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Xavier Noulhianne, Puçage électronique: retour sur une histoire commune de l’industrialisation et l’administration de l’élevage, 2011

Depuis le 1er juillet 2010, le puçage électronique des animaux est obligatoire pour toutes les nouvelles naissances en ovin et caprin. L’opposition à cette nouvelle phase de la politique de traçabilité et de poursuite de la politique d’industrialisation généralisée de l’agriculture, bien que démarrée dès 2006 pour certains, n’en est encore qu’à un stade embryonnaire. Cette nouvelle avancée dans la traçabilité a tout de suite été associés à une industrialisation de l’élevage. C’est l’occasion de revenir sur l’histoire contemporaine de l’élevage, sur les origines de cette politique d’industrialisation, dont le puçage n’est qu’un des moments, ainsi que sur les mécanismes qui la mettent, en mouvement. L’industrialisation, mouvement historique mondial, prend des formes et des parcours différents en fonction du domaine, du pays et de l’époque qui assiste à son éclosion. L’industrialisation de l’élevage en France a des particularités très… françaises. Son impulsion fut étatique, intervenant au milieu des années 60 et se matérialisant dans une loi appelée Loi sur l’élevage [1] promulguée sous De Gaulle par Edgar Faure. Cette phase de mise en place d’une production industrielle est, en effet, le résultat de la mise en place concomitante de méthodes scientifiques de production et d’une mécanique administrative apte à gérer cette expérimentation à l’échelle nationale. Pour bien comprendre la spécificité républicaine d’une intervention coopérative de la science et de l’administration accouchant de l’élevage “moderne”, au sens industriel, il est intéressant de remonter à la moitié du XVIIIe siècle au Royaume Uni, pour savoir ce à quoi cet élevage moderne voulait être une alternative ou, dit autrement, ce qu’elle s’est donnée comme objectif de faire disparaître.

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En même temps que se prépare la première révolution industrielle, se prépare une transformation majeure dans l’organisation du milieu agricole britannique appelée phénomène des enclosures. Dès 1650 les propriétaires de manoirs, qui pourtant maîtrisaient et profitaient largement du système de “champs communaux” décidèrent de diviser et clôturer (d’enclore selon l’anglicisme) ces communaux pour en acquérir complètement la propriété. En un siècle, c’est toute l’organisation rurale qui se trouve abattue, des petits fermiers indépendants « yeomen », aux cultivateurs de terres « asservies » et autres utilisateurs des « communaux ». La rareté de la terre et l’augmentation de la rente foncière qui s’en suivi jeta toute cette population dans la misère.

Mais l’Etat ne fut pas pour rien dans l’établissement de cette misère. Car dans ce que l’on nomme la révolution industrielle, les inventions techniques ont été précédées de près d’un siècle par des inventions sociales d’Etat. La plus significative d’entre elles, dans la législation élisabéthaine, fut la Loi de Speenhamland, ou Loi sur les pauvres, de 1795. Avec l’intention d’inaugurer une gestion d’Etat de l’indigence, les mesures de Speenhamland – comme celle d’assurer un revenu minimum aux plus pauvres même lorsqu’ils travaillaient –, installèrent durablement, contre toute attente, toute une frange de la population dans l’indigence. Cette politique de protection d’Etat fut un tel fiasco que sa suppression en 1834 permit l’émergence d’un marché du travail qui était la pièce manquante au démarrage effectif de la révolution industrielle et en même temps la naissance du capitalisme moderne et de la société qui en découlera [2].

Ce phénomène d’enclosure va être à l’origine de modifications majeures des pratiques agricoles. La période entre 1640 et 1750 voit le prix des céréales chuter fortement. La production de pois, de fèves et de céréales qui se pratiquaient à l’époque des open-fields, se voit remplacée, en même temps que la mise en place des enclosures, par la production de plantes fourragères artificielles (trèfle, ray-grass, sainfoin) et de cultures sarclées (navets). Ce simple changement agraire va faire émerger dans la bourgeoisie terrienne anglaise du XVIIIe la notion, contemporaine, d’un système de polyculture-élevage, que l’on qualifiait alors plutôt de « nécessité de transformer l’herbe en argent par l’élevage ». Une série d’innovations (comme le semoir ou les techniques d’irrigation) accompagne cette volonté de mettre en place des cultures fourragères artificielles.

Au milieu du XIXe un certain Robert Bakewell va, dans sa propre ferme enclose du Leicester, mettre au point les premières méthodes de sélection du bétail pour guider et profiter des améliorations obtenues sur les plantes fourragères. Son objectif premier est d’améliorer la valeur bouchère de la race chétive locale. Il fixe par consanguinité étroite des caractères de finesse de l’os, de compacité des formes, de rapidité de croissance et de précocité. Il vend ensuite les reproducteurs ainsi obtenus et observe leurs descendances chez ses clients pour récupérer les meilleurs géniteurs et poursuivre sa sélection. Son « nouveau Leicester » devient très vite le mouton le plus rentable d’Angleterre. Ce que vient de faire Bakewell c’est simplement de mettre en point la Doctrine de la sélection animale qui a, grosso modo, toujours cours à l’heure actuelle chez les éleveurs qui ne s’en remettent pas à la génétique.

