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Cédric de Queiros, Histoire d’une catastrophe industrielle d’une nouvelle nature, 2012

Préface à la nouvelle édition du livre de Roger et Bella Belbéoch, Tchernobyl, une catastrophe, 1993, aux éditions La Lenteur, mai 2012.

Le livre que nous choisissons de rééditer aujourd’hui est incontestablement la meilleure étude historique sur la catastrophe nucléaire de Tchernobyl et ses conséquences. Paru dans la revue L’Intranquille en 1992, puis l’année d’après dans une version augmentée aux éditions Allia, il était devenu introuvable depuis de nombreuses années [1].

Maintenant que la « marmite du diable » s’est remise à déborder à Fukushima, il nous a semblé que l’exposé détaillé du précédent, en quelque sorte canonique, de Tchernobyl, serait des plus utiles pour ceux qui veulent comprendre ce qui se passe au Japon, puis s’efforcer de faire quelque chose de ce qu’ils auront compris.

Les chances de voir réapparaître, suite à cette nouvelle catastrophe, une opposition antinucléaire un tant soit peu conséquente (tant qualitativement que quantitativement) sont malheureusement très faibles – on sait depuis Tchernobyl à quel point la prétendue « pédagogie des catastrophes » est une illusion. Mais si Tchernobyl avait à peine ébranlé la passivité dans nos pays, ce peu de réactions paraît encore beaucoup en comparaison de l’atterrante indifférence qu’a suscitée, particulièrement en France, la catastrophe de Fukushima.

Il n’est pas excessif de dire que l’industrie nucléaire est une espèce de concentré de notre époque, un résumé ou une caricature de ses tendances de fond, de sa nature profonde, visible ailleurs en moins concentré (nous parlerons ici de l’électricité nucléaire, mais la chose est vraie également du nucléaire militaire : la signification de ce dernier fut d’ailleurs perçue longtemps avant celle de « l’atome civil »).

Et ce qui résume, ce qui concentre le plus parfaitement la nature de l’industrie nucléaire, c’est bien sûr la catastrophe nucléaire, et comment elle trouve sa place dans une société (comment elle transforme cette dernière, et comment elle est gérée par elle). Celle de Tchernobyl était sans doute la plus grave de toutes avant Fukushima. Elle est aussi, notamment grâce à ce livre, parfaitement « documentée ». Nous pouvons donc – nous devons – y étudier le hideux visage de notre époque.

 

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Plusieurs textes de critique radicale étaient parus juste après Tchernobyl, s’efforçant surtout de montrer comment « la critique du nucléaire est inséparable de la critique du monde qui le produit, et qu’elle contribue à transformer en retour ». Nous pensons surtout au numéro 8 de la revue Encyclopédie des Nuisances, et au livre Anatomie d’un nuage [2].

Ces différentes interventions étaient assurément importantes et restent à beaucoup d’égards pertinentes et utiles à connaître. Elles contenaient aussi déjà d’utiles informations sur ce qui s’était passé et comment cela avait été caché. Elles sont cependant trop incomplètes et partielles pour permettre une connaissance historique rigoureuse de la catastrophe et de ses suites. Là n’était d’ailleurs pas leur propos.

Paru quelques années plus tard, le texte de Bella et Roger Belbéoch a permis à ses auteurs de présenter un tableau d’ensemble, à la fois méthodique et très précis, de ce qui s’était passé [3] – de ce qui continuait de se passer au moment où ils écrivaient, et de ce qui, en fait, continue de se passer aujourd’hui. Une catastrophe nucléaire ne s’arrête pas. Comme le disait une Biélorusse peu après Tchernobyl : « C’est un arbre qui pousse. »

Le point de vue et l’apport spécifique de ce livre (comme d’ailleurs son style) sont donc très différents des ouvrages précédemment cités : c’est d’abord un ouvrage historique, qui s’efforce d’établir de façon indubitable la vérité sur les principaux événements.

La partie centrale de l’ouvrage, «la chronique d’une catastrophe nucléaire», décrit ainsi de façon chronologique le déroulement de la catastrophe puis sa gestion, en s’appuyant sur un minutieux travail de dépouillement des « sources primaires » disponibles : la presse internationale et surtout russe, biélorusse et ukrainienne, ainsi que les nombreux documents, rapports, articles, scientifiques ou officiels publiés de façon plus ou moins confidentielle, etc.

Dans ce travail, l’interprétation critique est aussi importante que l’accumulation de « matériaux », puisqu’il s’agit de comparer les versions, de mettre en relation les informations éparses, bref de lire entre les lignes du « discours officiel » sous toutes ses formes, pour y trouver des aveux : pour mettre au jour les mensonges et dissimulations des divers responsables.

La logique à l’œuvre pour ce décryptage est la suivante : ceux qui parlent cherchent avant tout à minimiser la catastrophe et ses conséquences ; donc, chaque fois qu’ils reconnaissent à demi-mot quelque chose qui va à l’encontre de cette intention, il est raisonnable de penser qu’ils disent une partie de la vérité, mais qu’ils taisent l’essentiel, qu’il faut donc mettre en lumière.

Ce travail d’interprétation s’appuie bien évidemment sur un certain nombre de présupposés quant à la nature du nucléaire et de notre société (exposés notamment dans la première partie du livre, « Les prémices d’une société nucléaire », que « l’exemple » de Tchernobyl permet en retour aux auteurs de vérifier « preuves à l’appui »).

Nous avons joint à cette réédition l’article « Société nucléaire » [4], publié en 1990. Bien que ce texte ne parle pas spécifiquement de Tchernobyl, son grand intérêt nous a décidés à l’intégrer au présent volume. Il explicite en effet la spécificité du nucléaire, et insiste sur ses conséquences proprement politiques : ce que sont et ce que deviennent les sociétés où il se développe.

Relevons enfin que Tchernobyl, une catastrophe peut tenir efficacement un rôle de « manuel de vulgarisation scientifique » concernant les diverses formes d’irradiations et leurs conséquences ; il permet en tout cas au lecteur attentif d’en apprendre suffisamment pour démêler ensuite les mensonges et les amalgames de la propagande.

Presque vingt ans après la première parution de ce texte, une quantité considérable d’ouvrages de toute sorte sont parus sur le sujet. Certains de ces textes peuvent apporter des éléments nouveaux, mais ils ne font pour l’essentiel que confirmer ou préciser ce qui est exposé dans ces pages, et aucun n’a des qualités comparables d’exposé synthétique.

Ils arrivent aussi beaucoup plus tard.

Tchernobyl, une catastrophe est en effet un texte historique important aussi de ce point de vue : il montre par son existence précoce ce qu’il était possible de savoir dès 1992 (et que tout le monde pouvait dès lors trouver chez n’importe quel libraire en France), à une époque où la vérité sur Tchernobyl tout proche restait potentiellement brûlante, dangereuse.

Il permet donc de juger, par comparaison, tous ceux qui avaient à l’époque (et ont toujours) la parole dans les médias et ailleurs, tous ceux qui ont donc participé à la falsification. Il permet également de juger la grande majorité du mouvement antinucléaire ou écologiste, qui préféra penser à autre chose et regarder ailleurs (vers le Parlement, vers les « énergies renouvelables »).

