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Pourquoi le nucléaire ne peut être condamnable

A Monsieur le secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences morales et politiques,

Monsieur Xavier Darcos

Je réagis tardivement à la tribune intitulée « Pourquoi le nucléaire ne peut être condamnable » que vous avez fait publier dans le journal Le Figaro du 9 avril 2012.

Permettez-moi d’abord de féliciter votre Académie pour cette prise de position courageuse et impartiale en faveur d’une industrie trop injustement décriée ces derniers temps.

J’ai été particulièrement sensible à cette déclaration: « Craindre le nucléaire au point de vouloir l’éradiquer n’est pas une attitude rationnelle. » Que n’avez-vous pas développé plus avant les arguments imparables qui viennent soutenir cette affirmation frappée au coin du bon sens! Et notamment celle-ci qui devrait clouer le bec à nombre d’écologistes extrémistes: il est impossible de « sortir du nucléaire » puisque certains déchets nucléaires resteront actifs pour encore quelques milliers d’années!

Je ne doute pas que votre Académie ait évoqué cette réalité incontournable et bien d’autres arguments et faits irréfutables, mais ils auraient gagnés à être encore mieux connus du public, particulièrement en ce moment.

Car je pense, comme vous, que ce qui fait la supériorité incontestable de notre civilisation sur toutes celles qui l’on précédée, c’est qu’elle à réussi à rendre impossible tout retour en arrière grâce à son développement industriel. La technologie nucléaire rend en effet indispensable la stabilité de notre société et le maintient de sa pérennité pour les siècles et les siècles…

Ce n’est pas là une tâche facile, particulièrement lorsque l’on considère la courte vue de certains acteurs de la finance, mais elle est nécessaire à la perpétuation de la démocratie et de l’économie de marché, institutions libérales auxquelles nous sommes tous attachés, et il ne tient qu’à tous ceux qui en aperçoivent la portée de la faire comprendre au plus grand nombre.

J’imagine aisément que votre Académie a du également examiner les moyens de combattre l’attitude irrationnelle qui consiste à s’opposer au nucléaire et au monde qu’il implique nécessairement. Par « combattre », je n’entends certes pas les méthodes brutales et hautement contre-productives des régimes totalitaires du XXe siècle qui ont voulu asseoir leur pérennité pour mille ans et plus sans, fort heureusement, avoir les moyens technologiques dont les démocraties modernes disposent actuellement. Puisque nous savons maintenant que les nécessités techniques et économiques liées à la sécurité nucléaire l’emporteront à jamais sur toutes les velléités de transformation sociales et politiques « révolutionnaires », nous pouvons nous permettre d’être magnanimes et bienveillants avec cette opposition – qui reste d’ailleurs fort diffuse et peu sûre d’elle-même. Mais cette attitude de tolérance ne doit pas se départir, j’en suis convaincu, de fermeté à l’égard de ceux qui prétendent encore vouloir supprimer les nuisances alors qu’il n’y a plus d’autre alternative que de les gérer.

Cette opposition est certes minoritaire, mais il ne faudrait pas sous estimer l’écho qu’elle peut encore avoir dans quelques franges de la jeunesse égarée en lui faisait inconsidérément une publicité tapageuse. De ce point de vue, il faut bien dire que « l’affaire Tarnac » a été désastreusement menée, montant un groupuscule et épingle, faisant de ses leaders des martyrs: nous ne sommes pas dans l’Italie des années 1970, que diable!

Je pense que d’autres méthodes peuvent être employées non pas pour réprimer cette opposition  – qui est fort heureusement loin de se réduire à de tels groupuscules contestataires extrémistes – mais pour l’utiliser aux fins de mieux instruire le grand public, qui reste de toute façon trop attaché aux commodités de notre civilisation industrielle pour seulement envisager de les remettre en question, et le faire adhérer aux nécessaires transformations qu’implique l’inéluctable transition énergétique à laquelle nous allons devoir faire face dans les années à venir.

Il faut donc développer une véritable politique d’acceptabilité sociale. Il en va de la crédibilité de nos élites politiques et économiques et aussi et surtout technocratiques (car vous n’êtes pas sans avoir remarqué le doute et la suspicion dont la Science est l’objet chez nos concitoyens).

Mon ami Jean-Marc Jancovici s’est déjà beaucoup attaché à développer les aspects économiques et technologiques de cette transition énergétique où le nucléaire occupera une grande place, mais malgré nos échanges fructueux, il n’a guère le loisir de développer tout ce qui concerne l’acceptabilité sociale de ce changement considérable (bien que l’on en retrouve les grandes lignes dans ses ouvrages). C’est lui qui m’a signalé votre tribune parue dans Le Figaro et m’as incité à prendre contact avec vous.