Il est indéniable que cette révolution agraire se fait dans un contexte d’émergence du rationalisme dans tous les domaines et dans un contexte de révolution industrielle donc de modifications fondamentales dans le fonctionnement de l’économie. Ces méthodes agricoles sont qualifiées à l’époque d’intensives et de rationnelles en comparaison de celles qu’elles remplacent. C’est pourtant à ces méthodes qu’on fait référence aujourd’hui lorsqu’on évoque les “méthodes d’élevage traditionnelles”, que l’on oppose à l’actuelle “agriculture industrielle et intensive”. Elles s’y opposent effectivement. Car en y regardant de plus prés, cette Doctrine de la sélection animale n’a rien de rationaliste, au sens calculatoire, et reste très empirique (voir ci-dessous).

Les 5 points de la Doctrine de de sélection animale du XIXe siècle:

1. L’objectif principal est produire un animal à viande en système dit intensif, c’est-à-dire un animal à croissance rapide, bon transformateur de fourrage (donc consommant peu ou pas de céréales) et présentant un rendement élevé en viande et en graisse de couverture.

2. Conformité au modèle morphologique et primauté du mâle sont les principes majeurs, il n’existe pourtant pas de critères morphologiques mesurés, on “apprécie” simplement la “conformation”, visuellement, chaque sélectionneur créant progressivement sa propre « marque de fabrique ». Qui plus est, les performances individuelles des animaux ne sont pas mesurées (pas de pesée, ni de mesure de la production laitière), mais pas par incapacité technique.

3. Beaucoup d’éleveurs croient, avant les découvertes de Mendel et Darwin, en l’héritabilité des caractères de race, et portent donc un grand intérêt à l’enregistrement des généalogies des animaux remarquables même de générations éloignées.

4. Le concept de génération s’applique au troupeau : on ne rechigne pas à faire se reproduire entre eux un groupe d’animaux qui présentent les bonnes caractéristiques.

5. Le contrôle de descendance est au centre de la pratique des sélectionneurs. Ils suivent les troupeaux de leurs clients et gardent un droit de reprise des mâles.

Outre Manche, l’application de cette méthode de sélection va rapidement s’étendre à tout le territoire et aux autres espèces animales, surtout aux bovins. On peut dire qu’elle imprima l’élevage anglais jusqu’à aujourd’hui, en en faisant même sa marque de fabrique.

A cette même époque, le système agraire français se caractérise par une diversité de systèmes aux particularités régionales. Ce sont ces particularités, très fortes d’une région à l’autre, où les races et les pratiques agricoles s’étaient développées en fonction de besoins locaux très spécifiques, qui ont empêché l’émergence d’un besoin de sélection, à une échelle nationale, vers la seule finalité bouchère [3]. Il n’y eut donc pas de révolution agraire. Et même si les innovations britanniques sont indéniablement à l’origine de l’évolution des pratiques de l’élevage en France, elles se diffuseront lentement au cours du siècle qui suivit. Pas une des tentatives de “modernisation”, c’est-à-dire pour l’élevage de développement de races spécialisées laitières ou viande, n’aboutira durant cette période.

Il faudra attendre l’après seconde guerre mondiale pour voir cette phase de lente évolution être perturbée. C’est dans les années 1950 que la science fait irruption dans l’agriculture et surtout dans l’élevage, faisant écho à un mouvement de rationalisation de l’élevage outre-atlantique, dont on trouve les prémices au milieu du siècle précédent, et qui abouti à l’apparition des premiers centres d’insémination artificielle dans les années 1930 aux Etats-Unis.

En France, c’est d’abord dans le Nord et le bassin parisien que se concentrent les travaux de modernisation agricole. L’intensification de la production laitière se joue en trois phases :

1) le développement de la maîtrise du rationnement à l’auge, grâce à des travaux sur l’énergétique des aliments, abouti aux premières tables de valeurs fourragères et à la rationalisation de la ration [4] ;

2) les bases du contrôle laitier sont jetées ainsi que

3) celles de la technique d’insémination artificielle avec du sperme frais à Rambouillet.

Dans le monde agricole, c’est à cette même période que surgit l’impulsion mutualiste et coopérative notamment représenté par les CETA (Centres d’Etudes Techniques Agricoles) et la JAC (Jeunesses Agricole Catholique) tous deux liés, de façon plus ou moins assumée, à l’Action Catholique. Ce mouvement se caractérise dès son origine par sa foi en le progrès technique (la JAC n’avait pas hésité en ces temps à dire que dorénavant « la charité devra être technicienne » !). À l’époque, cette frange progressiste du milieu agricole sera la seule à soutenir et même participer aux travaux de cette recherche en mal d’application. Ces jeunes agriculteurs des CETA et de la JAC friands de progrès croyaient en la création d’une agriculture moderne profitant du fruit des productions scientifiques. Ils ne virent pas que dans cette agriculture-là, les paysans n’auraient pas la place qu’ils avaient rêvée pour eux-mêmes.

Cette coopération va en tout cas permettre à la recherche en nutrition animal (Jarrige, Fauconneau), dans les années 1950, de faire un bond incroyable grâce à la possibilité qui leur est offerte de mettre en pratique dans les assolements quantités d’expériences. Aux nutritionnistes s’associent alors les technologues, fournissant les bases d’évaluation de la production laitière et de viande, les physiologistes de la reproduction, formant les techniciens de l’insémination, et enfin les généticiens (J. Poly et P. Auriol) qui, obligés de se tourner vers le terrain des éleveurs, deviendront les « sélectionneurs de la Génétique ».

