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Historique non systématique du concept de traçabilité dans l’industrie

Je vais distinguer deux sortes de traçabilités. Je vais d’abord parler de la traçabilité à l’intérieur de la grande entreprise moderne, celle des faits et gestes des salariés, des objets qui y circulent et s’y transforment, des informations qui y sont échangées : il sera là surtout question de bureaucratie et de taylorisme. Et dans un deuxième temps, je parlerai de la traçabilité dans le commerce (inter-entreprises ou entreprises- particuliers) : il sera alors question de marques et de labels, de code-barres et de puces RFID.

1. la traçabilité à l’intérieur de la grande entreprise bureaucratisée

Au tournant du XIXe et du XXe siècles, aux États-Unis, sous l’effet de quelques innovations techniques et du développement des réseaux de chemin de fer, le capitalisme se métamorphose à vive allure. Les capacités de production de certaines entreprises augmentent considérablement, ainsi que la taille de leurs marchés. Le patron ne peut plus diriger seul une affaire qui devient chaque jour plus complexe. Il doit s’entourer de spécialistes dans des domaines variés, qui l’aident à choisir et à mettre en œuvre des techniques pointues, à coordonner et à surveiller le travail de tous et de chacun. En grandissant, l’entreprise devient une bureaucratie.

Le salariat induit en tant que tel un phénomène de séparation entre l’employeur et ses subordonnés : le premier ne peut jamais être certain que les seconds travaillent assez, que le temps pour lequel il les paie est pleinement rentabilisé. Au XXe siècle, avec la bureaucratisation et la mise en place de chaînes de production qui suivent parfois les préceptes de Taylor, la séparation s’approfondit. Elle oppose désormais concepteurs et exécutants. Le bureau des méthodes s’arroge l’intelligence de la production ; les ouvriers sont déresponsabilisés, il faut donc étroitement les surveiller, vérifier en permanence que leurs actes sont conformes au scénario imaginé par les techniciens et les gestionnaires – à défaut d’être parfaitement conformes, leurs faits et gestes doivent permettre la réalisation du scénario, et quand ça ne marche pas, le « système d’information » doit permettre d’identifier des fautifs.

Concrètement, la mise en place des chaînes de production modernes s’accompagne d’une inflation de papier – fiches, bons d’expédition, tableaux à remplir – où sont enregistrées les traces des activités de tous, exécutants à la base, cadres supérieurs ou contremaîtres (c’est-à-dire surveillants surveillés). L’idéal gestionnaire est que le bureau des méthodes dispose d’informations sur tout ce qui se passe, sur tout ce qui va et sur tout ce qui coince, à chaque étape du flux, à chaque étage de la hiérarchie. L’activité des ouvriers, en premier lieu, est constamment réorganisée d’une manière qui se veut plus rationnelle, expurgée du langage et des gestes propres aux anciens métiers. Elle est privée d’influence sur l’ensemble du processus de fabrication et, dans le même temps, elle est redoublée par un compte-rendu écrit, censé permettre un suivi permanent par l’encadrement et un affinement des instructions.

La grande organisation taylorienne, produisant pour un marché de masse, génère donc de la bureaucratie, de l’information, du chiffre. Ces données sont un support de l’autorité hiérarchique, mais aussi une base fondamentale pour tous les calculs de productivité, partant pour tous les efforts d’économie, de rationalisation, de fluidification du processus industriel. Et ces données s’accumulent. Leur précision, la vitesse à laquelle elles « remontent », la manière de les classer et de les rendre disponibles quand il y en a besoin, deviennent des enjeux cruciaux dans les entreprises capitalistes.

A la base de la rationalisation du travail administratif se trouve l’idée du contrôle des activités industrielles, de leur initialisation et de leur suivi, de leur planification et de leur quantification. Le premier livre écrit par Leffingwell magnifie le planning comme outil d’action et fait des tableaux de bord constitués de fiches [consignant] la circulation des matières, objets ou personnes un moyen et un objectif d’une bonne organisation. L’organisation industrielle place le bureau au centre de l’activité qu’il innerve, définit, contrôle. Le bureau se trouve défini comme centre de coordination d’une série d’activités et ainsi se caractérise par la réalisation d’opérations : collection, classification, préservation de données, fabrication, utilisation et préservation de registres, analyse et utilisation des données dans la planification, l’exécution et la détermination des résultats de l’opération ; préparation, suivi et préservation des instructions et ordres, composition, reproduction et classement des messages écrits. [1]

Dans les années 1910-20, le mobilier et l’appareillage des bureaux s’adaptent à ce nouvel impératif de circulation de l’information : appareils transporteurs mécaniques de documents et d’objets, « meubles-classeurs » alimentés par des employés qui circulent sur un siège fixé à un rail ; systèmes de communication par pneumatiques et par téléphone, en interne et avec l’extérieur ; machines à écrire, machines à compter et calculer, machines à adresser les enveloppes.

