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Malhonnêtetés et Fraudes de Darwin

Tout le monde sait – sauf les créationnistes, bien entendu – que Darwin est un grand génie. Et en conséquence, même quand il a tort, le grand génie a quand même raison de faire ce qu’il a fait, c’est-à-dire de passer sous silence certains faits, objections et problèmes, voir même de frauder.

La méthode hagiographique – pour ne pas parler de culte de la personnalité – est de mise chez les étudiants en biologie évolutive et en histoire des sciences, surtout s’ils veulent se faire bien voir de leur directeur de thèse ou de quelqu’autre personnalité qui pourra appuyer leur carrière parmi les petites coteries de l’université et de la recherche.

C’était donc une très bonne idée de la part de Timothée Flutre, doctorant en bioinformatique (INRA – Université Paris Diderot), Thomas Julou, doctorant en biologie de l’évolution (École Normale Supérieure) et Livio Riboli-Sasco, doctorant en biologie théorique (Université Paris Descartes), en collaboration avec Michel Morange, professeur d’histoire et philosophie des sciences à l’École Normale Supérieure, d’avoir fait traduire par Sophie Jabès, les textes de Darwin et Wallace parus dans Journal of the proceedings of the Linnean Society, vol. III, 1858, et de les avoir publiés sur le site BibNum en décembre 2009.

Ces textes constituent en effet la communication qui a permis à Charles Lyell et Joshua D. Hooker d’établir la priorité de Charles Darwin sur Alfred Russel Wallace dans l’invention du mécanisme de la sélection naturelle. Un document historique donc.

Mais à la lecture de l’« analyse » qu’ils en proposent, sous le titre La théorie de la sélection naturelle présentée par Darwin et Wallace, on en vient à se demander s’ils ont vraiment lu le texte de Wallace et s’ils ont bien compris ceux de Darwin.

En effet, ni Darwin ni Wallace ne parlent d’évolution des espèces, mais seulement du mécanisme de leur adaptation aux conditions du milieu. Nos commentateurs reproduisent cette confusion qui sera faite au XXe siècle. Tout juste remarquent-ils en passant « le mot « évolution » relevait à l’époque du vocabulaire militaire et désignait le mouvement des troupes qui changeaient de position stratégique ». Sauf qu’au début du XIXe siècle, en biologie, ce mot désignait ce que l’on appelle aujourd’hui le développement embryonnaire, et qu’il prend son sens moderne d’évolution des espèces dans les années 1830, notamment dans les ouvrages de Lyell et d’Herbert Spencer, que Darwin a lu et dont il connait personnellement les auteurs (cf. André Pichot, Histoire de la notion de vie, 1993). [Voir notre article Grandcolas et la notion d’adaptation] En réalité, comme nous aurons l’occasion de le voir une autre fois, l’évolution est un problème totalement étranger à Darwin : il cherche uniquement à réfuter les « créations spéciales » du théologien William Paley pour expliquer l’existence d’espèces différentes.

Ensuite, nos commentateurs ne voient pas qu’en ce qui concerne le mécanisme de la sélection naturelle (expression que ni l’un ni l’autre n’emploient) Wallace s’écarte de Darwin sur un point essentiel ; ils ne sont pas les seuls, car je n’ai encore jamais vu cette différence, pourtant simple et évidente, signalée.

En effet, pour Wallace, les espèces sauvages sont en permanence soumisses à la pression de la lutte pour l’existence, elles travaillent donc tout le temps à assurer leur subsistance et leur sécurité face aux concurrents, prédateurs et contre les conditions défavorables. Les espèces domestiques, au contraire, ne sont pas soumises à une telle pression permanente, puisque l’homme leur assure les meilleures conditions d’existence, leur offre le gîte, le couvert et empêche leur destruction pour son plus grand avantage.

La différence de condition entre les espèces sauvages et domestiques est, pour Wallace, si radicale qu’il pense que l’on ne peut comparer les effets de la sélection artificielle, qui sont le produit d’un choix ponctuel des reproducteurs par le sélectionneur, à ceux de la sélection naturelle, qui eux sont le produit d’un ensemble de contraintes exercées en permanence par les circonstances durant une lutte quotidienne pour la vie.

« Nous voyons donc que l’observation des animaux domestiques ne peut fournir aucune donnée sur la permanence des variétés à l’état de nature. Les deux classes sont si opposées l’une à l’autre en toute circonstance, que ce qui est juste par rapport à l’une, est presque toujours faux par rapport à l’autre. Les animaux domestiques sont anormaux, irréguliers, artificiels ; ils sont sujets à des variations qui ne se présentent pas et ne peuvent jamais se présenter dans la nature, et plusieurs d’entre eux sont si loin de l’équilibre d’organisation et de facultés nécessaire à l’animal laissé à ses propres ressources pour vivre et se multiplier, que leur existence même dépend de l’homme. » [Wallace, 1858]

La théorie de Wallace sur la sélection naturelle est bien plus cohérente et intègre beaucoup mieux les faits et l’expérience que celle de Darwin. Mais elle a cet immense inconvénient pour ce dernier – outre qu’il n’en est pas l’auteur – de saper la base empirique que constituent les effets de la sélection artificielle sur laquelle il prétend s’appuyer pour extrapoler l’action de la sélection à tout le monde vivant.