Mais l’arrivée des techniques d’insémination artificielle comme moyen moderne de sélection va lourdement s’opposer à l’organisation des sélectionneurs qui, défendant leurs propres techniques de sélection héritées de Bakewell, sélectionnent et fournissent les bataillons de taureaux agréés et inscrits dans les Livres Généalogiques [5], apparus 50 ans plutôt. Même si ce système de sélection s’est développé moins vite et moins fortement qu’en Angleterre, les sélectionneurs sont bien implantés et travaillent avec les meilleurs élevages dans chaque zone géographique, particulièrement dans les zones de berceau de race. Si bien que dans les premières années, malgré leur objectif affiché de développer des races modernes et spécialisées pour chaque secteur, les inséminateurs devront se contenter de travailler dans les zones où ont subsisté des races mixtes peu performantes et délaissées par les sélectionneurs car considérées comme secondaires dans le travail de sélection en vue de produire des reproducteurs.

Commence alors à se mettre en place, en parallèle du fonctionnement des sélectionneurs, un secteur scientifique de l’élevage. Celui-ci devant se construire de A à Z, il doit commencer par se constituer une base de données propre (concurrent des Livres généalogiques des sélectionneurs). La constitution des premières données se fera en dehors des berceaux d’origine (par exemple les races Limousine, Charolaise et Blonde d’Aquitaine seront étudiées dans le Tarn et l’Aveyron). On développe alors des outils d’analyses spécifiques issus de la statistique. C’est l’estimation statistique de la valeur génétique du taureau qui permet de mettre en place l’« index génétique » fixant, par calculs statistiques, la valeur des taureaux. Les chercheurs français ont été les premiers à cultiver les outils statistiques informatisés de traitement de données pour le développement de l’insémination et l’orientation génétique de la sélection.

Vers la fin des années 1950, ce travail des pionniers de la Génétique des populations a besoin d’un travail de validation universitaire à plus grande échelle pour être reconnu. Se forme alors une coalition de scientifiques de divers horizons. Chercheurs de l’INRA, de l’INSERM et de l’INED (dont un certain Albert Jacquard ou un Jacques Testart) associeront leurs travaux en les liants avec un ciment statistique et probabiliste. La Génétique quantitative est créée, et les taureaux seront désormais classés selon « leur valeur génétique additive espérée (effets moyens des gènes) pour la production de lait ou de viande. » C’est ainsi qu’aucun éleveur laitier ne s’étonne plus aujourd’hui de voir des mâles reproducteurs dont on vante le « taux protéique » ou le « taux butyrique » d’un lait qu’ils ne produiront jamais, et pour cause !

Or face au refus de la profession, éleveurs et sélectionneurs, tout ce travail aurait pu être remisé dans les archives des sciences n’ayant jamais trouvé d’application, s’il n’avait pas rencontré les desseins politiques de la mise en place du Marché Commun, et de la soi-disant nécessité pour la France de se “mettre au niveau” des performances de ses futurs partenaires d’Europe du nord en vue d’une telle perspective communautaire ; le prétexte du débat sur la souveraineté alimentaire d’après guerre ayant fait long feu. “À la française”, ce dessein prendra la forme d’un projet de loi. Ce projet de loi se propose de structurer toute la filière de l’élevage, offrant une place à chacun des secteurs professionnels.

Du côté des agriculteurs, ne pouvant pas compter sur l’appui de la profession qui est plutôt rétive, c’est sur les jeunes agriculteurs des CETA que l’Etat s’appuiera. Il s’agira d’imposer à cette profession des méthodes de sélection plus réactives, à même de donner des résultats plus rapidement que le “lent” travail de sélection à la Bakewell. Mais ces méthodes rationalistes sont surtout faites pour rendre le processus de sélection contrôlable et dirigeable par l’administration, vers les objectifs que l’Etat lui dessine, et non plus par les seuls éleveurs dans leurs seuls objectifs. Pour les leur imposer, au nom de l’intérêt général, la méthode de la contrainte législative ne s’avérera pas moins efficace que la loi du marché à l’anglo-saxonne.

La Loi comprendra donc deux volets :

1) L’Etat prend la décision de mettre a profit les travaux de l’INRA en matière d’amélioration génétique du cheptel par la généralisation des techniques d’insémination artificielle, en fixant lui-même les objectifs productivistes en lait et production de viande, c’est l’époque du « suivez le bœuf ! ». Le but est d’obtenir des races hyper-spécialisées. Cette loi fut aussi qualifiée, en son temps, de loi « laitière » ou de loi « génétique ».

2) Organiser la filière de l’élevage en créant une administration à même de diriger et contrôler la politique productiviste. A la différence des autres pays de la CEE la France confit, par la Loi, à la Profession Agricole le rôle de contrôler la bonne mise en œuvre de cette loi et son accompagnement technique. Pour cela elle construit une organisation administrative pour toute la filière dans laquelle le rôle de contrôle et celui de la récolte de données scientifiques sont mêlés. La Loi institutionnalise le principe organisateur de la filière selon un fonctionnement tiré de modèles d’analyse systémique (voir schéma ci-après).

