusqu’au point avant que l’erreur se soit produite et repartir de l’avant sur des bases plus solides et plus cohérentes. Il faut donc repartir des conceptions de Lamarck, bien plus rigoureuses et fécondes, et les enrichir des connaissances sur le vivant acquises entre-temps, les compléter et les développer dans un état d’esprit qui ne soit plus aussi étroitement “scientifique” que la biologie l’a été jusqu’à maintenant.

On sait que toute science doit avoir sa philosophie, et que ce n’est que par cette voie qu’elle fait des progrès réels. En vain les naturalistes consumeront-ils leur temps à décrire de nouvelles espèces, à saisir toutes les nuances et les petites particularités de leurs variations pour agrandir la liste immense des espèces inscrites, en un mot, à instituer diversement des genres, en changeant sans cesse l’emploi des considérations pour les caractériser ; si la philosophie de la science est négligée, ses progrès seront sans réalité, et l’ouvrage entier restera imparfait.

Lamarck, Philosophie Zoologique, 1809.

En biologie, sous l’obscure clarté du darwinisme, rien n’a de sens : en étant « aveugle à l’organisme », c’est la spécificité même du vivant par rapport aux objets inanimés qu’étudient les sciences physiques et par rapport aux machines que ces mêmes sciences permettent de construire qui est niée. La physique étant l’étude des objets inertes et morts, pas étonnant qu’il ne sorte de tout cela que des nécrotechnologies

Andréas Sniadecki


Laurent Loison

Penser le vivant et son évolution hors du lamarckisme : se détourner des conceptions premières

juin 2009

Introduction

Il est un fait que la théorie moderne de l’évolution est une des abstractions les plus difficiles à maitriser [12]. Pourtant, elle paraît de prime abord largement plus compréhensible que n’importe quelle théorie physique. Et s’il ne viendrait à l’idée d’aucun amateur de remettre en question le contenu d’une théorie physique, on entend trop souvent le non spécialiste se permettre une critique des thèses évolutionnistes. Ceci montre que le caractère pleinement scientifique de cette théorie n’est pas encore un objet de culture commune, puisque précisément on s’autorise à en discuter sans remarquer la rupture radicale qui désormais sépare l’idée première d’évolution et celle intégrée au corpus des sciences du vivant.

Signifier les fondements de l’évolutionnisme contemporain serait un projet de choix pour tout enseignement de la biologie qui viserait davantage que la plate succession de faits empiriques. Un tel enseignement rencontre nécessairement quantité d’obstacles, certains liés aux caractères propres de la biologie elle-même, d’autres davantage en rapport avec son mode d’exposition scolaire actuel. Ce texte vise essentiellement à caractériser la difficulté qu’il y a à se détourner d’une compréhension lamarckienne de l’évolution. Une telle compréhension, première à la fois dans l’histoire des sciences et dans l’apprentissage scolaire, ne permet pas de comprendre la nature réelle de l’objet de l’évolutionnisme. Toute pédagogie de l’évolution est donc nécessairement une pédagogie de déconstruction de la pensée lamarckienne.

1. La structure de la pensée lamarckienne

Il a été fait mille sorts de la pensée de Lamarck (1744-1829), si bien qu’il a fallu attendre une époque relativement récente pour envisager une compréhension moins biaisée, c’est-à-dire davantage objective, de son contenu [13]. Celui-ci est souvent injustement réduit au seul concept d’hérédité des caractères acquis, concept en fait minime chez Lamarck. Afin de clarifier notre propos, il nous faut donc d’abord rappeler brièvement les contours du système transformiste lamarckien.

a. Les thèses propres de Lamarck

Le transformisme – terme qui fut longtemps préféré en France à celui d’évolutionnisme – trouve sa première incarnation théorique dans les écrits de Lamarck postérieurs à l’année 1800 [14]. On y lit sans détour le projet de vouloir fonder une science générale du vivant. Une telle science, la biologie [15], pour qui désire l’articuler (et non pas l’opposer) aux sciences de la matière, demande que l’on inclût le temps long à l’intérieur de son système explicatif. En effet, seule l’action cumulative du temps peut permettre de comprendre comment la nature a pu parvenir à former les êtres les plus complexes, sans pour autant se dérober aux lois de la physique. La théorie transformiste naît donc de cette idée que le complexe est réductible au simple à condition que la durée soit suffisante.