Cette rationalisation et cette mécanisation sont à l’origine d’une extraordinaire inflation de la paperasse, pendant plusieurs dizaines d’années. Quand il se diffuse dans les entreprises et les administrations à partir de 1960, l’ordinateur apparaîtra comme une bénédiction pour endiguer cette marée de papier et pour automatiser un certain nombre d’opérations de saisie, de traitement et de calcul. Il permettra le développement et raffinement du contrôle des salariés par la hiérarchie, a fortiori avec la mise en réseau des ordinateurs dans les années 1990-2000. L’informatisation du monde du travail a souvent été présentée comme une nouvelle ère du salariat, en rupture avec l’époque du taylorisme et de la bureaucratie (cf. l’idée d’un « nouvel esprit du capitalisme »). Cela est très contestable, l’ordinateur a à bien des égards approfondi la logique taylorienne et la bureaucratisation des organisations, en facilitant le suivi du travail de tous « en temps réel ».

2. la traçabilité dans le commerce

Venons-en à la notion de traçabilité telle qu’on l’entend plus couramment, la traçabilité des produits et de leur manipulation pendant leur circulation d’une entreprise à l’autre ou d’une entreprise vers le consommateur final.

La première forme de cette traçabilité, à mon sens, c’est l’invention de la marque autour de 1900. Celle-ci est apposée sur les marchandises par des producteurs soucieux de nouer un lien direct avec les consommateurs, par-dessus la tête du commerçant. Aux yeux de la grande entreprise en plein effort de rationalisation, la vente à l’ancienne, en vrac, sans labellisation du produit, laisse trop de marge (de manœuvre) au détaillant, à l’épicier. Elle permet à ce dernier de mélanger les denrées des concurrents, de pousser l’un aux dépens des autres ou encore de marchander à sa guise avec le client. Par rapport à cette distorsion de la concurrence, la marque – si possible relayée par la réclame en dehors du magasin – permet de figer le prix du produit à la vente, limite les possibilités de marchandage, permet à l’industriel de mieux contrôler ses transactions avec le détaillant. Elle donne un moyen d’identifier les produits dans des circuits anonymes.

La deuxième grande étape, c’est l’apparition du code- barre. Cette étape-là est franchie à l’initiative des commerçants, cette fois, mais de commerçants bien particuliers : les supermarchés, qui sont souvent organisés en chaînes. À partir des années 1920, aux États-Unis, ces distributeurs qui ont adopté la taille et les méthodes industrielles cherchent à faire des gains de productivité dans la gestion de leurs stocks et dans le travail d’encaissement. Ainsi, c’est à la demande d’une chaîne d’alimentation de leur ville qu’en 1948, deux chercheurs du Drexel Institute of Technology de Philadelphie inventent un moyen d’identification des articles aux caisses.

Bernard Silver et Norman Joseph Woodland mettent au point un système de motifs en cercles concentriques dont la disposition et l’épaisseur distinguent les catégories d’articles. Ce système repose sur un codage binaire de l’information : présence ou absence de ligne. L’invention est brevetée mais reste toutefois sans application. En effet, aucune méthode de lecture efficace n’est trouvée à cette époque, le début des années 1950. Il faut attendre une quinzaine d’années pour que le procédé de Woodland et Silver soit repris et développé, dans les magasins d’alimentation et dans le fret.

Dans les années 1950, les chemins de fer de Pennsylvanie cherchent un moyen d’automatiser l’identification des wagons et le traitement de ce type d’information. Un jeune ingénieur en cours de formation au MIT, David J. Collins, planche avec eux sur ce problème. Une fois diplômé, il travaille pour un fabricant d’ordinateurs et a l’idée d’utiliser une machine de son entreprise pour aider à la gestion du fret ferroviaire.

Il imagine alors une étiquette portant des bandes orange et bleu réalisées avec un matériau réfléchissant la lumière. La disposition de ces lignes lui permet de représenter les chiffres de 0 à 9. Chaque wagon porte un nombre à quatre chiffres pour indiquer la compagnie à laquelle il appartient et un nombre à six chiffres pour l’identifier. Un flash coloré permet de lire les codes en interprétant la lumière réfléchie. La compagnie Boston & Maine réalise les premiers tests en 1961 sur ses wagons de gravier.