Le “troupeau” est le lieu d’expérimentations où l’on vient prélever les informations individuelles des animaux. Ces animaux sont donc identifiés comme on identifie des échantillons dans un laboratoire de l’INRA. L’EDE est chargé de récolter les informations de performances et de vérifier la bonne application de l’identification des animaux/échantillons. Les informations sont rassemblées, traitées et mises en forme informatiquement dans différents organismes étatiques (CRI, CTI) afin de remonter à ce qu’ils nomment eux-mêmes « l’ordinateur central » : la Commission Nationale d’Amélioration Génétique (CNAG). C’est cet ordinateur central qui décide alors des orientations que devront prendre les éleveurs dans leur sélection, se résumant alors en une simple sélection de “paillette de semence” dans une bonbonne d’azote.

L’orientation ainsi définie pour tous les éleveurs d’une même race redescend vers le “troupeau” via d’autres organismes chargés de veiller au bon suivi des orientations prises.

Par ailleurs, les connaissances et le savoir faire des éleveurs ne sont plus à même de soutenir un tel dessein. Au bout de la chaîne, les techniciens des Instituts Techniques sont chargés de s’assurer que la nutrition et la conduite des troupeaux ainsi que leur suivi sanitaire seront faits de façon à servir le travail génétique d’amélioration des performances. Déjà des mécanismes d’incitation financière sont employés, sous couvert de programmes d’amélioration de bâtiment (qui ne sont pas s’en rappeler des programmes très actuels), pour tenter de rallier le maximum d’éleveurs. Il faudra à La Loi sur l’élevage presque sept années avant d’être réellement mise en place. Ce délai est à l’image des résistances qu’elle rencontra. L’efficacité de cette démarche de rationalisation de l’élevage, qui a toujours cours aujourd’hui, se résume assez bien, en quelques dates, par ses premiers pas :

1955-60 : Travaux scientifiques de mise au point de la sélection génétique par insémination artificielle.

1966-70 : Adoption de la Loi sur l’Elevage qui entérine ces recherches à des fins productivistes et l’administration ad hoc.

1973 : Décollage généralisé de la production nationale.

1980 : Premiers constats « d’excédents laitiers structurels ».

1984 : Premières mesures communautaires de limitation de la production laitière (quotas et droits à produire).

Après 10 années de recherches et 7 ans de mise en application d’une loi productiviste, il aura suffi de 7 ans pour aboutir à une saturation du marché par des excédents de production. De leur propre aveu, les chercheurs de l’époque reconnaissent aujourd’hui n’avoir pas pensé à prendre en compte, dans leur analyse systémique, le fait que le marché n’était peut-être pas capable d’absorber une quantité illimitée de lait ! Mais quels qu’aient été les effets désastreux de ce premier pas de la politique de modernisation de l’élevage, l’organisation administrative et bureaucratique mis en place à cette occasion va survivre. Elle sera même chargée de l’organisation des mesures de rattrapage de ce premier fiasco, et de ceux qui suivront, dont l’efficacité se mesure à l’aune de ce qui est advenu de l’agriculture.

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La première réaction serait d’arguer que tout ceci est de l’histoire ancienne, que l’administration a depuis bien changé dans ses méthodes aussi bien que dans ses objectifs. Il n’en est rien. Le programme concocté pour les éleveurs jusqu’en 2015 est à lui seul assez édifiant :

1) L’étape de puçage électronique (2010-2013) correspond d’une part à la finalisation de l’identification individuelle des animaux d’élevage comme des échantillons de laboratoire et d’autre part à la mise en place de l’outil technique de numérisation du troupeau ;

2) L’étape suivante, déjà en cours, est la diffusion chez les éleveurs des logiciels de gestion de troupeau ;

3) Ces deux premières étapes sont essentielles pour aller vers celle qui institutionnalisera l’autogestion du contrôle, puisque ces logiciels permettront aux éleveurs de télédéclarer, via Internet, les informations réglementaires de troupeau directement dans les bases de données des services de contrôle de la DDT [6] qui pourront alors procéder à des vérifications à distance [7] ;

4) Un des aboutissements le plus immédiat, annoncé pour 2015 par l’article 93 de la Loi 2006-11 du 5 janvier 2006, est l’obligation de n’employer, pour la reproduction, que des mâles ayant reçus un agrément assurant la conformité de leur matériel génétique [8], appelée, dans le texte de loi, « la Voie Mâle ». Cela amènera, à terme, à imposer l’emploi de mâles issus d’insémination artificielle, car ils seront agréés de fait.

Des premiers programmes de recherches de l’INRA des années 1950, aux dernières mesures de contrôle de l’administration, il n’y a qu’une seule et même logique : celle de l’industrialisation de l’élevage, c’est-à-dire la construction d’une filière fondée sur la recherche de la productivité par des méthodes d’élevage scientifiques. Avec cette Loi 2006-11, l’administration actuelle de l’élevage ne fait que poursuivre son programme de maîtrise de la sélection lancé avec la Loi de l’élevage de 1966.

Cela n’est d’ailleurs pas sans rappeler le cas des semences, lorsque furent interdits l’utilisation et l’échange de semences n’ayant pas reçu d’agrément assurant leur conformité sanitaire, visant directement les semences fermières. Cela permis l’épanouissement de la florissante et fructueuse industrie de production et de normalisation des semences.