Chez Lamarck, c’est bien la gradation des systèmes anatomiques animaux qui semble demander une explication. Celle-ci fut largement inspirée par la mécanique des fluides du XVIIIe siècle, et repose principalement sur l’idée que l’être vivant est une structure capable de faire progresser son organisation interne. L’organisme est compris comme un système de fluides contenus circulant à l’intérieur de parties contenantes. La circulation développe l’organisation, qui permet à son tour une meilleure circulation, et ainsi de suite. C’est donc par l’acte même de vivre que le vivant se transforme, de manière nécessaire, automatique, donc prédictible. Le fait que l’on observe toujours dans la nature actuelle des êtres rudimentaires, comme les infusoires, doit s’expliquer par la continuité du processus de génération spontanée. Si le vivant complexe n’est physiquement compréhensible qu’à partir du vivant moins complexe, les « ébauches de l’animalité » ne semblent pas devoir demander autre chose que le seul jeu des lois physiques pour être formées à partir de matière brute. Pour Lamarck, et depuis l’origine de la vie sur Terre, il y a donc eu de manière continue formation de nouvelles lignées évolutives [16].

Une telle explication n’est possible que si l’on accepte une certaine forme d’hérédité des caractères acquis : au fil des générations, la progression individuelle doit pouvoir être additionnée pour permettre la progression phylétique générale. Il ne s’agissait pas là d’un point développé dans le système de Lamarck, car ce mode d’hérédité flexible était largement accepté à l’époque. La réalité de l’hérédité des caractères acquis ne devint problématique qu’à partir de la fin du XIXe siècle.

b. L’hérédité des caractères acquis

On le constate, cette idée, bien que nécessaire aux thèses de Lamarck, n’en constitue pas un point central. Par un curieux renversement, l’usage appelle désormais à qualifier d’explication lamarckienne toute explication évolutive prioritairement fondée sur le mécanisme d’hérédité des caractères acquis [17]. Rappelons ici que Darwin, bien plus que Lamarck, avait proposé une conception très détaillée de ce mode d’hérédité (théorie de la pangenèse [18]). Ce renversement s’explique en partie par la relecture que plusieurs scientifiques de la fin du XIXe siècle firent des textes de Lamarck. Cette réappropriation du corpus lamarckien fut particulièrement forte aux Etats-Unis et en France, et donna lieu à ce qu’il est convenu d’appeler le néo-lamarckisme [19].

Contre August Weismann (1834-1914) et le néo-darwinisme, ces transformistes n’acceptèrent pas que l’évolution soit totalement explicable par le seul jeu de la sélection naturelle. D’une manière ou d’une autre, l’hérédité des caractères acquis devait être un facteur déterminant de la transformation du vivant. Aux Etats-Unis, ces thèses furent essentiellement développées par des paléontologues (E.D. Cope (1840-1897), A. Hyatt (1838-1902)), qui voyaient la continuité des tendances évolutives comme une preuve de l’action cumulative de l’hérédité de l’acquis. En France, ce fut au contraire l’expérimentation en laboratoire qui devait convaincre de l’empreinte puissante et caractérisable des milieux sur la structure des vivants [20]. Ainsi, les expériences de cultures comparées du botaniste Gaston Bonnier (1853-1922) eurent une réelle audience au sein de la communauté de l’époque. Elles montraient sans détour l’importance des paramètres abiotiques du milieu pour la constitution des formes végétales Par conséquent, il était impensable que cette action si manifeste ne puisse à la longue devenir au moins pour partie héréditaire.

