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L’idéologie de la sélection naturelle (1)

La sélection naturelle est devenue l’idéologie, ou plutôt le réflexe pavlovien du naturaliste et du biologiste. Alors même qu’il n’en ont pas besoin, ils doivent lui faire allégeance, la révérer, s’incliner devant elle en faisant entrer coute que coute leurs observations et résultats dans ce système d’interprétation. Cette lettre a été envoyée au début du mois de mai 2010 à la revue Pour la Science par courrier électronique; les auteurs de l’article n’ont pas condescendu à répondre à cette remise en question de leurs dogme…

L’article les parasites manipulateurs de F. Thomas et F. Libersat paru dans Pour la science n°391 – mai 2010 m’as beaucoup intéressé. En effet, la nature semble ici s’être donnée pour règle de développer l’adage «Pourquoi faire simple lorsque l’on peut faire compliqué?».

A la fin de l’article, les auteurs se posent légitimement «la question du maintient, au cour de l’évolution, de comportements aussi complexes et surprenants» (p. 42), mais y répondent d’une manière curieuse, qui ressemble fort à une pirouette. Bien sûr, ils cherchent la réponse dans le cadre de la «théorie néo-darwinienne»: ils nous disent donc que ces comportements, manipulatoires «accroissent la survie du parasite» (de combien?), «lui permettent de se reproduire» et que cette «innovation favorable» a donc été retenue.

Certes, un tel comportement est «favorable à la survie du parasite», sinon il ne survivrait pas! Voilà une constatation qui ne nous apprend rien. Si pour nos auteurs, la «théorie néo-darwinienne» se réduit à enregistrer l’évidence – l’organisme survit, donc son comportement et ses dispositions sont favorables à sa survie – elle nous est d’une piètre utilité…

La question pertinente à se poser n’est pas «pourquoi la sélection naturelle a-t-elle retenu ces manipulations?» (p. 42) (il faut remarquer que cette seconde question est très différente de la première et qu’elle contient déjà une réponse: la sélection naturelle), mais à mon sens serait plutôt: pourquoi ces parasites ont élaboré des « stratégies » de reproduction aussi compliquées, alors que d’autres « stratégies » plus simples existent – probablement parfois dans le même milieu avec des espèces proches – et sont non seulement tout aussi efficaces, mais certainement moins soumises aux aléas qu’impliquent les différents organismes hôtes ? Autrement dit (et pour évacuer un « pourquoi » problématique), si l’on se place dans le cadre de la sélection naturelle, ces « stratégies » compliquées sont-elles réellement plus avantageuses que des stratégies plus simples?

Pour le savoir, il me semble qu’il faudrait faire des études comparatives en éthologie, c’est-à-dire comparer entre elles les différentes stratégies reproductives d’organismes semblables et vivant dans les mêmes milieux. C’est une tâche qui n’est pas facile assurément, mais en l’absence d’une telle évaluation, donner une explication par la sélection naturelle (avantage reproductif) est un a priori que rien ne justifie. Or, une telle étude comparative n’est pas l’objet des travaux des auteurs, qui cherchent avant tout à comprendre les mécanismes employés par ces parasites pour se propager afin de combattre les maladies et pathologies qu’ils engendrent. C’est là une tâche tout à fait honorable et nécessaire, mais dont il faut reconnaître qu’elle n’a absolument pas besoin de la «théorie néo-darwinienne» pour être menée à bien ni justifier de ses résultats…

Et si ses « stratégies » compliquées ne présentent aucun avantage décisif dans la «lutte pour la vie» (si tant est qu’il y ait ici lutte), l’explication la plus économe en hypothèse ne pourrait-elle pas être alors que ces « stratégies » se sont développées tout simplement parce qu’elles sont possibles? Et parce qu’elles ne compromettent pas la survie et la reproduction du parasite? Ces comportements surprenants seraient en fait une voie compliquée dans laquelle ces êtres vivants ses sont engagés à l’aveugle, sans qu’il y ait là avantage ni utilité particulière, simplement parce que, cherchant avant tout à vivre et se reproduire, elle s’est un jour offerte à eux par hasard et qu’ils l’ont empruntée, élaborée et prolongée autant qu’ils ont pu? Autrement dit, ce ne serait pas une adaptation à une contrainte du milieu (le produit d’une implacable nécessité), mais seulement le produit de l’exploration par les êtres vivants de toutes les possibilités qui s’offrent à eux; le produit de la « liberté » inhérent à leur activité autonome.

Il me semble que trente ans après la publication de l’article de Gould et Lewontin, « The Spandrels of San Marco and the Panglossian Paradigm: A Critique of the Adaptationist Programme » (1979), la critique du « programme adaptationniste » serait à renouveller et étendre à la rhétorique de la sélection naturelle.

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