Vers 1967, l’essentiel des problèmes techniques est résolu et une norme nationale de codage des trains est adoptée. Il ne reste plus qu’à équiper l’ensemble des compagnies ferroviaires. David Collins pense alors étendre son système aux convoyeurs et « à tout ce qui bouge ». Mais son entreprise refuse d’investir au-delà de l’application […] au chemin de fer. [2]

Collins passe par conséquent au service d’une autre entreprise, au nom évocateur, Computer ldentics, qui parvient, elle, à tirer profit du code-barre de Silver et Woodland : l’utilisation de rayons laser hélium-néon de faible puissance permet de lire de façon systématique les étiquettes présentant des alternances de lignes blanches (code 0) et noires (code 1). Computer ldentics réalise ainsi vers 1970, aux États-Unis, les premières installations de systèmes d’identification (de pièces, de produits ou de caisses de produits) par codes à barres, dans une usine automobile du Michigan et dans un entrepôt de distribution du New Jersey. A peu près à la même époque, ces systèmes commencent à essaimer dans les supermarchés et autres chaînes d’alimentation.

Sous l’impulsion de la National Association of Food Chains, certains magasins adoptent les scanners à la caisse et les code-barres « circulaires » de Silver et Woodland. Ces code-barres ne sont toutefois pas imprimés sur les produits eux-mêmes mais sur des étiquettes collées dessus par les employés, ce qui prend du temps et limite donc les gains de productivité sur l’ensemble du travail de gestion des stocks. Pour que cette innovation devienne réellement intéressante économiquement, il faut que les code-barres soient imprimés directement sur les produits au stade de la fabrication. Il est donc nécessaire d’élaborer et imposer des standards en la matière. C’est ainsi qu’est adopté en 1973l’Uniform Product Code (UPC), toujours en vigueur de nos jours aux États-Unis. Quatre ans plus tard, un autre standard est mis au point en Europe, le European Article Numbering System, qui comprend plus d’éléments que l’UPC. Il deviendra le plus utilisé dans le monde.

Alors que les codes à barres à deux dimensions sont d’invention récente, la technique de base de la puce RFID est, elle, relativement ancienne (les années 1930-40). Elle a mis beaucoup de temps à se développer. Aujourd’hui, elle porte le rêve gestionnaire d’une identification non plus limitée à une famille ou un lot de produits – tous les paquets de 34 biscottes de telle marque ont le même code-barre, de même que tous les exemplaires de tel livre – mais « individualisée » : si le coût de production des puces continue de décroître, on pourrait imaginer à terme que chaque produit industriel ait la sienne, avec son numéro bien à lui.

Les premières applications commerciales ou industrielles de la technologie RFID datent des années 1970 aux États-Unis, une époque où elle était exceptionnellement coûteuse. Quelques magasins installent quelques puces sur leurs produits et des lecteurs près des portes de sortie, afin de surprendre les voleurs. Le Département de l’Énergie y recourt, quant à lui, pour améliorer le suivi des transports de matières radioactives – des émetteurs sont embarqués sur les camions, et des lecteurs sont installés aux portes des sites de départ et d’arrivée. Surtout, à partir des années 1980, des systèmes de péage électronique sont mis en place sur les autoroutes, aux États-Unis et ailleurs. Les puces RFID apportent ainsi leur contribution à la lutte des pouvoirs publics et des compagnies autoroutières contre un des fléaux de la fin du XXe siècle : les embouteillages monstres aux abords des grandes agglomérations, que le passage sans contact et sans arrêt d’un certain nombre d’automobilistes équipés permet d’alléger, à la marge mais quand même sensiblement.

Jusqu’en l’an 2000, il semble que ce soit là l’usage le plus massif qui ait été fait de ces puces. Depuis, avec la baisse de leur coût, leur utilisation s’étend de manière accélérée dans le monde entier. Elles apparaissent maitenant comme un outil idéal pour recueillir en permanence des données sur les flux de marchandises qui circulent d’une entreprise à l’autre, d’usine à usine, d’usine à entrepôt, d’entrepôt à zone commerciale, etc.

Elles nourrissent les bases de données et de calcul des entreprises, les bases internes sur lesquelles les gestionnaires surveillent l’évolution des stocks et des en-cours, et les bases partagées aussi. Car parallèlement à la mise en place de logiciels perfectionnant la traçabilité interne, les grandes entreprises ont fréquemment adopté l’Échange de Données Informatisées (EDI) avec leurs sous-traitants et leurs clients : les systèmes d’information des organisations qui commercent et produisent ensemble sont depuis plusieurs années connectés entre eux ; les données concernant la chaîne logistique sont partagées par tous ceux qui y contribuent sur des logiciels standardisés.