Soit dit en passant, le livre a été accueilli par un silence presque général des médias, comme tous les textes importants de critique sociale moderne, et tout particulièrement de critique antinucléaire sans concessions.

 

Nucléaire et vérité

Certains ont utilisé le terme de négationnisme pour qualifier l’occultation ou la falsification de la catastrophe de Tchernobyl. Si l’on garde à l’esprit les différences, nombreuses et considérables, avec la mise en doute de l’existence de l’extermination perpétrée par les nazis, ce parallèle ne nous semble pas excessif.

Ne serait-ce que parce que le nombre des victimes correspond à un seuil franchi, dans l’échelle des masses humaines en jeu, qui permet de rapprocher ces deux événements.

Parmi les différences décisives, il faut noter qu’il s’agit cette fois d’un négationnisme d’Etat, officiel, bref, d’un négationnisme qui a réussi : il est « socialement légitime » (rappelons que la version officielle de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) annonce toujours un bilan global de 4000 morts). A cet égard, le négationnisme de l’AIEA se rapproche davantage de celui perpétré par l’état turc à propos de l’extermination des Arméniens, que du négationnisme relatif aux crimes nazis.

Un livre qui établit la vérité d’une façon assez argumentée pour se défendre par lui-même du mensonge, autant qu’il est possible, est donc d’une importance capitale. Même si nous savons que la seule vérité qui vaille dans les luttes historiques, c’est « la vérité pratique », celle qui met les menteurs hors d’état de nuire. Mais celle-là ne dépend pas que d’un livre.

Comme dans la lutte contre l’autre négationnisme, il est nécessaire d’établir précisément la vérité à la fois sur l’extermination de masse et son histoire, et sur la manière dont elle a été dissimulée, niée, ou déformée… bref, sur l’histoire du mensonge. Plusieurs chapitres du livre sont ainsi consacrés à cette écriture-réécriture progressive de l’histoire de la catastrophe par les autorités « soviétiques » et surtout occidentales pour arriver à la version officielle actuelle. Vient s’ajouter à eux dans la présente réédition un article de 1998 qui dresse un tableau global de cet aspect des choses [5].

L’établissement de la vérité historique concernant une catastrophe nucléaire, ses conséquences et ses victimes, pose assurément des problèmes inédits. Tous les recueils de témoignages [6] comportent la même remarque d’habitants des territoires contaminés : apparemment, c’est le printemps, la nature est belle et pleine de vie ; pourtant, invisible, la radioactivité est là et tue à petit feu.

La longue période de latence qui peut séparer l’exposition à la contamination de la déclaration des maladies est ainsi un obstacle majeur pour prendre la mesure des conséquences de la catastrophe.

Enfin, le plus terrible, le plus défavorable à une perception rationnelle et sensible immédiate de ces conséquences a été parfaitement exposé par les auteurs sous le nom de « mort statistique ». La statistique est sans doute la forme la plus désincarnée, la plus inhumaine de représentation du réel. Et pourtant, seule une comptabilisation statistique adéquate permet d’évaluer réellement les conséquences sanitaires d’une catastrophe nucléaire comme Tchernobyl.

Un texte de la Lettre d’information du Comité Stop-Nogent-sur-Seine [7], résume bien la chose :

Si 500 000 personnes étaient regroupées dans un stade et exécutées, les cadavres seraient là comme preuve. Le même nombre de personnes [seront] tuées par les cancers agressifs de Tchernobyl – dilués sur une longue durée et sur l’Europe, Grande-Bretagne, Scandinavie et ex-URSS. Et nous ne saurons jamais qui les a tuées ; et assurément le lobby nucléaire ne le dira pas. Alors comment pouvons-nous assurer que les cancers sont vrais ? […] Ils peuvent commanditer des études pour annoncer, « nous n’avons pas trouvé le demi-million de cancers supplémentaire, nous n’avons même trouvé aucun excès prouvable ».

Dans son livre Tchernoblues [8] – dont il faut vivement conseiller la lecture comme complément plus « théorique » à l’ouvrage historique réédité ici – Roger Belbéoch nous dit encore à ce propos :

Quand nous voulons battre les technocrates du nucléaire sur leur propre terrain, nous essayons d’évaluer d’une façon plus « correcte » les dégâts possibles. Nous dépouillons des rapports bourrés de nombres réservés à des initiés, nous vérifions la cohérence des évaluations chiffrées, la validité des hypothèses mathématiques des calculs. Plongés dans les nombres, nous ne voyons plus la réalité morbide de notre démarche. Ces nombres que nous manipulons nous masquent les morts, les infirmes, les cancéreux, les leucémiques, les trisomiques, les régions dévastées qu’ils sont censés représenter. Que notre société soit obligée de faire de tels dénombrements, de tels bilans pour appréhender son avenir, c’est assez effrayant.

Pourtant, à l’encontre de toutes les prévisions, une part au moins des conséquences sanitaires de Tchernobyl est devenue visible très rapidement, d’une façon accablante et indiscutable, immédiate pour les habitants eux-mêmes, dans les zones « proches » de la centrale (« explosion » des cancers, des maladies infectieuses ou chroniques, des malformations congénitales, etc.). Le phénomène, exposé en détail dans ce livre, n’a fait que s’amplifier depuis [9].

 

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Tout cela illustre bien que l’industrie nucléaire, par ses caractéristiques inhérentes, sa complexité, son échelle, tend spontanément à être non seulement incontrôlable, mais aussi incompréhensible, inappréhendable par la raison et la sensibilité, y compris pour ses promoteurs eux-mêmes (ce qui est sans doute un des ressorts de leur fuite en avant). L’idée d’un nucléaire plus transparent, plus démocratique, ou seulement plus raisonnable et mesuré, est donc une absurdité, une contradiction dans les termes.

La thèse exposée en 1956 par Günther Anders [10], à propos de la bombe atomique et de l’ensemble des inventions et appareillages techniques du monde industriel, s’applique ainsi par excellence au nucléaire civil : la conscience, l’imagination et la morale des hommes ne leur permettent plus d’appréhender ce qu’eux (et leurs inventions) font, parce que c’est trop démesuré.

La première partie de Tchernoblues illustre bien, par une longue liste de questions insolubles, que sous tous ses aspects, y compris celui des éventuelles « solutions » et mesures qu’il convient de prendre pour limiter les dégâts devant une catastrophe, le nucléaire est toujours « hors dimensionnement », qu’il est radicalement incompatible avec toute attitude humaine ou morale : toutes les réponses sont mauvaises (même si certaines le sont plus que d’autres). L’auteur résume la chose de la sorte :

La catastrophe nucléaire sert de prototype et d’exemple pour le risque industriel majeur. Elle caractérise bien la société dans laquelle la modernité nous a introduits. Inutile d’épiloguer sur ce que devrait être la gestion d’une situation pré- ou post-accidentelle sur une installation nucléaire. Il y a des nécessités incontournables, même pour ceux qui espéraient en un monde plus humain.

De cette configuration historique inédite, Anders déduisait l’impératif catégorique suivant :

Empêche la naissance de situations oh il n’est plus possible d’être moral et qui pour cette raison se soustraient à la compétence de tout jugement moral [11].

