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Stéphane Tirard et la notion de vie

C’est bien connu, Darwin est un grand génie qui a abordé tous les problèmes de la biologie de manière novatrice et fructueuse, y compris en ce qui concerne l’origine de la vie.

Stéphane Tirard, historien et philosophe des sciences, en est bien convaincu qui nous déclare, dans son article « Vie » de l’ouvrage Les mondes darwiniens [noté dans la suite MD] :

L’œuvre de Darwin correspond à un tournant en révélant certaines modalités de l’historicité du vivant et elle s’associe à l’abandon des générations spontanées pour imposer le cadre d’une réflexion nouvelle sur les origines de la vie. [MD, p. 231]

Pourtant, il doit bien admettre quelques pages plus loin que :

En traitant de l’origine des espèces, Darwin ne formule pas de définition circonscrite de la vie. Cependant, c’est au travers de sa conception de la descendance avec modification qu’il livre les caractéristiques du vivant. [MD, p. 233]

Belle pirouette pour rattraper ce pauvre Darwin, n’est-ce pas ? Car de fait, Darwin ne se soucie pas de savoir ce qu’est un être vivant :

Ce n’est pas une objection valable que de dire que, jusqu’à présent, la science ne jette aucune lumière sur le problème bien plus élevé de l’essence ou de l’origine de la vie. Qui peut expliquer ce qu’est l’essence de l’attraction ou de la pesanteur ? Nul ne se refuse cependant aujourd’hui à admettre toutes les conséquences qui découlent d’un élément inconnu, l’attraction, bien que Leibnitz ait autrefois reproché à Newton d’avoir introduit dans la science “des propriétés occultes et des miracles”. [L’Origine des espèces, 1876, ch. XV, Récapitulations et conclusions]

Dans ce passage – que Tirard omet opportunément de citer – curieusement Darwin reprend une idée avancée par les premiers vitalistes alors qu’ils s’opposaient aux mécanistes et à leur conception de l’animal-machine avancée par Descartes, à savoir que la “force vitale” serait une force physique comparable à la gravitation, mais réservée aux êtres vivants. Ici Darwin s’en sert comme argument pour nier la pertinence ou même l’utilité d’une définition de la notion de vie. Mais l’analogie qu’il fait entre la gravitation et la vie comme forces inconnaissables dans leur essence n’est guère judicieuse : l’attraction universelle est une force physique, une propriété intrinsèque de la matière, qui est présente dans tous les corps et les affecte tous sans distinction ; la vie est une propriété spécifique aux êtres vivants et à eux seuls, elle n’est pas une propriété de la matière, mais plutôt le résultat d’une organisation de la matière très particulière. Il y a donc une différence radicale entre une force physique, dont on peut mesurer et quantifier les effets, que l’on peut connaître abstraitement et manipuler grâce à un formalisme mathématique (les lois) sans avoir à se soucier de son essence, et la dynamique d’une organisation, le mouvement de la matière produit par une structure elle-même matérielle. Cette dernière est peut-être difficilement mesurable et quantifiable, mais elle peut être comprise en tant que construction historique.

Sauf à admettre que Darwin était vitaliste – et rien ne permet de l’affirmer, au contraire, puisqu’il cherchait à éliminer de ses idées tout ce qui pouvait ressembler à une intervention divine ou surnaturelle –, on doit reconnaître que cet argument est un peu court et qu’il tombe à côté du problème. Ou plus exactement, il vise à éluder le problème en faisant croire qu’il n’a pas d’importance pour sa théorie. Darwin ne cherche pas à articuler la biologie à la physique en rattachant les êtres vivants à la nature inanimée par une explication historique, comme avait tenté de le faire Lamarck. La manière dont il argumente ici confirme que cette préoccupation lui est totalement étrangère.

Darwin ne fait donc pas de la biologie. C’est tout au plus un naturaliste qui considère que les êtres vivants sont comme des machines et cherche seulement à comprendre comment ces machines vivantes peuvent être conçues et agencées sans l’intervention d’une puissance divine ; il cherche seulement à expliquer l’adaptation des êtres vivants à leurs condition d’existence sans recours aux «créations spéciales», et c’est bien pourquoi son ouvrage s’intitule L’Origine des espèces.