L’aboutissement assez logique de tout cela devrait être « l’Internet des objets ». Le projet d’un certain nombre de bureaucraties regroupant des cadres de la logistique de toutes les industries est de mettre au point un réseau, dit EPCglobal, sur lequel toutes les marchandises dotées de puces RFID seraient repérables de n’importe quel ordinateur (connecté, cela va sans dire), avec éventuellement des informations sur leur état à tel ou tel moment. Toutes les entreprises concernées par l’élaboration, l’acheminement et la distribution d’un produit pourraient en permanence consulter les données disponibles sur lui, par l’EPC.

Quelles sont les motivations avancées par les entreprises qui adoptent les moyens de cette traçabilité obsessionnelle ? Dans l’industrie agroalimentaire, le motif invoqué est la santé. Il s’agit de mieux contrôler les voies et les délais d’acheminement, et de pouvoir rappeler au plus vite, dans la discrétion, des produits dont la nocivité pour les consommateurs est soupçonnée ou avérée. De manière plus générale, les puces donnent l’espoir de pouvoir systématiquement faire la généalogie d’un problème, de toujours être en mesure de remonter à sa source. Elles seraient donc garantes de la qualité et de l’authenticité des produits industriels : on peut identifier le sous-traitant qui a livré telle pièce, tel jour, avec tel défaut ; on peut mieux se défendre contre la contrefaçon(Pfizer a accolé des puces aux boîtes de Viagra).

Enfin, un motif fréquemment invoqué est celui du service au client, et de la fiabilité des informations qui lui sont données. Les entreprises de courrier et de livraison sont évidemment de grandes consommatrices de moyens de suivre à distance les colis : elles peuvent ainsi constamment tenir leurs clients au courant de l’évolution des délais de livraison. Mais même des fabricants de lunettes peuvent juger nécessaire d’investir dans des systèmes d’information de ce type :

Chez Essilor, leader mondial des verres ophtalmiques, l’objectif est double. Vis-à-vis des opticiens (et de leurs clients), « le système d’information est capable de déterminer le temps de production en temps réel en fonction des traitements à réaliser sur le verre et du niveau de charge de la chaîne de production en cours », indique ainsi Hervé Poitevin de la Frégonnière, directeur de programme IT chez l’industriel. Le client final peut ainsi prévoir de venir chez son opticien une fois ses verres effectivement livrés, sans risque de se déplacer pour rien.

La traçabilité est également employée en interne afin de suivre exactement les processus de fabrication et, le cas échéant, de retrouver tous les verres concernés par une anomalie à partir de la constatation d’un incident. […] « Il y a plus de 66 millions de références possibles », note Hervé Poitevin. La réception d’une commande, avec l’identification du client final, va aboutir dans un système de gestion de production d’une usine donnée, par l’intermédiaire d’un système de routage qui va diriger la production sur l’unité la plus opportune (en fonction de son plan de charge, de la proximité géographique…). L’ordre de fabrication va déclencher la récupération d’un verre semi-fini qui sera posé dans une barquette. Cette barquette, dans laquelle le verre circulera toujours, est munie d’un code-barres qui sera lu à chaque étape de fabrication. [3]

Conclusion provisoire

Quand des personnes entendent parler pour la première fois de l’identification électronique des cheptels, il arrive encore fréquemment qu’elles soient effarées par cette mesure. Cela semble absurde ! Mais quelle mouche les a piqués ? Mettre une puce aux animaux, qui a bien pu pondre une directive pareille ?

Quand on se penche sur l’histoire des techniques d’enregistrement/ tri/mise à disposition des informations dans les bureaucraties modernes, c’est au contraire cet effarement qui a de quoi surprendre. Les animaux sont des produits industriels comme les autres dans ce monde soumis à la production et la consommation de masse. Il n’y a donc, pour ainsi dire, aucune raison qu’ils échappent à cette intégration aux réseaux de télécommunications qui garantissent la traçabilité de tout et de tous, dans l’intérêt général.

On comprend même très bien qu’aux yeux d’un certain nombre d’acteurs du monde agricole, le puçage des bêtes (au-delà de son aspect soi-disant « pratique ») élève leur activité au rang d’une industrie aussi moderne que les autres. Ce qui s’appelle en général, dans notre société, une question d’égalité et de dignité.

Matthieu Amiech


[1] Delphine Gardey, Écrire, calculer, classer. Comment une révolution de papier a transformé les sociétés contemporaines (1800-1940), La Découverte, 2008, p. 256. William H. Leffingwell était un théoricien du taylorisme.

[2] Michel Alberganti, Sous l’oeil des puces. La RFID et la démocratie, Actes Sud, 2007, p. 61. L’ensemble du développement sur le code-barre est tiré de l’enquête d’Alberganti.

[3] « À chaque entreprise sa traçabilité », in Le Monde Informatique n°1098, 20 janvier 2006.

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