L’essor de la génétique, à partir de 1900, fut de peu d’importance : pour beaucoup de scientifiques, l’hérédité des caractères acquis devait exister. Dès le début des années 1890, on assista ainsi à une course à la preuve directe. Que l’on soit convaincu ou non de la réalité de l’hérédité flexible, il apparaissait comme primordial de pouvoir appuyer son propos sur la base d’expérimentations rigoureuses et reproductibles. Jusqu’à la fin des années 1920, ce point donna lieu à une véritable inflation expérimentale. Pourtant, le terme de ce débat ne fut pas expérimental mais théorique : c’est parce que la théorie synthétique de l’évolution apparut comme une conception particulièrement puissante et féconde que l’on se détourna finalement de l’hérédité des caractères acquis.

c. L’ontologie lamarckienne

Si l’on a pu écrire, à juste titre, que Copernic n’était pas totalement copernicien, il est juste également de rappeler que Darwin ne fut pas totalement darwinien. C’est que la pensée darwinienne, au sens où nous l’entendons actuellement, n’est pas une pensée qui se laisse comprendre sans un effort particulièrement difficile d’abstraction.

L’objet du transformisme lamarckien, que ce soit celui de Lamarck lui-même ou bien celui de ses émules autoproclamés, ne demande pas, pour sa part, un tel travail de la pensée : si le vivant évolue, c’est en dernière analyse parce que les êtres vivants se transforment. Voilà l’axiome fondamental de toute pensée (néo)lamarckienne. L’unité évolutive, pour le lamarckien, est l’organisme individuel et vivant. Que l’on s’intéresse à son devenir au fil des strates ou que l’on tente de le maîtriser au moyen de l’expérimentation ne change rien à l’affaire. La totalité du processus évolutif est en droit réductible aux événements physiologiques qui se déroulent durant les vies individuelles des organismes. C’est encore une fois, comme chez Lamarck, dans l’acte même de vivre que les organismes se transforment.

Dès lors que l’on porte son attention de manière trop exclusive et trop réductrice aux organismes vivants, il est alors difficile de s’extraire d’une conception lamarckienne de leurs transformations évolutives.

2. L’objet d’étude de l’évolutionnisme moderne

La constitution de la théorie synthétique de l’évolution, au cours des années 1930 et 1940, demanda que l’on reconsidère de manière radicale la nature de l’objet même du transformisme. Par la reprise et le développement de certaines thèses de Darwin, on se détourna alors de l’organisme individuel pour considérer d’autres niveaux hiérarchiques du vivant. Surtout, l’organisme individuel n’intéressa plus le biologiste en tant qu’il est vivant, mais parce qu’il apparaît comme une collection de caractères héritables.

a. La pensée populationnelle

Si Darwin avait intitulé son livre majeur L’Origine des espèces (1859), c’était précisément pour signifier que dans son système théorique, l’entité évolutive n’est pas l’organisme individuel, mais le groupe d’organismes formant une variété. Une variété n’est jamais qu’une espèce potentielle, potentialité qui se réalise au fur et à mesure que divergent les branches de l’arbre du vivant.

L’évolution darwinienne est donc d’abord la transformation graduelle d’une population d’organismes, transformation qui n’est possible que parce qu’il existe des variants à l’intérieur de la population. Ce qui change, avec Darwin, c’est bien la valeur que l’on attribue à la différence individuelle : elle n’est plus considérée comme une déviation par rapport à un type idéal (l’essence de l’espèce), mais au contraire devient le mode normal d’existence des organismes réels. En d’autres termes, l’espèce n’est plus comprise comme une catégorie abstraite sous-tendue par une essence, mais comme une collection d’individus plus ou moins semblables et potentiellement interféconds. La variation devient la norme et non plus l’accident.

C’est cette nouvelle perspective que l’ornithologue Ernst Mayr (1904-2005) nomma « pensée populationnelle ». Ce biologiste fut un des acteurs majeurs de la nouvelle synthèse évolutionniste, et insista à de nombreuses reprises sur la rupture que représentait cette compréhension inédite par rapport aux conceptions typologistes classiques qui avaient prévalu jusque là [21].

