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Michel Onfray, le tronc du culte de la technoscience

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Dans la série «pourritures nucléaristes»…

Michel Onfray se présente comme le nouveau héraut de la «gauche radicale» dans les médias. Si le créateur des universités populaires est surtout connu pour son athéisme, on sait moins qu’il est pro-nucléaire et pro-transgène. Fou de vitesse, hédoniste, matérialiste, ce pape de l’athéisme se veut un «rebelle», mais, vu de près, sa philosophie a un goût de progressisme et d’étatisme trop bien connu.

Sacré «champion de la gauche de la gauche», Michel Onfray n’a pas peur de prôner un capitalisme libertaire:

«Je suis un antilibéral absolu. En revanche, moi, je ne suis pas anticapitaliste car le capitalisme c’est la possibilité de créer des richesses avec des gens qui possèdent, qui investissent… alors je ne vois pas d’alternative à ça.» (émission Pas de quartier sur Radio libertaire, 3 février 2004).

Le pire pour lui est d’entendre «les vieilles scies militantes d’hier et d’avant-hier: cosmopolitisme des citoyens du monde, fraternité universelle, abolition des classes et des races, disparition du travail et du salariat, suppression du capitalisme, pulvérisation de toutes les aliénations, égalitarisme radical.» (L’Archipel des comètes, éd. Grasset, 2001)

D’ailleurs, lorsque Sarkozy a voulu panthéoniser Albert Camus, ne conclut-il pas sa tribune Monsieur le Président, devenez camusien! (Le Monde, 24 novembre 2009) par cette phrase qui veut tout dire:

«Si vous aimez autant Camus que ça, devenez camusien. Je vous certifie, Monsieur le Président, qu’en agissant de la sorte vous vous trouveriez à l’origine d’une authentique révolution qui nous dispenserait d’en souhaiter une autre.»

Voilà donc un «libertaire», un «rebelle» qui attend du Chef de l’État la prise en main d’un changement social radical, car il craint plus que tout l’activité autonome des peuples… (Voir aussi la chronique de Jean-Pierre Garnier, Le libertaire du Président)

Par amour pour les manipulations génétiques et le nucléaire, il utilise une rhétorique consistant à psychiatriser les opposants:

«Les peurs dues au transgénisme ressemblent à s’y méprendre à celles qui accompagnèrent la naissance de l’électricité ou du chemin de fer, voire de l’énergie nucléaire – qui rappelons-le, n’a jamais causé aucun mort: Hiroshima et Nagasaki, puis Tchernobyl procèdent du délire militaire américain, puis de l’impéritie industrielle et bureaucratique soviétique, en aucun cas du nucléaire civil en tant que tel.» (Féeries anatomiques, éd. Grasset, 2003, p. 176).

Sa démonstration est celle d’un croyant qui considère les catastrophes comme des «dysfonctionnements» secondaires, ne remettant pas en cause la logique profonde du système. Les cancéreux de France, contaminés d’Ukraine, les liquidateurs de Tchernobyl – qui bien évidement pour les pronucléaires n’existent pas (on est fondé ici à parler de négationnisme) – et autres irradiés de Polynésie apprécieront.

Ce scientisme borné ne se montre jamais mieux sous son vrai jour – inhumain et immonde – que lorsque les événements viennent le démentir. La catastrophe nucléaire de Fukushima nous montre les contorsions et pirouettes dont est capable notre libertaire d’État et philosophe de médias dans l’article Catastrophe de la pensée catastrophiste qu’il a commis dans Le Point du 22 mars 2011.

«L’un des signes du nihilisme contemporain se trouve dans le pessimisme: la quasi totalité des problèmes d’aujourd’hui sont abordés sous l’angle du pire. La logique médiatique n’est pas pour peu dans la prolifération de cette négativité: elle ne vit que de la catastrophe. Qui peut imaginer une «ouverture» du journal de 20 heures (la grand-messe cathodique qui fabrique l’opinion, comme le fit pendant plus d’un millénaire la grand-messe catholique…) avec une bonne nouvelle?»

Courageusement, notre penseur médiatique s’en prend à la main qui le nourrit. Comme on dit dans les supermarchés «il faut positiver»: à l’heure où les réacteurs nucléaires japonais sont toujours en fusion, il serait urgent, en effet, de parler d’autre chose. De choses positives et joyeuses qui ne viennent pas embarrasser le credo scientiste du philosophe Onfray, par exemple?