Mais dans l’élevage, rien de tel ; la maîtrise de la reproduction animale par l’industrie (l’insémination artificielle) ne représente pas autant d’enjeux financiers que dans le cas des semences. Ici l’administration ne fait que poursuivre une logique d’Etat : il n’est tout simplement pas question que les pratiques d’élevage, dans leur ensemble, échappent au processus généralisé d’industrialisation. Car le domaine agricole doit être une activité économique comme les autres. L’agriculture se conçoit comme faisant partie d’un équilibre économique interdépendant, entre les fabricants de matériels agricoles, l’industrie chimique fournisseuse d’intrants, l’industrie agro-alimentaire, la grande distribution et l’administration elle-même. Bref, l’agriculture n’est qu’un des “services” de cette « usine-monde » dont il s’agit de contrôler le bon fonctionnement.

C’est tout le sens du contrôle dont le puçage et la traçabilité ne sont qu’une infime part. Il s’agit de s’assurer que le développement de l’agriculture se fasse dans un sens qui n’empêche pas, et même favorise, le développement des services contiguës (les filières d’amont et d’aval). Toute la politique d’aides européennes et la politique de contrôle qui lui est associée ne sont là que pour s’assurer que l’agriculture tienne sa place dans cette économie.

La particularité française est d’avoir imaginé que cette mécanique puisse être plus facilement conduite par le biais d’une bureaucratie plutôt qu’en faisant confiance au seul marché. Cette particularité française a d’ailleurs fait école au moins à l’échelle européenne. Les agriculteurs ne « travaillent plus leurs terres » en fonction des contraintes liées à leur production, ils « conduisent leur exploitation » en fonction des réglementations ou de l’optimisation d’un calcul de versement d’aide. On peut voir, en l’espace d’une année, des habitudes culturales héritées être entièrement renversées par la modification d’une “modalité” d’attribution d’aide. La réactivité à la Politique Agricole, ainsi développée, a fait d’eux d’authentiques administrés, plus que des assistés comme on a l’habitude de les présenter. Ainsi, pour que l’agriculture soit un domaine économique comme les autres, elle doit aussi être une administration comme les autres.

Dire cela revient à dire que l’agriculture a été réduite, au sens de spécialisée, à une marchandise. Pas seulement dans ce qu’elle produit mais bien plus dans ce que le rapport marchand induit de modification des rapports sociaux, dans l’oblitération de tout “qualitatif et de toute “sensibilité”, de tout ce qui n’est pas objectif et mesurable, bref de ce qui n’est pas mondialisable. En cela marchandisation et industrialisation désignent bien plus des modes de modification des conditions d’existence que simplement un mode de production industriel d’objets ou de marchandises.

Il paraît opportun de pointer la part que cette administration a prise, de bon cœur, dans la dégradation des méthodes d’élevage parce qu’elle ne manquera pas – elle le fait déjà par l’intermédiaire des MAE [9] – de venir expliquer aux agriculteurs combien, et de quelle façon, il est nécessaire dorénavant de verdir leurs pratiques, dans un sens défini par elle-même, pour mieux continuer de creuser le même sillon ; comme pour rappeler que c’est l’une des principales caractéristiques de cette administration, et de la société industrielle elle-même dont l’administration n’est que l’un des avatars, d’absorber tout ce qui fait mine de se mettre en travers de son chemin.

A ceux qui se posent encore la question du sens de tout cela, on peut au moins répondre que le système n’a que faire de la direction – éliminant tout recours à un éclairage par une théorie du complot – parce que la société industrielle n’est obnubilée que par une seule chose : assurer sa propre survie. Pour cela, elle a dû apprendre à dissoudre et intégrer tout ce qui offre une résistance à sa propre progression [10]. Les exemples sont légions.

L’écologie a pu, il y a une quarantaine d’années, se concevoir comme l’expérimentation de voies d’humanisation en opposition au programme généralisé d’éradication de la vie mené conjointement par les Etats et l’industrie. Mais, après quelques décennies, de Développement Durable en Ecologie Politique, de calcul d’Indice Carbone en regroupement de consom’acteurs, la société industrielle a fini par dissoudre tout ce que l’écologie pouvait contenir de menaçant jusqu’à aujourd’hui, en faire sa meilleure chance de survivre au chaos économique, social et environnemental qu’elle a elle-même créée.

A l’image de ces industriels de la semence qui, s’apercevant que leurs petits tripatouillages génétiques aboutissent à un appauvrissement exponentiel de la diversité des variétés, envisagent de faire appel aux petits paysans, ceux-là même qui se sont voués à la conservation vivante – loin des banques réfrigérées de semences mortes – par la reproduction annuelle de variétés de plantes non répertoriées, afin de “régénérer” leur propre base génétique ; donc non pas pour tirer une leçon de la catastrophe à laquelle ils ont déjà pris part, et dont ils ont pu constater les conséquences, mais pour se reconstituer une “réserve génétique” afin de poursuivre leurs tripatouillages. Ces agriculteurs qui, à la façon des enlumineurs du Moyen-âge reproduisant des textes des siècles durant pour rendre un jour possible une “renaissance”, auront reproduit, hors de toute légalité, des semences interdites des années durant, l’auront finalement fait pour la seule régénération de l’industrie semencière elle-même, si ils acceptent cette compromission-là.

Tout se passe comme si les uns et les autres ne voyaient dans la capacité de résistance que développe la nature contre l’incessant matraquage que l’industrie lui fait subir, qu’un encouragement à lui en faire subir de plus inédits afin d’en faire sortir ce qu’elle a, soi-disant, de meilleur.