L’objet d’étude de l’évolutionnisme moderne est donc prioritairement la population. Ce renversement se concrétisa par la constitution d’une nouvelle discipline, la génétique des populations. C’est à l’intérieur de celle-ci que l’on modélisa le processus évolutif. Dès les années 1930, celui-ci fut compris comme le changement des fréquences alléliques guidé principalement par la sélection naturelle.

b. La dynamique du schéma darwinien classique

Le principe de sélection naturelle, au-delà de sa formulation didactique simpliste, s’avère être d’une redoutable complexité [22]. Son fonctionnement et son extension continuent de mobiliser nombre de scientifiques et de philosophes des sciences, et demeure une des questions à la pointe de la recherche actuelle.

Chez Darwin, déjà – et c’est ce que Jean Gayon a parfaitement montré [23] – il existe une différence fondamentale entre les entités sélectionnées, les entités causalement actives lors du processus de sélection, et les entités qui finalement évoluent. En effet, comme nous le disions plus haut, une évolution darwinienne n’est concevable que parce qu’il existe des variations à l’intérieur d’une population d’organismes. Ce qui donne prise à la sélection, ce sont donc prioritairement les variations individuelles : ce sont elles les entités sélectionnées. Ce sont en effet les caractères héritables qui permettent d’expliquer soit la meilleure viabilité des organismes, soit leur succès reproductif supérieur.

Mais bien que les variations constituent l’objet de la sélection, elles ne représentent pas pour autant le niveau auquel opère celle-ci. La sélection darwinienne classique opère en effet presque exclusivement à l’échelle des organismes individuels : ce sont leurs interactions compétitives qui constituent la cause de la sélection.

Enfin, bien que la sélection agisse causalement à l’échelle des organismes individuels, ses conséquences évolutives se font sentir à un troisième niveau hiérarchique, celui de la population. Ce qui évolue par sélection naturelle, c’est exclusivement la population et jamais l’organisme individuel. L’objet de l’évolutionnisme, chez Darwin déjà, est donc un objet très complexe car éclaté entre différents niveaux hiérarchiques du vivant. Surtout, le niveau le plus important n’est pas celui qui apparaît spontanément comme l’objet privilégié de la biologie, l’organisme individuel. D’une certaine façon, le darwinisme, pour se constituer, eut à déconstruire l’organisme individuel, qui n’est pas le niveau pertinent de l’analyse sélective.

La génétique des populations et la synthèse moderne matérialisèrent cette déconstruction, puisque précisément l’organisme individuel n’y existe plus. Dans les modèles de génétique des populations, les coefficients sélectifs sont appliqués à des génotypes, et conduisent à la transformation allélique des populations. Ces modèles fonctionnent parfaitement, et on montré leur fécondité, sans qu’il soit besoin de faire appel au niveau de l’organisme et surtout aux modalités physiologiques de son fonctionnement. La théorie moderne a donc été, au moins jusqu’à l’essor récent de l’évo-dévo, une théorie aveugle à l’organisme. Ce renversement fut nécessaire pour que le principe darwinien trouve un terrain théorique à l’intérieur duquel il put faire la preuve de sa validité.

3. Les obstacles à la pensée darwinienne

Comprendre le fonctionnement de la pensée darwinienne demande donc de renoncer à identifier l’organisme individuel vivant comme le niveau évolutif pertinent. Ce renoncement fut difficile au cours de l’histoire, puisqu’il ne fut réellement concrétisé que plus de soixante ans après la publication du livre de Darwin. A l’échelle de la formation individuelle, on rencontre au moins trois catégories d’obstacles qui viennent entraver la compréhension du raisonnement darwinien.

a. Les obstacles propres aux sciences du vivant

A l’intérieur même de la communauté des biologistes, on lit parfois certains textes montrant une maîtrise très approximative et quelques fois même fautive du raisonnement darwinien. Au-delà de possibles lacunes de formation, ceci s’explique également par le fait que la théorie de l’évolution est une théorie à part au sein même des sciences du vivant.