«Quelle «une» de presse écrite se fait avec autre chose que le sensationnel? Ce tropisme s’explique par le fait que les médias fonctionnent moins avec le cerveau, la raison et l’intelligence qu’avec les émotions, les tripes et le pathos. Le journaliste est l’homme des passions tristes. La catastrophe est l’aubaine médiatique par excellence.»

De quoi se plaint notre penseur médiatique? Si les médias fonctionnaient plus avec le cerveau, la raison et l’intelligence, il ne pourrait se faire passer pour un philosophe, un libertaire, ni un rebelle! Ce qui attriste Onfray, ce n’est donc pas la catastrophe elle-même, ce qu’elle signifie pour la civilisation industrielle et pour notre existence, mais son exploitation médiatique, sa représentation dramatique. Alors que jusque-là tout allait si bien dans le petit monde de monsieur Onfray! Le voilà bien embêté avec cette catastrophe qui l’oblige à faire un papier sur le nucléaire.

«J’écris «énergie politique», car elle fut décidée par le général de Gaulle selon des considérations politiques et nullement écologiques – un souci alors ultraminoritaire, même si, à cette époque, on pouvait lire Ellul ou Charbonneau, deux excellents philosophes injustement oubliés. Le chef de l’État, dont le credo, ici comme ailleurs, était la souveraineté de la nation, voulait que la France ne dépende de personne en matière d’énergie. A défaut de pétrole, et dans la perspective de l’épuisement des énergies fossiles comme le charbon, le nucléaire offrait en pleine guerre froide une possibilité d’indépendance nationale en matière d’énergie civile. Avec la bombe atomique, le chef de l’Etat assurait également une position de force qui dissuadait les Américains ou les Soviétiques de songer à faire de la France une colonie ou une base arrière à leurs impérialismes.»

Ici, on se demande si notre penseur ne confond pas Charles de Gaulle et Valery Giscard d’Estaing. Belle inversion de la réalité historique en tout cas, qui fait débuter l’ère nucléaire en France par le civil et non le militaire. De Gaulle voulait la Bombe pour asseoir la «grandeur de la France» dans le concert des grandes puissances; de là est sorti le Commissariat à l’Énergie Atomique (CEA), un État dans l’État, le berceau de la mafia nucléariste française. Giscard a ensuite développé le programme nucléaire civil à partir de 1974, prétextant la crise pétrolière, mais surtout pour le bénéfice de ses amis industriels, dont Schneider. Notre libertaire tente ici de faire passer la folie des grandeurs et les intérêts industriels de chefs d’État pour de la prévoyance et de la bienveillance…

«Le nucléaire civil permet le confort bourgeois auquel personne ne s’oppose, à droite comme à gauche, du moins tant qu’il s’agit de partis susceptibles de gouverner la France de façon réelle plus qu’idéologique.»

Personne ne s’oppose au confort bourgeois, et surtout pas le rebelle Onfray. Quant à ceux qui s’y opposent, ils ne sont fort heureusement pas membres des partis politiques susceptibles de gouverner. Donc, ils ne sont pas sérieux. Hors de l’État et des partis de gouvernement, point de salut. Ce mépris de toute prise de position autonome est un des leitmotiv de la réflexion d’Onfray.

«L’électricité nourrit les appareils domestiques qui simplifient la vie – la machine à laver au lieu du lavoir, le four au lieu de la cheminée, le radiateur au lieu du mirus, le néon au lieu de la bougie, le réfrigérateur au lieu du garde-manger… Elle alimente les instruments de communication – les batteries du téléphone portable, le secteur des ordinateurs, le transformateur des télévisions. Qui oserait aujourd’hui inviter à vivre sans électricité?»

Le nucléaire ou la bougie! Il fallait bien un philosophe de la trempe d’Onfray pour nous rappeler cet imparable slogan qu’EdF employait dans les années 1970!

«Le photovoltaïque, la biomasse, l’éolien, l’hydraulique fonctionnent en appoint mais ne suffisent pas à répondre à la totalité du considérable besoin d’énergie de nos civilisations.»

Et comme personne de sérieux ne s’oppose au confort bourgeois, c’est donc que le nucléaire est in-dis-pen-sable, in-con-tour-nable, in-é-vi-table – mettez-vous bien cela dans le crâne, bon sang! D’ailleurs les pays qui n’ont pas le nucléaire sont plongés dans la nuit de l’obscurantisme en étant réduits à s’éclairer à la bougie et se chauffer au feu de bois. C’est pourtant bien connu.

«Le restant du spectre politique qui n’arrive jamais au pouvoir peut se permettre de jouer la carte de l’éthique de conviction sans souci de l’éthique de responsabilité: il suffit dès lors d’arrêter tout de suite les centrales et de se mettre aux énergies renouvelables demain matin…»

Ces antinucléaires, quels irresponsables avec leurs idées simplistes, tout de même! On les laisserait faire, ils nous mèneraient tout droit à la catastrophe.