Mais sur ces points Tirard préfère brouiller les cartes. Voici tout ce qu’il dit à propos de Lamarck :

L’œuvre de Jean-Baptiste Lamarck est marquée par le développement de sa théorie de la modification de l’organisation avec perfectionnement. En 1802, lorsqu’il formule les principes fondamentaux de sa théorie, il s’appuie sur une définition de la vie qui lui permet de décrire l’état de la matière sur lequel peuvent s’exercer les transformations qui se traduiront par des changements à l’échelle de l’organisme et des espèces. La vie est donc pour lui « un ordre et un état de choses dans les parties de tout corps qui la possède, qui permettent ou rendent possible en lui l’exécution du mouvement organique et qui, tant qu’ils subsistent, s’opposent efficacement à la mort » (Lamarck, 1802 : 71).

L’animalisation de la matière gélatineuse commence par l’installation, sous l’effet des fluides «incontenables» – «le calorique et la matière électrique» – de l’organisme vital qui est «une tension particulière dans tous les points des parties molles de ces corps vivans, qui tiens leurs molécules dans un certain écartement entr’elles, […] qu’elles sont susceptibles de perdre, par le simple effet de l’attraction, lorsque la cause qui l’entretient cesse d’agir».

Cette animalisation n’est rien d’autre que la génération spontanée qui se trouve à la base des séries et constituent un commencement permanent, car la matière ainsi animée peut être transformée, sous l’effet des fluides «contenables» cette fois – les gaz et les liquides -, lorsque leur action se répète longuement.

Concevant un commencement permanent des séries, Lamarck ne formulera cependant pas de réflexion aboutie sur l’origine primordiale de la vie, ses anciennes théories chimiques, auxquelles il ne renoncera jamais vraiment et par les quelles il pensait que tous les corps provenaient de combinaisons réalisées par le vivant, empêchèrent probablement toute approche de l’origine primordiale (Tirard, 2006). [MD, pp. 232-233]

Au-delà du style jargonnant, des raccourcis foudroyants et des citations volontairement obscures, tout trois bien propres à décourager de toute connaissance un peu précise de la théorie de Lamarck, retraduisons en bon français, s’il vous plait, ce qu’a exposé Tirard, en ajoutant au passage ce qu’il s’est bien gardé de dire.

Contrairement à Darwin, Lamarck se soucie d’abord et avant toute autre chose de savoir ce qu’est un être vivant, il cherche à comprendre en quoi un être vivant se différencie des objets inanimés (il admet comme une évidence, sur cette base, que ce ne sont pas des machines). C’est pourquoi il invente, en 1802, la biologie en tant que science à part entière, ayant pour but d’étudier ce qu’animaux et végétaux ont en commun, à savoir la vie. L’évolution, qui pour lui est le produit d’une tendance à la complexification et d’une tendance à la diversification des organismes vivants sous l’effet de leur dynamique interne et des circonstances qu’ils rencontrent, est une conséquence logique (et non le point de départ) de sa conception dynamique de l’être vivant. L’être vivant est pour lui le produit d’une dynamique de fluides et de forces physiques, conception qu’il reprend et développe à partir de l’embryologie de Descartes (complètement différente et opposée à la conception de l’animal-machine) ; conception véritablement matérialiste et mécaniste au sens où seule la matière, ses mouvements et leurs transformations sont mis en jeu dans cette explication et qu’aucune force surnaturelle, mystérieuse (comme la « force vitale ») ou intervention divine n’intervient.

Lamarck explique l’apparition des formes de vies les plus simples (les «infusoires») par «génération directe» comme étant le produit du libre jeu des phénomènes physiques, ce qui revient à considérer que l’apparition de la vie sur terre ne nécessite aucune intervention divine, puisque les seules lois de la nature suffisent.