Nous n’avons pas été capables, collectivement, d’empêcher l’avènement de telles situations. Mais pour être à la hauteur de l’impératif moral formulé naguère par Anders, il faut affirmer que la seule possibilité de conduite morale devant l’existence de l’industrie nucléaire, c’est d’imposer l’arrêt global et immédiat de l’ensemble de la filière.

Quant à toutes les conséquences catastrophiques irrémédiables (les déchets, la dissémination irréversible de l’ensemble des radioéléments, les populations contaminées, etc.), il faudra, après, faire pour le mieux – pour le moins pire.

 

Du mensonge à la « transparence »

Le monde a considérablement changé depuis 1986. La manière dont notre organisation sociale se fait accepter ou aimer, sa manière d’imposer la transformation permanente de tout dont elle a besoin pour survivre, bref, la « fabrique du consentement », tout cela s’est aussi transformé. Les discours sur le nucléaire en général, et la catastrophe nucléaire en particulier, ont, eux aussi, subi une mutation.

Le règne intégral du secret, du fait accompli imposé sans même une apparence de discussion, hérité des origines militaires de l’atome (bien que les formes de la démocratie parlementaire aient toujours été respectées : vote du programme au Parlement, etc.), a fait place à une gestion beaucoup plus fine des populations, faite de pseudo transparence, de pseudo concertation, etc., maniant alternativement la carotte et le bâton. Au discours unanimement rassurant, au déni pur et simple du danger et de l’accident, a également succédé une dialectique beaucoup plus pernicieuse où l’on inquiète et rassure successivement la population. Bref, plus que jamais mensonge et vérité sont distillés simultanément ou successivement, l’une servant à faire avaler l’autre, l’essentiel étant de provoquer et d’entretenir l’abasourdissement passif des populations, et de se décharger de toute décision sur les « experts ».

Etant entendu que les changements de l’époque (notamment la quantité formidable d’informations diffusées) ne permettent plus vraiment une occultation totale de la vérité ; et que, d’un autre côté, ils ne la rendent plus vraiment nécessaire.

On a pu observer particulièrement cette évolution dans la manière dont les médias ont rendu compte, en 2011, des conséquences sanitaires de Tchernobyl.

Un article paru dans le journal Le Monde pour le vingt-cinquième anniversaire de la catastrophe rend paisiblement compte des diverses estimations : officiellement, quatre mille morts, semi officiellement quarante mille, selon d’autres sources : cent mille, quatre cent mille, un million de morts… Mais ces dernières n’ont pas été confirmées scientifiquement [12].

Que des chiffres aussi divergents puissent être exposés et coexister ainsi dans les principaux médias en dit long sur l’époque et sa très particulière folie.

Si la gestion du nucléaire (et du reste) nous paraît atteindre son point d’achèvement, nous ne devons cependant pas oublier que le processus est ancien. Il a vraisemblablement commencé dès l’après-Tchernobyl, comme le montrent les nouvelles méthodes de « communication » brièvement évoquées dans les textes réédités ici, avant de l’être plus largement dans Tchernoblues.

Pour ceux qui s’efforcent de critiquer réellement le nucléaire, la critique de la « pseudo-transparence » est en tous cas devenue une évidence.

Les auteurs du tract Nucléaire et servitude (ACNM, juin 2011) décrivent ainsi cette évolution :

En 1986, les autorités présentaient l’industrie nucléaire comme parfaitement maîtrisée et, quelle que soit l’ampleur du désastre, il fallait le cacher […] de crainte que la connaissance des faits ne produise une prise de conscience de l’horreur nucléaire : un effet de panique non maîtrisée, une révolte, pensait-on peut- être dans les milieux nucléocrates. Les autorités de l’époque étaient, dans ce scénario, au diapason de l’écologisme de l’époque : il fallait pour les uns défendre la ligne du déni et du mensonge pendant que les autres revendiquaient la transparence.

De Tchernobyl, on sait désormais tout, ou presque : le déroulement des événements, leurs causes, leurs conséquences, les lampistes désignés, les liquidateurs sacrifiés. Même le bilan humain et environnemental, s’il reste en partie nié par les soi-disant responsables, est régulièrement rendu public par les ONG sous forme d’estimations dont les plus faibles seraient suffisantes pour remettre en question cette source d’énergie. Or tout cela reste sans conséquences. Et la catastrophe de Fukushima, pour l’instant, n’y change rien.

Contrairement à la majorité des écologistes, les gouvernants et les industriels – pour le nucléaire il s’agit des mêmes – semblent avoir compris que la consommation non critique de l’information de masse conduit à une forme d’ignorance modernisée.

Cependant, force est de constater que, depuis la catastrophe de Fukushima, la « gestion de l’information » incite pour le moins à relativiser ce «progrès de la transparence» dans les discours des autorités et les médias. Si des informations véridiques sur Tchernobyl peuvent désormais, vingt-cinq ans plus tard, apparaître de temps en temps au grand jour, quoique souvent sur un pied d’égalité avec les plus grossiers mensonges de la propagande, cela rend d’autant plus manifestes les dissimulations et dénis divers des dirigeants japonais, guère moins embarrassés que leurs homologues russes quand il s’agit de manier la vérité.

Tchernobyl, une catastrophe est donc aussi utile à cet égard, car en exposant dans le détail le discours des médias immédiatement après la catastrophe de 1986, le livre invite à la comparaison, et permet d’évaluer dans quelle mesure il y a eu réellement évolution sur ce point depuis vingt-cinq ans.

Au-delà des questions de mensonge et de transparence, l’aspect décisif du problème reste en dernier ressort la dépendance désormais universelle à l’égard des médias, devenus l’unique source de la connaissance, de la pensée et de l’émotion (ce que relèvent d’ailleurs les auteurs du tract ci-dessus).

 

Nucléaire et totalitarisme

Parlant dans les années 1940 des totalitarismes politiques de son temps (nazis et staliniens), George Orwell était moins terrifié par leur violence que par leur capacité à abolir la distinction entre vérité et mensonge, à dissoudre la notion de réalité objective. Quelques années plus tard, Hannah Arendt, dans le remarquable dernier chapitre du Système totalitaire [13] intitulé « Idéologie et terreur », note que le rôle de la propagande n’est pas d’être crue, mais d’abord d’occuper le terrain et de dissuader de penser, de détruire le sens du réel et la communication directe entre les hommes.

De telles considérations sonnent très familièrement à nos oreilles : le discours tenu sur Tchernobyl et le nucléaire en général montre à l’évidence que le nucléaire a partie intimement liée avec la terreur et avec l’idéologie.

Il suffit de se plonger dans le récit des événements, de leur énormité, de leur horreur « méthodique », pour que s’impose à l’esprit la comparaison avec les pires heures de « l’idéologie devenue folle » de la première moitié du XXe siècle.

Il y a quelques années, le terme de « tyrannie technologique » a été proposé pour qualifier notre présent et désigner certains de ses aspects les plus voyants – notamment les technologies modernes comme nouvelles formes de contrôle social [14].

L’usage de ce terme se conçoit aisément. Il nous semble cependant que le terme de « totalitarisme », pris dans son acception la plus pleine – c’est-à-dire se référant à la fois aux totalitarismes politiques de la première moitié du XXe siècle et aux analyses qu’en donnèrent alors les plus lucides –, est plus précis et plus profond.