«Or il nous faut penser en dehors des émotions.»

Nous dit ce penseur qui, littéralement, panique en cherchant comment justifier l’injustifiable.

«Le Japon et les Japonais ont fait prendre des risques considérables à l’humanité et à la planète.»

Le péril jaune est de retour! Ce sont les Japonais, tous les Japonais qui sont irresponsables. Pas la mafia nucléariste japonaise ni les partis de gouvernements qui ont entériné le programme nucléaire japonais, non, non, non! Les dirigeants n’y sont pour rien, c’est le peuple japonais, qui voulait le confort bourgeois, qui est responsable de ce drame. Ils n’avaient qu’à s’éclairer à la bougie et se chauffer au feu de bois, ces sales jaunes! Quant aux antinucléaires japonais, l’État a eu bien raison de les réprimer durement, car ils sont aussi irresponsables que les antinucléaires français.

«Le nucléaire ne doit pas être remis en question dans son être mais dans son fonctionnement: il doit cesser d’être un reliquat monarchique pour devenir une affaire républicaine. La technocratie supplante souvent la démocratie. Un an avant la présidentielle, les candidats potentiels seraient bien inspirés de proposer leurs visions des choses quant à la restitution au peuple de ce qui lui appartient: la souveraineté…»

Autogestion du nucléaire! Voilà le dernier mot de la pensée de notre philosophe libertaire et rebelle: la technique est neutre; ce sont les méchants capitalistes et les vilains technocrates qui ont dévoyé cette belle et généreuse invention qu’est le nucléaire civil. Rejoignant les positions de l’éternel nucléariste PCF, Onfray réclame donc un «service public» du nucléaire vraiment transparent et démocratique.

Il ne vient pas à l’esprit de notre penseur que la concentration, qu’implique nécessairement l’industrie nucléaire, d’une puissance économique, technique et énergétique en si peu de mains soit par essence et inévitablement antidémocratique. La démesure et l’aliénation qui est son corolaire sont des phénomènes qui ont échappé à notre BHL de la «gauche libertaire» (car il crache, bien évidemment, sur le BHL de droite), qui en réalité ne semble se soucier, dans cette affaire que du petit jeu politicien franco-français. Quelle hauteur de vues!

Notre philosophe a-t-il entendu parler du scientisme? C’est faire de la science et de la technologie une religion de substitution. Et c’est bien là qu’achoppe la «pensée» de Michel Onfray – si du moins elle existe. Ce pourfendeur des religions oublie de s’en prendre à la religion – ce qu’il n’est absolument pas exagéré d’appeler le culte officiel d’État – qui domine les sociétés capitalistes et industrielles depuis deux siècles: la foi dans le progrès des sciences et des techniques qui permet de résoudre tous les problèmes de l’humanité, y compris ceux qu’elles ont elles-mêmes générés. Et comme ce libertaire d’État n’a de cesse de nous le rappeler, l’urne dans laquelle on met son bulletin de vote est bel et bien le tronc du culte de la technoscience!

Un certain Bakounine – qui ignorait tout de l’énergie et de l’industrie nucléaire, mais qui savait penser un peu au-delà de son confort bourgeois – connaissait déjà les ressorts du scientisme:

«Et toutes les fois que les hommes de la science, sortant de leur monde abstrait, se mêlent de création vivante dans le monde réel, tout ce qu’ils proposent ou créent est pauvre ou ridiculement abstrait, privé de sang et de vie, mort-né […]. Le gouvernement de la science et des hommes de la science […] ne peut être qu’impuissant, ridicule, inhumain, cruel, oppressif, exploiteur, malfaisant. On peut dire des hommes de la science, comme tels, ce que j’ai dit des théologiens et des métaphysiciens: ils n’ont ni sens ni cœur pour les êtres individuels et vivants. On ne peut pas même leur en faire un reproche, car c’est la conséquence naturelle de leur métier.» (Dieu et l’État, 1882)

Quel est donc le métier de M. Onfray? Ce «penseur» est plutôt un poseur. Un bouffon médiatique qui s’est déjà abaissé au niveau d’un BHL et qui, n’en doutons pas, s’enfoncera plus loin encore. Car «on n’arrête pas le progrès» et «quand on a touché le fond, on peut toujours creuser».

Bertrand Louart

Chroniqueur à Radio Zinzine.

Le dernier livre de Michel Onfray

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Pourritures nucléaristes!

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