Les seules indications qui permettent de penser que Darwin a bien aperçu en quoi les idées de Wallace différaient des siennes se trouvent dans une lettre à Lyell du 25 juin 1858:

« Le seul point sur lequel nous différons, c’est que j’ai été conduit vers les thèses qui sont les miennes aujourd’hui en constatant les effets de la sélection artificielle sur les animaux domestiques. »

Et dans une lettre à Wallace du 25 janvier 1859:

« Lorsqu’il [L’Origine des espèces] sera publié, je vous en enverrai bien sûr un exemplaire et vous verrez alors ce que je pense au sujet du rôle qu’a joué, à mon avis, la sélection dans les productions domestiques. Ainsi que vous le supposez, ce rôle est très différent de celui qu’a joué la “sélection naturelle”. »

Bien qu’il mentionne à plusieurs reprises l’essai de Wallace dans L’Origine des espèces, Darwin n’en affirme pas moins péremptoirement :

« Il n’est aucune raison évidente pour que les principes dont l’action a été si efficace à l’état domestique n’ait pas agit à l’état de nature. » [Darwin, L’Origine des espèces, éd. Flammation-GF, 1992, p. 525]

Dans son Autobiographie (éd. Seuil, 2008, p. 114), Darwin prétendra, tout aussi mensongèrement, que les idées de Wallace sont « exactement » les mêmes que les siennes.

Donc, il semblerait bien que Darwin ait saisi la contradiction radicale que Wallace apportait ainsi à sa propre conception de la sélection naturelle, mais il décide… de ne pas en tenir compte ! Il ne me semble avoir noté nulle part que Darwin discute un seul instant les conceptions de Wallace en la matière. Ce qui n’est pas très honnête, il me semble…

Car il semble difficilement contestable que les cultivateurs et les éleveurs font tout ce qu’ils peuvent pour épargner à leurs cultures et à leurs troupeaux les rigueurs permanentes et quotidiennes de la lutte pour la vie du milieu sauvage. La sélection artificielle ne se réalise que sur des êtres pleinement développés et moins par élimination au terme d’une lutte que par choix des reproducteurs (d’ou les enjeux actuels sur les semences et les reproducteurs).

Or, Darwin fait reposer sa conception de la sélection naturelle sur la généralisation des effets de la sélection artificielle à tout le monde vivant. Wallace soulève donc une objection majeure contre la conception de Darwin. Et Wallace comme Darwin savent bien que les cultivateurs et les éleveurs n’ont jamais réussi à créer des espèces nouvelles, qui ne sont pas interféconde ou donnent des hybrides stériles, mais seulement des variétés qui toutes restent dans le cadre de l’espèce, c’est-à-dire restent interfécondes.

Tout cela mériterait une discussion argumentée plus tôt qu’un déni de la part de Darwin.

D’une manière générale, Darwin a tendance à esquiver les critiques de Wallace, qui est un esprit plus fin, mais moins tenace et obstiné que Darwin (à ma connaissance, il ne fera valoir nulle part son originalité quant au mécanisme de la sélection naturelle et se ralliera à la conception de son ainé) :

Lettre de Wallace à Darwin du 2 Juillet 1866 :

Le terme « survivance du plus apte » est la simple expression du fait ; « sélection naturelle » est son expression métaphorique, et jusqu’à un certain degré indirecte et incorrecte, puisque la nature choisit moins les variétés spéciales qu’elle n’extermine les moins favorisées. […] Je vois que vous employez l’expression « sélection naturelle » dans deux sens : 1° pour la simple préservation des variations favorables et le rejet des variations défavorables : ce qui en fait l’équivalent de « survivance du plus apte » ; 2° pour l’effet ou le changement produit par cette préservation. [Varigny, pp. 342-343]

Lettre de Darwin à Wallace du 5 juillet 1866 :

Votre critique sur le double sens dans lequel j’ai employé l’expression « sélection naturelle » est nouvelle pour moi, et je ne puis y répondre ; mais ma bévue n’a fait aucun mal, car je crois que personne en dehors de vous ne l’a remarquée. [Varigny, p. 343]

Autrement dit, personne n’a rien vu, et donc faisons comme si de rien n’était…

Il y a d’autres point sur lesquels Darwin utilise ce genre de « méthode » pour « résoudre » des problèmes qui se posent à lui. Voyez l’ouvrage d’Étienne Gilson, D’Aristote à Darwin et retour (éd. Vrin, 1971), notamment sur la confusion, maintenant courante chez les darwiniens, entre les notions d’espèces et de variété. Ce qui lui fait dire :

« On peut dire sans injustice que dès qu’il sort de l’observation, où il est maître, Darwin fait preuve d’une nonchalance intellectuelle et d’une imprécision dans les idées dont il ne semble aucunement souffrir. » [Gilson, 1971, pp. 228-229]

Nonchalance qui reste celle des darwiniens aujourd’hui encore, comme nous l’illustrerons bien souvent ici…