D’abord parce qu’il souligne le caractère inédit, pleinement moderne, de la société, du régime politique, mais aussi du « rapport au monde » et du type d’individualité de notre époque. Le nucléaire et ses conséquences, fatales, une fois que les processus sont lancés – c’est-à-dire dès que son développement industriel est imposé à la société – sont des choses « jamais vues sous le soleil », tout comme l’étaient les « vieux » totalitarismes nazis et staliniens. Avec le recul, on peut constater que comme ces derniers, « l’Atome » a changé la donne sur tous les sujets.

Le texte de Roger Belbéoch, Société nucléaire, repris à la fin de ce volume, expose en quoi le nucléaire, par son irrésistible expansion, et par les transformations que sa gestion tend à imposer à la « morale publique » et aux institutions, est à lui seul capable d’engendrer une société nouvelle qu’il qualifie pour conclure de « totalitaire », sans pour autant s’interroger davantage sur les liens entre cette société à venir et les sociétés totalitaires du XXe siècle.

Nous avons choisi ici d’insister au contraire sur les similitudes de la société actuelle avec le vieux totalitarisme, le nucléaire nous apparaissant seulement comme l’un des aspects – fût-il décisif et précurseur à beaucoup d’égards – du « totalitarisme » contemporain.

 

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L’abolition de la notion de réalité objective est l’une des similitudes entre notre présent et le passé qui justifient l’emploi du mot « totalitarisme ». Il n’est pas inutile de rappeler à ce propos certains passages des Commentaires sur la société du spectacle [15] de Guy Debord, parus peu après Tchernobyl : parmi les cinq traits principaux caractérisant ce qu’il appelait pour sa part le « spectaculaire intégré », il comptait en effet « le faux sans réplique » :

Le seul fait d’être désormais sans réplique a donné au faux une qualité toute nouvelle. C’est du même coup le vrai qui a cessé d’exister presque partout, ou dans le meilleur cas s’est vu réduit à l’état d’une hypothèse qui ne peut jamais être démontrée. […] Le mouvement de la démonstration spectaculaire se prouve simplement en marchant en rond : en revenant, en se répétant, en continuant d’affirmer sur l’unique terrain où réside désormais ce qui peut s’affirmer publiquement, et se faire croire, puisque c’est de cela seulement que tout le monde sera témoin [l’auteur parle évidemment ici des médias]. L’autorité spectaculaire peut également nier n’importe quoi, une fois, trois fois, et dire quelle n’en parlera plus, et parler d’autre chose ; sachant bien quelle ne risque plus aucune autre riposte sur son propre terrain, ni sur un autre.

Voilà qui rappelle très exactement notre sujet. Mais pour qu’une telle «démonstration» devienne possible et soit tolérée, pour qu’elle puisse faire la pluie et le beau temps dans les consciences, il faut que ces dernières, les hommes et leurs relations, bref, que la société tout entière ait été complètement transformée. Pour comprendre cette transformation, considérer les similitudes et la continuité d’un totalitarisme à l’autre se révèle très éclairant.

Déjà à l’époque des totalitarismes politiques triomphants, s’était affirmée une tendance vers un « totalitarisme technocratique » [16] projetant de remplacer la politique par une gestion purement technique. C’est cette tendance, alors minoritaire, qui a finalement vaincu, et a transmis à sa manière l’héritage du vieux totalitarisme à l’époque contemporaine.

Il est bien sûr excessif d’identifier littéralement ce vieux totalitarisme, « cimenté » et mis en mouvement par une idéologie politique précise, à cet autre totalitarisme qui oriente désormais l’histoire humaine, qui n’a pas encore de nom (si l’on voulait lui donner un qualificatif, le plus satisfaisant serait sans doute celui de totalitarisme industriel), et qui semble de prime abord dépourvu d’un discours unificateur très clair.

Il faudrait, pour le caractériser de manière précise, évoquer la domination sans partage de l’idéologie du progrès ; puis la colonisation par la catégorie technique de la fin et des moyens de toutes les sphères de la vie sociale et humaine, avec son corollaire l’efficacité comme vertu ultime, comme seule vertu concevable [17].

La catégorie de l’efficacité prend toute son extension lorsqu’elle s’applique à la gestion d’une catastrophe nucléaire ou encore à la « médecine des catastrophes », dont la maxime directrice pourrait être, comme le rappellent les Belbéoch : La protection stricte des individus est incompatible avec la protection de la société dans son ensemble. L’efficacité quantitative dans la gestion des foules contaminées prime en effet sur toute autre considération.

Tout cela prétend ne pas être une idéologie, mais résulter du simple exercice de la raison. Il s’agit en réalité de la raison instrumentale : la confiance sans faille dans le progrès technique comme vecteur du progrès humain, la recherche de l’efficacité maximale dans la quête de la puissance maximale, la conviction persistante que l’homme peut tout maîtriser, et qu’aucune borne ne peut ni ne doit limiter ses entreprises.

Avec de telles prémisses, l’inhumanité et l’immoralité même de la gestion de l’après-catastrophe peuvent être vues comme parfaitement rationnelles en regard de la fin poursuivie : poursuivre le progrès incarné par l’industrie nucléaire. À la différence du vieux totalitarisme, c’est dans une machine ou plutôt un système de machines que l’idéologie se matérialise, et son mouvement n’en est que plus implacable : il n’est soumis qu’aux contraintes techniques de la machine, fussent-elles par ailleurs parfaitement délirantes.

Le seul choix humain – ou politique si l’on préfère – est ici à la source du processus : développer le nucléaire ; ou à son terme : imposer son arrêt.

 

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Les luttes antinucléaires (ou plus généralement contre les nuisances, ou « écologiques » si l’on veut) eurent beaucoup de faiblesses et d’illusions, mais principalement celle-ci, qui en résume beaucoup d’autres : le refus de la politique, de la critique sociale, d’un point de vue social d’ensemble, et son corollaire la naïveté « unanimiste », consensuelle, si facilement récupérée par l’électoralisme et tous les étatismes au nom d’un réalisme et d’une efficacité qui n’ont cessé depuis d’être démentis dans les faits.

Nous n’aborderons pas davantage ici cette question [18]. Par contre, nous voulons insister sur deux erreurs ou illusions complémentaires qui ont été largement partagées, y compris par les éléments les meilleurs et les plus déterminés de la lutte antinucléaire ; erreurs qui aujourd’hui ne sont plus tenables : la confiance dans la connaissance ou dans le dévoilement de la vérité comme facteurs de révolte ; et son corollaire, la défense de la survie comme source principale de la critique.