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Ce petit retour dans l’histoire française contemporaine de l’agriculture est également l’occasion de tordre le cou à la fausse impression d’un reflux et d’un affaiblissement progressif de l’Etat. Car l’abandon progressif de ce que l’on nommait les « services publics », dont il ne restait déjà plus grand-chose et qui n’étaient que les restes de l’ancienne bureaucratie de fonctionnaires, cache assez mal un phénomène général de renforcement de l’Etat et de l’administration dans ses prérogatives de maintenance de la société industrielle. Cette dernière s’apparente plutôt, dans l’agriculture, à une bureaucratie de “coaching” [11] bardée d’experts scientifiques et de techniciens. Il suffit, pour s’en convaincre, de discuter avec les quelques paysans encore vivants ayant connu l’avant Marché Commun pour se rendre compte à quel point l’Etat est aujourd’hui présent dans le quotidien d’un agriculteur ; pénétrant et réglementant tous les domaines de son métier. Au point d’être capable, par une seule directive, de modifier le comportement des agriculteurs de toute une filière dans le même sens.

Cette bureaucratie a pour fonction l’accompagnement dans la voie de l’industrialisation. A grand renfort de statistiques, elle produit les diagnostics et les perspectives d’une filière qui deviennent la ligne d’horizon de chaque exploitant. Elle s’exprime dans la rhétorique de la domination, à la fois professionnelle et scientifique, qui est la novlangue de la rationalité, que chaque exploitant, bien que tétanisé, se met lui-même à reproduire, parlant de sa propre activité, pour entretenir l’illusion d’une maîtrise technico-économique de son entreprise alors qu’à l’évidence il n’en est plus maître… cette maîtrise a été “externalisée”. Ces agriculteurs parlant l’idiome bureaucrate deviennent, dans les faits, des promoteurs de la rationalité en même temps que des promoteurs de l’Etat. Cette tétanie, qui empêche toute une profession de prendre conscience de l’avancée de sa disparition programmée – c’est-à-dire la disparition de ce qui faisait d’elle une activité humaine la remplaçant par une simple activité de production spécialisée –, n’est pas une conséquence du renforcement du système de contrôle ; elle en est la cause.

Je me souviens avoir vu, lors des premières Rencontres de la Biodiversité d’Arles en 2004, des éleveurs fromagers qui avaient entrepris d’exemplifier la biodiversité sensée exister entre leurs fromages en répartissant sur un graphique Excel toutes les exploitations des Bouches-du-Rhône représentées sur des axes XY par des données bactériologiques mesurées chez chacun d’eux. La participation à une rencontre sur la « biodiversité », terme scientifique né de la systémique au même titre que « biocénose » ou « biotope », pourrait apparaître comme une preuve suffisante de soumission à la pensée dominante, mais le recours à un graphe abscisse/ordonnée comme preuve de résistance à une “industrialisation” – dans une représentation largement “idéalisée” [12] – permet de se rendre compte à quel point ces “paysans” sont loin, malgré ce qu’ils en pensent, de ce qui faisait dire à un Jean Giono en 1938 :

« Ils [parlant des gouvernants] savent bien que notre travail de la terre n’est pas une spécialité, mais qu’il est le naturel de notre vie et de la vie de notre famille ».

L’organisation actuelle de la société est telle qu’il ne semble pas possible, où que se pose notre regard, de ne pas voir à l’œuvre les principes d’organisation rationnelle. Si bien qu’il semble bien difficile de trouver aucune initiative individuelle ou collective ayant échappé aux ornières du progrès. Une des principales caractéristiques qu’a induit l’emploi généralisé des méthodes scientifiques est qu’à un problème donné il ne peut exister qu’une seule réponse possible ; et que, chacun raisonnant selon ce même mécanisme, il ne se trouve personne pour le nier. Le simple fait de mettre en place une A.O.C. induit que le mode de fabrication d’un fromage doit être décortiqué, paramètre par paramètre, afin d’obtenir une définition objective et rationnelle de ce qui deviendra alors LA méthodologie de fabrication du Banon ou de la Ste Maure, donnant naissance à l’outil de normalisation par excellence : le Cahier des charges. Dans le but d’obtenir l’A.O.C., il suffit d’une dizaine d’année pour que, le protocole s’étant généralisé, soit perdue la multiplicité originelle des pratiques empiriques ; même chez les fromagers fermiers qui par là même entrerons, quelles que soient leurs pratiques par ailleurs, dans un processus d’industrialisation et de bureaucratisation.

A avoir évoqué l’incessante collusion entre le processus d’industrialisation et la croissante bureaucratisation qui caractérise le mouvement qui emporte l’agriculture et le monde qui l’a produite, nous ne pouvions finir sans évoquer la sorte de complémentarité à laquelle, les années aidant, elles arrivèrent. Durant les décennies d’accumulation de dégâts environnementaux qui accompagnèrent le déluge de techniques industrielles, l’administration s’est spécialisée dans la régénération des conditions de la poursuite de ce processus. Elle n’a eu de cesse de diagnostiquer, de préconiser des normes et de contrôler ce que ses modèles de la pensée objective présentaient comme les “solutions”, la plupart du temps avec le soutient de la société civile – ONG et écolo-citoyens en tête – prête à toutes les compromissions du moment que la bonne conscience d’œuvrer pour la sauvegarde de la planète semblait, elle, conservée. Avec cette assurance progressiste, toute religieuse, de ne pouvoir trouver le salut qu’en répétant à l’infini la litanie scientifique qui a été la cause même du problème.