En effet, dans la plupart des disciplines biologiques, il est pertinent de concentrer son attention sur l’organisme individuel et sur son fonctionnement. Ainsi, le physiologiste et l’endocrinologue étudient-ils les organismes et les systèmes d’organes, tout comme l’anatomiste. L’embryologiste se concentre lui sur les mécanismes produisant la succession des étapes du développement individuel. Etc.

L’organisme vivant, qui présente de toute évidence un haut niveau d’individualité, apparaît bien comme l’objet de prédilection des sciences du vivant. Et comme l’on identifie les principaux attributs de la vie à des fonctions des organismes (croissance, développement, reproduction), il apparaît donc comme naturel de penser que l’évolution l’est également. Il est ainsi courant de penser qu’une meilleure connaissance des mécanismes de la vie, qui sont à l’étude à l’échelle des organismes individuels, doit permettre également une meilleure connaissance des principes de l’évolution.

On comprend alors mieux pourquoi à l’intérieur même de la biologie, des perspectives théoriques adéquates pour certaines problématiques disciplinaires peuvent s’avérer être de puissants obstacles à la compréhension du raisonnement darwinien, qui nécessite en premier lieu de se détourner du fonctionnement de l’organisme individuel.

b. Les obstacles propres à l’enseignement des sciences du vivant

De manière nécessaire, l’enseignement actuel des SVT reproduit les difficultés que nous venons de signaler. Ces difficultés nous paraissent être amplifiées par deux caractéristiques propres à cet enseignement.

D’une part, afin de distinguer le discours scientifique des autres discours, la méthode et les arguments empiriques y tiennent une large place. Il est courant de présenter d’abord les faits pour en venir en conclusion aux théories élaborées à partir des faits. Les chapitres des manuels scolaires sont ainsi organisés qu’on y lit en premier lieu une succession d’activités possibles réalisables par l’élève, puis une double page récapitulant les notions essentielles construites à partir de ces activités. Le projet est non seulement d’apporter les connaissances de base, mais également de mimer ce que l’on pense être la voie qui a permis l’acquisition scientifique de ces connaissances.

Or il nous semble que cette pédagogie est particulièrement difficile à appliquer lorsqu’il s’agit d’enseigner la théorie de l’évolution. Non pas que cette théorie ne repose sur de solides arguments empiriques, bien au contraire, mais le rapport entre les faits et les concepts est ici encore plus qu’ailleurs loin d’être un rapport simple d’engendrement direct. L’empirisme n’apparaît pas comme étant une perspective adaptée à un tel enseignement. Comme le notait déjà Bachelard, la culture scientifique est une culture difficile [24], qui demande un effort d’abstraction violent et prolongé. Il nous paraît donc vain de vouloir enseigner la partie la plus difficile des sciences du vivant sans une confrontation directe avec la théorie évolutionniste.

Et précisément, et ce sera notre second point, cette confrontation directe est non seulement évitée par l’empirisme de l’enseignement, mais elle l’est également parce que l’enseignement de l’évolution est dispersé au sein de plusieurs chapitres sans jamais en constituer un seul. Qu’on n’attende pas une genèse spontanée chez l’élève de la théorie si celle-ci n’a pas été au moins une fois clairement reconnue et identifiée. Et ce d’autant plus que le raisonnement sélectif, fondement de cette théorie, occupe dans les programmes une place minime et bien moindre que d’autres aspects liés au fait évolutif, au premier rang desquels la classification phylogénétique.