 

Connaissance et liberté

Le livre Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable [19] a exposé le plus nettement la première de ces illusions :

Contrairement au postulat implicite de toute la « critique des nuisances » (pas seulement celle de l’EdN), selon lequel la détérioration des conditions de vie serait « un facteur de révolte », force a été de constater que la connaissance toujours plus précise de cette détérioration s’intégrait sans heurts à la soumission et participait surtout de l’adaptation à de nouvelles formes de survie en milieu extrême. […] Depuis que les principaux mécanismes de la « crise écologique » ont été discernés, les confirmations se sont accumulées, de nouveaux facteurs aggravants ont été mis en lumière, des « rétroactions positives » spécifiées ; et tout cela est précisé et mis à jour sans être dissimulé au public, au contraire. Cependant l’apathie devant ces « problèmes » est plus grande encore, si possible, qu’il y a trente ou quarante ans. […] L’explication de cette absence de réaction, alors que pourtant le vent de Tchernobyl est passé par là, est fort simple : dans les années soixante-dix, la France était encore travaillée par les suites de 68. Il faut donc penser que c’est la révolte, le goût de la liberté, qui est un facteur de connaissance, plutôt que le contraire. [20]

Dans le cas du nucléaire, les mêmes auteurs constatent que tout le monde pouvait assez vite disposer d’informations suffisantes pour imaginer ce qu’impliquerait son développement ; pour pouvoir, en tout cas, le juger, et prendre parti. Concernant Tchernobyl, il était de même possible de se faire rapidement une idée de l’ampleur et des conséquences de la catastrophe. Si très peu de gens l’ont fait, y compris parmi les antinucléaires proclamés, c’est donc parce qu’ils ne voulaient pas savoir, parce que savoir les aurait obligés à en tirer quelques conclusions pratiques : une ignorance délibérée est certes plus confortable qu’une indifférence revendiquée devant de telles réalités.

Le remarquable niveau de dissimulation, de secret, qui a entouré Tchernobyl et ses suites explique au moins en partie la place excessive prise par la critique du secret, dénoncée aujourd’hui par les auteurs de Catastrophisme… Mais il ne fait aucun doute que le vieux schéma qu’ils critiquent : si les masses savaient, si on ne leur cachait pas la vérité, elles se révolteraient est désormais caduc ; le règne actuel de la « transparence » évoqué plus haut ne devrait laisser aucune illusion là-dessus.

Debord avait affirmé en 1979 – parlant notamment du développement des pollutions et nuisances – que, désormais, les hommes vont être contraints d’aimer la liberté [21]. Il était en cela en parfaite continuité avec une des illusions dominantes de l’histoire de la critique sociale, héritée du marxisme (si l’homme n’est pas bon / tapez-lui donc dessus /peut-être deviendra-t-il bon / à force d’être battu ; Bertold Brecht, l’Opéra de quat’ sous).

Mais rien n’oblige jamais à aimer et à vouloir la liberté. Et il en est de même de la connaissance de la vérité : il est toujours parfaitement possible de ne pas voir la vérité la plus aveuglante (on le vérifie à chaque instant), de ne pas la croire ou, comme relevait le même Debord, de la considérer comme une simple hypothèse parmi d’autres. Et pour les produits de l’industrie moderne comme le nucléaire, la chose est particulièrement aisée : il est si tentant de penser à autre chose, de se rassurer à bon compte avec les innombrables mensonges mis à la disposition du public.

Pour autant, cela serait nous semble-t-il une simplification grossière d’en déduire que, par exemple, rééditer un livre comme celui-ci serait désormais inutile. Nous pensons au contraire que dire le plus précisément possible la vérité sur le monde qui nous entoure reste bien une chose utile, essentielle ; qui se justifie par elle-même ; et qui est même, devant « quelque chose » comme Tchernobyl, le moins que l’on puisse faire pour ses victimes les plus directes.

C’est encore la première manière de se défendre de ce « relativisme » nihiliste, véritable haine de la vérité, qui est la première manifestation de la soumission contemporaine.

Mais en s’efforçant ainsi de dire publiquement la vérité, il ne faut attendre aucun sursaut obligé de révolte collective.

Malheureusement, force est de reconnaître qu’aujourd’hui un ouvrage comme celui-ci ne peut prétendre rencontrer un large public – mais des individus qui, en dépit de l’époque, sont attirés par la liberté, et sont donc susceptibles de chercher à réfléchir, à comprendre. Il y a, persistant au moins à l’échelle individuelle, un rapport dialectique entre liberté et connaissance : le goût de la liberté – et en l’occurrence particulièrement le « goût » de la révolte devant l’ignominie – donne envie de comprendre, et ce que l’on comprend nourrit, aiguise le goût de la liberté.

Adorno et Horkheimer avaient parfaitement résumé en leur temps un des aspects de cette dialectique :

Ce qui leur manque par rapport à l’idée, c’est la liberté. Mais l’aspect essentiel de la vérité c’est justement que l’on y prenne part en tant que sujet actif. On peut entendre des propositions qui sont vraies, mais l’on ne découvre leur vérité que si l’on pense pendant quelles sont prononcées et qu’ensuite on continue à penser. [22]

Tout le monde se sent aujourd’hui littéralement écrasé de toutes les manières et dans leur grande majorité, nos contemporains ne veulent plus savoir, plus penser, plus rien assumer en somme, ni matériellement ni intellectuellement. Mais nous n’avons d’autre choix que d’espérer, que de parier qu’il n’en sera pas toujours ainsi ; et déjà que tous n’en sont pas là.

 

Survie et révolte

Une autre illusion, complémentaire de la précédente, est la conviction que la crainte pour la survie est un facteur décisif de révolte.

Si certains antinucléaires attendaient beaucoup de la révélation, du dévoilement du nucléaire et de ses catastrophes, c’est d’abord parce que devant l’énormité de la menace que cela représente pour la survie individuelle et collective, et même celle de l’espèce et de la « biosphère », il leur semblait impossible que, si cette menace était perçue, elle ne suscite pas la révolte ou une réaction d’autodéfense. Le raisonnement étant : même si les hommes dans leur majorité n’ont pas le goût ou le courage de la liberté, de prendre leurs affaires en main, ils ne pourront supporter sans réagir de se voir mourir, de voir mourir leurs enfants de façon horrible.

L’incontournable urgence n’est malheureusement pas d’attendre un changement de société ou de modèle économique pour un monde meilleur. L’urgence est de sauver nos vies, résumait encore récemment un tract [23].

Cette urgence est bien sûr indéniable pour qui veut penser ; elle n’est malheureusement pas du tout incontournable. Nous constatons tous les jours comment nos contemporains la « contournent » ou plutôt l’enfouissent aux tréfonds de leur mauvaise conscience.

Il faut donc conclure que cette confiance dans l’instinct de conservation des hommes est bien aussi excessive que la confiance en leur penchant révolutionnaire.

Si un individu quelconque pénètre armé dans un lieu public, avec l’intention explicite de tuer ceux qui s’y trouvent, il est vraisemblable d’imaginer qu’il se trouvera des gens pour essayer de l’arrêter, même au péril immédiat de leur vie. Mais la menace nucléaire, et toutes les menaces produites par l’industrie moderne, ne se présentent pas du tout avec la même évidence, la même immédiateté : chacun peut toujours préférer mettre en doute la réalité de cette menace, plutôt que d’assumer une critique ou une révolte difficile. Chacun peut toujours préférer parier qu’« elle ne passera pas par lui » : qu’il sera du nombre des survivants. Surtout, chacun peut préférer s’en remettre aux experts pour minimiser et « gérer au mieux » les risques encourus, plutôt que d’assumer une prise en charge personnelle, avec ces incertitudes, avec la légitime terreur devant une telle démesure [24]. Et c’est bien ce qui arrive partout.