La complexité [13] est venue au secours d’une science en panne de concepts, faisant son entrée dans l’arsenal des outils de la pensée rationnelle bureaucratique. Les normes et préconisations ainsi construites ne peuvent être confiées qu’à d’autres “experts” rompus à cette complexité, seuls aptes à maîtriser la technicité et les obligations réglementaires mises en place par l’administration. De cette façon, tous nos bons vieux industriels ont l’occasion de se recycler, sous couvert de haute technologie ou pas, œuvrant pour accompagner la transition de toute l’industrie vers le terrain du développement durable, si bureaucratiquement bien préparé, qui leur ait désormais presque réservé.

Pourtant, même si les dégâts de l’industrialisation de l’agriculture ne cessent de nous étouffer chaque jour un peu plus, ne nous y trompons pas : il n’y a pas d’agriculture industrielle ; il y a une industrialisation du monde à laquelle l’agriculture n’échappe pas. La finalité de l’industrialisation n’est pas de tenter de donner une forme particulière à l’agriculture mais de faire en sorte qu’elle soit capable de suivre, servir et mettre en œuvre toutes les grandes transformations de la société industrielle elle-même. Il serait, de fait, illusoire de tenter une définition objective de l’agriculture industrielle car elle serait obsolète dans les six mois. L’agriculture industrielle est l’agriculture qui sait être en phase avec la société industrielle, en son cœur ou dans ses marges, dans sa capacité à survivre à tout en se retrouvant systématiquement à la fois dans le problème et sa solution.

De la même façon on pourrait dire : il n’y a pas de société industrielle. Le caractère mouvant de ses contours, issue de sa capacité adaptative, fait qu’il n’est pas possible d’en donner une définition objective ou de la résumé à une seule des facettes qui la composent. Elle n’est pas, par exemple, seulement une société technicienne ou de productions techniques, pas plus qu’elle n’est que médiatrice ou qu’une société de contrôle. L’action concomitante des mécanismes qui la composent, et qui chacun pris isolément est à l’origine d’une part de la dégradation des conditions de vie, peut donner une impression d’unité d’intention, mais seule la compréhension de chacun d’eux permet d’approcher ce qu’elle est.

De même le puçage électronique ne se résume pas à une simple question « pour ou contre la technologie RFID » ou seulement à la question de la surveillance des éleveurs ou de leur contrôle. Comme ce texte a voulu le montrer, seule la description des mécanismes de transformation qui accompagnent l’acte de puçage électronique permet de rendre compte de sa portée et en même temps de la nature du monde qui l’a produit. Le puçage électronique n’est pas un simple produit de la technique, parce que la société industrielle qui l’a produit n’est pas qu’une société technique. Pour écouler ses productions marchandes elle se doit de prendre possession de l’organisation de la société afin de préparer les conditions d’acceptation de toutes ses nouvelles productions matérielles ou idéologiques. Si bien que les nouvelles directives, comme le puçage électronique ou la « Voie mâle », ne peuvent être “proposées” que lorsque les conditions d’acceptation sont déjà réunies, suite à un travail de fond de toutes les composantes de la société industrielle [14]. A telle enseigne qu’il n’y a pas à s’étonner qu’il se trouve si peu d’éleveurs qui trouvent à redire au puçage. Il faut avoir gardé une dose de sensibilité à la dégradation des conditions dans lesquelles nous devons vivre l’élevage, autant qu’à la dégradation de nos conditions de vie, pour se sentir encore heurtés par de telles pratiques.

Le puçage électronique ou la Voie Mâle semblent bien peu de chose face à la mécanique bureaucratique de transformation de l’agriculture qui a impulsé et accompagné son industrialisation. Elles en font pourtant bien partie. Mais s’y opposer sans prendre position vis-à-vis de l’organisation qui l’a produite condamnerait à ne faire que négocier, une fois de plus, un aménagement de la peine à laquelle nous sommes condamnés, agriculteur ou pas : disparaître derrière les impératifs de l’organisation rationnelle de la suppression de toute forme vivante libre, à commencer par celle de la pensée.

Xavier Noulhianne,

éleveur dans le Lot-et-Garonne, août 2011.

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Ecoutez Xavier Noulhianne lors de l’émission de France Culture, « Terre à Terre » du 9 février 2013:

L’industrialisation de l’agriculture et de l’élevage

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[1] Loi n°66-105 du 28 décembre 1966.

[2] Voir Karl Polanyi, La grande transformation, Aux origines politiques et économiques de notre temps, 1944 ; éd. Gallimard, coll. Bibliothèque des sciences humaines, 1983.

[3] Par exemple les nouvelles races anglaises de bovins, développées spécifiquement pour leur valorisation bouchère, comme la Durham, ne s’implanteront que peu ou pas du tout, notamment parce qu’ayant été développé selon des critères économiques très particuliers, elles ne répondent pas du tout aux besoins des paysans français pour lesquels les vaches restent d’une utilisation mixte (lait, traction, viande et fumure) jusqu’au milieu du XXe siècle.