C’est là quelque chose de fondamental, c’est la principale justification de son transformisme : la nature crée directement les formes les plus simples, mais elle ne peut créer ainsi les formes les plus complexes ; celles-ci dérivent nécessairement des premières dans un processus temporel extrêmement long. De la sorte Lamarck parvient à concilier la vie (y compris celle des formes les plus complexes) avec les lois de la physique. La vie des formes simples provient directement de l’application actuelle de ces lois ; celle des formes complexes résulte de leur application dans une organisation “autocatalytique” pendant un nombre considérable de générations. [A. Pichot, Histoire de la notion de vie, 1993, p. 635]

Lamarck, qui a étudié les sciences de son temps, cherchait une explication physico-chimique à l’existence des êtres vivants. Pour lui, la cause principale des transformations des êtres vivants réside dans la dynamique interne qui constitue la spécificité de tous les organismes vivants. En proposant une théorie sur ce que sont les êtres vivants dans sa Philosophie zoologique, il a posé correctement – de manière véritablement matérialiste et scientifique – le problème qui aurait dû être au cœur de la biologie en tant que science à part entière.

Il y a donc bien chez Lamarck, et contrairement à ce que prétend Tirard, une «approche de l’origine primordiale» et une théorie des êtres vivants. Chez Darwin, on ne trouvera absolument rien de tel, car il dit lui-même qu’il s’en contrefout.

Pour savoir et comprendre tout cela, et bien d’autres choses encore, il suffit pourtant de lire un véritable historien des sciences et épistémologue comme André Pichot – mais c’est un personnage trop critique vis-à-vis du darwinisme. Nos darwiniens préfèrent donc ne pas en parler et faire mine d’ignorer jusqu’à son existence…

Par le Créateur !

Tirard, après avoir semé la confusion et le mépris à propos de Lamarck, tente d’attribuer à Darwin bien plus que celui-ci ne mérite. A l’opposé de la première citation de Darwin que nous avons donnée ici, il veut absolument lui attribuer une «approche de l’origine primordiale» purement matérialiste :

Retenons les dernières lignes de L’Origine des espèces (1859) : « N’y a-t-il pas une véritable grandeur dans cette manière d’envisager la vie, avec ses puissances diverses attribuées primitivement à un petit nombre de formes, ou même à une seule ? Or, tandis que notre planète, obéissant à la loi fixe de la gravitation, continue à tourner dans son orbite, une quantité infinie de belles et admirables formes, sorties d’un commencement si simple, n’ont pas cessé de se développer et se développent encore ! » (Darwin, 2008 : 563) [MD, p. 233]

Tirard se réfère ici à l’édition de L’Origine des espèces parue chez Flammarion dans la collection de poche GF [notée ici OdE-GF] et qui cherche à restituer la forme première de cet ouvrage qui a subit de la part de son auteur de multiples corrections et retouche au fil des éditions. L’éditeur Flammarion a publié cet ouvrage en 1992, avec le concours de Daniel Becquemont, et en a donné une nouvelle édition en 2008 qui reprend en gros celle de 1992 avec quelques ajouts (notamment un index). Tirard cite Darwin à partir de l’édition de 2008. Or, dans l’édition de 1992, la première phrase de sa citation est ainsi rédigée :

N’y a-t-il pas une véritable grandeur dans cette manière d’envisager la vie, avec ses puissances diverses attribuées primitivement par le Créateur à un petit nombre de formes, ou même à une seule ? [OdE-GF, 1992, p. 548 ; souligné par moi]

Il est bien connu des historiens des sciences – quoiqu’ils ne la commentent jamais – que cette référence au Créateur a été ajouté par Darwin lui-même à la seconde édition de L’Origine des espèces, parue six semaines après la première, dans le but de ne pas passer pour un mécréant auprès de ses lecteurs.

1er édition :

There is grandeur in this view of life, with its several powers, having been originally breathed into a few forms or into one; and that, whilst this planet has gone cycling on according to the fixed law of gravity, from so simple a beginning endless forms most beautiful and most wonderful have been, and are being, evolved.

2nd édition :

There is grandeur in this view of life, with its several powers, having been originally breathed by the Creator into a few forms or into one; and that, whilst this planet has gone cycling on according to the fixed law of gravity, from so simple a beginning endless forms most beautiful and most wonderful have been, and are being, evolved.