Christopher Lasch a étudié dans Le Moi assiégé [25] la fascination contemporaine pour la survie biologique dans les situations extrêmes, et comment cette préoccupation, contaminant tous les aspects de la vie sociale, tend à structurer la conscience des modernes et à remplacer les définitions d’une individualité complète, réelle.

Cette tentation de réduire l’individualité à la survie biologique (le minimal self) est décrite par Lasch comme un prolongement de la dépossession croissante que la société de masse, la société industrielle, a imposée aux hommes : comme travailleurs, consommateurs, parents, comme membres de communautés sociales. Cette dépossession a appauvri et affaibli les individualités, même en dehors de tout contexte particulier de crise, et a incité les individus à se replier sur une définition a minima de leur être que l’on pourrait résumer par : la biologie plus la consommation (de marchandises, de rôles).

Les menaces contemporaines d’effondrement social et écologique, les menaces sur la survie collective elle-même, produites par le développement calamiteux de cette même société, encouragent aujourd’hui d’autant plus les individus à adhérer à cette définition « survivaliste » du monde et d’eux-mêmes.

Lasch décrit finement comment cette obsession pour la survie individuelle – visible par exemple sous la forme de la « gestion du capital-santé », bio et autre – a d’abord une fonction compensatoire devant l’impuissance réelle ; puis une fonction d’exorcisme, de banalisation et finalement d’oubli des menaces. Il nous aide ainsi à comprendre cet apparent paradoxe : nombre de nos contemporains sont à la fois très angoissés – obsédés, maniaques – par les menaces sur leur santé, et parfaitement incapables de regarder en face avec quelque conséquence le péril nucléaire. Précisément parce que c’est le lieu où la dépossession de tout pouvoir sur leur existence apparaît sous son jour le plus cru.

Relevons-en une illustration particulièrement frappante. Les études attestant des graves conséquences sanitaires de l’usage prolongé du téléphone portable et de la pollution électromagnétique diffuse qu’il impose se multiplient et connaissent une certaine publicité. Mais on ne voit nulle part qu’elles incitent grand monde à renoncer à ces gadgets (dont les autres effets, humains et sociaux, sont assurément encore plus graves et flagrants [26]). Pourtant le portable n’est pas le fruit d’une imposition autoritaire comparable à celle du nucléaire ; même si sa diffusion s’appuie sur un matraquage publicitaire et une planification étatico-marchande considérable ; sans oublier une pression sociale toujours plus insistante. Quand même, on chercherait en vain les baïonnettes.

La nouvelle (pas si nouvelle que ça) est peut-être amère, mais il importe, absolument, de l’entendre et de ne pas l’oublier : le goût de la vérité – même si cette vérité a une importance vitale – est désormais aussi rare que le goût de la liberté. Et en fait, l’un ne va pas sans l’autre.

 

Où en sommes-nous ?

Finissons par quelques remarques sur la situation actuelle et les perspectives de la lutte antinucléaire.

Le caractère absolument stratégique du nucléaire, et de l’énergie en général, pour l’Etat et le capitalisme contemporain ; la détermination sans faille pour l’imposer et pour le maintenir, véritablement passionnée et pour ainsi dire fanatique, en France particulièrement, a conduit ses critiques les plus déterminés à imaginer qu’une opposition résolue au nucléaire aboutirait inévitablement à une remise en cause plus générale. Les opposants au nucléaire, dans une société aussi résolument nucléariste, seraient, par la force même de leur lutte et de la réponse de leur ennemi, conduits sur le terrain de la révolution.

Pour le dire autrement, si un arrêt du nucléaire est une réforme, dans le sens authentique (bien oublié) du mot, il rencontrerait par la force des choses la question de la révolution, selon une vieille dialectique qui avait fait la force et les plus riches potentialités du vieux mouvement ouvrier révolutionnaire (bien oublié lui aussi).

Le raisonnement, non dénué de logique, est résumé par un tract concernant la catastrophe de Fukushima [27] :

Le nucléaire est à ce point stratégique pour la France qu’on ne saurait en sortir « à l’amiable » : aussi accablant que cela puisse paraître, nous ne pourrons l’arrêter qu’après avoir entièrement remis en cause la société qui s’en nourrit et l’Etat qui le défend (ce dont ne veulent surtout pas entendre parler les alternucléaires [28], qui jugent foncièrement bonnes les conditions existantes). Mais s’il est vrai que la fin de l’électricité nucléaire reste suspendue à la survenue d’un vaste mouvement d’émancipation collective, il faut aussi souligner, réciproquement, qu’une critique du nucléaire aboutie est susceptible d’en favoriser l’émergence.

Tout confirme en effet que, en France en tout cas, il n’y aura pas de sortie sans luttes sociales de grande ampleur ; en tout cas pas de sortie réelle à court terme : des politiciens peuvent toujours, bien sûr, promettre un arrêt dans trente ou quarante ans.

Mais ce caractère central, qui condamne en quelque sorte les opposants à ne rien obtenir, ou à aller très loin, est aujourd’hui devenu l’un des principaux obstacles à l’existence d’une opposition antinucléaire quelle qu’elle soit : dans une période si désolée et soumise, bref, si peu révolutionnaire que la nôtre, quand il n’y a de choix qu’entre tout et rien, il ne faut pas s’étonner que le rien s’impose de façon écrasante.

Il importe cependant, malgré cela, de faire ce que l’on a à faire : ce que l’on peut pour favoriser le retour d’une critique conséquente. Cela serait vraiment trop faire plaisir à notre répugnante époque, qu’elle puisse se fermer les yeux si facilement.

Il semble en tout cas plausible que si une critique conséquente, et dotée d’assez de force pour influer sur le cours des choses, devait revoir le jour, ce n’est plus particulièrement de la « question nucléaire » qu’elle partirait. Cette réalité est trop lourde et massive, trop écrasante ; le fait accompli est là, matérialisé depuis des décennies par ces cinquante-huit réacteurs.

L’auteur de l’Anatomie d’un nuage notait déjà en 1986 : La critique qui n’avance pas se lasse, et se lasse d’elle-même – ce qui lui est plus facile que d’en finir avec son objet. Que dire vingt-cinq ans plus tard…

Quoi qu’il en soit, toute critique sérieuse, tout mouvement social conséquent devra évidemment revenir assez vite à la question nucléaire : parce que cette question est, avec le vieillissement croissant des centrales, plus impérative et menaçante que jamais. Ce critère semble d’ailleurs assez pertinent pour juger de la profondeur et de la conséquence réelle de tout mouvement social à venir.

 

\

 

Plus généralement, nous supposons que dans la terrible époque de régression qui est la nôtre, le peu de ferment, d’élan critique qui persiste est naturellement amené à s’alimenter davantage de la perspective de contournements et de nouveaux départs, le plus loin possible du naufrage général, que de la perspective ancienne de confrontation et de renversement révolutionnaire, décidément trop difficilement concevable aujourd’hui.

Cette perspective se manifeste notamment dans les tentatives pour atteindre davantage d’autonomie matérielle, dans les pratiques d’autoproduction alimentaire ou autres, dans la redécouverte des techniques artisanales ou agricoles liquidées par la modernisation permanente ; et dans la volonté de retrouver, à partir de là, d’autres rapports entre les individus.