[4] L’INRA est à l’origine d’une méthode scientifique de calcul rationnel de ration alimentaire unique au monde ; c’est-à-dire qui n’a fait école dans aucun autre pays. Tous les aliments pour le bétail (fourragères, céréales, sous produits de l’industrie alimentaires, etc.) sous toutes leurs formes ont été analysés afin d’en établir les valeurs nutritives valorisable par un type d’animal et pour une production donnée. Ainsi un technicien de filière peut aisément, à l’aide d’un logiciel, calculer la composition de la ration d’une chèvre que l’on destine à produire quatre litres de lait par jour. C’est avec cette méthode que le soja apparaît dans les tableaux de valeurs nutritives comme un aliment presque incontournable lorsqu’on veut atteindre certaines performances, et qui fait que son emploi s’est généralisé en élevage.

[5] Livres d’enregistrement des généalogies et des performances d’animaux remarquables.

[6] DDT : Direction Départementale des Territoires, ancienne Direction Départementale de l’Agriculture.

[7] Certains agriculteurs ont pris de l’avance dans cette autogestion du contrôle puisque dans le cadre de la responsabilisation professionnelle des transformateurs, comme les fromagers, ceux-ci sont, par exemple, tenus de faire réaliser des analyses bactériologiques sur leurs fromages, deux fois l’an, appelées autocontrôles. En cas de mauvais résultats, le fromager fermier a la « responsabilité professionnelle » de se dénoncer aux Services Sanitaires ! Précédemment ces analyses étaient du ressort des Services Sanitaires eux-mêmes. Le transfert de cette responsabilité vers les transformateurs est présenté par les Organisations Professionnelles, qui l’ont négocié, comme une liberté et une victoire en faveur de l’autonomie et de la reconnaissance de la profession.

[8]Extrait de l’article 93 de la Loi 2006-11 : « Art. L. 653-7-1. – A compter du 1er janvier 2015, le matériel génétique support de la voie mâle acquis par les éleveurs de ruminants est soumis à obligation de certification, qu’il s’agisse de semence ou d’animaux reproducteurs. »

Extrait du rapport du 7 décembre 2006 relatif au contrôle des activités de reproduction : « Les dispositions de cet article instaurent un régime d’agréments sanitaires pour les activités de reproduction des animaux, afin d’assurer une parfaite conformité avec la réglementation communautaire (transposition de la directive 2005/24/CE du Conseil du 14 mars 2005). Aux termes des dispositions de cet article, les personnes se livrant à une activité de reproduction des animaux sans agrément sanitaire s’exposent à des sanctions pénales et administratives. […] La réforme engagée par l’article 93 de la Loi 2006-11 d’orientation agricole du 5 janvier 2006 est le fruit de la concertation entre le ministère et la filière de l’élevage ».

[9] MAE : Mesures Agro-Environnementales, c’est-à-dire mesures de soutient financier attribuées moyennant le respect de contreparties agro-environnementalistes.

[10] On me pardonnera le travers qui consiste à parler de la société industrielle comme s’il s’agissait d’une entité agissante, presque comme personnalisée ou centralisée, alors qu’il ne s’agit que d’un terme désignant l’ensemble des mécanismes sociaux, politiques et économiques qui, agissants de façon concomitante, mettent en mouvement ce monde qui devient le sien.

[11] Le coaching est apparu dans l’arsenal des méthodes d’accompagnement des agriculteurs, mis en place au niveau des Chambre d’Agriculture, après la dernière Loi d’Orientation Agricole 2006-11 du 5 janvier 2006 dont l’objet annoncé en en-tête est de « Faire évoluer l’exploitation agricole vers l’entreprise agricole ».

[12] Souvent “idéalisée” sous la forme d’avides industriels ou d’une grande distribution qui s’opposeraient, presque naturellement, aux petits producteurs qui, eux, échapperaient tout aussi naturellement, presque par définition, à tout industrialisme. Cette représentation est bien commode puisque tant que ces industriels proposeront leur travail bâclé, les “petits producteurs” pourront se dire que leur production vaut toujours mieux que les ersatz de l’industrie ; quel que soit l’état réel de leurs propres pratiques. Mais ce serait oublier que la société industrielle a la capacité d’être aussi bien représentée par des industriels que par des petits fermiers, car elle n’est pas “industrielle” qu’au sens productif du terme.

[13] La notion de complexité est une des notions qui est à la base du développement des méthodes d’analyse systémique, que l’on retrouve à l’œuvre aussi bien dans l’agriculture, que dans l’écologie ou dans la justice. Tous les domaines où la réalité paraît trop complexe pour les modèles scientifiques classiques peuvent être étudiés sous la forme d’un système complexe.

[14] De fait la pratique qui consiste à garder et échanger entre éleveurs des mâles issus d’insémination artificielle est déjà courante, par exemple chez les éleveurs caprins. Elle a été une conséquence naturelle de la recherche constante de la rationalisation et de l’optimisation de la production aussi bien au niveau de l’alimentation des animaux que du “travail sur la génétique”. Pour les éleveurs la valorisation de cet “investissement”, agréé par le Contrôle Laitier, se fait par le biais de la vente d’animaux reproducteurs. De cette façon même les petits éleveurs ont l’impression de pouvoir se payer un petit bout de performance technologique en achetant des reproducteurs issus d’insémination artificielle. De fait la “Voie Mâle” apparaîtra pour beaucoup d’éleveurs comme la simple officialisation d’une situation de fait. Toutes les conditions sont donc réunies pour que la Voie Mâle soit dors et déjà acceptée par toute la profession.

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