Ainsi, loin de rectifier le sens commun, l’enseignement actuel des SVT, par son empirisme exagéré, ne fait que le prolonger. Les mécanismes de la variation individuelle, largement étudiés au lycée, renforcent l’idée première que c’est à cette échelle et par le biais de processus physiologiques que se joue l’évolution des espèces. Par où quantité d’élèves et d’étudiants demeurent des lamarckiens tacites.

c. Les obstacles propres à la représentation spontanée du vivant

En tant qu’organisme, il est normal que l’être humain se représente spontanément le vivant sous les traits d’entités individuelles plus ou moins équivalentes à celle qu’il forme lui-même. Aussi découvre-t-on d’abord le vivant au travers de l’exploration curieuse des bestiaires imaginaires ou réels. Le vivant est toujours incarné, souvent sous les traits d’organismes métazoaires, qui sont eux-mêmes la plupart du temps des mammifères, en tout cas des vertébrés.

Cet anthropocentrisme spontané, premier mode de rapport aux vivants, est incompatible avec la compréhension du fonctionnement du principe de sélection. Il favorise bien au contraire les conceptions premières de la transformation du vivant, qui identifient celle-ci à une simple sommation des modifications individuelles.

Si le bon sens le plus immédiat appelle à la fixité des espèces, à leur immutabilité, sa rectification n’impose pas directement l’idée moderne d’évolution. Entre ces deux conceptions, il en existe une troisième intermédiaire, qui certes accepte la transformation du vivant, à condition que celle-ci s’opère au niveau de ce que le sens commun reconnaît immédiatement comme le niveau fondamental du vivant, celui de l’organisme individuel.

Faire prendre conscience de la radicalité du propos darwinien, c’est donc opérer une double rupture vis-à-vis de la connaissance commune.

Conclusion

S’il a fallu plus d’un siècle pour que l’évolutionnisme trouve sa rationalité propre, c’est évidemment parce que celle-ci est particulièrement complexe et surtout profondément contre-intuitive. Pour cela, il fut nécessaire que les biologistes acceptent de faire science en se désintéressant des modalités de la vie des organismes individuels. A l’encontre du sens commun et à l’encontre de la plupart des autres disciplines, la théorie évolutionniste moderne a dû se détourner de l’organisme individuel en tant qu’il est un être vivant.

Une telle abstraction, demandant un effort de construction théorique important, n’est pas chose aisée. Si le projet de l’enseignement est de la rendre accessible aux élèves, alors il nous semble illusoire de ne pas rentrer de plein pied dans la théorie même. Faire autrement nous paraît être le meilleur moyen de se soustraire au conflit avec les conceptions que l’on se forme spontanément de la transformation du vivant.

Laurent Loison

Centre François-Viète, Université de Nantes


[1] Disponible sur le site de l’auteur <http://loison.laurent.free.fr&gt;.

[2] Voir Jakob von Uexküll, Milieu animal et milieu humain, Rivages, 2010.

[3] Sur ce point, voir Frédéric Buytendijk, “Peut-on scientifiquement distinguer entre animaux « supérieurs » et « inférieurs » ?”, Chapitre II du Traité de psychologie animale, éd. PUF, 1952.

[4] Loison met l’accent sur l’approche individuelle de Lamarck, qu’il serait plus juste de qualifier d’organismique (centrée sur l’organisme, cf. Ludwig von Bertalanffy, Les problèmes de la vie, essai sur la pensée biologique moderne, éd. Gallimard, 1961), essentiellement afin de l’opposer à l’approche populationnelle du darwinisme.

[5] Pour une présentation plus complète des idées et des théories de Lamarck, voir André Pichot, “Lamarck et la biologie”, chapitre 7 de Histoire de la notion de vie, éd. Gallimard, coll. TEL, 1993.

[6] Pour un exposé plus détaillé sur ce point, voir la brochure de Bertrand Louart, Aux origines idéologiques du darwinisme, 2010.

[7] La scientificisation et la mécanisation de l’agriculture et de l’élevage après la guerre constituaient une preuve éclatante de ces possibilités que réservaient les « sciences de la vie ». On sait mieux de nos jours sur quelles bases mortifères cet édifice s’est construit…

[8] Sur ce point voir les analyses d’André Pichot, Expliquer la vie, de l’âme à la molécule, éd. Quae, 2011.