Parlons d’expérimentation, ou de « réappropriation », pour reprendre le terme proposé par le bulletin Notes et Morceaux choisis il y a une dizaine d’années (nous placerions volontiers une des sources théoriques importantes de ces tentatives près de vingt ans plus tôt, dans le livre de François Partant La Fin du développement[29].

Cette perspective, assez vague et toujours assez peu clairement formulée, peut-être avant tout défensive (quel autre choix avons-nous ?), se devine aussi, comme tendance confuse, ailleurs que dans les (hélas très minoritaires) courants anti-industriels : chez certains « décroissants » et autres « alternatifs » – de façon évidemment très ambiguë et critiquable (particulièrement pour ce qui concerne leur contenu proprement politique, exprimé ou même seulement latent) [30].

Quoi qu’il en soit, nous pensons que c’est par là que va l’esprit de l’époque (ce qui lui reste d’esprit), et de là que pourraient sortir, peut-être, de nouvelles potentialités critiques.

Or il faut bien constater que ces perspectives expérimentales sont d’un usage, d’une pertinence, d’une aide quasi nulle, devant la « question nucléaire ».

Elles sont d’abord une tentative d’échapper à la démesure paralysante des problèmes de la société de masse, de la société industrielle, en trouvant des possibilités d’agir et de vivre, un « terrain » (humain et politique) à une échelle réduite, praticable pour des individus et des petits groupes, en espérant que de là sortira, sur le long terme, quelque chose de nouveau.

Mais la menace nucléaire est, par excellence, le règne de la démesure, où que l’on regarde : seul un mouvement de masse pourrait imposer son arrêt, et même après celui-ci, la nécessité de surveiller, de gérer techniquement son héritage continueraient de s’imposer comme nécessité vitale.

Qui plus est, il est bien difficile de concevoir une quelconque perspective à long terme à l’ombre d’une centrale qui peut à tout moment partir en excursion, pour reprendre le langage fleuri des nucléaristes.

L’urgence devant le nucléaire est – devrait être – une évidence indéniable ; mais nous n’avons pas, pour l’instant, les forces pour répondre à cette urgence. Comme le résumaient les auteurs du tract cité ci-dessus : Il sera comme toujours rétorqué que l’on n’a plus le temps ; eh bien il faut le prendre, se l’approprier et tâcher d’en faire quelque chose.

Nous pouvons quand même faire le pari que de telles expérimentations puissent malgré tout servir à quelque chose contre le nucléaire. Ce qui manque le plus à cette « lutte », à toutes les luttes contemporaines authentiques, c’est bien d’abord d’individus désireux et capables de les mener.

L’humanité est moins vaste qu’on le croit, notait Panait Istrati il y a près d’un siècle de cela (Kyra Kyralina). Dans l’état où la société industrielle les a mis, nos contemporains ne semblent plus guère capables de grand-chose :

Dès aujourd’hui, l’équivalence entre l’existence et la mort virtuelle envahit l’intégralité du temps vécu, atteignant à une complète permanence. Le front de ceux que l’on rencontre est marqué de ce signe d’infamie ; et s’ils ne semblent pas eux-mêmes le distinguer, ils se comportent néanmoins en conséquence : ils n’espèrent plus rien, et attendent que s’accomplisse la sentence (Anatomie d’un nuage).

Ce n’est donc plus seulement « des socialistes » qu’il s’agit de former [31] ; mais que se forment encore, ou à nouveau, des individus, moins directement et univoquement formés par la société de masse ; des individus plus autonomes, capables notamment de faire, d’agir, et de penser par eux-mêmes. On peut imaginer qu’à cette tâche d’« autoformation », les perspectives expérimentales de la réappropriation pourront être utiles.

Si le monstre nous en laisse le temps.

Cédric de Queiros, mai 2012.

Préface à la nouvelle édition du livre de

Roger et Bella Belbéoch, Tchernobyl, une catastrophe, 1993.

aux éditions La Lenteur, mai 2012.

 Editions La Lenteur


[1] L’Intranquille, n°1, Paris, 1992, qui contenait également le texte «Tchernobyl, noire transcendance», de Martine Deguillaume : première étude épidémiologique indépendante sur les conséquences de la catas­trophe. Bella et Roger Belbéoch, Tchernobyl, une catastrophe, Paris, Allia, 1993. Les éditions Allia n’ayant pas souhaité rééditer le livre, il n’était disponible que sur Internet, sur le site infonucleaire (Mathias Goldstein) : <http://www.dissident-media.org/infonucleaire/&gt;.

[2] Encyclopédie des nuisances, n°8, article «Abîme», 1986. (Anonyme) Tchernobyl, Anatomie d’un nuage, Paris, éditions Gérard Lebovici, 1987. Dans la même perspective, voir aussi : Jaime Semprun, La Nucléarisation du monde (1980), réédité aux éditions Gérard Lebovici en 1986, un texte écrit suite à la catastrophe de Three Mile Island. Rappelons également la tentative du « Comité Irradiés de tous les pays, unissons-nous ! », constitué juste après Tchernobyl, dont la revue Des fissures dans le consensus (trois numéros parus, Aubervilliers, 1987-1989) contient plusieurs articles sur Tchernobyl et ses suites, et dont le remarquable texte de plate-forme a été réédité aux présentes éditions. Voir : Histoire lacunaire de l’opposition à l’énergie nucléaire en France, textes choisis et présentés par l’Association contre le nucléaire et son monde (ACNM), Paris, éditions La Lenteur, 2007.

[3] À peu près au même moment, l’ACNM publiait un recueil de documents et de témoignages qui permet, de manière complémentaire au présent livre, de prendre la mesure de la catastrophe : Sous l’épaisseur de la nuit. Documents et témoignages sur le désastre de Tchernobyl, présentés par l’Association contre le nucléaire et son monde, Paris, 1993.

[4] Roger Belbéoch, “Société nucléaire”, Encyclopédie philosophique universelle, t. 2, Les Notions philosophiques, Paris, PUF, 1990.

[5] Bella Belbéoch, “Responsabilités occidentales dans les conséquences sanitaires de la catastrophe de Tchernobyl, en Biélorussie, Ukraine et Russie”, dans Radioprotection et droit nucléaire, Ivo Rens et Joël Jakubec (dir.), SEBES, Genève, éditions Georg, 1998.

[6] Voir notamment : Sveltana Alexievitch, La Supplication. Tchernobyl chronique du monde après l’apocalypse, Paris, J.-C. Lattès, 1998 ; réédition J’ai lu, 2000. Wladimir Tchertkoff, Le Crime de Tchernobyl. Le goulag nucléaire, Arles, Actes Sud, 2006. Tchertkoff a également réalisé des documentaires importants sur Tchernobyl : Le Sacrifice et Controverses nucléaires.