Mais il y a plus fort encore. Dans son ouvrage de 1868, Les variations des animaux et les plantes sous l’effet de la domestication, Darwin écrit :

« On a souvent objecté que les changements reconnus comme étant éprouvés dans les races domestiques, n’élucident nullement ceux qu’on suppose avoir eu lieu dans les espèces naturelles, puisqu’on prétend que les premiers sont des formes temporaires, tendent toujours à revenir à leur forme primitive dès qu’elles redeviennent sauvages. Cet argument a bien été combattu par M. Wallace (Journ. Proc. Lin. Soc., vol. III, p. 60), et nous avons donné, dans le 13e chapitre, des faits détaillés montrant que l’on a beaucoup exagéré chez les animaux et les végétaux revenus à l’état sauvage, cette tendance à la réversion, qui existe cependant jusqu’à un certain point. Il serait contraire à tous les principes au développement desquels cet ouvrage est consacré, que les animaux domestiques placés dans de nouvelles conditions et contraints à lutter pour leurs besoins contre une foule d’autres concurrents, ne fussent plus à la longue modifiés. » [Darwin, 1868, in éd. fr. : vol. II, 1880, p. 438]

La première phrase est une restitution de l’argument que Wallace a exposé dans son manuscrit de 1858. Dans la dernière phrase, Darwin élude le problème par une pirouette : la question n’est pas ici de savoir si les animaux placés dans de nouvelles conditions varient ou non, mais de savoir dans quel sens ils varient. Or la réversion tend à montrer que les variations se cantonnent autour d’un type, ce qui entre en contradiction avec le mécanisme de la sélection naturelle tel que Darwin le conçoit puisqu’il n’est qu’une généralisation des effets de la sélection artificielle.

La réversion n’entre pas dans son système, Darwin cherche donc tout simplement à minimiser le fait, dont il reconnaît pourtant par ailleurs la réalité, au prétexte fallacieux que ce n’est pas un phénomène systématique et absolu.

Surtout, il nie son importance, et cela à l’aide d’une fraude. Car l’article de Wallace cité dit explicitement et exactement tout le contraire et cela précisément à la page indiquée en référence :

« Les variétés domestiques, quand elles passent à l’état sauvage, doivent retourner à quelque chose proche du type de la souche originelle ou s’éteindre complètement. » [Wallace, 1858 ; souligné par l’auteur]

Que Darwin convoque à l’appui de sa théorie l’article même qui l’infirme tout en lui faisant dire le contraire, ne manque pas d’être inquiétant. Cette fraude est emblématique de la manière dont Darwin raisonne : c’est son système, le mécanisme de la sélection naturelle, qui détermine a priori comment il prend en compte ou pas certain faits.

C’est Jean Gayon dans son Darwin et l’après Darwin : une histoire de l’hypothèse de la sélection naturelle (éd. Kimé, 1992, pp. 40-41), qui signale cette falsification sans toutefois oser l’appeler par son nom et en essayant vaguement de la justifier.

Les darwiniens lisent-ils vraiment Darwin ? Il faudrait d’abord qu’ils lisent aussi autre chose que Darwin ; quand ils le lisent ! Ils le lisent surtout avec un jugement paralysé par le respect, et donc peu compatible avec le développement de l’esprit critique. Le grand génie à déjà tout dit et tout fait ; il ne leur reste plus qu’a suivre les traces de ce coryphée de la méthode scientifique et de la biologie.

Ainsi, nos hagiographes-commentateurs n’hésitent pas à écrire pour montrer le caractère avant-gardiste des idées et méthodes de leur vedette :

« Aussi, [Darwin] fait appel à des modèles mathématiques (modèle de croissance géométrique) et donne des exemples numériques (« 2048 oiseaux » p.47), pratique jusqu’alors peu courante dans les sciences du vivant. »

Il ne lui manquait qu’un ordinateur, à ce brave Darwin, et il aurait résolu tous les problèmes de la biologie, à n’en pas douter ! Quel malheur d’être à ce point en avance sur son temps…

Ils continuent dans le même veine, sans rire :

« On peut d’une certaine façon se rassurer du fait que l’histoire a pour l’essentiel retenu les propositions de Darwin. Retenir Darwin c’est retenir une puissance de pensée théorique qui s’embarrasse bien peu des contraintes d’un formalisme scientifique naissant. C’est retenir également une pensée scientifique qui s’aventure au delà des seuls domaines dans lesquels elle s’est forgée. »

Ce qui est advenu devait advenir, car tout ce qui est scientifique est bon et tout ce qui est bon est scientifique. Sic transit gloria mundi ! Alléluia ! et vae victis !

Est-ce vraiment cela que mérite, selon Michel Morange, l’histoire des sciences ? A de tels bouffons, il n’y a qu’une chose à dire : mort de rire !

Jacques Hardeau

Nota bene: Ces critiques ont été communiquées, sous une autre forme, aux auteurs cités, qui n’ont pas daigné y répondre…

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Consultez et téléchargez la brochure:

La théorie de la séléction naturelle présentée par Darwin et Wallace

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