En effet, j’ai pour ma part développé assez précisément de nombreuses idées sur tous ces points, et je me tiens à la disposition de votre distinguée Académie – ou de quiconque dont vous estimerez qu’il pourrait en faire un fructueux usage.

Veuillez agréer, monsieur, mes plus fraternelles, cordiales et rationnelles salutations.

Docteur Georges Sabellicus

Diplômé en sciences politiques de l’Université d’Erfurt

Vendredi 20 avril 2012

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Xavier Darcos

Pourquoi le nucléaire ne peut être condamnable

Le Figaro, 9 avril 2012.

Le secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences morales et politiques nous fait partager les conclusions du débat public organisé au sein de l’institution sur la place du nucléaire dans la politique énergétique française.

Voici une synthèse des conclusions que l’Académie retient pour les décennies à venir. Tiercé gagnant : poursuivre le nucléaire, économiser l’énergie, développer les énergies renouvelables.

L’émotion suscitée par l’accident de Fukushima a fait naître, dans de nombreux pays occidentaux, un débat concernant l’abandon total ou partiel de la filière nucléaire. L’Académie des sciences morales et politiques n’a pas vocation à entrer dans les débats partisans, mais elle estime de son devoir de donner à chacun les moyens d’une réflexion juste, fondée sur des faits.

Première exigence : la sécurité des populations est une priorité absolue. Un risque trop élevé justifierait sans conditions l’arrêt de la production d’énergie nucléaire. Mais tel n’est pas du tout le cas. Les centrales nucléaires françaises ont un bon niveau de sécurité, comme l’a établi l’Autorité de sûreté nucléaire, qui, pour l’accroître encore, demande que de nouvelles mesures soient prises pour tenir compte des risques improbables. L’avis émis par nos confrères de l’Académie des sciences le 17 janvier dernier confirme cette analyse. Les trois accidents graves survenus en quarante ans dans le monde montrent que, si un accident est toujours possible, ses conséquences peuvent être maîtrisées par une préparation suffisante. Le niveau de risque encouru ne doit donc pas conduire à renoncer à la technologie nucléaire, mais engager à poursuivre les travaux pour renforcer à la fois l’efficacité et la sécurité de cette technologie. Craindre le nucléaire au point de vouloir l’éradiquer n’est pas une attitude rationnelle.

Au niveau de risque qui est le sien, la filière nucléaire ne peut être moralement condamnable. Son évaluation doit donc être menée en termes, d’avantages et de désavantages potentiels. Une telle analyse doit prendre en compte un risque bien réel, celui du changement climatique, qui rend nécessaire une réduction considérable des émissions de gaz à effet de serre. Notre pays, qui doit tenir ses engagements internationaux, a déjà un niveau d’émission de carbone inférieur aux autres pays européens, grâce au nucléaire. Ce constat justifie de continuer à donner la priorité à l’amélioration de l’efficacité énergétique et à la maîtrise de la demande. Il importe aussi de développer les énergies renouvelables, notamment l’éolien et le solaire. Mais le caractère intermittent de ces sources d’énergie rend indispensable une alimentation de base que seul le nucléaire peut assurer sans émission de carbone.

Le développement des énergies renouvelables est bien une priorité, pour autant que les investissements se portent sur des technologies qui ont, à l’avenir, un réel potentiel de compétitivité. En effet, l’avantage économique des centrales nucléaires existantes est considérable et demeurera significatif pour les nouvelles centrales de troisième génération si l’on tient compte, pour elles aussi, des effets d’expérience.

Notre pays ne peut se limiter à prolonger la durée de vie des centrales existantes, mais doit aussi en organiser le renouvellement par des centrales optimisées de troisième génération, et accélérer les recherches sur la quatrième génération et la fusion, en se donnant l’objectif de toujours renforcer la sécurité et l’efficacité. Des investissements importants seront nécessaires pour le renouvellement des centrales et le renforcement des réseaux. Il faut les préparer et en prévoir le financement en leur donnant la priorité nécessaire.

L’arrêt ou l’affaiblissement de l’effort national sur le nucléaire conduirait l’industrie française à perdre l’avantage que lui procure un coût de l’électricité sensiblement inférieur à celui de ses concurrents et affaiblirait la compétitivité, déjà préoccupante, de notre économie. Il mettrait en danger le secteur nucléaire, filière industrielle d’excellence où nous disposons d’un avantage comparatif certain et dont les débouchés vont croître. Il entraînerait enfin, par une importation croissante de combustibles et la perte d’opportunités d’exportation d’électricité ou d’équipements industriels, un alourdissement de notre déficit commercial, alors que sa réduction est une nécessité vitale.

L’Académie des sciences morales et politiques considère donc que toute stratégie énergétique sérieuse devra combiner la poursuite d’un programme nucléaire dynamique avec des actions significatives d’économies d’énergie et d’efficacité énergétique ainsi que des efforts pour le développement des énergies renouvelables.

Xavier Darcos

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