Voir Darwin Online

Cet ajout, repris dans toutes les éditions ultérieures et les traductions, est particulièrement maladroit.

En effet, si l’on comprend bien cette courte phrase de la conclusion de L’Origine des espèces, Darwin réintroduit une, voire plusieurs « créations spéciales » à l’origine de la vie, alors qu’il a consacré les 500 précédentes pages à les évacuer du reste de l’histoire naturelle ! Chassées par la grande porte, elles reviennent subrepticement par le trou de la serrure… En ce qui concerne l’origine de la vie, non seulement Darwin ne s’intéresse pas au problème, comme on l’a vu, mais en plus il se déclare donc finalement créationniste !

Tirard, qui n’est certainement pas ignorant à ce point, à donc choisi d’omettre ces trois mots embarassant, « par le Créateur », qui viennent complètement démentir sa prétention à nous présenter un Darwin strictement matérialiste.

Car Darwin montre ici en pleine lumière à quel point il ne parvient pas à se détacher de la Théologie naturelle de William Paley, qu’il a potassé assidument lors de ses études de théologie à Cambridge [cf. son Autobiographie, 2008, p. 57], à quel point il reste profondément imprégné de ses croyances religieuses. Il ne s’inscrit donc absolument pas dans la démarche scientifique, et moins encore dans le matérialisme épistémologique propre à la science, à l’opposé de la légende qui prétend qu’il aurait apporté une contribution majeure à l’émancipation des sciences de la nature des influences de la religion.

A la suite de cette citation Tirard continue dans la même veine :

On note donc ici une indication cruciale quant au commencement du développement d’une quantité infinie de formes produites par les lois qui agissent autour de nous : « La loi de croissance et de reproduction ; la loi de l’hérédité qu’implique presque la loi de reproduction ; la loi de variabilité, résultant de l’action directe et indirecte des conditions d’existence, de l’usage et du défaut d’usage ; la loi de multiplication des espèces en raison assez élevée pour amener la lutte pour l’existence, qui a pour conséquence la sélection naturelle, laquelle détermine la divergence des caractères et l’extinction des formes moins perfectionnées (ibid) » [MD, pp. 233-234]

Ici, Darwin appelle « lois » des phénomènes qui n’en sont pas : il transforme en « lois » des phénomènes dont il constate la généralité, sans pouvoir les expliquer, ni en donner de formulation mathématique, probablement parce qu’il fait une fois de plus un parallèle fallacieux avec la loi de la gravitation universelle de Newton (qui revient très souvent sous sa plume) qui, elle, est véritablement une loi physique. Qu’est-ce que, en effet que cette « loi de croissance et de reproduction » ? Les « lois de l’hérédité » sont inconnues à son époque en encore pour un demi siècle. Qu’elle est cette « loi de variabilité », puisque Darwin considère que les variations sont aléatoires, tout comme la génétique à partir du XXe siècle ? Quand à la « loi de multiplication des espèces », c’est celle de Malthus, comme Darwin le dit lui-même, qui n’est que l’invention d’un pasteur protestant soucieux de voir abolir la loi sur les indigents (poor law) de l’Angleterre du XVIIIe siècle…

Quoi qu’il en soit ces « lois » n’agissent pas autour de nous, il s’agit seulement de phénomènes spécifiques au vivant. Tirard confond plusieurs choses afin de faire accroire que Darwin est strictement matérialiste alors qu’il n’en est rien.

Génération spontanée ?

Il faut également remarquer qu’il ne vient même pas à l’idée de Darwin de reprendre l’explication – véritablement naturaliste et matérialiste – de l’origine de la vie par la génération spontanée avancée par Lamarck un demi-siècle auparavant. Tirard soutient, sans d’ailleurs avancer aucune référence, que Darwin et les darwiniens de son temps rejetaient la génération spontanée des premiers organismes vivants :

Les auteurs de cette période [la seconde partie du XIXe siècle], Darwin lui-même, Herbert Spencer, Huxley, Haeckel, ainsi qu’une poignée d’auteur du début du siècle suivant, conçurent une évolution progressive de la matière permettant d’imaginer le passage de l’inerte minéral au vivant organique. Cette théorie fut rétrospectivement qualifiée d’abiogenèse évolutive. [MD, p. 234]