[7] Mathias Goldstein, « 20 ans après Tchernobyl, la catastrophe continue ! », Lettre d’information du Comité Stop-Nogent-sur-Seine, n°’109-110, janv- mai 2006. De nombreux articles et dossiers de la Lettre d’information ont été consacrés à Tchernobyl et ses suites. Certains sont consultables sur Internet sur le site infonucleaire (voir note 1). Parmi les publications récentes : Bella Belbéoch, « Du déni des conséquences sanitaires de la catas­trophe de Tchernobyl au prix Nobel de la paix : l’irrésistible ascension de l’AIEA », Lettre d’information du Comité Stop-Nogent-sur-Seine, n°108, octobre-décembre 2005. Bella Belbéoch, « La gestion de la crise post-Tchernobyl par les autorités sanitaires françaises. Incompétence du SCPRI et désinformation », Lettre d’information du Comité Stop-Nogent-sur-Seine, nos 113-114, octobre-novembre 2006. Bella Belbéoch, « La gestion postaccidentelle d’une urgence radiologique sur une de nos installations : quelques remarques sur Tchernobyl et le « retour d’expérience » 1986- 1991 », Lettre d’information du Comité Stop-Nogent-sur-Seine, n°116, mai- juin 2008.

Roger et Bella Belbéoch sont parmi les principaux animateurs du Comité depuis sa constitution. À propos de ce collectif et de sa place dans l’opposition au nucléaire, voir OCL (Organisation communiste libertaire), Aperçu sur l’histoire du mouvement antinucléaire en France, hors-série n°15, ou le périodique Courant Alternatif fév. 2010 : « Lorsque la catastrophe de Tchernobyl est survenue, la Coordination nationale antinucléaire était morte, et la France était couverte de centrales même si les dernières étaient encore en construction. La lutte antinucléaire ne pouvait plus avoir comme objectif d’empêcher la construction de centrales ; la question devenait désormais de savoir comment faire pour lutter contre le nucléaire déjà existant. Le comité Stop-Nogent a constitué la première tentative de créer un collectif sur ce thème. Dans la foulée des réactions suscitées par Tchernobyl, une poignée de militants, dont le seul point commun était une opposition déterminée au nucléaire mais dont les sympathies politiques étaient diverses voire opposées, s’est rassemblée alors que la centrale était presque finie. Créé à Paris avec des Parisiens, Stop-Nogent s’apparentait quand même à un comité de site […]. Ce collectif a posé des débats qui sont toujours actuels […]. » Voir également Bella et Roger Belbéoch, Sortir du nucléaire, c’est possible avant la catastrophe, Paris, L’Esprit frappeur, 3e édition augmentée, 2002.

[8] Roger Belbéoch, Tchernoblues. De la servitude volontaire à la nécessité de la servitude, Paris, L’Esprit frappeur, 2001.

[9] Pour un état des lieux détaillé récent (et très technique) de la situation sanitaire de l’Ukraine et la Biélorussie, Bandajevski Y. I. et al., Tchernobyl, 25 ans après. Situation démographique et problèmes de santé dans les territoires contaminés, Gap, éditions Yves Michel, 2011.

[10] Günther Anders, L’Obsolescence de l’homme (t. 1, 1956), Paris, Éditions de l’Encyclopédie des Nuisances – éditions Ivrea, 2002. Notamment le chapitre : « Sur la bombe et les causes de notre aveuglement face à l’apocalypse ».

[11] Günther Anders, « L’Homme sur le pont » (1958), dans Hiroshima est partout, Paris, Seuil, 2008.

[12] Voir à ce propos : Alexei Yablokov [Centre pour la politique environnementale russe, Moscou], Vassili et Alexeï Nesterenko [Institut de sécurité nucléaire, Minsk], Chernobyl : Consequences of the Catastrophe for the People and the Environment, édité par la New York Academy of science, 2010. Cet ouvrage évalue le nombre de morts déjà survenues du fait de Tchernobyl à près d’un million.

[13] Hannah Arendt, Le Système totalitaire (1951), Paris, Seuil, 1972.

[14] La Tyrannie technologique. Critique de la société numérique, ouvrage collectif coordonné par Cédric Biagini et Guillaume Carnino, Paris, L’Echappée, 2007.

[15] Guy Debord, Commentaires sur la société du spectacle, Paris, éditions Gérard Lebovici, 1988.

[16] Voir Simone Weil, « Allons-nous vers la révolution prolétarienne ? » (1933), « Réflexions concernant la technocratie, le national-socialisme, l’URSS et quelques autres points » (sans date), Oppression et liberté, Paris, Gallimard, 1955. Le premier de ces textes a été repris dans : Simone Weil, Œuvres, Paris, Gallimard-Quarto, 1999. Le Technocratic movment connut surtout une vogue importante aux Etats-Unis au début des années 1930, mais des mouvements comparables existèrent aussi en Europe ; comme, en France, la revue Plans (à laquelle collabora notamment Le Corbusier, principal fondateur de l’architecture moderne).

[17] Voir Hannah Arendt, Condition de l’homme moderne (1958), Paris, Calmann-Lévy, 1961.

[18] Voir Histoire lacunaire…, op. cit., ainsi que : Pièces et Main d’œuvre, Mémento Malville. Une histoire des années soixante-dix, Grenoble, 2005.

[19] René Riesel, Jaime Semprun, Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable, Paris, Editions de l’Encyclopédie des Nuisances, 2008.

[20] Ce constat est la conséquence directe de l’une des thèses principales du livre, qui généralise une observation antérieure à propos du développement du nucléaire et ses conséquences : « En achevant de saper toutes les bases matérielles, et pas seulement matérielles, sur lesquelles elle reposait, la société industrielle crée des conditions d’insécurité, de précarité de tout, telles que seul un surcroît d’organisation, c’est-à-dire d’asservissement à la machine sociale, peut encore faire passer cet agrégat de terrifiantes incertitudes pour un monde vivable. »

[21] Guy Debord, Préface à la quatrième édition italienne de « la Société du spectacle », Paris, Champ Libre, 1979.

[22] Theodor W. Adorno, Max Horkheimer, La Dialectique de la raison (1947), Paris, Gallimard, 1974.

[23] Tchernobyl, Fukushima, à qui le tour ?, Coordination Stop-nucléaire, juin 2011.

[24] Voir Philippe Godard, Fukushima, le nucléocrate et le catastrophiste, brochure, mars 2011.

[25] Christopher Lasch, Le Moi assiégé. Essai sur l’érosion de la personnalité (1984), Paris, Flammarion/Climats, 2008.

[26] Voir Pièces et Main-d’œuvre, Le Téléphone portable, gadget de destruction massive, Paris, L’Échappée, 2008.

[27] La France n’est pas inquiète, par des membres de la Coordination contre la société nucléaire, Paris, juin 2011.

[28] Voir Arnaud Michon, Le Sens du vent. La nucléarisation de la France à l’heure des illusions renouvelables, Paris, Editions de l’Encyclopédie des Nuisances, 2010.

[29] Bertrand Louart, Quelques éléments d’une critique de la société industrielle, suivi d’une Introduction à la réappropriation...(1999), (supplément à Notes et Morceaux Choisis), Paris, 2003 ; et François Partant, La Fin du développement. Naissance d’une alternative ?, Arles, Actes Sud-Babel, 1982.

[30] Voir notamment : René Riesel, Jaime Semprun, Catastrophisme… op. cit. ; Notes et Morceaux Choisis. Bulletin critique des sciences, des technologies et de la société industrielle, n°7 : « Les Chemins de fer ou la liberté », Paris, édi­tions La Lenteur, 2006.

[31] William Morris, « Ou en sommes-nous ? » (1890), dans L’Âge de l’ersatz, et autres textes contre la civilisation moderne, Paris, Editions de l’Encyclopédie des nuisances, 1996.

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