[9] Déjà David Hume, dans ses Dialogues sur la religion naturelle (1779), qualifiait d’« anthropomorphites » les tenant d’une conception de l’Univers comme semblable à une machine…

[10]. J. Roger, 1989. L’Homme et l’Evolution, 1700-1989 ; cité par Goulvenn Laurent, “Jacques Roger et l’Évolution”, in Travaux du comité français d’histoire de la géologie, Tome XVIII 2004.

[11] Outre F. Buytendijk, déjà cité, pour une tentative récente en ce sens, quoique très marquée par une approche cybernétique, voir Bernd Rosslenbroich, « The theory of increasing autonomy in evolution: a proposal for understanding macroevolutionary innovations », Biol Philos (2009) 24:623–644.


[12] Pour s’en convaincre, il suffit d’ouvrir n’importe quel manuel universitaire consacré à la question, manuels malheureusement rarement traduits en français.

[13] On consultera avec profit le livre de Pietro Corsi, Lamarck, Genèse et enjeux du transformisme, 1770-1830, CNRS Editions, 2001.

[14] Pour faire une lecture de première main des thèses de Lamarck, on pourra consulter son court livre de 1802, Lamarck, Recherches sur l’organisation des corps vivants, Fayard, 1986. Par ailleurs, la totalité de ses textes sont disponibles en ligne sur le site suivant : <www.lamarck.cnrs.fr>.

[15] Lamarck fut d’un des nombreux inventeurs du vocable « biologie ». Sur les tribulations du terme au sein du corpus lamarckien, on pourra consulter : Pietro Corsi, « Biologie », in P. Corsi, J. Gayon, G. Gohau, S. Tirard, Lamarck, philosophe de la nature, PUF, 2006, pp. 37-64.

[16] Sur la question des générations spontanées et de l’origine de la vie chez Lamarck, on consultera : S. Tirard, « Générations spontanées », in Lamarck, 2006, op. cit., pp. 65-104.

[17] Pour l’histoire du syntagme d’ « hérédité des caractères acquis », il est éclairant de se reporter à : J. Gayon « Hérédité des caractères acquis », in Lamarck, 2006, op. cit., pp. 105-164.

[18] Cette théorie fut rarement étudiée par les historiens du darwinisme. En langue française, on en trouvera un bref exposé dans le livre polémique d’André Pichot, Histoire de la notion de gène, Flammarion, 1999.

[19] Sur l’histoire du néolamarckisme, et notamment l’histoire du néolamarckisme français, on consultera : L. Loison, Les notions de plasticité et d’hérédité chez les néolamarckiens français (1879-1946), Eléments pour une histoire du transformisme en France, Thèse de doctorat, Université de Nantes, 2008.

[20] L. Loison, « Lamarck fait de la résistance », Les Dossiers de La Recherche, L’héritage Darwin, n°33, novembre 2008, pp. 40-45.

[21] On consultera notamment : E. Mayr, Histoire de la biologie, Fayard, 1989.

[22] Pour s’en persuader on lira avec profit : S.-J. Gould, La structure de la théorie de l’évolution, Gallimard, 2006.

[23] J. Gayon, « Sélection naturelle ou survie du plus apte ? Eléments pour une histoire du concept de Fitness dans la théorie évolutionniste », in C. Blanckaert, J.-L. Fischer, R. Rey, Hommage à Jacques Roger, Paris, 1995, pp. 263-287.

[24] « Du bon sens on veut faire sortir lentement, doucement, les rudiments du savoir scientifique. On répugne à faire violence au « sens commun ». Et dans les méthodes d’enseignement élémentaire, on recule, comme à plaisir, les heures d’initiations viriles, on souhaite garder la tradition de la science élémentaire, de la science facile ; on se fait un devoir de faire participer l’étudiant à l’immobilité de la connaissance première. Il faut pourtant en arriver à critiquer la culture élémentaire. On entre alors dans le règne de la culture scientifique difficile. » G. Bachelard, Le matérialisme rationnel, Quardrige, PUF, 2000 (1953), pp. 212-213.

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