Ce n’est pas impossible en ce qui concerne Darwin, car celui-ci ne voulait pas démordre de l’idée que la nature ne fait pas de saut (Natura non facit saltum). Idée qui lui vient une fois de plus de ses études de théologie :

Natura non facit saltum – la nature ne fait pas de saut – est une devise qui a guidé des générations d’évolutionnistes et de proto-évolutionnistes. Mais Darwin l’a rencontrée sous une forme aigue et intéressante, posée comme une alternative lourde de sens : la nature ne fait pas de saut, mais Dieu en fait. Donc, quand on veut savoir si une chose est d’origine surnaturelle, on doit se poser la question suivante : est-ce que c’est arrivé progressivement à partir de ce qui précédait ou subitement, sans cause naturelle évidente ?

On peut, bien sûr, se poser cette question à propos de n’importe quoi dans le monde naturel. On peut aussi se la poser à propos de l’idée même de Dieu. Et c’est sous cette forme que Darwin a rencontré la question alors qu’il était étudiant à Cambridge. Parmi ces notes d’étudiant qui ont subsisté, on trouve quelques feuillets de commentaires sur les arguments des Preuves du christianisme dérivées de sa nature et de son accueil, de John Bird Sumner, alors évêque de Salisbury et qui deviendra plus tard archevêque de Canterbury […]. L’argument central de Sumner repose sur une simple proposition coulée dans une forme logique spécifique : la nature ne fait pas de saut, donc, si l’on trouve quelque chose qui apparaît subitement dans le monde, ses origines doivent être surnaturelles […]. Darwin a dressé un plan chapitre par chapitre des Preuves de Sumner. Dans ses notes, on trouve le passage suivant : « Quand on voit une religion se créer, qui n’a pas de prototype existant […], cela confère une grande probabilité à son origine divine. »

Autrement dit, entre 1827 et 1830, pendant ses années à Cambridge, Darwin a pris connaissance de la proposition selon laquelle, afin de prouver l’origine naturelle d’une chose, on doit montrer qu’elle a évolué graduellement à partir de ce qui l’a précédée, sinon ses origines sont surnaturelles. Cette formulation des choix ouverts à l’homme de raison est restée un leitmotiv au cours du reste de sa vie. [Gruber, 1981 ; cité in M. Denton, Evolution, une théorie en crise, 1985, éd. Flammarion, coll. Champs, 1992, p. 61]

Quoiqu’il en soit, cette abiogenèse n’apporte rien de plus que la génération spontanée – et comment pourrait-il en être autrement vu l’avancement des sciences au XIXe siècle? Il semblerait que Tirard considère a priori qu’établir une continuité entre l’inerte minéral et le vivant organique (comme le fait Henri Atlan aujourd’hui, qui prétend que «la vie n’existe pas») soit plus « scientifique » que reconnaître le «hiatus immense» (Lamarck) entre ces deux règnes. Mais c’est là une confusion due précisément à l’absence de définition de l’être vivant dans la biologie moderne à la suite de Darwin.

Quelle est la spécificité des êtres vivant par rapport aux objets inanimé et aux machines? C’est la réponse à cette question qui devrait fonder la biologie. Or, manifestement personne ne veut seulement se la poser et tenter d’y répondre sérieusement (sauf André Pichot, cela va de soi).

Tirard parle donc d’autre chose en conclusion:

Faut-il définir ou penser la vie? […] Toute définition de la vie prétend se confronter à l’universalité, or précisément, c’est la perception même de l’universalité du vivant qui nous manque. [MD, p. 240]

Incroyable! Il faudrait à Tirard des extra-terrestres (il évoquait juste auparavant l’exobiologie) pour parvenir, par comparaison, à une définition du vivant terrestre. Incapable qu’il est de sortir de son bureau et de comparer in situ le vivant au non-vivant, à l’inerte et à la machine.

Misère de la réflexion épistémologique!

Jacques Hardeau

Nota bene: Ces critiques ont été communiquées, sous une autre forme, à Stéphane Tirard qui n’a pas daigné y répondre…

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